Total et le stockage de carbone : halte aux Shadoks climatiques
Pourquoi ne pas tirer tout de suite la leçon de la volonté des Français et des Européens de placer l’urgence écologique au cœur de la politique ? Pourquoi ne pas abandonner tout de suite quelques projets absurdes, dangereux et qui ne sont que de fausses solutions ? Pourquoi ne pas commencer par interdire tout de suite à la société Total ce qu’elle s’apprête à faire à Jurançon dans les Pyrénées-Atlantiques ?
Pomper pour lutter contre le dérèglement climatique ? Pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le dérèglement climatique, la société Total affirme en effet avoir trouvé la parade : pomper, pomper et encore pomper le dioxyde de carbone avant de l’enfouir sous terre, dans une zone sismique, dans un grand trou. Cette stratégie du Shadok climatique est en passe de devenir réalité ces jours-ci sur le site de Jurançon dans les Pyrénées-Atlantiques.
Une fausse solution à un vrai problème
Total s’apprête à capturer et enfouir sous nos pieds 120 000 tonnes de CO2 en deux ans. Peu importe qu’aucune loi n’autorise ces opérations, peu importe qu’aucune expertise indépendante n’ait eu lieu, peu importe qu’aucun débat public n’ait été organisé ni au Parlement ni ailleurs... on fonce tête baissée dans une fausse solution à un vrai problème. Beau cadeau pour les générations futures...
Un mensonge climatique. Cette technologie ne permet pas de réduire efficacement nos émissions de gaz à effet de serre. A l’inverse, elle consomme beaucoup : il faut gaspiller 40% d’énergie supplémentaire pour mettre du CO2 sous le tapis ! Pire, les opérations de capture et de stockage de carbone sont destinées à accompagner le développement des centrales thermique à charbon qui sont particulièrement polluantes et émettrices de gaz à effet de serre.
A quoi bon ? La technologie de capture et de stockage de carbone ne sera en effet pas opérationnelle avant 2030 alors que le GIEC nous exhorte à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet avant 2015. Or les économies d’énergie et les énergies renouvelables déjà techniquement disponibles nous permettraient de faire mieux, plus vite et à moindre coût.
Le principe contribuable-payeur au fond du trou
Cette technologie n’a pas qu’un intérêt commercial pour les industriels, elle permet aussi de percevoir des fonds publics. Au nom de la recherche, plusieurs projets industriels recevront ainsi des subventions de l’Etat pour procéder à des opérations dont ils seront les seuls bénéficiaires. De plus, les industriels qui utiliseront cette technique recevront des permis d’émissions supplémentaires... pour émettre à l’atmosphère l’équivalent des tonnes enfouies. Une absurdité écologique, mais un vrai gain spéculatif.
La feuille de route énergétique pour 2020 présentée par le Gouvernement la semaine dernière prévoit en effet une enveloppe de 450 millions d’euros pour financer des fonds démonstrateurs de recherche dont certains seront consacrés aux « bio » carburants ou aux projets de capture et de stockage de carbone. Mieux, Total a obtenu la garantie que c’est l’Etat qui assurera la surveillance et l’entretien du site après enfouissement du carbone. En cas de problème, c’est donc le contribuable qui recevra la facture : le principe pollueur payeur est lui aussi enfoui, et pour longtemps, dans un grand trou !
Nous proposons pourtant une chose toute simple : un débat démocratique sur l’intérêt de la capture et le stockage de carbone, que la Commission nationale du débat public pourrait tout à fait organiser. Est-ce trop demander ? En attendant, le débat aura malheureusement lieu devant le juge qui sera saisi par les associations opposées au projet dont nous assurerons la défense.
Photo : la tour Total à La Défense (Charles Platiau/Reuters).
- Sur asso.frLe communiqué de presse des associations
- Sur over-blog.comLe blog de l'association CJE
- Sur total.comStockage et captage: l'exemple de Lacq sur le site de Total
- Sur www.pyrenLe projet de captage à Jurançon sur le site de la préfecture des Pyrénées-Atlantique
- Sur rue89.comLes autres articles d'Arnaud Gossement
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Now future & karpe diem
Now future & karpe diem
Ce n’est pas honnête de dire qu’on gaspille de l’énergie avec cette technique.
Si on produit 10MW avec du gaz naturel (ou du charbon ou du pétrole), et qu’on en utilise 5MW pour enfouir le gaz produit en surplus, il reste 5MW d’électricité avec 0% de gaz émis dans l’atmosphère.
Le problème c’est le stockage.
Certes en théorie on remplit à nouveau un réservoir naturel de gaz, donc un emplacement qui était étanche durant des millions d’années et qui est prévu pour contenir du gaz.
Mais le premier doute qui m’assaille c’est la réaction chimique, plus précisément la corrosion, de la roche formant la poche de gaz si on lui refourgue du dioxyde de carbone au lieu du méthane et de l’éthane qu’elle contenait auparavant.
Ensuite, je ne suis pas sur que la cavité soit toujours étanche. Une fois qu’on l’a vidé de son gaz, du fait de la baisse de pression et de la gravité, certains morceaux de la caverne ont pu s’écrouler ou se fissurer.
Et puis on n’est jamais à l’abri d’un séisme même mineur qui vienne provoquer une belle fuite.
Alors certes aujourd’hui on y fait gaffe, mais qu’en sera-t-il dans 10000 ans, lorsque plus personne ne sera au courant et qu’un beau matin 5000 personnes claqueront asphyxiées par une grosse fuite de CO2 mystérieusement sorti du sol.
Et d’un point de vue moins catastrophiste, il y a aussi le risque de calcification et d’acidification des nappes phréatiques.
Mais au-delà du stockage à très long terme, et surtout si on évite le foutage de gueule du crédit carbone pour ça, il existe un intêret à avoir un prototype de ce genre : on peut le faire donc on doit voir comment cela se passe.
Car cela a son utilité pour le stockage à court terme. On peut imaginer par exemple une centrale à pétrole qui, espérons le, ne sera utile que lors d’hiver rude et ne tournera qu’un mois dans l’année. Alors plutôt que de relâcher tout son CO2 en un seul mois, il sera plus sain de le stocker et de le relâcher sur 12 mois.
C’est aussi une bonne expérience pour apprendre à injecter sous terre des matières moins volatiles, comme des liquides ou des boues dont on veut se débarrasser sans pourrir la surface.




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