Ces présidents africains ne jurant que par les bistouris occidentaux

(De Ouagadougou) Ils sont légion, ces dirigeants africains qui meurent sur les lits d'hôpitaux étrangers. Et pourtant, ils auraient pu se soigner ou s'éteindre tranquillement chez eux, surtout que chez beaucoup, les moyens ne faisaient pas défaut pour concrétiser cette volonté.
Felix Houphouët-Boigny, décédé en 1992, a construit à Yamoussoukro, son village natal, une basilique qui aura coûté, au bas mot, dix milliards de francs CFA [15 millions d'euros, ndlr]. Une clinique aux normes internationales dans son pays aurait pu cependant lui épargner de longs déplacements pour se soigner outre-Atlantique. Il est pourtant décédé dans une clinique suisse.
Le premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, après une pérégrination en France et en Espagne pour des soins médicaux, s'est finalement éteint, en 1989, au Sénégal. Son corps y repose toujours dans l'espoir qu'un jour il sera transféré dans son pays.
Mobutu Sese Seko, ancien président du Zaïre (actuelle république de la République démocratique du Congo), a érigé deux palais dignes des « Mille et une nuits » en pleine forêt équatoriale. Cependant, point de structure de santé digne de ce nom dans son pays et ce, jusqu'à la fin de son règne. Son dentiste à lui se trouvait à Nice en France, et pour le rejoindre, il mobilisait un gros Boeing. Eyadéma a rendu l'âme en plein vol, pendant qu'on l'amenait en catastrophe dans une clinique parisienne.
Comme s'il ne voyait pas à la distance pour trouver la molécule nécessaire à sa survie, il a préféré se construire un aéroport international à Kara pour les besoins d'atterrissage de sa flotte personnelle. La bonne politique sanitaire n'était vraiment pas le dada de celui qui assurait, la main sur le cœur, n'être jamais tombé malade… sauf de la petite dysenterie qu'il avait contractée du temps de son enfance. Même que jusqu'à ceux qui se prétendaient d'un anti-impérialisme viscéral y ont fait une exception quand il s'agissait de sauver leur peau. C'était le cas de Sékou Touré. La liste est donc très longue…
Les blouses blanches occidentales
Qu'ils sont donc très nombreux, ces chefs d'Etat africains qui ne jurent que par les bistouris et les prescriptions médicales des blouses blanches occidentales. Si fait que l'on a comme l'impression qu'ils ne font pas confiance à leurs compatriotes exerçant dans le même domaine.
Et le récent décès d'Omar Bongo à l'hôpital Quiron de Barcelone, annoncé le 8 juin 2009, vient remettre sur le tapis la question de cette maladie bien contagieuse qui ne cesse de s'étendre. Pendant que le père était interné au pays de Don Quichotte, le fils, Ali Bongo, ne se trouvait-il pas, lui, à l'hôpital Neuilly de Paris ?
Le 21 janvier dernier, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, était aux bons soins des chirurgiens de l'hôpital militaire du Val-de-Grace à Paris pour soigner une cataracte de l'œil droit après l'opération de celui de gauche en mars 2008. Avant sa deuxième intervention chirurgicale, alors qu'il recevait le 4
décembre 2008 des journalistes de trois quotidiens burkinabè, rayeur, il avait dit :
« Disons que j'avais un problème de cataracte. Je me suis fait opérer de l'œil gauche, il reste le droit ; ça viendra également pour mieux voir, surtout mieux vous voir, vous, les journalistes. »
Certes, un président mérite bien des égards et ne devrait pas se faire soigner dans le premier dispensaire rencontré. Comme le disait si bien Montesquieu dans son ouvrage « L'esprit des lois », le peuple ne peut avoir les mêmes privilèges que celui qu'il a élu pour le représenter. Et l'on ne fera jamais procès à un citoyen lambda pour s'être fait administrer des soins dans une clinique qui dispose du scanner dernière génération.
