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Iran : les manifestants veulent croire à la révolution

Les manifestations hostiles au président réélu avec des soupçons de fraude se poursuivent. L'opposition exige un nouveau scrutin.

Des Iranien, à Francfort, en Allemagne, demandent où sont passés leurs votes (Johannes Eisele/Reuters).

Ce mardi, plusieurs milliers de personnes manifestent leur soutien à Mahmoud Ahmadinejad. En face, les anti-Ahmadinejad ne se démobilisent pas. En dépit d'un appel de Mir Hossein Moussavi à rester chez soi, des milliers de personnes sont actuellement rassemblées dans les rues de Téhéran.

Ci-dessous, une vidéo de la manifestation du 16 juin du personnel de l'hôpital de
Téhéran, en grève contre les violences à l'encontre des manifestants. (Voir la vidéo)


« Moussavi nous a demandé de crier tous les soir à 22 heures “Allah Akbar” à la fenêtre »

Contactée par Rue89, Hava [son prénom a été modifié, ndlr], étudiante en physique de 24 ans à Téhéran, a décidé de ne pas manifester ce mardi. Elle raconte la mobilisation des partisans de Moussavi :

« J'ai peur que les télés officielles diffusent des images de la foule en disant qu'il s'agit de partisans d'Ahmadinajad. Moussavi a également demandé de ne pas y participer pour des raisons de sécurité mais j'ai beaucoup d'amis qui y sont en ce moment.

J'ai participé à la grande manifestation de lundi. Il y avait beaucoup d'étudiants mais aussi des personnes plus âgées. Ma mère était là. Au départ, c'était une marche silencieuse puis ça a dégénéré.

Il y a aussi des petits rassemblements mais il tournent rapidement mal. Dans ma rue, ont eu lieu plusieurs arrestations. Je ne sais pas si les gens ont été relâchés.

J'ignore ce qu'on va faire. On se tient au courant par mails. On va probablement manifester toute la semaine.

Moussavi nous a demandé de crier tous les soir à 22 heures “Allah Akbar” à la fenêtre ou sur les toits. Jusqu'à ce que de nouvelles élections soient organisées. C'est notre principal objectif.

Je ne suis pas découragée mais quand je vois le pouvoir qu'ils ont… au point de manipuler nos votes. On vient de passer quatre années horribles, très difficiles. Nous ne sommes pas libres et le pays a une image déplorable à l'étranger.

Je ne connais personne qui ait voté pour Ahmadinejad, pas même mes cousines de Lar [près de Shiraz, ndlr] ! Elles manifestent aussi là-bas. »

Alors que le Conseil des gardiens de la Constitution iranienne, plus haute instance juridique du pays, a annoncé son accord pour procéder à un recomptage des bulletins de l'élection présidentielle, Moussavi s'est prononcé contre cette idée. L'objectif de ses militants est clair : « On veut une nouvelle élection ! »

Moussavi obtiendrait une majorité claire

La réclamation d'un nouveau scrutin se fait d'autant plus insistante que les rumeurs de fraude s'intensifient. Le Guardian rapporte ainsi que des employés mécontents du ministère de l'Intérieur auraient commencé à faire parvenir aux médias les résultats réels du premier tour de la présidentielle de vendredi : Moussavi obtiendrait une majorité claire tandis que le président sortant récolterait moins de 30% des voix.

Sur son blog, Juan Cole analyse les chiffres et s'étonne que Moussavi ait perdu à la fois dans son fief Tabriz (alors que les Azeris ont toujours voté pour le candidat local) et à Téhéran, ville où le vote est plutôt progressiste.

L'analyse du Tehranbureau, sur laquelle s'appuient de nombreux militants de Moussavi, pointe une évolution beaucoup des scores des deux candidats trop linéaire pour être honnête. Elle pointe également la durée trop brève du décompte des voix.

