Témoignage 15/06/2009 à 12h46

Chez les agents immobiliers, les masques tombent

La triste vie d'un agent immobilier"
Ninon Ingrid | La triste vie d'un agent immobilier


'French Door 58 » (GeishaBoy/Flickr).

Que les lecteurs qui exècrent la profession d'agent immobilier imaginent un instant le cauchemar que je viens de vivre : à l'occasion d'une formation, pendant plusieurs jours, j'ai respiré le même air qu'une trentaine de confrères, enfermés dans une pièce étroite éclairée de néons !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, non seulement j'ai survécu à cette terrible épreuve, mais je l'ai appréciée. Car enfin, les masques sont tombés !

Les directeurs d'agence, d'habitude volontiers fanfaronnant, préfèrent depuis peu la mettre doucement en « veilleuse ». Fini, les dix ventes soi-disant réalisées dans le mois et assénées de manière exagérée afin de rendre malades de jalousie les autres. Cette fois, les discours prennent des accents de vérité, les voix se voilent lorsque les difficultés actuelles sont évoquées.

Des pratiques « borderline »

De quoi peuvent donc bien parler une trentaine de responsables d'agences immobilières à l'occasion d'une formation intitulée « Transformer les dangers de la crise en opportunités » ? Je vous le donne en mille : 90% du temps de formation a été consacré à l'argent.

Plus précisément, à celui qui manque aux acquéreurs pour suivre les desiderata des propriétaires, au chiffre d'affaires qui a baissé de plus de 30% par rapport à l'année dernière pour une majorité d'acteurs immobiliers, et à la trésorerie insuffisante qui engendre régulièrement, dans la douleur et la culpabilité, des licenciements massifs de commerciaux.

La tonalité générale de cette réunion a tout de suite été déprimante, tant les gérants en avaient gros sur le cœur. Face au tangage économique, les directeurs se plaignent de la concurrence qui s'exacerbent entre confrères pour qui tous les coups sont permis.

Certains réseaux, s'accrochant à leur notoriété telle un rempart, n'hésitent plus à encourager leurs affiliés à des pratiques « borderline ». Les autres agences suivent le mouvement afin de ne pas subir de véritables actes de concurrence déloyales sans réagir.

Un repérage avant les soldes

Des statistiques fiables manquent terriblement. Alors chaque gérant présent à la formation s'en remet simplement à son ressenti, basé sur ses performances propres. Les confrères semblent d'accord, après confrontation de leurs résultats, sur quelques évidences :

  • les volumes de transactions enregistrées en 2009 semblent avoir baissé en moyenne de 30% par rapport aux premiers mois de 2008.
  • Les prix semblent avoir chuté réellement, sur les ventes réalisées par les agences participantes, de 5% en moyenne sur l'agglomération toulousaine, 6 à 7% en moyenne en première couronne, 10% en moyenne sur les zones plus éloignées de Toulouse et sur les villes moyennes (comme Montauban).
  • Les propriétaires refusent encore, en grande majorité, de baisser leurs prétentions affichées. Ils préfèrent s'accrocher à leurs rêves et maintenir un prix élevé, espérant toujours dégoter un pigeon... d'où le décalage frappant entre les prix publiés et les prix de vente réels !
  • Quasiment tous mes confrères présents envisagent l'avenir avec une même perspective : pour 2009, ils anticipent une baisse globale de 10% à 15%, en fonction des zones géographiques. L'année 2010 ne se place pas à leurs yeux sous de meilleurs auspices : 10% supplémentaires de baisse sont prévus par une majorité de gérants. Ainsi, la décrue anticipée approcherait 25% début 2011.
  • Le nombre de contacts téléphoniques, de mails et de visites web apparaît constant, voire curieusement croissant : l'intérêt des acquéreurs est donc toujours intact, même si les passages à l'acte d'achat diminuent. Les clients donnent l'impression de faire travailler les agences dans le seul but d'effectuer un repérage avant les soldes !

