Avec le décès du président gabonais, la France perd un allié privilégié, qui a longtemps financé les partis politiques de tout bord.

La France a perdu lundi l'un des meilleurs analystes de sa vie politique. El Hadj Omar Bongo Ondimba, dont la mort a été confirmée par le Premier ministre gabonais, connaissait mieux que personne les us et coutumes de la Ve République. Sa face lumineuse -celle des alliances et des grands rendez-vous électoraux- et sa face sombre -celle du financement occulte, des assassinats couverts et de la corruption pétrolière.
Albert-Bernard Bongo est quasiment un inconnu lorsqu'il est placé au pouvoir en 1966-67 pour succéder au président sortant Léon M'ba, agonisant (déjà) d'un cancer à Paris.
Pour être certain de contrôler le processus, les hommes du Service de documentation et de contre-espionnage (Sdece, ancêtre de la DGSE), -Jacques Foccart, Maurice Robert, Guy Ponsaillé- ont fait enregistrer un message radio-télévisé où le chef d'Etat désigne son chef de cabinet comme vice-président.
Pour cela, Bongo a été « testé » par le général de Gaulle, en 1965 lors d'un entretien à l'Elysée. Test réussi : l'homme est dôté d'une mémoire prodigieuse, d'une vraie intelligence politique et d'un cynisme lui assurant la longévité des vrais dictateurs. Il aura tenu quarante-et-un ans.
Le Gabon devient un émirat pétrolier stratégique pour la France
Minuscule pays d'un million d'habitants, le Gabon devient alors un émirat pétrolier stratégique pour la France, qui voit s'éloigner le pétrole algérien, nationalisé en 1971. Avec le quadruplement des prix du brut en 1973, El Hadj Omar Bongo se converti à la fois à l'islam et à la finance.
L'argent coule à flots, il a l'intelligence de le placer en diversifiant ses investissements. En 1975, il créé avec l'aide du franc-maçon René Plas, membre de la Grande Loge de France et gouverneur de la Banque européenne d'investissement, trois banques :
- La Banque du Gabon et du Luxembourg (BGL) à Libreville
- La Société internationale de banque (Siba) au Luxembourg
- La French Intercontinental Bank (Fiba) à Paris, la plus importante
Jusqu'en 2000, la Fiba, dirigée par Pierre Houdray et longtemps présidée par Jack Sigolet, deux hommes d'Elf Aquitaine, sera LA banque de Bongo.
Le chef d'Etat y dispose d'un compte personnel et d'un sous-compte sur lequel son beau-père, le président congolais Denis Sassou Nguesso, a procuration. Elle est alimentée par la compagnie pétrolière française à hauteur d'au moins 40 millions de dollars par an.
La Fiba sert de bas de laine au clan de Libreville : la famille, les proches, les conseillers comme celui qui gère les affaires pétrolières, Samuel Dossou Aworet.
Dans la ligne de mire des ONG
La banque a aussi négocié un accord de clientèle avec le Crédit foncier de Monaco (CFM), qui accueille les Corses ayant des intérêts en Afrique. L'enquête sur l'affaire Elf évaluera à 125 millions de francs les avoirs placés sur les dizaines de comptes « africains » du CFM.
Une opulence qui se retrouve dans le patrimoine immobilier de Bongo.Depuis plusieurs années, les ONG Sherpa et Transparency internationalmènent un combat judiciaire contre le détournement d'argent par les chefs d'Etat africains.
Elles avaient fait l'inventaire des « biens mal acquis » de cesderniers, notamment leur patrimoine immobilier en ile-de-France. Le président gabonais et sa famille y figurent en bonne place. (Voir la carte)
Mais la Fiba est aussi le réservoir dans lequel puise Omar Bongo pour « aider » ses amis politiques français. Le rituel est immuable : lors de ses passages à Paris, où il descend à l'hôtel Meurice, il faut obtenir audience et remporter l'adhésion du patron. Un coup de téléphone à Pierre Houdray et l'affaire est réglée.
Il suffit alors de se présenter au siège, 30, avenue Georges-V, pour prendre livraison du « don », en liquide. Bongo a ainsi activement soutenu Jacques Chirac dans les années 70, mais aussi François Mitterrand pour l'élection de 1981.
