
(De Kyoto) Le 11 avril 2009, à Warabi, dans la préfecture de Saitama (grande banlieue de Tokyo), une manifestation rassemble une cinquantaine de personnes arborant le drapeau national japonais et chantant « Combattons et chassons les étrangers criminels ! ». Elles effectuent ce qu'elles qualifient de « Grande marche nationale », autour du lieu de résidence et de l'école d'une jeune fille de treize ans, dont les parents, Philippins jugés comme immigrés illégaux, ont été expulsés, contraignant la
collégienne à rester seule au Japon, son pays de naissance.
La jeune fille a obtenu une autorisation spéciale du ministre de la justice pour résider un an supplémentaire au Japon, chez sa tante. C'est précisément contre cette décision que s'acharne le groupe de manifestants qui se dénomme la ZaiTokuKai, abbréviation pour « Zainichi Tokuken wo Yurusanai Shimin no Kai », mot à mot « la société des citoyens qui n'accordent aucun privilège aux résidents étrangers au Japon ».
« Les Coréens provoquent cent fois plus de délinquance que les autres races »
Ce groupe appelle les autorités publiques à expulser la jeune fille en question sur le champ, ainsi que toute personne étrangère en situation illégale : « Si nous autorisons cette fille à rester, il y en aura des centaines d'autres qui feront de même » clame le leader du groupe, qui a revêtu un costume trois pièces et un nœud papillon pour l'occasion. L'orateur en colère poursuit en élargissant :
« Les Européens et les Américains sont acceptables mais ni les Coréens ni les Chinois. Partout où se trouvent des Coréens, ils provoquent cent fois plus de délinquance que les autres races. »
Ce groupe réclame plus généralement l'abolition du « privilège des personnes étrangères qui vivent au Japon » et demande la « remise à niveau » des droits de ces personnes, jugés excessifs. La ZaiTokuKai considère et affiche sur son site qu'« il n'existe pas de droits humains pour les personnes étrangères », tout en niant ce discours dans les débats publics.
Ce qui est frappant dans la démarche de cette frange ultra-nationaliste populiste, c'est son recours à des méthodes de communication et d'action inédites au sein de ce type de faction. On est habitué à voir l'extrême droite japonaise vociférer sa hargne devant les grandes gares de Tokyo (Shinjuku ou Shibuya) à grands coups de mégaphones, juchés sur les toits de leurs autobus noirs à disque rouge, et souvent dans la relative indifférence des passants. Ici, la méthode est plagiée sur les formes d'action longtemps usitées par les mouvements de gauche. Il s'agit d'innover en recourant à la manifestation de rue, ce qui n'est pas sans semer une certaine confusion dans les esprits.
Pour un traitement humain des humains
Deux mois plus tard, le 13 juin 2009 à 10h, juste avant la première manifestation programmée par la ZaiTokuKai à Kyoto, un ensemble hétérogène de manifestants s'est donné rendez-vous sur les berges encore fraîches de la Kamogawa, afin de faire entendre son désaccord vis-à-vis de telles conceptions. Selon eux, la ZaiTokuKai est une organisation non-humaniste, qui, comme nombre de mouvements actuellement à l'œuvre dans la société japonaise, « traite les gens comme des ressources jetables ». 