Un petit rhume et en route pour l'aéroport
Néanmoins, la propension de nos dirigeants à aller ailleurs, même pour guérir d'un petit rhume, met tout de même mal à l'aise. Lorsque leur thermomètre à eux ne marque plus 37 degrés, c'est vite parti pour l'aéroport toutes sirènes hurlantes. Et ce sont les mêmes qui, plus tard, pousseront des cris d'orfraie parce que les médias se seront emparés de l'affaire.
Pourtant, la solution se trouve à portée de leur main : construire, équiper les hôpitaux nationaux et former des spécialistes. Il y a là un double avantage : cela pourrait leur éviter des déplacements éreintant et la caisse de l'Etat s'en trouverait plus épargnée. Ensuite, ces infrastructures rendraient un grand service aux populations. La plupart de nos médecins ayant étudié dans les mêmes écoles que leurs collègues occidentaux, il n'y a pas à se faire des soucis quant à la qualité des soins administrés sur place.
Bernard Kouchner, actuel ministre des Affaires étrangères français et fondateur de Médecins sans frontières (MSF), a osé un jour dire à Omar Bongo, le regardant droit dans les yeux :
« L'hôpital qui porte le nom de ta mère est dans un état inacceptable. C'est inacceptable que tu ne fasses rien. Tu as l'argent pour le remettre en état ! »
L'ancien président gabonais l'a-t-il écouté ? Visiblement pas car le constat est toujours alarmant. Tous les rapports sur la politique sanitaire au Gabon sont implacables : centres de santé sous-équipés, absence d'encadrement, médicaments inaccessibles, couverture sanitaire insuffisante, etc. Normal, peut-on malheureusement ironiser.
Santé de fer, mais la rouille menace
L'état de santé d'un président est un sujet bien tabou. Il est immortel et doit être considéré comme tel. Que les partisans de Jacques Prévert, qui avait dit qu'on a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller, aillent se faire cuire un œuf. Là aussi, le cas de celui que les Gabonais pleurent aujourd'hui est assez illustratif.
Il faut toujours nier l'évidence. Pendant qu'il était à l'article de la mort, l'ambassadeur de son pays en France avait annoncé qu'il se reposait dans un hôpital espagnol pour se remettre du choc « d'une très forte intensité émotionnelle » causé par « le décès prématuré de sa jeune épouse », et qu'il profiterait de son séjour en Espagne pour
« effectuer un bilan de santé complet et y suivre des soins appropriés afin d'être au mieux de sa forme pour regagner le Gabon et reprendre au plus vite ses activités ».
Au Cameroun, Pius Njawé, directeur de publication du quotidien Le Messager, a vu son journal interdit de parution et a goûté au bagne pour avoir parlé de l'état de santé de son Président. Au cours du procès, l'avocat général près la cour d'appel, avait déclaré :
« Monsieur Njawé, même si le président de la République est malade, vous devez écrire qu'il est en parfaite santé ! »
Alors, comment voulez-vous que des immortels construisent des hôpitaux ? C'est aux mortels de le faire si ça peut bien leur rendre service.
Photo : le cercueil d'Omar Bongo lors de la cérémonie d'adieu à l'aéroport de Barcelone (Albert Gea/Reuters).
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De kawouede
09H00 | 16/06/2009 |
Il y a aussi : ces présidents africains qu'on envoie deux présidents français pour les enterrer.
Rappelez qui était à l'enterrement de Léopold Sédar Senghor en 2001 ? (un sous-ministre http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9opold_S%C3%A9dar_Senghor )
Comme disait Orsenna à l'époque, « j'ai honte. »
à kawouede
De coinpomme
dieu est une e-pothèse | 20H31 | 16/06/2009 |
les gabonais en ayant plein le dos, ne veulent même plus porter la carcasse du homard z'ont embaucher des intérimaires …
mais où sont les funérailles d'antan…
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 09H13 | 16/06/2009 |
Normal, puisque dans le cadre de l'immigration choisie, on leur pique tous leurs chirurgiens !