D'après les hommes d'Elf, notamment André Tarallo, le « Monsieur Afrique » du groupe, tous les partis politiques ont bénéficié de cette aide, à l'exception du Front national. Symbole musical de cette solide « amitié » franco-gabonaise, cette chanson composée pour la visite de Valéry Giscard d'Estaing. (Ecouter la musique)
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Dans les années 90, avec la multiplication des lois sur le financement de la vie politique, le système devient plus complexe. Plus opaque aussi, utilisant les ressources de nombreux paradis fiscaux (Liechtenstein, Caraïbes, Bank of New York…) qui lui vaudront les foudres du Congrès américain dans une commission d'enquête consacrée au blanchiment.
Candidats à la succession, ses enfants Pascaline et Ali
Sa fortune, inestimable mais s'élevant probablement à plusieurs milliards d'euros, fait l'objet de convoitises. A commencer par ses deux aînés les plus ambiteux :
- Sa fille aînée, Pascaline Bongo, diplômée en gestion de Dauphine, ayant fait toute sa carrière dans l'ombre de l'administration présidentielle. Un observateur estime qu'elle n'a pas « l'autorité et la présence de son père ».
- Son fils Ali Bongo, ministre de la Défense, plutôt impopulaire, à cause des très nombreuses affaires louches auxquelles il est mêlé.
Les mécanos du pouvoir gabonais auront aussi à tenir compte de l'équilibre ethnique du pays où les Fang, au pouvoir, représentent un tiers de la population, alors qu'Omar Bongo est un Téké, groupe très minoritaire au Gabon. Ses obsèques devraient voir défiler le ban et l'arrière-ban du « village » franco-africain.
Photo : Le président du Congo, Omar Bongo, à l'Elysée en juin 2005 (Charles Platiau/Reuters).
Ajout, le 8/06/09 à 19h : précision sur l'appartenance ethnique d'Omar Bongo, Téké et non Fang.





















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De padiran
Chroniqueur mondain | 17H15 | 08/06/2009 |
Cette article est très bien documenté, ce qui veut dire que les « frasques » de Bongo et de la France à Fric sont connus depuis longtemps.
Quels médias a été aussi explicite sur ce type de relations à part Le Canard Enchainé.
Notre démocratie arrosée par des subsides provenant de richesses qui auraient dû être employées pour l'éducation et la santé des citoyens Gabonnais et de leurs enfants ? Il y a de quoi être écoeuré par ces moeurs coloniales.
Enterrons le sans fleurs, ni couronnes et tournons la page.
à padiran
De ysengrimus
17H20 | 08/06/2009 |
Elle va rencontrer bien des remous, la France-Afrique…
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/30/cfa-continuite-coloniale-fran…
Elle se prépare une joyeuse de difficile entrée dan le millénaire…
Paul Laurendeau
à padiran
De David Servenay
(auteur)
Rue89 | 17H58 | 08/06/2009 |
A tout seigneur…
Certains des épisodes relatés ici ont été narrés en leur temps par Pierre Péan dans ses livres sur les affaires africaines, puis par Jacques Foccart lui-même dans ses mémoires et par Maurice Robert dans les siennes.
D'autres enfin, ont été dévoilés par l'enquête de l'affaire Elf (voir ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de 2003).
à David Servenay
De zénon denon 84
Bonne | 19H17 | 08/06/2009 |
c'est vrai qu'hier soir sur un plateau télé ,
au moment ou Eva Joly savourait (justement sa victoire )
au moment ou les rumeurs de cette mort courraient
et bien Mme Joly avait l'air de prendre comme une
belle et singulière revanche _Ah l'enquète sur Elf _
Ah les aléas des ces dossiers monstrueux …
France à fric …
France -Afrique … Hier soir était sans doute le début
d'un autre histoire _d'autres enquètes _
De GastonLagaffe
flâneur - gastlag.owni.fr | 21H28 | 08/06/2009 |
J'ai été marqué hier soir par le fait que lorsqu'on a appris la mort de Bongo sur France2 Pujadas et Lucet ont soigneusement évité de donner la parole à Eva Joly, alors qu'elle était encore sur le plateau (pendant 5 minutes).
Ils ont préféré donné la parole à :
- Hervé Morin, qui a regretté la mort du grand homme politique. Sans évidement rappeler que c'était un dictateur qui a participé à toute la corruption de la classe politique française, jusqu'à nos jours.
