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Liban : la majorité antisyrienne sort renforcée des élections

Contrôle des cartes d'identités à l'entrée d'un bureau de vote dans la vallée de la Bekaa (Mohamed Azakir/Reuters)

(De Beyrouth) Le ministre de l'Intérieur libanais a annoncé les résultats officiels ce lundi en début d'après-midi à Beyrouth : la majorité sortante remporte les élections législatives, en gagnant un siège de plus que sous la précédente législature. Ziyad Baroud, également président de la commission électorale centrale, s'est félicité du « message » délivré au monde entier sur le « processus démocratique libanais ».

Sur un Parlement de 128 députés, 68 vont à la majorité sortante pro-occidentale dite du « 14 mars » dirigée par le sunnite Saad Hariri, fils de l'ex-Premier ministre Rafik Hariri, assassiné en 2005. Si on leur ajoute les trois députés indépendants qui se rallieront à la majorité, celle-ci compte un député de plus que lors du Parlement sortant.

L'opposition pro-syrienne dite du « 8 mars », menée par le général chrétien Michel Aoun et le mouvement radical chiite Hezbollah, obtient les 57 sièges restants. Le Hezbollah, qui compte désormais 11 députés (contre 14 auparavant), a déclaré accepter le résultat, tout en appelant à un gouvernement d'union nationale.

Plus de 54% de participation, un taux record

La chaîne du Hezbollah, Al-Manar, avait d'ailleurs retransmis en direct l'allocution de victoire de Saad Hariri, dès dimanche soir. Le parti de Dieu, qui avait montré début 2008 à quel point il était le maître militaire du pays, vient d'apprendre à ses dépens que c'est bien le camp d'en face qui maîtrise les urnes.

Une des questions posées à la majorité renouvelée est celle du désarmement du Hezbollah, conformément à la résolution 1559 du conseil de sécurité de l'ONU. Israël a déjà demandé que ce désarmement soit effectué, et le Hezbollah anticipe tout questionnement en répondant que c'est « non-négociable ».

Une dépêche publiée dans la section française du site d'Al-Manar résume ainsi la victoire du camp adverse :

« Les forces du 14 mars appuyées par l'Occident ont préservé la majorité au parlement libanais, alors que l'opposition est restée dans l'opposition. »

La participation a atteint le taux record de 54,1%, contre 44,8% en 2005. Les Libanais de l'étranger sont venus gonfler les rangs des 3,2 millions d'électeurs (le Liban lui-même ne compte que 4 millions d'habitants). Plusieurs partis, dans les deux camps, avaient payé les billets d'avions de leurs électeurs.

L'opposition devrait perdre sa minorité de blocage

Si la majorité parvient à maintenir ses engagements, l'opposition devrait perdre la minorité de blocage qu'elle possédait jusqu'alors. Les observateurs s'accordent pour considérer qu'un gouvernement d'union nationale devrait être constitué.

Les élections se sont déroulées dans un calme relatif, malgré quelques incidents ici ou là. En début d'après-midi à Achrafieh, un quartier chrétien de Beyrouth, l'armée continuait à déployer des blindés, craignant des manifestations un peu mouvementées de la part des vainqueurs ou des vaincus.

Les partisans d'Aoun ou du Hezbollah, comme ce chauffeur de taxi chrétien, sont déçus qu'un gouvernement de « mafieux » se soit maintenu. De son côté, la presse syrienne accuse la majorité sortante d'avoir « acheté » les votes.

Contrôle des cartes d'identités à l'entrée d'un bureau de vote dans la vallée de la Bekaa (Mohamed Azakir/Reuters)

4 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H49 | 08/06/2009 | Permalien

Finalement, la véritable information, c'est qu'il n'y a pas à proprement parler d'information. La démocratie libanaise fonctionne cahin-caha, mais fonctionne : une majorité est sortie des urnes, la minorité qu'on avait tendance à présenter comme une sorte de diable incarné reconnaît sa défaite. Quand on disait que le Hezbollah était constitué d'êtres politiques et rationnels, c'est tout juste si on ne se faisait menacer d'internement psychiatrique, et pourtant : la preuve est là.

Des problèmes restent certes pendants (comme, par exemple, la question de l'armement du Hezbollah), mais ce sont des problèmes libanais dont la solution appartiendra aux Libanais et à leurs élus. On ne saurait trop suggérer aux encombrants voisins (l'occasion est trop belle de mettre Israël et la Syrie dans le même sac) de s'occuper de leurs oignons, et il y a fort à parier que le Liban trouvera un modus vivendi qui lui conviendra.

Bref, ça se passe comme dans à peu près n'importe quelle démocratie parlementaire. La vie est belle, nom de dieu !

Portrait de piecam

De piecam

trav_ind | 18H30 | 08/06/2009 | Permalien

Il y a quand-même quelques particularités bien libanaises dans cette démocratie où le vote par confession est primordial.

