entretien 15/06/2009 à 16h06

Alaa El Aswany : « Obama incarne tout ce qu'on n'a pas en Egypte »

Marie Brunerie | Prof à Sciences Po Toulouse


L'écrivain égyptien Alaa El Aswany (Marie Brunerie).

L'écrivain égyptien Alaa El Aswany était l'invité phare de la cinquième édition du Marathon des Mots à Toulouse, qui propose des lectures et des rencontres avec des auteurs. L'occasion de parler de son dernier roman « J'aurais voulu être égyptien », mais aussi des maux actuels de l'Egype et du discours d'Obama au Caire.

Avez-vous eu la chance de compter parmi les 3 000 auditeurs de Barack Obama à l'université du Caire la semaine dernière ?



Oui, j'ai même écrit un article dans mon journal, titré : « Pourquoi les Egyptiens aiment Obama » J'étais dans la salle et il y avait des gens très différents : les Frères musulmans derrière moi et des actrices de cinéma devant ! C'était incroyable, ils applaudissaient toujours au même moment.

Parce que c'est un leader charismatique ou parce que son discours était convaincant ?

On aime Obama en Egypte pour des raisons personnelles et pour ce qu'il représente : il est très charismatique, très éduqué, beaucoup plus que son prédécesseur. Il est noir, alors il ne peut pas être raciste. Et jusqu'à l'âge de dix ans, il a reçu une éducation islamique en Indonésie.

Il était très attirant. Il représente l'ouverture, l'opportunité pour tous de réussir. Exactement ce qu'on n'a pas en Egypte.

On vous présente comme l'héritier de Naguib Mahfouz. Un de ses livres, « Les Fils de la Médina » avait d'ailleurs été interdit malgré l'intervention de Nasser. Vous l'avez finalement publié à compte d'auteur. De la même manière, on vous a interdit d'assister à l'avant-première de l'adaptation de votre livre au cinéma, « L'Immeuble Yacoubian »...

Oui, les résultats sont les mêmes mais la manière est totalement différente. Nasser, on ne le sait peut-être pas très bien ici en Occident, était très « méchant » avec les opposants au régime mais il était très tolérant avec la culture. Moi, j'ai essayé d'être publié par mon gouvernement, mais il ne publie les gens qui le soutiennent...

Reste que c'est un très grand honneur d'être comparé à Mahfouz, comme pour n'importe quel écrivain arabe. C'est l'un des plus grands, c'est aussi un ami de mon père. J'ai été inspiré par sa fidélité pour la littérature et par sa grande personne. Il m'a appris que l'on ne peut pas être un grand écrivain sans être une grande personne.

Le narrateur de la nouvelle « Celui qui s'est approché et qui a vu » dit : « Je suis tombé captif de l'Occident. » Vous feriez vôtre cette formule ?

Non, j'ai eu une éducation française, l'élément occidental existe toujours, mais ça ne m'empêche pas d'être fier d'être Arabe... L'Egypte, ce sont mes racines, ma terre. Vous avez vu comment ça s'est passé avec ce personnage à la fin !

Comme souvent, ça se termine mal...

je suis désolé, je ferai mieux la prochaine fois !

Vous avez des mots très crus sur « l'arbitraire, la corruption et l'hypocrisie de la société égyptienne », vous parlez des « Egyptiens léthargiques que nous sommes »...

On écrit parce qu'on n'est pas content, parce qu'on n'est pas d'accord, sinon un écrivain n'a plus besoin d'écrire. Mais si je suis contre ce qui se passe en Egypte, je suis fier d'être égyptien, à 100% !

Dans « L'Immeuble Yacoubian », vous raillez cette citation du leader nationaliste Moustafa Kamel : « Si je n'avais pas été Egyptien, j'aurais voulu être Egyptien... »

je ne suis pas contre cette phrase, parce que je comprends pourquoi il l'a dite : on était dans l'empire turc, et c'était vraiment son rôle de convaincre les Egyptiens que nous avions une identité indépendante. Mais aujourd'hui, c'est totalement différent.

Dans la nouvelle « Le Factotum », vous dénoncez toujours la façon dont se pratique l'avortement, les condamnations liées à l'homosexualité, les passe-droits, l'islam radical des Frères musulmans...

Oui, ça c'est un grand sujet parce que l'islam peut être interprété diversement. On a eu une interprétation très tolérante et progressiste, c'est pour ça que notre société civile a existé très tôt, au XIXe siècle, avec le Parlement, les élections, la libération de la femme... On a commencé le cinéma avant l'Amérique !

Aujourd'hui, il y a un combat entre notre interprétation de l'islam et celle du wahhabisme, porté par l'Arabie saoudite. Le combat le plus visible, c'est celui pour la démocratie, mais le plus important et pourtant le moins visible, c'est celui contre l'intolérance. Je suis engagé dans les deux.

Vous êtes en train d'écrire votre quatrième ouvrage...

C'est un roman qui se passe en Egypte dans les années 40, très différent. J'essaie de ne pas me répéter, mais il y a beaucoup de points communs entre l'écriture et une histoire d'amour : on ne peut pas décider d'avoir une histoire d'amour...

Cela vient à vous, c'est un appel, un appel littéraire ?

Exactement !

J'aurais voulu être Egyptien - Alaa El Aswany - 200p. - 19,50€.

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  • Marie Brunerie
    Marie Brunerie
    Auteur(e) de l'article Prof à Sciences Po Toulouse
    • Posté à 18h59 le 15/06/2009
    • Internaute
      Prof à Sciences Po Toulouse

    MARIE Brunerie, en effet, merci de bien noter que je n'ai aucun lien de parenté avec ce nom que je me refuse à écrire sur ces pages...
    pour l'éducation d'obama, voir le comentaire suivant, merci !

