A debattre

Christian Estrosi à fond les manettes vers l'Intérieur

Obnubilé par les questions de sécurité, le maire de Nice s'est assuré auprès de l'Elysée que sa campagne serait récompensée.

Christian Estrosi à l'université d'été de l'UMP à Royan en 2008 (Audrey Cerdan/Rue89)

Nommé en 2002 rapporteur à l'Assemblée nationale des lois sur la sécurité intérieure, Christian Estrosi sait depuis que son rêve d'atterrir au ministère de l'Intérieur est réalisable. But atteint en 2005, avec le poste de ministre délégué à l'Aménagement du territoire, auprès de Nicolas Sarkozy. Las, il passe ensuite à l'Outre-mer et voit son souhait prendre du plomb dans l'aile.

Egalement président du conseil général des Alpes-Maritimes, il décide alors de s'ancrer à Nice et remporte la municipale de mars 2008, après avoir promis pendant la campagne de quitter la politique nationale. Ce qu'il fait en démissionnant aussitôt du secrétariat d'Etat à l'Outre-mer.

Mais on ne se refait pas, l'appel du pouvoir est trop fort pour qui y a déjà goûté. Le maire de Nice portera un premier coup de canif au contrat passé avec ses électeurs en briguant ensuite avec succès un siège de député dans sa ville. « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis », affiche pourtant la page d'accueil de son site, plagiant la déclaration de son ami Nicolas Sarkozy.

Et la seconde entorse est imminente. En tout cas, il se démène pour. Selon nos informations, Christian Estrosi a appelé lundi l'Elysée pour s'assurer que son rôle actif pendant la campagne des européennes a été remarqué par le chef de l'Etat et qu'il figure bien dans la short list des futurs entrants au gouvernement à l'occasion du remaniement qui se profile. Double réponse positive de son interlocuteur.

« Christian fera cela très bien »

Il faut dire qu'il n'a pas ménagé ses efforts, allant jusqu'à La Réunion pour soutenir Yolaine Costes, candidate de la majorité présidentielle. Le point d'orgue aura cependant été l'organisation du discours sur la sécurité prononcé par Nicolas Sarkozy à Nice, suivi d'un meeting réservé aux militants UMP.

La sécurité, tel est toujours le dada de l'ancien champion de moto. Pas sûr toutefois qu'il obtienne, cette fois encore, le maroquin de l'Intérieur. Si les relations sont toujours aussi froides entre Michèle Alliot-Marie et le président de la République, difficile pour ce dernier de se séparer ou mettre au placard la principale chiraquienne du gouvernement.

Le chef de l'Etat aurait plutôt dans l'idée de créer un secrétariat d'Etat à la Sécurité publique. C'est l'idée que Nicolas Sarkozy a exposé à son cabinet, rapporte Le Canard enchaîné du 29 avril :

« Il faut que quelqu'un prenne tout ça en main, et s'exprime régulièrement sur la sécurité en mettant en avant notre fermeté. Christian fera cela très bien. »

« Avoir une guerre d'avance »

En attendant, le député-maire continue à mettre le paquet sur la sécurité. Ce jeudi encore, venu défendre sur Europe 1 sa proposition de loi contre les bandes violentes, il a expliqué qu'« il faut toujours essayer d'avoir une guerre d'avance » dans la lutte contre la délinquance.

Sans oublier évidemment de ménager sa potentielle future ministre de tutelle : « J'ai beaucoup d'estime pour Michèle Alliot-Marie qui fait un excellent travail. » Avant de détailler sa proposition de loi, qui prévoit une peine de « trois ans de prison et 45 000 euros d'amende » et s'appliquera aux mineurs « à partir de 13 ans » :

« Désormais, le seul fait d'appartenir à une bande constituera un délit lorsqu'on a l'intention de nuire. (…) La dissimulation du visage (…) est une circonstance aggravante. » (Voir la vidéo)


Christian Estrosi ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Il a d'ores et déjà déposé un amendement qui permet de sanctionner pénalement toute « personne habilitée à pénétrer dans un établissement » qui y « introduit une arme », « après qu'un enseignant eut été poignardé par un de ses élèves ». Amendement qui prévoit une peine de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

« Un laboratoire national de la sécurité »

Le conseiller politique de l'UMP souhaite aussi « la création d'une unité spéciale de police consacrée aux établissements scolaires, et a proposé dans sa ville, qu'il voit comme “un laboratoire national de la sécurité”, la mise en place de portiques de sécurité à l'entrée des collèges et des lycées à risques.

A l'image de la politique de Nicolas Sarkozy place Beauvau, les forces de l'ordre ne doivent pas non plus s'attendre à quelque clémence en cas de nomination de Christian Estrosi. Les policiers niçois peuvent en témoigner. Après le braquage d'un bureau de poste et l'incendie volontaire d'une conduite de gaz début juin, le premier édile les a fustigés dans les colonnes de Nice Matin :

“Les gens me disent que les policiers du commissariat des Moulins ne sortent pas du commissariat que nous avons financé. [Ils doivent être] plus mobilisés et avoir des résultats plus importants, même s'ils sont en amélioration, que ceux d'aujourd'hui.”

Photo : Christian Estrosi à l'université d'été de l'UMP à Royan en 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

3 commentaires sélectionnés

Portrait de the bird

De the bird

étudiant | 18H28 | 11/06/2009 | Permalien

Cela commence à devenir une bien mauvaise habitude, à chaque fois que j'écris un comentaire c'est pour m'insurger de la politique Sarkozienne.

Si Estrosi arrive à monter sur son siège de ministre, je ne vous raconte pas la belle brochette de petites fouines que l'on va se coltiner : Estrosi, Hortefeu…etc reste plus qu'à réintégrer Juppé et le bouquet est parfait.

Déjà Darcos envisage à lui seul, enfin ce n'est même pas sûr, l'installation de portique dans nos écoles, mais alors avec E. aux manettes on va même pouvoir entamer des dépistages de stupéfiants.

Petites questions :
Je me trompe ou c'est depuis le début du mandat de Sarko que les prérogatives de chaque ministère sont modulables à souhait ?
Aurait-il l'intention de mettre en place encore un de ses sbires ?

Portrait de Naradamuni

De Naradamuni

sans | 18H37 | 11/06/2009 | Permalien

Le retour du pro de la peine de mort, celui qui considère qu'à défaut de la peine de mort « il n'y a rien d'inhumain à laisser les condamnés en prison jusqu'à la fin de leurs jours puisque c'est là qu'ils sont le mieux »
Certains anarcho-terroristes vont regretter MAM !

Portrait de tchavolo

De tchavolo

19H06 | 11/06/2009 | Permalien

J'aime bien l'idée qu'arrêter quelqu'un qui n'a rien fait, mais a l'intention de faire quelque chose, c'est de la prévention. Décidément, « Minority Report » est le film fétiche de l'UMP. Il doivent faire des séances obligatoires tous les mois ! Et le coup de l'appartenance à une bande : c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Et puis entendre un gars comme Estrosi dire ça. On a l'impression d'entendre un clown. Il ne manque plus que la musique de cirque en fond.

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