Les anti-ZaiTokuKai réclament ainsi un traitement humain des humains. Pour eux, refuser les droits de l'homme aux étrangers constitue un acte inacceptable de violence. Les anti-ZaiTokuKai rassemblent des pacifistes, des anarchistes, des syndicats de jeunes travailleurs et de précaires, des militants du droit au logement et des bénévoles qui interviennent auprès des sans-abris, des associations de handicapés, des organisations de défense des droits des minorités éthniques et sexuelles, des élus de gauche… et plus rarement, mais de manière remarquable, certains nationalistes japonais qui considèrent que le groupe ZaiTokuKai ne fait pas honneur à leur pays en arborant une telle haine, et en excluant les étrangers du symbolique grand cercle rouge. L'un d'eux brandit une pancarte paradoxale : « Je suis fier d'être Japonais et d'appartenir au monde ! »
« Nous sommes tous des étrangers ! »
Les mots d'ordre portent sur la liberté de circulation des travailleurs et des personnes en général : « Travailleurs du monde, unissez-vous ! », « Pas de frontière pour les travailleurs ! », « Pas de frontière au droit de vivre ! », « Pas de frontière pour le droit au travail ! » On lit sur certaines pancartes : « Si vous n'est pas heureux, ne vous en prenez pas aux étrangers : adressez-vous au pouvoir ! », « Nous sommes tous des étrangers ! » ou encore « Et vous, vous n'avez pas d'amis étrangers ? »
Plus provocateur, un manifestant a revêtu, tel un fantôme, un grand drapeau japonais où figurent une svastika et des empreintes de bottes, tandis que certains font flotter à la brise bienvenue des drapeaux japonais sur lesquels le disque rouge est transformé en tête de chat, en cœur (entier ou brisé, c'est selon), en dango (brochette de viande assortie, symbole de diversité) ou encore… en étron fumant.
Cette mise en scène n'est pas sans interloquer la centaine de policiers en uniforme et surtout en civil, aisément identifiables car semblant tous sortis de chez le même coiffeur la veille au soir, l'oreillette téléphonique scrupuleusement enfoncée du côté droit. Malgré l'impressionnant dispositif mis en place ce jour-là pour encadrer les quelque trois cents personnes qui, dans la touffeur qui précède l'arrivée de la mousson, défilent sur un rythme brésilien, un manifestant pragmatique dédramatise :
« De quoi peuvent-ils se plaindre ? Pour une fois qu'on leur donne l'occasion de légitimer leur emploi ! »
Sur un grand drapeau rouge et noir, aux côtés des sigles et logos de plusieurs organisations syndicales japonaises minoritaires, on trouve des autocollants d'Alternative libertaire revendiquant la démocratie directe et l'autogestion, ceux de la Confédération nationale du travail et ceux de l'association Droit au logement. Ainsi, pendant que certains « experts » Français ayant fait « Sciences Po » sans jamais vraiment en sortir glosent sur les méfaits de la « mouvementocratie », le Japon qui dit non à la haine ordinaire élargit le spectre de ses importations hexagonales, bien au-delà des sacs Louis Vuitton. Une autre facette de la globalisation.
Photos : Manifestations à Kyoto pour les droits des étrangers en juin 2009 (Thierry Ribault).





















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De gyhelle
16H33 | 16/06/2009 |
> Une autre facette de la globalisation.
Remarque : c'est pas de la globalisation, c'est de l'internationalisme.
A titre de curiosité, je serais intéressé par voir d'autres photos, un lien existe il ?
à gyhelle
De 3880
étudiant | 17H32 | 16/06/2009 |
idem !
Avez vous des sources en Japonais. Je n'ai pas vue cet article sur http://www.rue89japon.com/
J'aurais aimé le faire suivre à une amie Japonaise.
Merci
Yoann
De LienRag
16H16 | 16/06/2009 |
En espérant que ce ne soit pas hors-sujet, je voudrais rappeler que le film de Koji Wakamatsu « Rengo Sekigun » (United Red Army en anglais) continue de passer actuellement, malgré un assez grand silence médiatique (j'ai notamment été déçu de ne pas en entendre parler sur Rue 89), et que ce grand film est vraiment indispensable à qui veut comprendre le Japon.
à LienRag
De Le Putsch
Konopsoproctotrype putatif | 16H33 | 16/06/2009 |
Sisi, la Rue en a parlé.
http://www.rue89.com/la-bande-du-cine/2009/05/08/united-red-army-lextrem…
Ne dilapidez pas vos réserves de déception trop vite, voyons. : )
De in_rainbows
Suspect de Souche | 16H30 | 16/06/2009 |
« Si vous n'est pas heureux, ne vous en prenez pas aux étrangers : adressez-vous au pouvoir ! »
Quand je pense que certains ne retiendront de cette phase que la faute ! !