à thierry reboud
De blablablaetblablabli
patati et patata | 11H03 | 16/06/2009 |
Et oui monsieur Reboud ,regarder l'Algérie tous ces cadres
se sont réduit à peau de chagrin,résultat Bouteflika était venu
se soigner en France ,et sans fausse pudeur.
Que voulez-vous c'est la vie.Comme on dit en arabe pour la santé
macache l'hchma.(pas de honte) !
à thierry reboud
De dodu
Ménagère surdiplomée | 11H51 | 16/06/2009 |
Euh le phènomène existait déjà depuis plusieurs années , même si on ne le nommait pas .Mais ce n'est pas la seule raison , il faut aussi prendre en compte le fait que beaucoup de pays africain ont été artificiellement créer , avec des « frontières » héritées de la colonisation , ce qui amène des difficultés supplémentaires avec des histoire de rivalités entre ethnies , quota dans les facultés de médecine , hôpitaux et cliniques favorisées dans le fief de tel ou tel dirigeants , problème de type administratif ou clanique qui font que les praticiens ont souvent beaucoup de mal à exercer sereinement au sein de leur propre pays .Sans compter la méfiance qu'a un certain nombre de chef d'état vis à vis de leur propres compatriotes : vous imaginez Paul Byia , Président du Cameroun , confiant sa vie à un chirugien Bamiléké , fut-il le meilleur du monde ?
à dodu
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 16H49 | 17/06/2009 |
@ Dodu. Tiens, quelqu'un qui sait de quoi il retourne… Quand on va comprendre que les dirigeant africains de n'identifient pas aux entités nationales qu'ils gouvernenet au delà de ce qui est nécessaire pour en assurer l'exploitation comme un business personnel, on aura fait un bon bout de chemin. Apres, il faudra en tirer les conséquences et agir.
http://nouvellesociete.wordpress.com/refaire-le-monde/
Pierre JC Allard
à thierry reboud
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 12H27 | 16/06/2009 |
Et yapa mieux qu'en France pour soigner les cancers du colon des francafricains, non ?
à Charles Mouloud
De samivel51
Jeune insolent | 13H34 | 16/06/2009 |
Bongo était en Espagne, mais ils s'y connaissent aussi, en matière de colon.
à Charles Mouloud
De nilauclr
Âne à la retraite | 13H36 | 16/06/2009 |
Comme ça notre trou du cul national n'aura pas loin à aller pour se faire mettre un anus artificiel … c'est con ça va faire double emploi !
à thierry reboud
De samivel51
Jeune insolent | 13H40 | 16/06/2009 |
La France ne leur pique pas leurs chirurgiens : elle les forme, et elle les garde, pour la plupart. Nuance. Depuis longtemps avant la théorie de l'immigration choisie, d'ailleurs.
Un exemple pour comprendre pourquoi : Au Cameroun de Paul Biya (25 ans de pouvoir), 20 millions d'habitants, il y a 70 places en faculté de médecine publique. Ca fait pas beaucoup de chirurgiens, au final. Et si ton dossier est « léger », même si tu es brillant, tu n'as aucune chance d'entrer.
à samivel51
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 04H56 | 17/06/2009 |
Vous savez (et la réponse s'adresse aussi à Dodu), c'était surtout pour le plaisir de sortir une connerie avant d'aller au taf, hein.
D'ailleurs, puisqu'on en cause, faut que j'y retourne…
à thierry reboud
De dodu
Ménagère surdiplomée | 03H21 | 18/06/2009 |
On cause sérieux mais ce n'est pas une attaque personnelle .
De Le_Baron_Samedi
09H21 | 16/06/2009 |
Les rubriques nécrologiques accaparent plus les zones d'ombre de l'Histoire moderne que la boulimie de lumière des vivants habitant entre parenthèses.
Quand les dictatures démocratiques engendrées par des républiques en panne d'idéal commencent à perdre les piliers de leurs croyances dans le progrès à tout prix, la liberté temporelle n'est pas loin.