- Franz Olivier Giesbert, qui a brodé pendant 5 minutes, juste le temps d'arriver à la fin de l'émission et de ne pas donner la parole à Eva Joly, qui en connait pourtant un rayon sur Bongo (en tout cas plus que FOG).
à GastonLagaffe
De flixp
21H58 | 08/06/2009 |
exact. Sans parler de Buffet qui devait parler sur france2 et qu'on a renvoyé sur France 3, en lui disant qu'elle pourrait s'y exprimer. Mais vous comprenez avec l'actualité…. Bon elle a finit par se barrer et sans rien dire. Trop gentille. Putain à sa place j'aurai pété un câble.
à GastonLagaffe
De kebra
Bisounours killa | 00H14 | 09/06/2009 |
J'ai aussi pesté contre ce spectacle pitoyable, il y avait Eva Joly pour balancer sur Bongo et F2 balance FOG pour rien dire sur Bongo et mouliner dans le vide sur les élections. Pujadas a une oreillette Elysée live !
Morin ne pouvait pas balancer. Il est Ministre régalien en lien direct avec Libreville et l'UDF a longtemps touché.
Mais Joly colle un bon buzz avec le ministre français payé cinq fois plus par Bongo que la France, j'ai chopé la séquence au vol et je la trouve pas, je me demande qui est le goinfre…
à kebra
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 09H11 | 09/06/2009 |
Oh.
J'ai trouvé le montage amusant.
Morin qui compose son bouquet de fleur diplomatique, un plan bref sur Eva Joly dont les yeux dépassèrent ses lunettes, FOG qui arrive un peu emmerdé. Pujadas qui fait sa pupute - Lucet : monsieur morin, qu'avez vous à dire à votre ancien ami Bayrou ? Morin : je… Pujadas : il a quand même dit il y a qq jours que vous étiez un Lepen (et ce petit air satisfait : j'lai bien fait ma salope, là ? )
Pujadas, il faudrait le bailloner et le mettre en proue d'une barque installée dans la marre aux canards de l'Elysée.
C'est quand même lui qui a offert en 3 secondes quelques centaines de milliers d'électeurs à l'UMP, 3-4 jours auparavant, quand, recevant un spécialiste de l'aviation, il insista sur la présence d'une bombe dans l'airbus alors que ce crétin fini montrait des images d'une nappe de kérosène de 30 km de long… C'était à la fin du sujet, c'était la dernière hypothèse balancée et l'on ne sait que trop bien que ceux sont les dernières paroles que les gens retiennent…
Quand on aura compris que ce petit con paranoïaque roule pour Sarko…
à Blaise11
De zénon denon 84
Bonne | 10H41 | 09/06/2009 |
excellent point de vue .
je dirais même mieux ,voila exactement
ce quà pensé un citoyen de base ,qui
regardait une télé publique aux ordres .
Tout bêtement_tout simplement_
et de cela c'est FINI ,on _NOUS_ n'en voulons plus ! ! !
On a donné merci bcp
« Halte aux compromis pourris “ ! ____dans notre République _____
la cinquième du nom ___________________________________________________
à David Servenay
De padiran
Chroniqueur mondain | 19H51 | 08/06/2009 |
Effectivement, les livres que vous citez parlent des « affaires » d'Omar Bongo, mais ils n'ont pas la puissance des médias traditionnels.
En France, des afffaires du type Watergate où le Washington Post a révèler les turpitudes de pouvoir, ne peuvent exister. La presse est libre de dire ce que l'actionnaire principal pense. Heureusement qu'il existe le web.
à padiran
De Papycool
graphiste | 22H26 | 08/06/2009 |
Retirez les français de ces magouilles et vous verrez qu'il n'y a pas de cas Bongo. A qui a le plus profiter ces magouilles. Surement pas au défunt.
à David Servenay
De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 10H24 | 09/06/2009 |
Vous pouvez ajouter a la liste les excellentes syntheses de Francois Xavier Verschave et Survie : « Noir Silence » par exemple.
à padiran
De DBL8
Retraité | 18H27 | 08/06/2009 |
Il y a quelques semaines, au moins un hébdo l'a fait avec force détails.
à DBL8
De padiran
Chroniqueur mondain | 19H54 | 08/06/2009 |
Lequel ? merci pour la réponse
à padiran
De DBL8
Retraité | 06H56 | 09/06/2009 |
L'express OU le Point.
