Il y a en France des millions d'électeurs orphelins. Ceux qui ne sont pas allés voter, en particulier dans les quartiers populaires, et dont il ne faut pas abusivement lire les motivations ; et ceux qui se sont dispersés entre toutes les formations opposées à la politique de Nicolas Sarkozy, permettant à ce dernier de triompher en tête, malgré son bilan et un contexte de crise qui auraient dû le pénaliser.
C'est incontestablement Europe Ecologie qui a le plus tiré son épingle du jeu dans la redistribution des cartes à laquelle on a assisté, avec la première apparition du NPA d'Olivier Besancenot, la constitution du Front de Gauche par les dissidents PS de Jean-Luc Mélenchon et le résidu de PCF, et un PS en coma profond depuis trop longtemps.
La scène s'est répétée tout au long de la soirée sur les plateaux detélévision : les représentants d'Europe Ecologie recevaient les félicitations de tous, y compris des ténors de l'UMP ! Même Martine Aubry a semblé comprendre, dans son intervention, pourquoi une partie des électeurs de gauche a préféré voter pour les listes écolo qui offraient un programme plus clair qu'un parti socialiste qui, comme on dit, « ne sait plus où il habite ».
Europe Ecologie : que faire d'une victoire ?
Europe Ecologie a eu le talent de choisir un trio de proue particulièrement judicieux, avec Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Eva Joly, aux personnalités si différentes, et capables de parler à des publics différents, et de se présenter avec un programme qui compte parmi les plus cohérents de la campagne, tant sur l'Europe que sur l'environnement et le système économique, lui permettant de devancer le PS en Ile de France.
Mais que faire de cette victoire relative ? Ce n'est pas la première fois que Daniel Cohn-Bendit tire les écologistes français au-delà de l'étiage traditionnel des Verts (européennes de 1999), pour retomber ensuite dans l'incapacité organisationnelle de ce parti à passer à la vitesse supérieure. En sera-t-il différent cette fois-ci ?
On ne voit pas le changement qualitatif qui permettrait aux écolos de surmonter cet obstacle structurel, d'autant qu'Europe Ecologie n'est pas un parti, et ne se limite pas aux seuls Verts. Daniel Cohn-Bendit a bien noté dimanche soir ce défi posé à l'écologie politique.
PS : que faire d'une défaite ?
Le constat inverse vise le PS. Martine Aubry a déclaré dimanche soir qu'elle entendait le message des électeurs socialistes et, étrangement, qu'elle le « partageait ». Mais ce parti a perdu sa crédibilité, comme l'a honnêtement reconnu son Premier Secrétaire, et a raté sa chance historique de présenter une alternative à un système économique et sociétal qui a implosé. Saura-t-il la retrouver ?
Le replâtrage de la campagne électorale n'a évidemment convaincu personne, et rien, dans les déclarations de la soirée, ne laisse entrevoir de rebond rapide. L'absence de Ségolène Royal a ainsi été remarquée dimanche soir, à l'heure de la défaite, comme si l'ancienne candidate à la présidence de la république, attendait son heure, quand elle pourra se présenter comme un sauveur providentiel. La stratégie de la division a ruiné le PS, et continue de le faire.
A gauche de cette gauche, le paysage n'est pas plus réjouissant : les groupuscules se réjouissent de leur score de groupuscule, mais n'ont pas changé la donne, autrement qu'en la rendant plus complexe encore.
Le chantier de la reconstruction de la gauche, ou de l'opposition si on veut bien y inclure le Modem, autre grand perdant de ce scrutin européen, n'a même pas commencé : les dirigeants de la droite l'ont bien compris, qui pavoisaient dimanche soir sur les plateaux de télévision. Les électeurs orphelins d'une alternative restent sur leur faim.




















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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 23H44 | 07/06/2009 |
Un mot tout d'abord sur le chiffre de l'abstention : au risque de contrarier le Yéti, en démocratie représentative les abstentionnistes n'ont jamais raison. Ils ont sans doute d'excellentes raisons (ou pas) de ne pas voter, je m'en fous. En faisant ce choix (si c'en est un), ils laissent la voie libre à ceux qui votent et ceux qui votent ont, eux, toujours raison. Pour le dire un poil crûment, rien à battre des abstentionnistes.
