Décryptage 02/06/2009 à 20h51

Un pas vers une information médicale plus transparente

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

Pris la main dans le sac, des médecins s’engagent à respecter la loi qui les force à dire leurs liens avec un labo pour signer un article.


Un médecin à Paris en 2001 (Reuters)

C’est une petite victoire qui a été remportée ce mardi par l’association de consommateurs UFC-Que choisir
et le Formindep
. Convoqués pour une procédure de concertation devant le conseil de l’ordre de Paris
, des médecins soupçonnés de collusion avec l’industrie pharmaceutique ont fait amende honorable.

Tout a commencé il y a quatre ans, lorsque le collectif pour l’indépendance de l’information médicale, Formindep, a lancé une procédure
pour l’application de la loi sur la transparence médicale, datant de 2002. En 2007, une fois les décrets d’application parus
, le Formindep a lancé une observation systématique de 150 médecins s’exprimant dans 30 médias professionnels ou généralistes. Pour 56 d’entre eux, des liens d’intérêt non déclarés ont été mis en évidence :

« La partie émergée de l’iceberg, quelques arbres qui cachent l’immense forêt des influences commerciales et industrielles qui s’exercent dans le monde de la santé », relève le Formindep.

Pour 9 d’entre eux, leaders d’opinions, une procédure a été engagée : l’UFC-Que Choisir a menacé de traduire devant les conseils de l’ordre ces prescripteurs pris la main dans le sac, ce qui a entraîné cette conciliation, dont les résultats sont « satisfaisants » selon l’association.

Quatre médecins devaient donc ce mardi s’expliquer devant le conseil de l’ordre de Paris. Philippe Faucher
, gynécologue intervenant en faveur du vaccin contre le HPV
et qui a participé au développement d’un de ces vaccins ; Xavier Girerd
, cardiologue expert pour le fabricant du Telmisartan
qui a écrit sur le sujet ; Henri Rozenbaum
, gynécologue qui a écrit sur les traitements hormonaux de substitution
pour la ménopause tout en étant lié à des entreprises fabricant ces médicaments. Laurent Boccon-Gibod
, urologue impliqué sur le traitement hormonal pour les personnes atteintes de cancer de la prostate, s’était, lui, fait excuser.

« La différence entre communication et information »

« Tous ont plaidé leur méconnaissance de la loi », témoigne Nicolas Godfroy, juriste à l’UFC-Que Choisir présent à la conciliation. Ces spécialistes sont-ils de bonne foi ?

Ils savent, lorsqu’ils siègent en tant qu’experts à l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé
(AFSSAPS) ou à la Haute Autorité de Santé
(HAS) qu’il faut déclarer les liens pouvant entraîner des conflits d’intérêt avec les laboratoires.

Mais ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que les mêmes règles s’appliquent ailleurs, par exemple lorsqu’ils sont interviewés par le Quotidien du Médecin
ou une autre revue influençant directement les prescripteurs.

Manifestement gênés, les médecins mis en cause sont apparus « ouverts à la discussion », note Nicolas Godfroy. Il relève un obstacle :

« Il se peut que les médecins aient fait une déclaration mais que les revues ne les aient pas repris. C’est pourquoi nous avons obtenu que si les revues refusent de publier ces déclarations d’intérêt, ils s’engagent à ne plus y intervenir dans le futur. On pense que les revues s’y conformeront, ainsi les lecteurs pourront faire la différence entre communication et information. »

C’est d’ailleurs ainsi que les choses se passent dans le monde anglo-saxon.

