entretien

Alaa El Aswany : « Obama incarne tout ce qu'on n'a pas en Egypte »

L'écrivain égyptien Alaa El Aswany (Marie Brunerie).

L'écrivain égyptien Alaa El Aswany était l'invité phare de la cinquième édition du Marathon des Mots à Toulouse, qui propose des lectures et des rencontres avec des auteurs. L'occasion de parler de son dernier roman « J'aurais voulu être égyptien », mais aussi des maux actuels de l'Egype et du discours d'Obama au Caire.

Avez-vous eu la chance de compter parmi les 3 000 auditeurs de Barack Obama à l'université du Caire la semaine dernière ?

Jaquette de 'J'aurais voulu être Egyptien' de Alaa El Aswany (DR).Oui, j'ai même écrit un article dans mon journal, titré : « Pourquoi les Egyptiens aiment Obama » J'étais dans la salle et il y avait des gens très différents : les Frères musulmans derrière moi et des actrices de cinéma devant ! C'était incroyable, ils applaudissaient toujours au même moment.

Parce que c'est un leader charismatique ou parce que son discours était convaincant ?

On aime Obama en Egypte pour des raisons personnelles et pour ce qu'il représente : il est très charismatique, très éduqué, beaucoup plus que son prédécesseur. Il est noir, alors il ne peut pas être raciste. Et jusqu'à l'âge de dix ans, il a reçu une éducation islamique en Indonésie.

Il était très attirant. Il représente l'ouverture, l'opportunité pour tous de réussir. Exactement ce qu'on n'a pas en Egypte.

On vous présente comme l'héritier de Naguib Mahfouz. Un de ses livres, « Les Fils de la Médina » avait d'ailleurs été interdit malgré l'intervention de Nasser. Vous l'avez finalement publié à compte d'auteur. De la même manière, on vous a interdit d'assister à l'avant-première de l'adaptation de votre livre au cinéma, « L'Immeuble Yacoubian »…

Oui, les résultats sont les mêmes mais la manière est totalement différente. Nasser, on ne le sait peut-être pas très bien ici en Occident, était très « méchant » avec les opposants au régime mais il était très tolérant avec la culture. Moi, j'ai essayé d'être publié par mon gouvernement, mais il ne publie les gens qui le soutiennent…

Reste que c'est un très grand honneur d'être comparé à Mahfouz, comme pour n'importe quel écrivain arabe. C'est l'un des plus grands, c'est aussi un ami de mon père. J'ai été inspiré par sa fidélité pour la littérature et par sa grande personne. Il m'a appris que l'on ne peut pas être un grand écrivain sans être une grande personne.

Le narrateur de la nouvelle « Celui qui s'est approché et qui a vu » dit : « Je suis tombé captif de l'Occident. » Vous feriez vôtre cette formule ?

Non, j'ai eu une éducation française, l'élément occidental existe toujours, mais ça ne m'empêche pas d'être fier d'être Arabe… L'Egypte, ce sont mes racines, ma terre. Vous avez vu comment ça s'est passé avec ce personnage à la fin !

Comme souvent, ça se termine mal…

je suis désolé, je ferai mieux la prochaine fois !

Vous avez des mots très crus sur « l'arbitraire, la corruption et l'hypocrisie de la société égyptienne », vous parlez des « Egyptiens léthargiques que nous sommes »…

On écrit parce qu'on n'est pas content, parce qu'on n'est pas d'accord, sinon un écrivain n'a plus besoin d'écrire. Mais si je suis contre ce qui se passe en Egypte, je suis fier d'être égyptien, à 100% !

Dans « L'Immeuble Yacoubian », vous raillez cette citation du leader nationaliste Moustafa Kamel : « Si je n'avais pas été Egyptien, j'aurais voulu être Egyptien… »

je ne suis pas contre cette phrase, parce que je comprends pourquoi il l'a dite : on était dans l'empire turc, et c'était vraiment son rôle de convaincre les Egyptiens que nous avions une identité indépendante. Mais aujourd'hui, c'est totalement différent.

Dans la nouvelle « Le Factotum », vous dénoncez toujours la façon dont se pratique l'avortement, les condamnations liées à l'homosexualité, les passe-droits, l'islam radical des Frères musulmans…

Oui, ça c'est un grand sujet parce que l'islam peut être interprété diversement. On a eu une interprétation très tolérante et progressiste, c'est pour ça que notre société civile a existé très tôt, au XIXe siècle, avec le Parlement, les élections, la libération de la femme… On a commencé le cinéma avant l'Amérique !