  • Alex Engwete
    • Posté à 17h53 le 15/06/2009

    « Et jusqu'à l'âge de dix ans, [Obama] a reçu une éducation islamique en Indonésie », dixit Alaa El Aswany. Un mensonge ou plutôt un mythe déboulonné par la presse américaine (dont CNN) lors de la campagne présidentielle. Obama a été dans une école publique indonésienne. L'enseignement public est laïc en Indonésie !

    • Marie Brunerie
      Marie Brunerie répond à Alex Engwete
      Auteur(e) de l'article Prof à Sciences Po Toulouse
      • Posté à 19h11 le 15/06/2009
      • Internaute
        Prof à Sciences Po Toulouse

      pas vraiment non, le « mythe déboulonné » dans la presse américaine, c'est celui du camp Clinton (pendant les primaires démocrates) qui avait tenté de démontrer (en utilisant le magazine Insight et relayé à l'envie par fox news dont le jeu était de répéter aussi souvent que possible les mots chocs de « Madrassa », « Wahhabite », « musulman » et bien sûr « terroristes » avec le sens de l'amalgame et la subtilité habituelle qu'on leur connait ! ) qu'Obama avait étudié dans une Madrassa en Indonésie (une école coranique, radicale, donc) ;
      en fait Obama a bien étudié dans une école musulmane, pendant 2 ans, il connaît donc, (et pas seulement grâce à ses années indonésiennes d'ailleurs), comme l'a souligné Alaa El Aswany, bien l'Islam en effet..
      + d'infos :
      voir : Lien

  • EulChe
    • Posté à 18h24 le 15/06/2009

    « Il est noir, alors il ne peut pas être raciste “

    Ha bon ?

    • le soudanais
      le soudanais répond à EulChe
      ici et là
      • Posté à 18h54 le 15/06/2009
      • Internaute
        ici et là

      Oui j'ai oublié de relever...

      Pour un homme de lettres, ce monsieur enfile les perles dans cet interview, pas très convaincant, je n'avais pas d'opinion sur lui avant, désormais je me dis qu'il manque sérieusement de jugeote, surtout s'il est considéré comme un intellectuel qui compte (aux yeux de l'occident au moins) en Égypte.

      Dommage, mais écrivain à succès ne signifie pas forcement intéressant et censé ; )

      • EulChe
        EulChe répond à le soudanais
        • Posté à 19h17 le 15/06/2009

        Je ne connais pas du tout cet homme. Je ne sais pas s'il est considéré comme un « intellectuel qui compte ». Mais effectivement ses réponses m'ont semblé plates et bien consensuelles.

      • Marie Brunerie
        Marie Brunerie répond à le soudanais
        Auteur(e) de l'article Prof à Sciences Po Toulouse
        • Posté à 22h32 le 15/06/2009
        • Internaute
          Prof à Sciences Po Toulouse

        merci de lire son interview dans son intégralité sur mon blog, peut-être changerez-vous votre jugement ? ...

    • JAGGY-
      JAGGY- répond à EulChe
      Homme libre
      • Posté à 09h30 le 16/06/2009
      • Internaute
        Homme libre

      En fait, il aurait dû dire :

      « Il est métis, alors il ne peut pas être raciste »

      Et ça c'est quand même doublement vrai vous ne croyez pas ?

      Qu'il est métis (ça c'est un fait), et qu'un métis a infiniment moins de chances d'être raciste qu'un non métis. Parce que c'est pas facile de se détester sa mère ou son père, et que ce n'est pas facile alors qu'on a pu se sentir arbitre lors de confrontations entre nos 2 races, d'adopter une autre posture lorsque d'autres races sont en conflit.

      Même si on peut forcément on tout imaginer car les métis peuvent être tout à fait stupides aussi, il n'en reste pas moins vrai que c'est parmi la population des métis qu'on trouvera la proportion de racistes la plus faible.

      Métis = ceux qui se tiennent entre les races.

      Si tout le monde se souvenait qu'il était métis (car ya pas de pureté sur terre, nous sommes tous des mélanges), il n'y aurait pas de racisme.

  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 21h55 le 15/06/2009

    ce que j'aime ce sont les manipulations.

    quand je vois la première question « Avez-vous eu la chance de compter parmi les 3 000 auditeurs de Barack Obama »

    la chance ? en quoi aurait-ce du être une chance ?

    deuxième question : « Parce que c'est un leader charismatique ou parce que son discours était convaincant ? “

    tu as le choix de dire ce que tu veux à condition que ce soit positif.

    bref je n'ai pas été plus loin.

  • brothe
    • Posté à 03h00 le 16/06/2009

    Pour le « on ne peut pas etre raciste si on est noir » (releve par El Che) :

    En effet, j'ai entendu un Mauritanien me dire qu'il ne voulait pas aller au Senegal car il y avait des noirs. Le racisme des Chiliens a l'agard des Peruvien est le meme que le raciste des francais a l'egard des italiens dans les annees 20 (epoque italien = ritals = voleurs, je suppose que c'est annees 20 mais c'est peut etre plus tard). A Madagascar il y a un racisme des hauts plateaux contre les cotiers, au Japon contre les coreens ... Je ne parle meme pas de l'esclavage en afrique de l'ouest, des castes en inde, du liberia ...

    Non, le racisme et la connerie sont assez bien repartis dans le monde. Vu que les « caucasiens » (ie blanc) sont minoritaires dans le monde, si c'etaient les seuls racistes, tout serait bcp mieux.