Une influence sur la qualité des soins

Dans le document signé par les représentants des consommateurs et les médecins, ces derniers s’engagent à respecter la loi et à en faire la promotion auprès des médecins dont ils assurent la formation. Pour Nicolas Godfroy :

« Ce qu’on a obtenu est plus intéressant qu’une simple sanction disciplinaire, sous peine de réactivation des poursuites. »

Drôle de pays où il faut menacer de poursuites pour obtenir l’application de la loi ! Pour Philippe Foucras
, président du Formindep :

« Tous les experts qui s’expriment publiquement ont des liens avec l’industrie pharmaceutique, liens qui ne sont pas graves en soi mais quand ce lien fait conflit, il interfère sur la qualité du soin et les prescriptions. »

Simple rappel : une étude de l’UFC-Que Choisir
avait montré que la collectivité pourrait économiser 200 millions d’euros par an simplement en changeant la prescription de 14% des médicaments pour une qualité de soins au moins équivalente.

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  • Henri Brevat
    • Posté à 23h48 le 02/06/2009
    • Internaute 10456

    Je suis médecin généraliste, ayant travaillé pour un quotidien médical national et me suis fais aujourd’hui un petit plaisir ( réel ).

    Un appel auprès de ma secrétaire m’a demandé si j’acceptais de participer à une réunion organisé par la journal « Le Quotidien du Médecin ».

    Ma réponse fut « Je ne participe plus à des réunions pour des journaux financés par des laboratoires ! ».

    Ah bon ? me fut-il répondu.

    Et c’est bien là le problème.

    Je suis désormais en devoir d’expliquer à mes patients que pour telle ou telle information qu’ils reçoivent ( ou moi même ) se cache souvent derrière, un laboratoire, un industriel agro-alimentaire, ...dont je fais la démonstration.

    Alli, bonsoir...et sans fuite d’huile j’espère

  • Pierre31
    Pierre31
    Médecin à Saint Jean
    • Posté à 00h25 le 03/06/2009
    • Internaute 1800
      Médecin à Saint Jean

    Le probleme, c’est que au dela de l’information médicale, l’industrie pharmaceutique influence aussi la formation continue (c’est bien connu) et même initiale des médecins :
    Lien
    NB ; je suis médecin généraliste

  • Lechat
    Lechat répond à ALLAIN JULES C@MMUNICATION
    esprit critique
    • Posté à 08h36 le 03/06/2009
    • Internaute 23925
      esprit critique

    Bonjour

    Merci SOPHIE pour cet article

    « Tous ont plaidé leur méconnaissance de la loi » ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !

    ALLAN JULES Le malade est effectivement un cobaye mais le malade a le droit de dire NON

    Je ne suis pas contrairement à beaucoup de personnes atteinte du syndrome de la blouse blanche

    Un médecin voulait prescrire à un nouveau médicament à une amie qui a une spondylarthrite elle lui demande ce qu’est ce médicament il lui répond cela ne vous regarde pas ! ! ! ! !
    Après enquète sur un site médical elle a choisi de ne pas le prendre et elle a bien fait

    lire tout l’article
    Eviter l’évitable
    L’étendue des dégâts

    L’état des conséquences des erreurs, en recensant les éléments disponibles sur les effets indésirables évitables des soins

    Lien

    ..............À partir du poste d’observation hospitalier, plusieurs photographies de la situation française proviennent des résultats de l’étude Eneis. Selon cette étude, chaque année en France, 70 000 à 110 000 hospitalisations, ainsi que 120 000 à 190 000 effets indésirables graves des soins hospitaliers semblent évitables...............

    Pour info

    Publicité grand public pour les médicaments :
    chaque jour un peu plus...
    Lien.

    Le Collectif Europe et Médicament déplore que les firmes pharmaceutiques aient récemment obtenu en France un nouveau droit de faire de la publicité auprès du grand public.
    Pour en savoir plus

    Le décret du 19 décembre 2008 « modifiant le régime applicable à la publicité télévisée, au parrainage télévisé et au télé-achat » autorise désormais le « parrainage » (alias sponsoring) d’émissions de télévision par les firmes pharmaceutiques (1).

    Ainsi, pas à pas, les firmes pharmaceutiques diversifient leurs moyens de communiquer auprès du grand public sur les médicaments

    nouveaux médicaments
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    Nous sommes responsables il est donc préférable de se renseigner avant de prendre un médicament la revue prescrire est indépendante
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