Pour le reste, je suis assez d'accord avec la position exprimée par 101.7. Il est bien possible que ce scrutin contienne plus de motifs de se réjouir que de se couvrir la tête de cendres.
Premièrement, l'UMP peut bien se goberger de sa victoire, à la regarder de plus près, elle n'est pas si éclatante. Si diverses (et à l'occasion répugnantes) que soient les oppositions à Sarkozy, elles ont réuni 72% des votes. Si je posais à jouer à la majorité présidentielle, ça me ferait un peu mal quand même.
Deuxièmement, si incontestable qu'il soit, le succès de Génération Ecologie devra démontrer qu'il n'est pas qu'un feu de paille. On a déjà vu des succès écologistes aux européennes, c'est vrai. Mais on a aussi vu des succès d'autres formations (liste Tapie en 1994, liste Pasqua-De Villiers en 1999) qui n'ont eu aucun avenir. Bref, il reste à prouver que le succès de Génération Ecologie sera durable, non seulement au niiveau français, mais également au niveau européen. Ce n'est pas perdu, mais ce n'est certainement pas gagné.
Troisièmement, le relatif succès (maigre tout de même) du Front de Gauche montre qu'il y a, à la gauche du PS, des électeurs qui se fatiguent du petit pas-de-deux de la ci-devant LCR rebaptisée en NPA qui consiste à troubler le jeu sans vouloir y participer. Je trouve que ce n'est pas une mauvaise nouvelle même si, là encore, le relatif succès demande à être confirmé.
Enfin, et c'est sans doute le principal, il faudra bien que le PS en vienne à bosser au fond. J'entendais ce soir Moscovici ou Filipetti gloser sur la nécessaire réflexion sur des primaires : ils ont encore tout faux. En France, les primaires ça s'appelle premier tour. Ce sur quoi ils devront réfléchir, et pas qu'un peu, c'est bel et bien sur leur orientation idéologique, sociale et économique.
Il faudra bien aussi que le PS cesse de se poser des questions auxquelles il n'a pas de réponse à apporter, comme sur l'attitude à avoir à l'égard du Modem. Ce que fera le Modem, c'est le problème du Modem. S'il veut gouverner (à quelque échelon que ce soit) avec le PS, mais aussi avec les composantes du Front de Gauche et, pourquoi pas, des Verts, très bien, parfait, c'est donc que le programme lui aura convenu. S'il préfère gouverner avec la droite, très bien aussi. S'il préfère ne pas gouverner du tout, très bien. On s'en tape. Ce n'est pas à la gauche de déterminer ce que doit être la politique du Modem. Que cette hypothèque soit levée, je trouve aussi que c'est une excellente chose.
Un dernier mot sur le PS : je me rappelle qu'au moment du congrès de Reims, nombre de militants socialistes répondaient assez vertement aux commentateurs de Rue89 que ce qui se passait au PS était l'affaire du PS et qu'il fallait leur foutre la paix. Certes. Mais je me rappelle aussi avoir répondu à l'un d'entre eux que, si les débats à l'intérieur du PS étaient exclusivement du ressort des militants, il ne faudrait pas s'étonner que les électeurs les laissent se débrouiller au moment du vote. Nous y sommes à présent. La leçon a-t-elle été bien comprise, je n'en sais rien. J'aurais juré que la leçon du 21 avril aurait dû suffire.
De Le Yéti
yetiblog.org | 23H45 | 07/06/2009 |
CLASSICISME ÉTROIT
Désolé, Pierre Haski, mais là, franchement, je trouve votre analyse d'un convenu assez désolant.
Bien sûr, vous évoquez l'abstention. Au début de votre édito. Mais c'est pour l'évacuer aussitôt : »… dont il ne faut pas abusivement lire les motivations. »
Puis, vous vous lancez dans les mêmes sempiternelles conclusions que celles auxquelles ont essayé de se raccrocher nos pauvres « élus », tout au long de cette surréaliste soirée.
« C'est incontestablement Europe Ecologie qui a le plus tiré son épingle du jeu dans la redistribution des cartes à laquelle on a assisté » Etc. etc.
Peut-on sérieusement occulté le fait que cette « redistribution » s'est faite dans un carré extrêmement restreint de 40 % du nombre des inscrits. Peut-on aussi aisément évacuer les 60% d'électeurs déçus au point de ne pas se rendre aux urnes ?
Peut-on occulter le fait que Europe Écologie n'a « tiré son épingle du jeu » que pour 6,5% des électeurs inscrits ?
