La réelection d'Ahmadinejad, un casse-tête persan pour Obama
Le déroulement de l'élection présidentielle en Iran tourne au casse-tête persan pour Barack Obama. C'est en effet un scénario catastrophe pour le président des Etats-Unis, qui a fait du rapprochement avec le monde musulman, et singulièrement avec l'Iran, la clé de voute de sa politique étrangère. Huit jours après le désormais célèbre discours du Caire sur l'islam la donne a déjà changé.
La victoire proclamée du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, et surtout la contestation de ce résultat par son principal opposant, le réformiste Mir Hussein Moussavi, compliquent en effet la politique de la main tendue d'Obama. Il va devoir gérer des relations avec un président jugé intransigeant et largement irrationnel par les dirigeants occidentaux -cet élément n'est pas nouveau-, mais désormais considéré comme illégitime par une partie considérable de la société iranienne, au moins dans les villes.
Pour l'heure, l'administration Obama reste d'une prudence de Sioux, prenant bien soin de ne pas mettre d'huile sur le feu qui a pris à Téhéran. Si Washington prenait ouvertement partie dans la querelle post-électorale à Téhéran, ce serait le baiser de la mort pour Moussavi, qui serait aisémment accusé d'être le candidat du « grand satan », une manière de le disqualifier durablement.
Une révolte vouée à l'échec
D'autant que Washington sait qu'il y a peu de chances, dans le contexte iranien, que les clameurs de la rue, même avec l'ampleur sans précédent des événements depuis trois jours, parviennent à infléchir un pouvoir qui appartient toujours, en dernière instance, au guide suprème Ali Khamenei. Et qu'il va lui falloir traiter avec Ahmadinejad si les Etats-Unis veulent faire aboutir leur initiative diplomatique dont l'importance va bien au-delà de l'Iran, avec un impact en Afghanistan, en Irak, au Liban, au Proche-Orient tout entier…
La difficulté d'Obama sera double. D'abord il va lui falloir trouver le bon moyen de relancer sa main tendue à l'Iran sans avoir l'air de trahir les espoirs des millions d'Iraniens qui ne se reconnaissent plus dans leur président et dans le régime islamique.
D'autre part, la victoire d'Ahmadinejad renforce incontestablement la position du gouvernement Netanyahou en Israël, et de tous ceux qui critiquent la vision d'Obama comme vaine, voire naïve (Nicolas Sarkozy en fait-il partie ? C'est probable même s'il ne le dit pas publiquement). Il n'est d'ailleurs pas indifférent, même si ce n'est pas directement lié, que le premier ministre israélien ait fait un geste en direction d'Obama dimanche en reconnaissant, pour la première fois depuis son élection, la possibilité d'un Etat palestinien.
Comme l'explique bien une analyse du quotidien israélien Haaretz, ces « faucons » diplomatiques redoutaient une possible victoire de Moussavi, en estimant qu'elle aurait brouillé la perception de l'Iran à l'extérieur en faisant voir un visage plus réformiste, plus souriant -alors que Moussavi n'est pas moins engagé que son rival en faveur du programme nucléaire. Ils font même valoir que le programme nucléaire n'est jamais allé aussi vite que sous un président réformiste, Mohammad Khatami, pourtant très courtisé par l'Occident.
Une discrétion américaine nécessaire
Il est donc probable que les Etats-Unis resteront discrets tant que la rue se fait entendre à Téhéran, tant que la révolte des électeurs iraniens privés de ce qu'ils perçoivent comme leur victoire restera intacte. Et qu'ils ne testeront les intentions d'Ahmadinejad que lorsque celui-ci aura fait la preuve qu'il est capable d'assumer sa fonction durablement, à condition que la confrontation actuelle ne tourne pas au bain de sang. Mais la nature réelle d'Ahmadinejad n'aura pas fondamentalement changé à la faveur de ces événements, c'est le contexte politique qui aura été bouleversé.
Il reste que l'équation nucléaire reste tout aussi inextricable. Le consensus interne en Iran est massif autour du droit de l'Iran, puissance régionale et grande civilisation, à se doter de la même arme nucléaire qu'Israël, l'Inde ou le Pakistan. Et Mahmoud Ahmadinejad sait parfaitement incarner ce consensus, malgré ses outrances et ses provocations verbales à répétition.
Le consensus international est plus fragile. Il existe en théorie sur le fait de bloquer les ambitions nucléaires iraniennes. Mais il n'existe plus s'il faut envisager des sanctions réellement sévères ou, pire, une option militaire. On sait que les Israéliens s'y préparent, mais qui est prêt à en envisager les conséquences ?
Ce n'est pas l'option privilégiée par Barack Obama, mais celui-ci verra ainsi testées ses capacités à être le « commandant en chef » des Etats-Unis et du monde occidental. Mais l'horizon s'est considérablement assombri pour le tout nouveau président des Etats-Unis, dont la grande ambition diplomatique se heurte à sa première crise.