La justice morale n'a que peu d'avenir face au culte du compassionnel où les larmes sont globales et vivent d'exception pour faire des généralités culturelles.
La suite ici
http://tiny.cc/1S4nc
De mhelbert
prof | 09H21 | 16/06/2009 |
faut croire que les conseils et les rapports sur la sante et le systeme de soin fait dans ces pays par la boite de Kouchner n'a pas servi a grand chose
Pourtant c'etait cher ces conseils ! ! !
De nit
banquier | 09H32 | 16/06/2009 |
Tout cela est logique. Observez bien : dans pratiquement tous les pays africains francophones, donc ceux ayant une forte relation avec la france, (pour ne pas dire autre chose), ce sont des personnages loufoques, totalement stupides, pouvoiristes et n'ayant aucun sens de l'Etat qui sont « choisis » comme dirigeants. Conséquence, ils n'ont de cesse de vouloir faire plaisir à leur souverain et protecteur français en bradant les richesses de leurs pays au détriment de leurs populations, et de voulor se maintenir au pouvoir par tous les moyens (changement de constitution systématique, trucage des élections, coup d'état, etc.). Tous ceux qui ont essayé de déroger à cette règle ont été proprement zigouillés (sankara, etc.). Alors, pourquoi voulez vous qu'ils aient comme préoccupation de construire des hopitaux qui profiteraient à des populations dont ils se foutent totalement. Il en est des hopitaux comme des écoles et des universités : toute la progéniture de ces personnages sont dans les meilleures écoles occidentales, et là, pas de problème d'obtention de visas !
à nit
De dodu
Ménagère surdiplomée | 12H32 | 16/06/2009 |
Que certains dictateurs africains soutenus par la France soient « loufoques , peu soucieux du bien public et plus avide de pouvoir et d'enrichessement personnel que de sens de l'Etat , oui , mais tous ne sont pas des crétins et il faut aussi compter avec l'influence de la BM et du FMI pour le bradage des richesses .
De caro
délinquante avérée | 09H44 | 16/06/2009 |
non non non, le colonialisme n'est pas mort … il a juste changé de visage, les occidentaux tirent les ficelles d'un peu plus loin … jusqu'à quand ? Chouchou s'est fait huer en arrivant pour l'enterrement de Bongo (entendu à la radio).
Un peu de nettoyage ne ferait pas de mal à la population locale. On pourrait souhaiter que l'argent serve à améliorer leur sort, au lieu de ne servir qu'à l'égo des différents présidents.
PS Il y a une phrase « amusante » dans le texte :
Pendant que le père était interné au pays de Don Quichotte…
interné dans un hôpital psy ? une prison ? remarquez, cela n'aurait rien eu d'étonnant ; -))
et puis rayeur je l'aurais écrit railleur, sauf si ses dents rayaient le parquet, ce qui n'était pas impossible ; -)
De ElTitouBolivar
Rêveur | 09H52 | 16/06/2009 |
Cela dit, le calcul est « logique ». Pourquoi construire un hôpital (écrire « des hôpitaux » serait totalement délirant…) digne de ce nom, c'est à dire équipé d'un matériel neuf et à la pointe du progrès, avec un personnel compétent ? Qui pourrait se permettre le luxe de fréquenter cet hôpital ? Le Président, comme son entourage (politique et familial), comme les habitants les plus aisés seraient les seuls à pouvoir régler la note. La plus grande majorité de la population n'a pas les moyens. Alors pourquoi investir autant d'argent pour une structure qui ne devrait pas fonctionner à plus de 5% de ses capacités ? Un petit aller-retour de temps en temps coûte finalement moins cher…
Cela ne serait possible qu'en revoyant complètement le système de santé du pays, c'est à dire en investissant massivement…ailleurs que dans des maisons un peu partout dans le monde, des voitures de luxe, des avions, des robinets en or, des comptes en banques pleins à craquer…
à ElTitouBolivar
De watashi_baka
... | 10H01 | 16/06/2009 |
En fait on pourrais poser la même question en France, si ce n'est qu'on a un système d'assurance maladie correcte qui permet même aux plus pauvres de se payer l'hopital.