C'est infime, presque ridicule. Va-t-on continuer longtemps à faire semblant ?
De kebra
Bisounours killa | 00H13 | 08/06/2009 |
Salut à toi !
Content de te lire à nouveau en ce soir de triomphe du berluskozysme.
Car voilà le fait majeur de cet élection, le PPE va trouver une majorité et sauver le cul de Baroso, avec la complicité d'une grosse partie du PPE. Les responsables du massacre actuel sont plébicités par les votants, le Spectacle a encore gagné haut la main en jouant sur le dégoût de l'Europe actuelle et le sécuritaire. D'un coté, abstention maximale. De l'autre, triomphe des activistes de la peur en talonettes en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre… Sans parler des fachos purs sucres comme en Hollande ou en Autriche.
Le GUE sera microscopique et c'est dommage. Il ne restera qu'Europe Ecologie et un bout du PSE pour s'opposer à la casse du PPE, cela ne suffira pas…
C'est un soir de défaite malgré ma joie de voir Eva Joly et Cie devenir MEP. A moins de faire l'Union Sacrée contre les Rances et encore cela ne va peut-être pas suffir, il faut attendre les résultats définitifs. Et malgré l'habilité de Dany, le fossé semble trop large entre les familles politiques, en Europe comme en France, ce n'est pas très réaliste à moyen terme, juste de quoi se payer Baroso, pas de quoi tenir la législature, pas de quoi virer Toupty, bad, top bad…
De Asse42
Royalais | 00H29 | 08/06/2009 |
Ségolène Royal n'est pas apparue ce soir car elle n'a pas été associée à la campagne par la direction socialiste ! Alors qu'elle était disponible pour faire campagne la direction a instrumentalisé Rezé et c'est tout ! Même pour le dernier meeting il y avait tous les ténors de la Jospinie sauf elle. faut le faire quand même.
Alors Ségolène Royal attend son heure et nous aussi. Il est temps que l'on respecte les militants socialistes et que l'on fasse une vraie rénovation que seule Ségolène Royal porte. Tous les leaders anciens comme nouveaux ont pris une branlée ce soir. Tous sauf Ségolène Royal. C'est la seule leader audible du parti socialiste. A lui de se ranger derrière elle pour retrouver l'enthousiasme et pour définir les valeurs du social-humanisme du XXI ème siècle qu'elle est en train de construire.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 01H56 | 08/06/2009 |
De quoi, de quoi, le PS n'ayant pas un Sarkozy en son sein ? ? ? Ben alors, et Royal justement ?
Même faiblesse idéologique, même fétichisation des symboles nationalistes, même recours à l'énergie comme si elle devait tout compenser, même exacerbation de la personne contre le collectif, même indigence culturelle, même caractère hasardeux dans l'expression… On continue ? Mais vous l'avez, la Sarkozy du PS ! (Par hasard, vous ne voudriez pas lui faire un brin d'ouverturitude au prochain remaniement ? Sans déc », ça nous ferait des vacances. Si en plus vous pouviez embarquer Valls, ça serait carrément le pied ! )
Le problème, c'est que le recours à l'homme ou la femme providentiel(le) est incontestablement un marqueur culturel de la droite, c'est beaucoup plus discutable à gauche : regardez Mitterrand. C'est tout de même à lui pour une large part que nous devons la liquidation actuelle de la gauche.
De Hulk_
nc | 02H04 | 08/06/2009 |
Sarkozy a quelque chose que Royal n'a pas, et qui fait la différence.
1) Il a cette capacité, en campagne électorale, à construire un tout cohérent, contrairement à elle.
2) Il exprime une sincère volonté de réformer la France, ce qu'on ne sent pas chez elle.
3) En petit comité, il est charmant. Il séduit et désarçonne. Là où elle est odieuse. Ca fait la différence quand il s'agit de susciter l'adhésion des barons et sous-barons.
4) Et enfin, il a une capacité d'exécution supérieure. Sa montée en puissance jusque 2007, puis sa campagne de 2007 le montrent. Idem pour le résultat de ce soir. Il s'est chié dessus en 2008, mais il en a tiré les leçons. Royal a l'exécution hasardeuse, ça ne pardonne pas.