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 09H20 | 15/06/2009 |
En même temps, il n'a jamais été inscrit dans le marbre des tables de la loi diplomatiques que les relations internationales étaient faciles. Obama devra faire ce qu'ont fait tous les hommes d'Etat, c'est-à-dire traiter avec ceux qu'on lui propose. La situation est assez ordinaire : demandez à tous ceux qui ont tiré la gueule quand les Etasuniens ont élu et réélu Bush. C'est à cette capacité-là, bien plus qu'aux fantasmes de campagne des (non-)électeurs d'Obama ou à quelques discours effectivement très bien troussés, qu'on verra si Obama justifie les espoirs parfois irrationnels qui ont été mis en lui. On le verra d'autant plus vite que les Iraniens semblent bien être convaincus que le moment est mûr pour accepter de négocier (négocier, pas aller à Canossa…).
Sur ce sujet d'ailleurs, je dois dire qu'il y avait quelque chose d'amusant à entendre les commentateurs occidentaux se pâmer au seul nom de Moussavi comme, naguère encore, elles se pâmaient (et se pâment encore ! ) au seul nom d'Obama. Je n'ai pas l'impression, a posteriori, que les enjeux proprement iraniens aient vraiment été pris en compte dans le flot des commentaires (ce que, du reste, le Yéti soulignait avec beaucoup de pertinence). Pour tout dire, dans les deux cas, les pâmoisons me paraissaient reposer sur des bases extrêmement maigrelettes.
Peu ou prou, la position d'Israël sera la même : ils devront se résigner à faire avec Ahmadinejad, de la même manière que les interlocuteurs d'Israël se résignent à faire avec Netanyahou. Et si d'aventure la politique préconisée par les faucons israéliens (c'est quoi, au juste, une colombe israélienne ? ) devait advenir, il est bien possible qu'Israël aille au devant de graves déconvenues. Ceux qui se figurent qu'il suffit qu'Israël bombarde l'Iran pour que tout rentre dans l'ordre se mettent, je le crains, le doigt dans l'oeil jusqu'à se gratter l'omoplate.
Juste une remarque sur la situation actuelle en Iran : s'il est certes préoccupant que nous ne sachions à peu près rien sur ce qui s'y passe, il ne faudrait tout de même pas perdre de vue que nous ne savons effectivement à peu près rien. Je me rappelle avoir lu, peu après 1981, un article dans un journal étasunien selon lequel, à en croire le correspondant à Paris, la France tombée aux griffes des communistes se trouvait en proie à une quasi guerre civile. Peut-être pourrions-nous attendre un chouïa avant de nous livrer à des supputations reposant sur des on-dit et des à-peu-près. Rien ne nous dit que les manifestations qui se déroulent en Iran soient si représentatives des réactions de la majorité des Iraniens que nous le souhaitons.
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H41 | 15/06/2009 |
« mais désormais considéré comme illégitime par une partie considérable de la société iranienne, au moins dans les villes »
Je connais pas du tout l'Iran , mais d'après ce que j'entends dans les médias depuis samedi, il s'agit d'un pays dans lequel les villes sont habitées uniquement d'étudiants gniangnians qui défilent jour et nuit dans les rues en glapissant des appels au secours à l'Occident, alors que les campagnes sont peuplées de barbus hirsutes à moitié nus qui passent la totalité de leurs temps a vêtir leurs femmes de burqas triple épaisseur en peau de bêtes, à lapider les homosexuels et à fabriquer des bombes atomiques dans des yaourtières en pierre .
Ça à l'air bizarre, comme pays , l'Iran .
De piecam
trav_ind | 10H48 | 15/06/2009 |
Réformiste, modéré, extrémiste…Je trouve ces distinctions entre les candidats iraniens bien exagérées. C'est tout juste valable en matière de politique intérieure, et encore dans les limites qu'impose le régime de la république islamique, mais certainement pas dans les relations qu'a l'Iran avec le monde extérieur. Là, tout le monde est d'accord, que ce soit le rapport à Israël ou le programme nucléaire.
Mousavi était premier ministre lors de la guerre avec l'Irak et il ne passait pas pour un modéré. Le franc succès d'Ahmadinedjad vient de ses discours où il appelle à rayer Israël de la carte mais il ne fait que répéter ce qu'a déjà dit Khomeini. Et le « réformiste » Mousavi a déjà exprimé le même point de vue…
Que ce soit l'un ou l'autre, la politique extérieure de l'Iran restera la même. Seul le discours aurait changé : avec Mousavi, il aurait été un peu moins abrupt.
