
Vingt-quatre policiers et au moins neuf civils morts, des dizaines de blessés soignés dans des hôpitaux sans moyens, des rumeurs, lancées par un religieux, de fosses communes… Le bilan du mouvement de protestation des communautés indigènes de l'Amazonie péruvienne est lourd.
Depuis deux mois, les manifestants coupent des routes et occupent des stations de pompage de pétrole. Le 5 juin, la police charge sur un piquet de grève situé dans la « curva del diablo » (« courbe du diable ») proche de la ville de Bagua, au nord du Pérou. Quatorze policiers vont y trouver la mort, et dix autres, retenus en otage par des « nativos », seront tués un peu plus tard.
Une réaction prévisible : dans la culture jibaro-jibaro, l'ethnie majoritaire dans la région de Bagua, mettre à mort des prisonniers en réponse aux décès de ses frères fait partie intégrante de la guerre.
Deux décrets aux conséquences catastrophiques pour l'environnement
Deux décrets ont provoqué la protestation amazonienne, conséquence de la signature d'un traité de libre-échange avec les Etats-Unis. Lundi, le Premier ministre Yehude Simon a finalement proposé de les abroger.
Le premier entendait partager équitablement les ressources en eau entre agriculture et industrie extractive (mines et carrières), officialisant une pratique courante. Il aurait eu pour conséquence la modification et la contamination de beaucoup de bassins hydrographiques, suscitant des inquiétudes sur les écosystèmes situés en aval.
Le second décret favorisait la transformation des terrains forestiers en terrains agricoles, une petite ligne précisant qu'il est nécessaire de promouvoir les cultures destinées aux biocarburants. Mais comment définir les surfaces éligibles ? Le gouvernement tentait de rassurer en annonçant que seuls les terrains vaguement boisés seront considérés.
José Luis Camino, chef de l'Inrena, l'organisme en charge de la préservation des forêts, avertissait :
« On pourra engager un tiers pour brûler mille hectares de forêt, et ensuite déclarer aux autorités : “Je sollicite leur changement d'usage.” »
Une sorte de « Ya basta ! » des communautés, relayé par toute la société
Il faut rappeler que l'Amazonie péruvienne est la plus riche en biodiversité et que toute déforestation y est presque irrémédiable. Au Pérou, on dénombre 40 conflits par mois liés à la contamination des milieux naturels.
Dans ce contexte, ce mouvement de protestation est une sorte de « Ya basta ! » des communautés, qui trouve un écho favorable à tous les niveaux de la société péruvienne.
D'autant plus que l'exécutif multiplie les maladresses. L'arrivée providentielle de la grippe A, il y a deux mois, avait permis de passer sous silence le mouvement. Les dirigeants de la principale association indigène de l'Amazonie (Aidesep) n'ont été reçus qu'après plus d'un mois de lutte.
A la sortie, Yehude Simon se contentait du sempiternel : « Il y a des gens qui les manipulent. » Le mythe du sauvage incapable de se fédérer et de défendre ses intérêts semble avoir la peau dure. Depuis, toujours selon le Premier ministre, les mêmes indigènes ont essayé de former un Etat amazonien indépendant, et même fomenter un coup d'Etat !
Quand la majorité présidentielle a décidé d'ajourner le débat autour des deux textes controversés, le mouvement s'est intensifié.
Les communautés indigènes ont appris à s'organiser pour peser politiquement
Le leader de l'Aidesep, Alberto Pizango, a suivi ces débats depuis le Nicaragua, pays qui lui a accordé l'asile politique. L'Etat péruvien le considère en effet comme responsable de la mort des policiers. Précisons également qu'aucun policier ne pourra être poursuivi pour la mort des manifestants.
L'Aidesep n'aurait pas initié cette grève sans l'appui d'une partie des populations locales, aussi oubliées que les communautés indigènes. Menée par des intellectuels et des chefs de communautés connaissant pour certains très bien la société occidentale, elle sait parler pour elle-même et adapter sa protestation aux contraintes modernes.