Aujourd'hui, il y a un combat entre notre interprétation de l'islam et celle du wahhabisme, porté par l'Arabie saoudite. Le combat le plus visible, c'est celui pour la démocratie, mais le plus important et pourtant le moins visible, c'est celui contre l'intolérance. Je suis engagé dans les deux.

Vous êtes en train d'écrire votre quatrième ouvrage…

C'est un roman qui se passe en Egypte dans les années 40, très différent. J'essaie de ne pas me répéter, mais il y a beaucoup de points communs entre l'écriture et une histoire d'amour : on ne peut pas décider d'avoir une histoire d'amour…

Cela vient à vous, c'est un appel, un appel littéraire ?

Exactement !

J'aurais voulu être Egyptien - Alaa El Aswany - 200p. - 19,50€.

13 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de le soudanais

De le soudanais

ici et là | 15H31 | 15/06/2009 | Permalien

Déjà j'avais cru lire Maxime Brunerie pour l'interview, et j'avoue que ça m'a surpris : )

Sinon, pour revenir sur le fond, ce monsieur - je ne connais pas ses romans, contrairement à ceux de Mahfouz - a un discours plutôt novateur pour l'Égypte, une des pires dictatures de la région. Mais comme la vache qui rit est un précieux allié de l'Amérique on ne dit pas grand chose. N'oublions pas que pour chaque dollar versé à Israël, l'Égypte reçoit 50 cents. Néanmoins, il est le produit de la propagande qui sévit dans son pays, à ma connaissance Obama a été à l'école en Indonésie, sans pour autant étudier dans une école coranique ou islamique comme plus ou moins insinué par l'auteur.

La police en Égypte est omniprésente, l'armée également - état d'urgence en place depuis la mort de Saddate - et tous les services secrets qui vont avec. Pour avoir vécu quelques temps au Caire, je confirme avoir été très rapidement mis sur écoute et également avoir un gentil monsieur bilingue - ce qui ne court pas les rues - qui est venu régulièrement prendre de mes nouvelles par le plus grands des hasards quand je sortais de chez moi : ) j'avais uen carte de presse, peut être que ceci explique cela.

La jeunesse égyptienne a une réelle envie de voir changer les choses, mais Gamal va remplacer son père et pas grand monde ne pourra véritablement dire grand chose. Cette jeunesse exposée aux pires tortures souffre dans sa chair de vivre en dictature. La police arrête de manière arbitraire à peu prêt tout ce qui compte de vaguement contestataire, pas besoin d'être affilié à un mouvement pour gouter à l'hospitalité des bourreaux égyptiens. Le régime est à gerber, le peuple égyptien est généreux mais trop habitué à courber l'échine ou à s'énerver sur de mauvaises cibles, difficile à l'époque d'expliquer à mes interlocuteurs que juifs et israéliens étaient deux notions différentes.

Portrait de Marie Brunerie

à le soudanais Portrait de le soudanais De Marie Brunerie (auteur)

Prof à Sciences Po Toulouse | 17H59 | 15/06/2009 | Permalien

MARIE Brunerie, en effet, merci de bien noter que je n'ai aucun lien de parenté avec ce nom que je me refuse à écrire sur ces pages…
pour l'éducation d'obama, voir le comentaire suivant, merci !

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 16H53 | 15/06/2009 | Permalien

« Et jusqu'à l'âge de dix ans, [Obama] a reçu une éducation islamique en Indonésie », dixit Alaa El Aswany. Un mensonge ou plutôt un mythe déboulonné par la presse américaine (dont CNN) lors de la campagne présidentielle. Obama a été dans une école publique indonésienne. L'enseignement public est laïc en Indonésie !

Portrait de Marie Brunerie

à Alex Engwete Portrait de Alex Engwete De Marie Brunerie (auteur)

Prof à Sciences Po Toulouse | 18H11 | 15/06/2009 | Permalien

pas vraiment non, le « mythe déboulonné » dans la presse américaine, c'est celui du camp Clinton (pendant les primaires démocrates) qui avait tenté de démontrer (en utilisant le magazine Insight et relayé à l'envie par fox news dont le jeu était de répéter aussi souvent que possible les mots chocs de « Madrassa », « Wahhabite », « musulman » et bien sûr « terroristes » avec le sens de l'amalgame et la subtilité habituelle qu'on leur connait ! ) qu'Obama avait étudié dans une Madrassa en Indonésie (une école coranique, radicale, donc) ;
en fait Obama a bien étudié dans une école musulmane, pendant 2 ans, il connaît donc, (et pas seulement grâce à ses années indonésiennes d'ailleurs), comme l'a souligné Alaa El Aswany, bien l'Islam en effet..
+ d'infos :
voir : http://thinkprogress.org/2007/01/19/fox-obama-madrassa

Portrait de Alex Engwete

à Marie Brunerie Portrait de Marie Brunerie De Alex Engwete

Consultant | 20H25 | 15/06/2009 | Permalien

Merci pour la mise au point.