Quant à la clientele d'un tel Hopital, l'Afrique est un continent riche donc si le peuple crève dans la misère, c'est que certains doivent s'en mettre pleins les poches, Ce qui devrait fournir une clientèle qui peut payer cash à un hopital moderne.
En étant optimiste on se dira que cet hopital moderne pourra aussi servir aux gens suffisament riche pour se payer une assurance privée.
De là a induire un cercle vertueux…
à watashi_baka
De ElTitouBolivar
Rêveur | 10H11 | 16/06/2009 |
Je pense que la clientèle riche n'est pas assez nombreuse. Et puis, il faudra aussi (surtout) un peu de temps pour que les mentalités changent et que ceux qui peuvent se le permettre accordent leur confiance à un système de soins, qui pour l'instant, est en dessous de tout. Encore une fois, par manque de moyens, car les compétences existent. A noter toutefois qu'un hôpital de Douala (Cameroun) vient de se doter d'un scanner IRM. Un premier pas…
De Iv
Roboticien utopiste | 10H02 | 16/06/2009 |
Très intéressante analyse sur l'« immortalité » du président. C'est vraiment une idée propagée par les médias Africains ? Que le président est un homme fort et donc immortel ?
J'espère que des chefs d'état liront cet article. Il met bien en avant qu'il vaut mieux avoir un beau palais et un bon hôpital que deux beaux palais.
Sans compter que le bon hôpital amène tout un cycle de chose positives : lieu de formation, il peut aider d'autres lieux à se remettre d'équerre, les aider à trouver des fonds. D'autant plus qu'il a été prouvé que l'argent dépensé dans la santé publique se retrouve en terme de productivité et de moral. Que l'on soit de gauche ou de droite, investir dans les hôpitaux, c'est tout simplement du bon sens !
De riverain06
sujet du roi Ignoramus Ier | 10H13 | 16/06/2009 |
Je suis dictateur d'un pays d'un million d'habitants depuis 40 ans. J'ai construit des hôpitaux de grande qualité. Irai-je m'y faire soigner ? Il est assez probable qu'en 40 ans de règne brutal j'ai un jour fait tué ou emprisonné ou torturé un familier de chaque habitant. Me fierai-je à un chirurgien dont j'ai fait emprisonné le frère ou la soeur ? Un accident est bien vite arrivé, le scalpel a tôt fait de dévier.
Conclusion :
Moi dictateur soleil, ne vois pas l'utilité de construire d'hôpitaux, ni de les équiper. Fa foro ! (comme disait Kourouma)
De Cédric Kalonji
Journaliste | 10H21 | 16/06/2009 |
Article intéressant qui me pousse à m'exprimer sur une réflexion qui tourne dans ma tête depuis un bon moment. Que se passerait-il si l'Afrique devenait vraiment indépendante ?
Nous vivons dans un monde « mondialisé ». Nous jouons sur un terrain tracé par les puissances coloniales et nous n'avons pas d'autre choix que de respecter les règles établies par ces dernières. Ce qui est vrai, c'est que ces règles sont taillées dans l'intérêt de celui qui les a établies. Aux commandes de nos pays africains, il n'y a que des employés des puissances occidentales, qui, en échange du visa gratuit ou de soins médicaux dans les hôpitaux occidentaux, prennent en otage les populations et s'approprient les richesses de leurs pays.
Au pouvoir en Afrique, ceux qu'on désigne comme « l'élite ». En essayant de réfléchir et de comprendre ce qui se cache derrière ce mot élite, j'arrive à la conclusion qu'il s'agit de ceux qui sont passés par ce que mon grand-père appelle « l'école du blanc ». Ils connaissent la cravate, ils parlent la langue du blanc, ils mangent comme lui et veulent absolument une maison et une voiture qui ressemblent à ceux du colon.
