A debattre

Christophe Girard : « Un appel du Président, ça mérite réflexion »

Christophe Girard en 2008 à la mairie de Paris (Charles Platiau/Reuters)

« Tout est parti d'une rumeur d'on ne sait où. On était tous surpris, le maire, moi… » Christophe Girard, l'adjoint de Bertrand Delanoë en charge de la Culture, s'est confié à Rue89, lui qui n'en finit plus d'être cité comme future prise dans les filets sarkozystes de l'ouverture, à l'occasion du remaniement gouvernemental qui se profile.

Ladite « rumeur » a été relayée la première fois le 17 mai, dans un écho du JDD. Après « le trouble entre les artistes et le Parti socialiste » à propos de la loi Hadopi, l'Elysée chercherait « à transformer l'avantage en plaçant une personnalité de gauche au ministère de la Culture » et aurait jeté son dévolu sur l'ancien Verts, passé en 2005 au PS.

« Si [Nicolas Sarkozy] m'appelle demain ? Je ne sais ce que je répondrai », explique-t-il quelques heures plus tard au Post.fr. Une hésitation qui suffit à faire tourner à plein la machine à hypothèses ministérielles. Au point qu'il publie un communiqué trois jours après la parution de l'hebdomadaire :

« Je tiens à préciser n'avoir reçu aucun appel en ce sens. Réélu en mars 2008 conseiller de Paris PS, nommé adjoint au maire de Paris, Bertrand Delanoë, pour un deuxième mandat d'adjoint à la Culture, je n'ai pas le projet de quitter le Parti socialiste ni mon mandat de maire adjoint. »

Le démenti clos plus ou moins les supputations, jusqu'à la publication d'une unique citation ce dimanche par l'AFP : « Si le président de la République me le propose, je lui demanderai une heure pour en parler à Bertrand Delanoë. » Citation « exacte », selon l'intéressé, mais « sortie de son contexte ».

« Je connais la nature humaine »

Démentir sur la forme sans nier sur le fond, le procédé est connu et plus très efficace. Mais Christophe Girard assume son refus de répondre sur le fond, quitte à être raillé pour son ambiguïté. Certains y décèleront de l'honnêteté, d'autres un appel du pied :

« Je sais ce qui trouble, c'est que je ne dise pas clairement non. Mais cette attitude est hypocrite, je connais la nature humaine. Un appel du président de la République ne peut laisser indifférent, ça mérite réflexion.

Et puis il y a surtout un minimum de respect de la fonction présidentielle. Tant pis si je me fais taper dessus, tant pis si je fais vieux jeu. Est-ce que j'ai trop de respect ? Peut-être, mais c'est ainsi. »

Moins critique que ses camarades sur la loi Hadopi (il regrettait surtout l'absence de rémunération des artistes), directeur stratégie de la branche mode du groupe de luxe LVMH, producteur de documentaires via Hold Up Films, lié d'amitié avec de nombreuses personnalités de droite… Son CV en fait le candidat idéal à l'ouverture.

D'autant que les autres pistes ont pris du plomb dans l'aile avec les résultats des élections européennes. Enrôler Claude Allègre irait à contre-courant des idées d'Europe Ecologie plébiscitées dimanche, et l'intérêt est moindre d'engager aujourd'hui le sénateur centriste et trésorier du MoDem Michel Mercier, François Bayrou dérangeant bien moins l'UMP après son score très décevant.

« Si c'est vraiment le chef de l'Etat… »

« Mais rien de tel n'est venu », assure Christophe Girard à Rue89, qui ne veut même pas imaginer, au moins dans les médias, que le président de la République en personne ne « prenne la peine » de l'appeler, ce qui est pourtant assez habituel chez Nicolas Sarkozy :

« Il me sonderait plutôt par l'intermédiaire de Catherine Pégard que je connais, de Roselyne Bachelot qui est une amie d'enfance, de Carla Bruni que je connaissais d'avant, de Dominique Paillé qui est de la même région que moi…

Si je recevais un coup de téléphone du président de la République, je penserais d'abord que c'est un canular de Canteloup ou Guillon… »

« Mais si c'est vraiment le chef de l'Etat, je trouverais extrêmement prétentieux de dire : “Je vous remercie beaucoup, c'est gentil…” », conclut cependant celui qui, en tant qu'adjoint au maire, se retournerait vers Bertrand Delanoë, non pour négocier, dit-il, mais afin d'obtenir conseil :

« Je demanderais au minimum au chef de l'Etat si je peux rappeler dans une heure, pour aller demander à Bertrand Delanoë comment répondre à ce genre d'appel, comment argumenter. J'irais donc voir le maire et je n'ai pas de doute qu'il ne me laissera pas de doute. »

Questionné ce lundi au cours d'un déjeuner de presse, Bertrand Delanoë a ri à la question de savoir ce qu'il dirait alors à son adjoint. Avant de préciser que s'il parlait évidemment souvent avec Christophe Girard, il n'avait pas à rendre compte aux journalistes des conversations avec ses adjoints.

« Le maire ne considère pas la perspective d'une entrée de Christophe Girard au gouvernement comme crédible », décrypte son entourage. Une parade qui permet de ne froisser personne.

Photo : Christophe Girard en 2008 à la mairie de Paris (Charles Platiau/Reuters).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Rosalba

De Rosalba

18H29 | 08/06/2009 | Permalien

« Mais si c'est vraiment le chef de l'Etat, je trouverais extrêmement prétentieux de dire : “Je vous remercie beaucoup, c'est gentil…” »

Parce que c'est prétentieux d'avoir des convictions, maintenant, tiens donc !
Et en plus, il faut demander son avis à papa Delanoë pour savoir quoi répondre au monsieur…

Et après le PS s'étonne de faire un score aussi minable aux européennes

Portrait de Network 23

De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 18H32 | 08/06/2009 | Permalien

Tiens, Delanoë & le PS viennent de nouveau de perdre des points dans les sondages, quelle que soit la décision ultime de Girard si la question lui été posée.

La stratégie d'asphyxie (ouvrir ses bras pour mieux étrangler) marche à merveille !

Petit à petit, le PS perd ses électeurs du 2e tour… si du moins il existe encore pour s'y maintenir…

Portrait de philipp

De philipp

retraité | 22H15 | 08/06/2009 | Permalien

Christophe Girard : « Le dalaï-lama est à mes yeux, comme Benoît XVI, particulièrement réactionnaire. ». Là c'est le cadre dirigeant de LVMH qui parle et salive sur le marché chinois . Christophe Girard a des convictions.La preuve ! !

Portrait de nono le simplet

De nono le simplet

dilétante adèle | 03H30 | 09/06/2009 | Permalien

Sa réponse et son questionnement me laissent à penser qu'il raisonne plus sur sa carrière que sur son engagement politique . Il me fait penser à un au cadre de chez Renault dragué par un chasseur de tête de chez Peugeot qui réfléchirait à changer de patron .
Si j'étais sollicité par le Président , non pour être ministre , faut pas rêver , mais responsable de la cafétaria , je ne me sentirai pas flatté qu'il ait pensé à moi , mais profondément humilié qu'il ait eu cette idée saugrenue de penser que j'étais à vendre !

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