Ne pas figer les prix

Bien sûr, ce petit groupe de responsables d'agences n'est pas représentatif de la profession dans son intégralité. Leurs prévisions sont subjectives et peuvent être influencées par leurs expériences personnelles malheureuses ces derniers mois.

Je pense quand même que les professionnels de l'immobilier, lorsqu'ils sont entre eux, ne remettent plus en question la tendance actuelle à la baisse. Ils n'affichent plus un bel optimisme quant à l'avenir des prix. Ils ne parlent pas de « frémissement » ou de « reprise ».

Ils espèrent simplement qu'ils parviendront à convaincre à temps les vendeurs de ne pas figer leurs prix. Les premiers qui le comprendront vendront.


Photo : « French Door 58 » (GeishaBoy/Flickr).

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La triste vie d'un agent immobilier
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  • du_rhum_des_femmes
    • Posté à 15h23 le 15/06/2009

    A un autre moment je pourrais les plaindre mais là... je recherche un appart sur Paris, j'en croise des agents immobiliers (et des proprios, ils valent pas mieux)...

    Je commence à saturer leurs exigences (CDI pour tous les futurs locataires, un avis d'imposition bien fourni - pas de bol j'étais étudiant y a 2 ans -, des garants proprios, etc... ). Tout un tas de critères, qui comme m'a dit un agent samedi dernier « ce sont MES critères » sans qu'on puisse savoir lesquels (les revenus ? le nom ? la gueule ? ).

    Quant on cherche à la location, ils n'offrent pas plus de service que le moindre site d'annonces immobilières et prennent 1000€ environ pour un F2. On se sent un peu... comment dire ? ... arnaqué là.

    Bref, pour moi l'enjeu c'est tout simplement un endroit où vivre... alors les petits états d'âme des agents immobiliers...

  • Incognitow
    • Posté à 15h44 le 15/06/2009

    Petite réponse aux deux derniers contributeurs : je suis agent immobilier et ouais on a le droit de se défendre.
    L'escroquerie et l'incompétence, oui ca existe, comme partout, mais qui va crier sur les notaires ou les garagistes, c'est tellement moins consensuel...
    A tous ceux qui se disent arnaqués, jamais j'ai touché 1 cent que je n'aurais pas du, et je suis tres loin d'etre une exeption, mais qui dira qu'on a toutes les semaines plus de travail avec le tour de vis reglementaire de ces dernieres années ? Qui va s'émouvoir des heures passées a s'occuper d'un bien sale, pas rangé pour s'entendre dire « merci j'ai tout fait moi meme sans rien vous dire au revoir » ? Qui compatira a tous les coups fumeux de nos « clients », vendeurs ou acheteurs, souvent 10 fois plus tordus que ce qu'on nous reproche a nous ?
    A tous ceux qui s'estiment harcelés dans leur recherche de location, vous vous rendez compte du nombre d'impayés qui filent des ulcères aux bailleurs, pas tous riches et rentiers ? Dites vous qu'on ne vous connait pas, et qu'on se passerait peut etre d'éplucher vos fiches de paie a caus de tous les faux qui circulent...
    Et enfin, a « departapart », apprends ta grammaire avant de traiter les autres de tes noms de comptoire.
    Beau métier, mauvaise époque.

  • mao-tse-toung-
    • Posté à 17h12 le 15/06/2009

    C'est assez amusant de voir les agents immobiliers (cigales) pleurer « quand la bise fut venue », alors que quand ils chantaient l'été à la belle époque de l'immobilier flambant, ils se gavaient et on ne les entendait que lorsqu'ils frimaient au volant de leurs grosses auto .

    Eh bien oui, vous chantiez, j« en suis fort aise, et bien dansez maintenant ! ! ! !

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 19h48 le 15/06/2009
    • Internaute
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    l« article a le mérite de me fournir une explication à une question que je me posais
    pourquoi les prix qui figurent sur les offres sont de beaucoup supérieurs aux prix réels
    l'article y répond tres bien
    et je connais des agents immobiliers honnètes
    parfaitement
    après tout trouver un appartement qui convienne au budget d'un client ne doit pas forcèment mener à la malhonnéteté