à DBL8
De padiran
Chroniqueur mondain | 11H26 | 09/06/2009 |
Merci
De William la révolte
17H10 | 08/06/2009 |
Une crapule en moins.
à William la révolte
De moravagine
Observateur désabusé | 22H18 | 08/06/2009 |
Oui bien sur tu as raison ! Mais n'attends-tu pas comme nous tous les commentaires de Madame MORANO qui nous dira ce qu'il faut penser de cette mort ?
à William la révolte
De Papycool
graphiste | 22H27 | 08/06/2009 |
un connard en plus.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 17H12 | 08/06/2009 |
Bongo casse sa pipe…
Alors les paris sont ouverts, comment la succession va se régler : choix incontestable de la France, consensus interne et arrangements entre les prétendants, guerre civile, élections libres et honnêtes (pour celui là la cote est 1/1000 : D)
De chtekroipa
incrédule | 17H25 | 08/06/2009 |
La « pompe Afrique » française vient de perdre un de ses meilleurs pompistes
De nit
banquier | 17H16 | 08/06/2009 |
vous écrivez « Les mécanos du pouvoir gabonais auront aussi à tenir compte de l'équilibre ethnique du pays où les Fang, au pouvoir, » justement non, les fang ne sont pas au pouvoir. Bongo n'est pas fang, comme l'est le 1er ministre et le ministre de l'intérieur.
à nit
De David Servenay
(auteur)
Rue89 | 18H05 | 08/06/2009 |
Vous avez tout à fait raison nit, je suis allé un peu vite : Omar Bongo est un Téké, mais il est entouré, aux postes clés, de Fang.
En fait, j'ai fait cette remarque pour mettre en évidence la vieille recette des troupes coloniales : mettre au pouvoir un membre de l'ethnie minoritaire d'un pays, pour mieux tenir indirectement ce pouvoir.
J'ajoute la précision dans le papier. Merci.
De nit
banquier | 17H18 | 08/06/2009 |
Par ailleurs, M. Servenay, faut surtout pas dire que les politiques français s'abreuvaient à la source bongo, dictateur africain, y a des fachos par ici qui diront que c'est leurs impôts qui font vivre l'ensemble des gabonais, alors chuuuttt…
De Val.V
Etudiant | 17H20 | 08/06/2009 |
Pas un mot sur la situation du Gabon après sa mort ?
à Val.V
De Papycool
graphiste | 22H29 | 08/06/2009 |
Ils vont bien. Ils pleurent leurs président. Pleureras-tu sarko aussi ? ? ?
De The last Puppet
Etudiant | 17H21 | 08/06/2009 |
Si vraiment Sarkozy veut mettre fin à une France-Afrique douteuse et opaque, c'est maintenant qu'il doit agir en ne faisant … rien.
Sinon, va falloir (vite fait - bien fait) organiser un nouveau test et une nouvelle rencontre avec le futur président. Ca fait très « A la recherche de la Nouvelle Star » ou plus précisément « A la recherche du Nouveau Président du Gabon ».
à The last Puppet
De comptebloqué 27 juillet 2009
. | 20H00 | 08/06/2009 |
Sarkozy ne veut mettre fin à rien ! Il est comme « Ses papas » Jacques Chirac et Charles Pasqua . il mange dans la gamelle de la France Afrique.
Il a ordonné au Parquet, le classement de la plainte pour les biens mal- acquis de Bongo et sa famille.
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 17H21 | 08/06/2009 |
Dommage qu'il soit mort.
Il est possible que nous ne puissions plus magouiller tranquilles et que les chinetocques nous rafflent le terrain.
° Les actionnaires de TOTAL seront ils présents aux funérailles… ?
…avec distribution intensive de kleenex !
De Cosette
( délinquante amoureuse) | 17H59 | 08/06/2009 |
Bon alors ? C'est vrai, c'est pas vrai ?
Il est VRAIMENT mort ? Ou c'est encore une intox !
Je veux savoir à quel moment je dois verser une larme pour ce grand démocrate…..
Kouchner va perdre un pote !
Qui va profiter de toutes ces maisons en France avec les robinets en or ? ….Ses luxueuses voitures, ses nombreux comptes en banque, etc….
Pendant ce temps là le peuple crève de faim !