5) Sans oublier qu'il a un sens politique de premier ordre, comme Mitterrand l'avait…
De nono le simplet
gardien de phare en intérim | 05H43 | 08/06/2009 |
Merci Pierre pour cette analyse qui ,curieusement , semble montrer , pour certains , une prise de position !
C'est assez marrant que les gens fanatiques d'un parti , d'une idée ou d'une personne accusent les autres de ne pas être objectifs !
Merci aussi à Thierry d'avoir bien résumé ce que l'abstention militante avait de dérisoire et d'utopique .
Il ne reste plus qu'à attendre le Grand Soir , vivrai-je assez vieux ?
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 06H37 | 08/06/2009 |
Vous dites Pierre :
« et ceux qui se sont dispersés entre toutes les formations opposées à la politique de Nicolas Sarkozy, permettant à ce dernier de triompher en tête, malgré son bilan et un contexte de crise qui auraient dû le pénaliser. »
Donc, si je comprends bien dans la vie, il n'y a que le noir et le blanc ?
Quelqu'un qui n'est pas socialiste est forcément UMP et inversement ?
Je me donne le droit d'exister et de manifester mon opposition à nicolas sarkozy en votant Front de Gauche, et par conviction en plus.
Je pense que les abstentionnistes et les votes nuls et blancs ont aussi le droit d'exister et d'être aussi convaincus par leur geste.
Et puis, le gargarisme pigeonnant de l'ump est un peu mal placé quand même, et où sont donc les voix de son élection ?
Quelques uns sont allés à la pêche et d'autres ont plongé dans l'écologie… d'autres aussi se sont retournés vers leur patrie première le FN..
Tout ça pour dire, sur fond de naïveté, que je ne suis pas [tout à fait d'accord] comme on dit dans les sondages, avec votre position.
De marie 75 3563
07H25 | 08/06/2009 |
un parlement européen de droite !
voilà ce qu'ont élu les abstentionnistes !
car 28% de 40% ca ne fait pas lourd !
De andelle
07H32 | 08/06/2009 |
Mr Haski vous dites « La stratégie de la division a ruiné le PS, et continue de le faire » Oui, mais pourquoi en accuser SR ? Quand à la suite du congrès de Reims on a pu voir les résultats changer au cours de la nuit et Martine Aubry remplacer Ségolène Royal,sans qu'on puisse jamais avoir les vrais comptes prouvant la véracité de ces résultats, il y a la moitié des membres du PS qui se sont sentis « jetés » et beaucoup sont effectivement aller voter ailleurs.
Quand les uns après les autres des membres importants du PS se sont laissé fasciner par les sirènes de « l'ouverture » pratiquées par NS et que la direction du parti n'a pas réagi, beaucoup d'électeurs se sont sentis trahis et abandonnés…d'où les résultats d'Europe écologie qui, en plus et surtout, a un programme solide, vivant et clair.
De hagalma
08H00 | 08/06/2009 |
Ce lendemain d'élection, on nous dit : les classes populaires se sont abstenues. Ah bon, mais alors qu'est-ce que ça veut dire, personne ne l'explique. Parce qu'elles ont été dispensées de l'impôt, parce qu'elles sombrent les premières dans la crise, parce que les élections seraient devenues une affaire de nantis, parce que fragiles entre toutes le discours consuméro-sécuritaire constituerait leur Eldorado, parce que toujours à la remorque de toutes les politiques elles cultiveraient la pulsion de mort, un négativisme ? Silence quasi absolu. 40 % des électeurs ont estimés utile de se bouger les fesses, 40% des électeurs s'auto-commentent les résultats ? , et 60 % se taisent, la bouclent, s'en foutent. L'assentiment silencieux des masses rappelle quelques points embarrassants de l'histoire… Malaise dans la civilisation.
De Bovary
08H08 | 08/06/2009 |
Membre du PS, électeur et supporteur de SR, j'ai voté Europe-Écologie. Maintenant que le PS après son long coma nous présente un électro encéphalogramme plat, on peut dire qu'il est mort, non ? Donc il faut le remplacer. Il y a suffisamment d'éléments humains et politiques de qualité pour y parvenir, à condition de vraiment tourner la page. Ce qui signifie virer tous les éléphants et en premier lieu ceux qui ont animé cette campagne calamiteuse qui aboutit à une franche catastrophe. Quand on se souvient des rodomontades de Cambadélis la semaine dernière, on ne peut que sourire de pitié. Vite un nouveau PS ! Il est encore temps pour gagner les régionales et la suite.