Si sa gestion hasardeuse ne précipitera vraisemblablement pas sa chute, le gouvernement du président Alan Garcia en ressort fragilisé. Les événements auront ainsi permis de sensibiliser les villes à ces problèmes : certains medias ouvrent ainsi des débats sur le sujet plutôt que de s'intéresser aux péripéties de la jet-set locale.
Jusqu'alors, Garcia réussissait sans trop de mal à faire passer le message de populations indigènes attardées, refusant de partager leur territoire pour participer au développement économique. Désormais, il lui sera plus difficile de cacher les pratiques des industries extractives, qui font chaque année des centaines de victimes directes ou indirectes.
Photo : le Premier ministre péruvien Yehude Simon à l'issue d'une rencontre avec des Indiens à San Ramon (Reuters).

























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De spouny_boy
Lynchez moi j'aime ça !! Mais gaf a... | 14H53 | 16/06/2009 |
Hmmm ! J'avoue que ma première réaction serai qu'ils sont dans leur droit après tous ces sciècle ou c'est eux (les indien) qu'on a massacré pour des raisons économique et de croyance. Ce n'est qu'un juste retour de baton (a plus petite échelle tout de même). Mais après réflexion j'avoue ne pas aimé la violence pur et encore moins la mise à mort de personne pas spécialement concernés. Mais qui suis-je pour juger un peuple qui a souffert depuis des siècles, bien au frai derrière mon ordi.
C'est malheureusement la seul alternative qu'ils on du trouvé pour qu'on les écoute et qu'on arrête de massacrer leur habitat qui est celui de toute la planète.
PEACE et bon courage à ces indiens pour la préservation de leur milieu.
De boucinho
infirmier | 03H00 | 17/06/2009 |
ah, le gouvernement péruvien, après le désastre Fujimori, revoilà le bon vieux Alan Garcia qui revient aux manettes depuis quelques années et qui ne fait simplement de la politique aux bons vouloir des Etats Unis….
Reprenons, un pays comme le Pérou possède une bio-diversité impressionnante, des ressources dans son sol en cuivre, zinc, argent, or…. , de la forêt amazonienne sur 84% de son territoire, des montagnes, des plages, lima était le plus grand port d Amérique latine dans les années 1600 et pourtant, tout un chacun se plaira a dire que le Pérou est un pays pauvre, voir au mieux en voie de développement comme nous le dise si bien nos bons vieux économistes occidentaux qui mangent du caviar à la louche… (franchement c est pas meilleure a la louche dirait coluche…) a qui la faute ? ? où le bas blesse ? ?
il y a eu certes les conquistadors, mais aujourd'hui le problème n est plus là, le pays ne transforme pas ces matières premières…. voila où est le problème…. Pour avoir vécu la-bas et travaillé pas très loin de la région de Chachapoyas où se situe « les évènements “ (dans la région de Lambayeque très exactement et le district de Salas) je me suis posé pleins de questions sur la vie des habitants de ce pays et sur le pourquoi un pays avec bien plus de richesses que le mien pouvait ne pas connaitre un essor du même ordre…. (si l on considère que la France est toujours un pays riche, chose dont je doute mais la n est pas le sujet…)
En discutant avec la population locale, la réponse apparait très vite… le gouvernement d alan garcia donne un peu a la population lorsqu'il pourrait donner beaucoup…. satisfaisant ainsi le peuple des campagnes mais tout le monde n est pas dupe….
Les produits péruviens sont de premières qualités mais le pays les revend a ces voisins chiliens ou bien directement aux étas unis pour la transformation de la matière première en produit fini… par exemple une mangue sera vendu un sol, alors que cette même mangue transformée et mis en boite avec du sirop sera revendu environ 5 fois plus cher…. Le manque a gagné pour le pays est énorme, mais a grand coups de dollars la situation ne bougera pas car les hauts responsables sont bien engraissés par le système….
Les indiens aujourd'hui sortent vainqueurs de la bataille mais la guerre n est pas fini, et elle ne se finira jamais tant que les ‘sois disant’ pays riches n accepteront pas l essor de nouveaux pays riches et d'un changement radical de l économie mondiale….