Vivant en France, j'ai la chance de voir à quoi ressemblent les usines qui fabriquent l'élite africaine. Ici, il va de soi que l'africain qui vit dans un pays européen et qui en fréquente les universités se considère automatiquement comme supérieur à ceux qui sont restés sur place. A partir du moment où on est désigné comme « élite », tous ceux qui ne le sont pas, on les considère comme des moins que rien. Comprenez donc que l'élite ait besoin d'aller se faire soigner dans les hôpitaux occidentaux. Leur vie ne vaut-elle pas plus que celle des petits villageois analphabètes ?
Cela ne surprend pas que la société traditionnelle africaine soit celle qui fonctionne le mieux ? Allez dans n'importe quel village et vous vous rendrez compte que les chefs coutumiers – qui n'ont pas été à l'école du blanc – sont beaucoup plus intègres et honnêtes que les ambassadeurs du système occidental : présidents de la république, ministres…
Congolais
http://congoblog.net
à Cédric Kalonji
De dodu
Ménagère surdiplomée | 12H08 | 16/06/2009 |
« Que se passerait-il si l'Afrique devenait vraiment indépendante ? “
L'Afrique c'est un continent ce qui pose des problèmes à d'autre échelles que quand on regarde du point de vue d'un pays .
Oui , il serait souhaitable que chaque ensemble de population (que l'on parle d'ethnie ou de nation ) puissent s'autodéterminer sans pression internationale d'aucune sorte et choisir son propre mode de vie, mais que vous le vouliez ou non , le fait colonial est passé par là , redessinant les frontières , bouleversant les cultures . Ses apports , qu'on les jugent positifs ou négatifs , ne peuvent s'effacer d'un trait de plume et les populations devront se les approprier avant de les transformer .
à dodu
De itOtO
Externe | 13H27 | 16/06/2009 |
Le fait colonial est passé par là, mais est surtout encore présent.
La colonisation est encore d'actualité, elle a juste changé de nom, ce n'est plus l'empire colonial français mais la Françafrique et ses différents acteurs (total-fina-elf, dassault, le FMI, l'OMC etc…) qui continuent à piller l'Afrique à coups de chantage économique, de dumping agricole, tout cela teinté d'un profond racisme et d'une vanité toute occidentale ; en allant même jusqu'au coups d'état savamment orchestré…
Il faudra déjà que nos gouvernements et nos multinationales occidentales arrêtent cette sorte d'esclavage moderne en Afrique pour espérer un jour que les pays d'Afrique acquièrent une réelle indépendance et récupèrent leurs droits sur les terres et les richesses qui leurs appartiennent.
à Cédric Kalonji
De kirikou33
Tiers-mondiste révolutionnaire... | 13H23 | 16/06/2009 |
Africain vivant également en France, je suis ce que tu appelles un pur produit de l'« élite » africaine. Je suis passé par le moule des grandes écoles françaises. Pourtant, je ne me considère pas comme supérieur à mes cousins restés au pays. C'est plus souvent « eux » qui s'imaginent inférieurs à moi. Dès lors, on est pris entre deux feux : d'un coté, on est considéré comme pas assez intégrés et de l'autre, on est considéré comme « employés au solde de l'impérialisme occidental ». Alors que faire ?
Le plus grand défi pour l'Afrique aujourd'hui est de se forger un modèle de développement en évitant de refaire les erreurs de l'occident.
à kirikou33
De Libre electron
Citoyen Lamda | 18H08 | 16/06/2009 |
Justement cette idée a été mise dans la tête de nos ancêtres indigènes. Pendant la colonisation, on leur a imprimé dans la tête qu'ils étaient inférieurs et qu'ils devaient apprendre à marcher, manger et penser comme l'homme blanc. Cette idée poursuit son chemin et se traduit aujourd'hui par cette idée que ceux qui vivent ou séjournent en Europe deviennent des demi-dieux. Elle est autant dans la tête de ceux qui se sentent grands parce que passés par l'usine de fabrication de l'élite africaine que dans celle de ceux qui se sentent tous petits parce ne comptant dans les rangs de cette élite.