Portrait de Marie Brunerie

à Alex Engwete Portrait de Alex Engwete De Marie Brunerie (auteur)

Prof à Sciences Po Toulouse | 21H30 | 15/06/2009 | Permalien

« y'a pas d'mal ! » comme dirait l'autre…

Portrait de EulChe

De EulChe

Humaniste hère | 17H24 | 15/06/2009 | Permalien

 »Il est noir, alors il ne peut pas être raciste  »

Ha bon ?

Portrait de le soudanais

à EulChe Portrait de EulChe De le soudanais

ici et là | 17H54 | 15/06/2009 | Permalien

Oui j'ai oublié de relever…

Pour un homme de lettres, ce monsieur enfile les perles dans cet interview, pas très convaincant, je n'avais pas d'opinion sur lui avant, désormais je me dis qu'il manque sérieusement de jugeote, surtout s'il est considéré comme un intellectuel qui compte (aux yeux de l'occident au moins) en Égypte.

Dommage, mais écrivain à succès ne signifie pas forcement intéressant et censé ; )

Portrait de EulChe

à le soudanais Portrait de le soudanais De EulChe

Humaniste hère | 18H17 | 15/06/2009 | Permalien

Je ne connais pas du tout cet homme. Je ne sais pas s'il est considéré comme un « intellectuel qui compte ». Mais effectivement ses réponses m'ont semblé plates et bien consensuelles.

Portrait de Marie Brunerie

à le soudanais Portrait de le soudanais De Marie Brunerie (auteur)

Prof à Sciences Po Toulouse | 21H32 | 15/06/2009 | Permalien

merci de lire son interview dans son intégralité sur mon blog, peut-être changerez-vous votre jugement ? …

Portrait de JAGGY

à EulChe Portrait de EulChe De JAGGY

Homme libre | 08H30 | 16/06/2009 | Permalien

En fait, il aurait dû dire :

« Il est métis, alors il ne peut pas être raciste »

Et ça c'est quand même doublement vrai vous ne croyez pas ?

Qu'il est métis (ça c'est un fait), et qu'un métis a infiniment moins de chances d'être raciste qu'un non métis. Parce que c'est pas facile de se détester sa mère ou son père, et que ce n'est pas facile alors qu'on a pu se sentir arbitre lors de confrontations entre nos 2 races, d'adopter une autre posture lorsque d'autres races sont en conflit.

Même si on peut forcément on tout imaginer car les métis peuvent être tout à fait stupides aussi, il n'en reste pas moins vrai que c'est parmi la population des métis qu'on trouvera la proportion de racistes la plus faible.

Métis = ceux qui se tiennent entre les races.

Si tout le monde se souvenait qu'il était métis (car ya pas de pureté sur terre, nous sommes tous des mélanges), il n'y aurait pas de racisme.

Portrait de sup. à la demande du riverain 29 juin

De sup. à la demande du riverain 29 juin

bye bye ... | 20H55 | 15/06/2009 | Permalien

ce que j'aime ce sont les manipulations.

quand je vois la première question « Avez-vous eu la chance de compter parmi les 3 000 auditeurs de Barack Obama »

la chance ? en quoi aurait-ce du être une chance ?

deuxième question : « Parce que c'est un leader charismatique ou parce que son discours était convaincant ? “

tu as le choix de dire ce que tu veux à condition que ce soit positif.

bref je n'ai pas été plus loin.

Portrait de brothe

De brothe

chercheur Postdoc | 02H00 | 16/06/2009 | Permalien

Pour le « on ne peut pas etre raciste si on est noir » (releve par El Che) :

En effet, j'ai entendu un Mauritanien me dire qu'il ne voulait pas aller au Senegal car il y avait des noirs. Le racisme des Chiliens a l'agard des Peruvien est le meme que le raciste des francais a l'egard des italiens dans les annees 20 (epoque italien = ritals = voleurs, je suppose que c'est annees 20 mais c'est peut etre plus tard). A Madagascar il y a un racisme des hauts plateaux contre les cotiers, au Japon contre les coreens … Je ne parle meme pas de l'esclavage en afrique de l'ouest, des castes en inde, du liberia …

Non, le racisme et la connerie sont assez bien repartis dans le monde. Vu que les « caucasiens » (ie blanc) sont minoritaires dans le monde, si c'etaient les seuls racistes, tout serait bcp mieux.

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