RSA : « Même en Pologne on voit pas ça »
Je sors de la Caisse d'Allocations Familiales de Roubaix.
Un préfabriqué a été rajouté sur le trottoir avec un sigle RSA gros comme celui d'une station service. La salle d'attente de la CAF de Roubaix, c'était autant de sièges qu'un cinéma d'arts et d'essais, avec un distributeur de tickets d'attente et des moniteurs pour vous appeler aux guichets/parloirs sécurisés.
Le distributeur de tickets a été supprimé. Les sièges ont été démontés. A la place : une file d'attente, comme au bon vieux temps. Une heure après l'ouverture, elle déborde déjà sur le trottoir. 1 heure et 12 minutes d'attente debout, j'ai compté trois femmes enceintes, une trentaine de personnes de plus de 70 ans, une dizaine de poussettes et autant d'enfants de moins de six ans, pour la demi-douzaine de sièges qu'on a laissé dans les coins.
La queue déborde des barrières et s'entortille à la porte. A l'entrée, un agent administratif, les traits tirés, navigue parmi les arrivants et réoriente ceux qui viennent pour le « test RSA » vers le préfabriqué voisin, donne quelques explications. Il reste calme, courtois et pédagogue malgré l'agacement général, et fait aussi office de vigile. Est-ce un hasard ? Il est de type nord-africain et bodybuildé.
Sur chaque visage à l'entrée, la même sidération devant cette queue effrayante, la même hésitation. Une personne sur trois rebrousse chemin. Personne ne vient ici pour le plaisir de la visite, pourtant.
Tous les quarts d'heure, un impatient tente de se faufiler dans la queue. Certains s'énervent, d'autres tentent de se raisonner les uns les autres : « On est tous dans la même M..., chacun son tour..., moi aussi je suis là depuis une heure... ». L'agent d'accueil a trouvé un siège à une octogénaire tremblotant sur sa canne, elle se lève pour
proposer sa place à une femme enceinte essoufflée.
J'entends : « Même en Pologne, on ne voit plus des choses pareilles » ; « J'étais au RMI, ils disent que ça passe automatiquement au RSA mais au téléphone, ils ont dit que je devais venir quand même » ; « Je suis venu hier, j'ai cru qu'il y aurait moins de monde à l'ouverture aujourd'hui, et en fait c'est pire ».
Certains sont philosophes, se font des politesses, échangent des plaisanteries. D'autres ont l'air blasés, soumis à leur sort. Chez certains, on voit l'agacement se muer en colère contenue. Dans ma tête, j'entends la chanson de Brel « Au suivant ! ».
Les portes des guichets/parloirs sont laissées ouvertes, ça débite. Les conseillers, qui ne peuvent qu'être entre l'ordinateur et l'allocataire se prennent une heure de montée en pression dans la gueule, toutes les cinq minutes.
Entre chaque « Au suivant », ils n'ont que quelques secondes pour prendre une respiration, forcer un sourire poli pour un nouveau « Bonjour Monsieur ».
Ils étaient en première ligne devant la pauvreté, les voila au front devant la misère, fantassins au garde à vous sous la mitraille, interdits de battre en retraite. Le bouclier social s'est retourné, l'étage supérieur de la CAF est étanche.
J'ai fait mon heure et douze minutes de queue pour poser une signature réglementaire au bas d'un formulaire inutile. J'ai épilogué au minimum. J'ai dit à la conseillère : « Je suis dans la m... mais je ne suis pas sûr que je préfèrerais être à votre place, est-ce qu'il y a une pétition qui tourne ? », désignant la foule agacée derrière moi.
Elle m'a répondu : « Je ne vous découragerais pas de faire un courrier ».
Le voici, parce que je ne pense pas informer l'étage supérieur et étanche de ce qui se passe en salle d'attente, et qu'on n'y verra pas d'autre caméras que la vidéosurveillance.
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Avis d'incriminer la CAF (ou les étages supérieurs de la CAF, bien joué la formule pour ne pas taper sur les camarades travailleurs) il faudrait peut être s'informer sur la façon dont le RSA a été mis en place.
Faire le constat de la catastrophe c'est bien, pointer des coupables de façon aussi légère que vous le faîtes, c'est lamentable. Pour info, aucun moyen n'a été attribué pour la mise en place du RSA, et ça fait des mois que les CAF préviennent qu'elles ne pourront être prêtes à temps faute de moyens.
Bref, encore un qui se trompe de cible. Dommage, le reste de l'article est bien foutu.




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