Michel Aoun paye ses attaques frontales contre le patriarche maronite Mgr Sfeir, ce qui a détourné une bonne partie du vote chrétien vers la coalition du 14 mars, même dans ses fiefs où le CPL n'a gagné que grâce aux voix chiites.

Un sondage datant de décembre dernier montre que 89% des Libanais ne veulent pas que leur pays soit le théâtre d'un conflit qui ne les concernent pas (suivez mon regard). Et 85% parmis les chiites ! Le Hezbollah a du réfléchir et ça explique sa « neutralité » dans le conflit de Gaza.
Il est de son point de vue rationnel quand il joue le jeu démocratique en espérant gagner mais, une fois les élections perdues il est tout aussi rationnel en se comportant de nouveau comme un état dans l'état.
« Il faut que la majorité s'engage à ce que la Résistance soit un sujet non négociable, (à considérer) que ses armes sont légitimes et qu'Israël est un ennemi », a affirmé à l'AFP le député du Hezbollah Mohammad Raad.

Petite mension spéciale pour les Israéliens.
Ils ne perdent jamais une occasion de mettre de l'huile sur le feu de la manière la plus idiote qui soit.
Israël Katz, ministre des Transports ( ! ! ? ) demandant que le Hezbollah soit désarmé, les résultats officiels non publiés !
La réponse de celui-ci était évidente et je souhaite bien du plaisir au nouveau gouvernement libanais avec cet encombrant voisin qui se mêle de sa politique intérieure.
Netanyahu tient-il ses troupes ou il le fait exprès ?

Portrait de sup. à la demande du riverain 29 juin

De Waldo

bye bye ... | 19H02 | 08/06/2009 | Permalien

même très fragile, la démocratie fonctionne.
Alors oui, il demeure l'arsenal du Hezbollah, mais imaginons le Liban sans cette défense – efficace on l'a vu - combien de temps faudrait-il pour que ce pays soit amputé jusqu'aux berges du Litani ?
Tant que le Liban n'a pas d'armée puissante, cette dissuasion est indispensable.
L'intérêt du Liban n'est-il pas pour l'instant de continuer de recevoir les aides des Etats-Unis pour constituer cette véritable armée ? Qui sait si certains partis n'ont pas compris que la priorité résidait dans cette réalité… Le temps s'écoule différemment dans cette région

Portrait de ziad

De ziad

Traducteur | 07H23 | 09/06/2009 | Permalien

Je lis les commentaires, et encore une fois, je m'énerve.

Le Hezbollah est un parti religieux, oui, mais ce n'est pas le seul au Liban.
D'ailleurs, seuls trois partis sont véritablement laïcs au Liban, le Parti Communiste, le Parti Démocratique Populaire, et le Parti Nationaliste Syrien.
TOUS les autres, et j'insiste, TOUS les autres sont des partis confessionnels, parfois avec une composante ethnique (deux partis arméniens orthodoxes).
Hurler donc que c'est la victoire de la démocratie sur les fous religieux découle d'une profonde méconnaissance de la vie politique libanaise.
Les vainqueurs sont les suivants :
1. Saad Hariri et sa famille, sunnites, proche des Frères Musulmans libanais pendant une époque et financé par l'Arabie Saoudite wahabbite (une ode à la démocratie et au droit des femmes), soupçonné d'avoir financé Fath el Islam, le groupe qui a combattu dans le camp palestinien de Tripoli en 2008.
2. Samir Geagea, leader des Forces libanaises, ancienne milice des Phalanges maronites, responsable du massacre de Sabra et Chatila, et donc le fondateur, Bachir Gemayel, a un jour dit des musulmans qu'il « fallait tous les mettre dans un bateau et couler le bateau ».
3. Les Gemayel (Sami, un illettré, et Nadim, un idiot), dont le grand-père, Pierre, avait fondé le parti phalangiste, maronite, sur le modèle des phalanges espagnoles (d'où le nom) après avoir assisté aux olympiades de Berlin et être tombé admiratif devant l'organisation nazie. Responsables des massacres du Samedi Noir en 1976 et du camp palestinien de Tall el Zaatar en 1977 (environ 3000 morts).
4. Walid Joumblat, leader du Parti Socialiste, pas du tout laïc, mais 99% druze, qui a tellement retourné sa veste ces dernières années qu'il ne doit plus savoir dans quel sens la mettre.

Il y en a d'autres que j'oublie. Pas très grave, c'est de la même engeance.

Je ne fait pas la liste des torts du camp de l'opposition, c'est à peu près aussi long.

Il faudrait donc réfléchir à deux fois avant de dire que c'est la démocratie et les femmes libanaises qui sont gagnantes.

Dans ce genre d'élections, il n'y a que des perdants : les peuples.

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