« Je suis fier d'être Japonais et d'appartenir au monde ! » Et si tout les nationalistes pouvaient avoir l'esprit aussi ouvert…
Merci aux anti-ZaiTokuKai ça met du baume au coeur que de lire de tels slogans
à in_rainbows
De Luciani
Etudiant | 18H55 | 16/06/2009 |
« Et si tout les nationalistes pouvaient avoir l'esprit aussi ouvert… »
Quand je pense que certains ne retiendront de cette phase que la faute ! !
; )
à in_rainbows
De spider-lily
AisfreetomM | 21H51 | 19/06/2009 |
oui merci aux anti-ZaiTokuKai, et essayons de s'inspirer d'eux pour ne pas laisser passer le racisme ici non plus : )
De Tyb
(par ici, par là) | 16H45 | 16/06/2009 |
J'irais bien gueuler le mot « Burakumin » au milieu de tout ça pour rire un coup….
à Tyb
De ...- - -...
assis | 16H57 | 16/06/2009 |
Entrainer vous chez votre boucher. Ca devrait le faire « rire » aussi.
De Green-Sky
Citoyen social-démocrate à Paris | 16H51 | 16/06/2009 |
« Les Européens et les Américains sont acceptables mais ni les Coréens ni les Chinois. Partout où se trouvent des Coréens, ils provoquent cent fois plus de délinquance que les autres races. »
Une opinion qui est, malheureusement, assez répandue au Japon. Pour mémoire, le gouverneur de Tokyo Shintaro Ishihara (il n'a pas juridiction sur la ville de Warabi), héraut de l'extrême-droite nationaliste (et révisionniste) japonaise, est connu pour des déclarations racistes et xénophobes à l'encontre des Chinois et des Coréens. Il avait aussi soutenu que la raison pour laquelle le Japon connaît une taux de criminalité plus faible que les Etats-Unis, tient à l'absence de Noirs.
Il a été élu triomphalement pour un troisième mandat l'an dernier, et va défendre les couleurs de la candidature de Tokyo aux Jeux Olympiques de 2016, ce qui est proprement infamant.
à Green-Sky
De daniel
17H46 | 16/06/2009 |
C'est fou que ce gars ait été réelu !
Non content d'être raciste, il a aussi déclaré que les femmes ménopausées sont inutiles.
De façon plus anecdotique, il a déclaré qu'apprendre le français ne sert à rien et dénigré l'art contemporain.
Vraiment difficile de comprendre le vote des Tokyoites
à Green-Sky
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 19H15 | 16/06/2009 |
ishihara est aussi un écrivain célèbre qui a remporté dans les années 60 je crois le prix akutagawa (principal prix littéraire japonais)
à freakfeatherfall
De daniel
20H02 | 16/06/2009 |
Il a aussi ecrit : « le Japon qui peut dire non »
avec le cofondateur de Sony.
à daniel
De Foggia
Salaryman | 11H24 | 18/06/2009 |
« Le Japon qui peut dire non » parle de la difficulté des Japonais à être franc et direct dans le refus.
Ishihara prend l'exemple inverse de la culture américaine ou dire non même brutalement est tout à fait accepté.
Et il propose donc aux Japonais de dire non… à la culture américaine (en gros).
Il a dit qu'apprendre le français ne servait à rien car les Français ne savaient de toute manière pas compter. J'ai surtout entendu dire qu'Ishihara avait abandonné l'apprentissage du français en quelques jours ou semaines et que retenir « soixante-dix » était au dessus de ses forces. Sa vanité explique la petite phrase…
De alberte
Sage-femme retraitée | 16H56 | 16/06/2009 |
Là - bas aussi, il y a une extrème droite et à côté, des gens censés, heureusement
Comme en Europe
à alberte
De mauser
17H35 | 16/06/2009 |
Mais nos ministres ou le Président de la république ne vont pas tous les ans en grande pompe commémorer la mémoire de criminel de guerre…
à mauser
De General Subverciòn
viva Makhnovchtchina | 18H12 | 16/06/2009 |
ils se contentent de vouloir donner un aspect positif de la colonisation dans les livres d'école,bientôt ils diront que Pétain et Laval étaient des braves types…le révisionnisme,ça pourrit l'esprit.