Tous ceux qui pensent qu'Obama est « naïf et inexpérimenté » oublient un peu vite qu'il n'est pas seul et qu'il a une équipe derrière lui. Que je sâche ; le sénateur Mitchell, le général Jones, Robert Gates sont tout sauf des naïfs.
De plus, on n'a jamais dit que l'acteur de séries B, Ronald Reagan ou son prédécesseur étaient « inexpérimentés ». Pourtant…
En fait, le problème d'Obama avec sa politique de main tendue est le suivant :
Les Iraniens, quelque soit le président, considèrent que se sont les États-Unis les demandeurs. Que vont-ils demander en retour et quel sera le prix de leur collaboration ?
De Waldo
bye bye ... | 11H08 | 15/06/2009 |
Ce que l'on nomme Occident aimerait bien que ses souhaits se réalisent. Mais pas de lampe magique à frotter. Alors un peu comme pour la méthode Coué on répète un mantra pour tenter d'influencer le destin.
Ce coup là on entendait « Moussavi, Moussavi… »
Ça rappelle la petite phrase de De Gaulle à propos de l'Europe en décembre 65 : « … car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! … mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien ».
Las ! Ce n'est pas Moussavi. L'Occident s'empare alors d'un accessit, d'un lot de consolation : on espère voir dans les manifs les prémices d'une révolution. Ah que ce serait bien pour l'Occident ! Et une fois de plus « on » commet une erreur. L'homme providentiel (pour l'Occident) ne serait rien d'autre qu'un Ahmadinejad à la langue moins acérée mais aux prétentions identiques. Rien ne serait changé dans les relations internationales.
Et ce ne sont pas les gesticulations d'Israel - occasion de détourner l'attention - qui modifieraient quoi que ce soit. Bombarder ne ferait que retarder, cela n'arrêterait rien. Bombarder où et quoi ? Même les cibles sont incertaines !
A l'instant j'entends : « les manifestations prennent de l'ampleur en Iran… »
L'Occident serait-il devenu un cabri ?
De Ganjine
fainéant | 12H16 | 15/06/2009 |
Pour moi, les questions de politique étrangères (bombe atomique, Israël) ne sont que les « dégâts collatéraux » des débats qui animent la société iranienne.
Il y a 2 mois, les iraniens ne se sentaient pas du tout concerné par les élections et la réélection d'Ahmadinejad était considérée comme assurée.
Depuis Moussavi en créant le buzz autour de lui a soulevé une vague qui l'a largement dépassé. Il est clair que les attentes des électeurs de Moussavi sont bien plus larges que ce que Moussavi proposait. Par analogie Moussavi est au courant réformateur ce que Bayrou est à la révolution prolétarienne.
La campagne électorale a surtout servi de révélateur des fractures qui traversent la société iranienne au delà du premier clivage évident entre riches bourgeois réformateurs contre pauvres travailleurs conservateurs. Par exemple un des plus forts soutiens des conservateurs sont les bazaris (les riches marchands du Bazar), alors que l'inflation très forte a largement pénalisé la population.
Concernant les élections, il n'existe pas de preuve formelle de fraude mais un certain nombre d'indices et de témoignages vont dans ce sens. Les questions portent plutôt sur l'ampleur et les raisons de cette fraude, s'agissait-il d'éviter un deuxième tour simplement ou alors les résultats pour Ahmadinejad étaient beaucoup plus mauvais ? Cette fraude est-elle approuvée par l'ensemble du pouvoir, et dans ce cas-là qu'elle est la position de Rasfandjani considéré comme le n°2 et qui hait Ahmadinejad et qui a lancé la campagne de Moussavi ? Ou est-ce un coup de force d'une faction comme les Pasdarans dont est issue Ahmadinejad, (la République Islamique étant un regroupement de courants divers et non un monolithe homogène) ?
Les manifestants : combien de divisions ? Difficile à dire, il existe une vrai peur dans la population iranienne qui se rappelle encore des années 80 comme des années de sang (quand Moussavi était premier ministre ! ! ! ) ou de la répression des manifestations de juillet 1999 (Quand Khatami le réformateur était président ! ! ! ). Il faut un vrai courage (inconscience ? ? ? ) et un vrai désespoir pour manifester dans les rues des villes iraniennes. J'ai bien peur que tout cela finisse très mal et qu'une chape de plomb recouvre la société iranienne une fois le sang séché.
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 12H59 | 15/06/2009 |
c'est surtout un casse-tete pour Khamenei, qui ne peut plus se cacher derriere son joker
Ahmadinejad vient peut-être de mettre un terme à la Révolution de 1979 en engageant à travers la sienne, la légitimité du pouvoir suprême
http://blogules.blogspot.com/2009/06/no-you-cant-mr-ahmadinejad.html
Pour moi, la victoire d'Ahmadinejad annonce la défaite du régime aussi certainement que le triomphe de Bush en 2004 annonçait l'implosion du Parti Républicain.