Ordre a été donne aux journalistes étrangers de ne pas sortir de leur hôtel

Alors que les images de cette révolte anti-Ahmadinejad font le tour du monde, les autorités iraniennes tentent de verrouiller les médias étrangers, priés de ne pas informer.

Ce mardi, le Conseil de sécurité national a officiellement donné ordre aux journalistes étrangers de ne pas sortir de leur hôtel et de ne pas s'approcher des manifestations sous peine d'arrestation.

Accusés d'exacerber les tensions par leur seule présence, les journalistes étrangers ne peuvent plus travailler : les cartes de presses et autres autorisations ne sont plus valables. Beaucoup ont reçu un appel du ministère de la Culture et de la Guidance islamique leur conseillant de quitter le pays.

Depuis dimanche soir, plusieurs médias ont été censurés : le bureau de la la chaîne de télévision d'information Al-Arabiya a été fermé pour une semaine, la BBC Persian a été interdite de diffusion, une journaliste de la télévision espagnole TVE a été expulsée…

La presse iranienne est aussi sous surveillance. Dès l'imprimerie, la censure est à l'œuvre, rapporte l'AFP :

« Kalameh Sabz [le journal de Moussavi] était introuvable en kiosque lundi matin, et Sarmayeh, un journal réformateur, n'a pu en annoncer la nouvelle que par un titre en une.

Le journal a renvoyé pour plus d'information à une de ses pages intérieures mais la rubrique consacrée à cette nouvelle était blanche.

“Dans chaque imprimerie, des représentants des autorités surveillent ce que les journaux veulent publier et suppriment des titres, articles ou portions d'articles”, a dit un spécialiste du secteur des médias, sous couvert de l'anonymat. »

La milice islamique du bassidj réprime les manifestants

Si les manifestants ne baissent pas les bras, les autorités iraniennes non plus. Dimanche soir, des étudiants ont été battus dans leurs dortoirs de l'université de Téhéran, probablement par des membres de la milice islamiste du bassidj. Ces miliciens arpentent Téhéran en moto et pourchassent les manifestants à coups de bâtons.

Depuis le début des manifestations, au moins sept personnes ont été tuées et de violents affrontements continuent d'opposer forces de l'ordre et population.

La contestation, très forte à Téhéran, a aussi gagné des villes de province. Une vidéo atteste de violentes manifestations à Shiraz. (Voir la vidéo)


Photo : des Iranien, à Francfort, en Allemagne, demandent où sont passés leurs votes (Johannes Eisele/Reuters).

La carte Pearltrees d'Objectif Mars sur les élections en Iran :

Élection Iran

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Green-Sky

De Green-Sky

Citoyen social-démocrate à Paris | 17H56 | 16/06/2009 | Permalien

Ce qui se passe en Iran est une vraie crise de régime, qui vise moins Ahmadinejad que l'Ayatollah Khamenei dont la décision d'approuver le résultat de l'élection est contestée par une partie de la population née après 1979.

Le régime iranien avait jusqu'ici une forte légitimité populaire. Il paraît désormais fragilisé.

Portrait de ecigarette-site

De ecigarette-site

Retraité | 18H12 | 16/06/2009 | Permalien

Malheureusement le régime actuel laissera peu de place à la contestation. A la différence des régimes démocratiques où la rue peut s'exprimer, les régimes de type « totalitaire » ne laissent aucun espoir aux opposants.
Les forces de répression fortement organisées en Iran ( et notamment les milices) n'hésiteront pas à faire usage de leurs armes. Et face à ce type de violence les manifestations pacifiques ont la vie courte.

Portrait de Bargeocrea

De Bargeocrea

Création multimédia | 18H55 | 16/06/2009 | Permalien



La bataille est pour une grande part médiatique, et ce qui se passe sur le web en ce moment est tout à fait impressionnant. Rien ne semble pouvoir arrêter la vague de liberté d'expression qui résiste contre la censure du pouvoir établi. Grâce à la toile, ce qui se passe en Iran est visible du monde entier, malgré toutes les tentatives de contrôle de l'information.

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