à mauser
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 19H11 | 16/06/2009 |
ils (enfin, le 1e ministre - l'empereur et sa famille n'y vont pas) vont dans le temple où sont enterrés tous les soldats mort pour le pays, et parmi eux, effectivement, quelques criminels de guerre…
à freakfeatherfall
De Toyotsu
13H19 | 17/06/2009 |
Personne n'est enterré au temple Yasukuni : on y honore les morts tombés pour le pays en action de guerre
(et en général, au Japon, on pratique l'incinération)
à Toyotsu
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 15H07 | 17/06/2009 |
exact !
pas fait gaffe…
à mauser
De A.A.A
19H56 | 16/06/2009 |
Mitterrand lorsqu'il officiait comme président de la république faisait porter (ou s'y rendait il lui même ? ) une gerbe sur la tombe du « Héros de Verdun » aussi connu sous le patronyme de Pétain.
à alberte
De mamane
Ingénieur | 17H49 | 16/06/2009 |
oui des gens censés qui font des ministères de l'immigration et de l'identité nationale, qui refusent le retrait des privilèges nationaux sur des millions d'emploi, qui décrivent l'immigration comme une catastrophe et leurs enfants comme des « sauvageons » à karcheriser, etc…
La liste est longue et comme le disait Rocard : « le FN pose de bonne question ».
Bref le role du FN est d'etre un épouvantail qui sert à dire « le racisme c'est le FN pas nous » en même temps qu'il applique le programme des partis d'extremes droites.
Heureusement qu'il y a des gens censés, nous voila sauvé de nous meme.
à alberte
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 19H19 | 16/06/2009 |
mais les relations entre l'extrême-droite, le PLD et les yakuzas sont inextricables (c'est limite une famille étendue), ce qui n'est pas le cas en europe…
De Kirios
fait ce qu'il peut | 17H01 | 16/06/2009 |
Juste une question que je me pose, est ce que nous avons eu aussi dans un passé récent des manifestations de soutien à la politique d'expulsion ou bien des manifestation pour plus de fermeté de la part du gouvernement en France ?
Parce que quand meme qu'un collectif se soit formé autour d'un tel thème et qu'il ose le revendiquer aussi clairement ca me troue le cul.
à Kirios
De mamane
Ingénieur | 17H10 | 16/06/2009 |
La réponse est oui évidemment.
DOUCE FRANCE La Saga du Mouvement Beur
par Agence_Im-media
De mamane
Ingénieur | 17H08 | 16/06/2009 |
Mort à la pensée souchienne. Mort au souchisme.
à mamane
De dodu
Ménagère surdiplomée | 17H30 | 16/06/2009 |
C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
(La ballade des gens qui sont nés quelque part
by Georges Brassens)
Hélas , il y en a beaucoup de par le monde des chauvins de tous poils.
De Phil2922
Retraite invalidité | 17H48 | 16/06/2009 |
Aux Japonais nationalistes et racistes, il faut leur dire qu'ils peuvent se faire hara-kiri s'ils voient un étranger. Cà nous fera des vacances… !
http://phil195829.overblog.com
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 19H08 | 16/06/2009 |
« Quand le Japon dit non au racisme ordinaire “
oui, enfin ils étaient 300 environ, c'est pas vraiment tout le japon…
à freakfeatherfall
De Foggia
Salaryman | 11H28 | 18/06/2009 |
Au contraire.
En dehors des grands rendez-vous syndicaux très programmés et encadrés, la manif est très peu présente au Japon.
Cet assemblage plutôt hétéroclite ainsi que le fait de faire de la résistance active à une action de l'extrême droite est une très bonne surprise.