Le drame c'est que tout le monde joue passivement le jeu. Après leur séjour dans l'usine, ceux que l'on dit de l'élite africaine ne peuvent qu'appliquer ce qu'ils y ont appris. En sortant, ils apprennent à compter les Euros et deviennent des « petits blancs ». Il est tout à fait normal que ces derniers aient plutôt tendance à servir avant tout les intérêts de ceux qui leur ont octroyé le fameux titre « d'élite africaine ».
Comprenez que les intérêts des multinationales occidentales passent avant ceux des populations africaines qui se voient imposer ces chefs « instruits » qui ignorent souvent tout des réalités locales. Tout ce qui importe pour eux c'est remplir leurs comptes bancaires en occident et s'acheter propriétés et voitures luxueuses. Lorsqu'ils tombent malade, ils peuvent toujours aller se faire soigner chez leurs maitres. Les autres, les indigènes qui ne sont pas passés par l'école des élites peuvent crever dans le silence. Pas de deuil national ou de gerbes de fleurs comme pour son altesse le richissime et élitissime Bongo.
C'est une dure réalité, mais elle est bien réelle.
à Cédric Kalonji
De lulucastagnette
Etudiante | 02H27 | 17/06/2009 |
Bonjour cher Cédric,
vous me permettrez une petite intervention sur votre propos. On est sur rue89, la vérité et les opinions se doivent d'être partagés.
Ceci dit, je suis moi-même étudiante vivant en France.
POur faire court, il faut savoir que les choses changent réellement,
le problème dans ce fait ; c'est que les vérités d'hier ne sont plus celles d'aujourd'hui.
Vous parlez de fabrique à élites. Aujourd'hui, laissez moi vous dire, que ma génération n'a ni la honte ni le complexe de dire qu'elle vient d'Afrique et ce, contrairement à la votre qui essayait à tout prix d'imiter l'homme blanc comme vous dites.
Nous cherchons notre image et voulons maintenir nos traditions, nous aimons notre terre et voulons y retourner.
Certains pays n'ont pas les moyens des autres en Afrique, il faut donc éviter de mettre tous les oeufs dans le même panier.
De plus, si on considère que la plupart des vieux ou chefs de villages sont aujourd'hui décédés, et qu'il y a une migration des populations dans les villes, votre assertion ici paraît relever d'une autre époque.
Personnellement et ayant cotoyer nos grands frères venus en Europe bien avant nous, je dois dire, qu'il y a vraiment un creux.
Une déconnection vis-à-vis de certaines réalité et je trouve ça dommage de cantonner un continent comme l'Afrique, à l'image que TF1 et autres médias en quête d'audience, veulent bien apprendre à leur population.
Pour finir, vous vous demandez ce que pourrait bien être l'Afrique sans la France. Pour ma part, je regrette que l'on ne nous ait jamais vraiment donné cette chance. Mais dites vous bien, que si l'homme africain est capable de supporter des conditions d'immigrations clandestines dans le désert, la mer et j'en passe.
Si l'homme Africain est capable de tenir des décennies au sein de luttes armées et essuyer à la face du monde dénigrements et injures, il pourrait bien mettre cette énergie là à défendre son honneur si on lui en laisse la liberté. Encore une fois.
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 11H58 | 16/06/2009 |
Au Gabon , Elf a organisé des obsèques en grandes pompes, et la mise en bière s'est faite au son des bongos.

à Charles Mouloud
De dodu
Ménagère surdiplomée | 12H12 | 16/06/2009 |
Salut Charles,
je ne sais pas ce que vaut la bongoweiser mais Au Togo ils te brassent des petits bières locales qui sont de pures merveilles .Par temps de chaleur comme aujourd'hui , on s'en jetterait bien une derrière la cravatte