Analyse 02/06/2009 à 18h46

Un lien entre taux d'incarcération et marché du travail ?

Cyril Hédoin | Chercheur et blogueur sur Rationalitelimitee.wordpress.com

Faut-il prendre en compte le taux d’incarcération lorsque l’on compare les chiffres du chômage ? Et si oui, comment ? C’est la question que se pose Cyril Hédouin, chercheur et blogueur de Rationalité Limitée.


Les économistes et bloggueurs John Quiggin et Bryan Caplan ont conclu un pari concernant l’évolution des taux de chômage aux Etats-Unis et en Europe. Les deux économistes ont misé 100 dollars sur le fait que le taux de chômage en Europe (à partir des données d’Eurostat) excédera ou n’excédera pas d’1,5 point celui des Etats-Unis sur la période 2009-2018.

L’interprétation de Quiggin n’est toutefois pas la même que celle de Caplan puisqu’il considère que le taux d’incarcération doit être pris en compte dans les chiffres du chômage. Caplan est opposé à cet amendement car s’il considère le marché du travail américain plus performant que le marché du travail européen, il considère que la politique pénale américaine est moins bonne.

Un marché du travail peu performant peut pousser à l’activité criminelle

Pourtant, lorsque l’on compare les chiffres du chômage, prendre en compte le taux d’incarcération peut être pertinent. Pas tant parce que une personne incarcérée serait forcément une personne sans emploi si elle était en liberté, mais parce que l’incarcération peut être le résultat des mauvaises performances du marché du travail. Comme le montre John Quiggin, cette conclusion découle logiquement de l’analyse économique du crime façon école de Chicago.

En effet, que nous disent Becker and Co ? Qu’un individu commettra un acte délictuel quand l’utilité marginale d’un tel acte est supérieure aux autres options à disposition du criminel en puissance.

En d’autres termes, pour faire diminuer le taux de criminalité dans une société, il y a deux possibilités : faire augmenter le coût des activités criminelles pour ceux qui en sont à l’origine (amendes et peines de prisons plus importantes, plus de surveillance) ou bien rendre plus attractives les autres options comme le fait d’avoir un emploi « honnête ».

Il est bien évident qu’un marché du travail peu performant, induisant un taux de chômage élevé, des salaires faibles ou des emplois précaires est susceptible de favoriser le développement d’activités criminelles. Effectivement, quand on accepte cette perspective, le marché du travail américain devient soudainement moins impressionnant.

Evidemment, il faudrait nuancer le propos dans la mesure où le niveau de l’activité criminelle et le taux d’incarcération qui en résulte ne sont pas le seulement le fait des défaillances du marché du travail. On peut par exemple penser que des problèmes au niveau du secteur éducatif ont également leur responsabilité.

Autres facteurs

Le problème est que les opportunités qui sont offertes aux individus par le marché du travail ne dépendent pas que du fonctionnement du marché du travail : par exemple, l’incitation à investir dans le capital humain dépend certes des perspectives offertes par le marché du travail mais est aussi fonction du coût (direct et d’opportunité) d’un tel investissement.

Dans un pays où les études supérieures sont très chères (point à relativiser en fonction des facilités d’accès au crédit) et où il existe une économie souterraine bien développée, investir en capital humain n’est pas forcément rentable même si le marché du travail fonctionne correctement.

Déterminer la part du taux d’incarcération résultant directement du fonctionnement du marché du travail est donc une question empirique complexe et, en tout état de cause, il est impossible d’imputer l’intégralité de ce taux au marché du travail.

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  • Gotch
    • Posté à 16h10 le 03/06/2009
    • Internaute 15306

    Bien sûr, les Chats. Bizarrement, les jeunes sarkozistes ne semblent pas gênés de voir certain grands patrons cumuler des salaires supérieurs à 300 fois le SMIC à des revenus autres (dividendes d’actions, jetons de présence, avantages en nature multiples....) : sans doute s’imaginent-ils pouvoir un jour être à la place de ces cumulards de l’argent et du pouvoir.

    Pour celui qui n’a plus rien, le plus est souvent peu de chose, mais pour lui c’est la différence avec ce rien. Les très riches devraient, ne serait-ce qu’une semaine, se retrouver dans le même dénuement pour comprendre. Encore que les ennuis de santé n’arrivent pas aussi vite....

  • affreuxjojo
    • Posté à 00h54 le 03/06/2009
    • Internaute 29421

    Je vois que Cyril Hédoin, qui s’intitule chercheur, n’a toujours rien trouvé. Bon courage quand même.

  • Alain Pacifique
    Alain Pacifique
    enfin!! ça marche !
    • Posté à 04h25 le 03/06/2009
    • Internaute 24637
      enfin!! ça marche !

    quand je lis ca : « Dans un pays où les études supérieures sont très chères (point à relativiser en fonction des facilités d’accès au crédit) », je me dis, soit je ne comprends vraiment rien à l’économie, ou, plus bêtement, je ne comprends le sens du mot « cher ».
    en deux mots, je trouve cette recherche un peu « capillo-tractée ».

  • tooms4444
    tooms4444
    p'tit con
    • Posté à 15h56 le 04/06/2009
    • Internaute 41634
      p'tit con

    La « politique judiciaire » n’a-t-elle pas son rôle à jouer également ? ?
    Par exemple, la prohibition de substances variant d’un pays à l’autre, la liberté d’expression, etc. et aussi les moyens mis à la disposition des forces de police (sans parler de la justice tj encombrée).

    Bref, on n’a pas le sentiment que le chercheur ait déjà beaucoup cherché... On rédige son dossier de candidature au CNRS ? ..

  • rilax13
    • Posté à 15h17 le 03/06/2009
    • Internaute 39869

    Sarko a opté pour le marché sous terrain : le statut d’auto-entrepreneur, c’est juste pour limiter le black, mais c’est instauré une tendance lourde de je te rend service pour pas cher..

    En lisant le titre ça m’a fait pensé que les violences familliales ont explosé aux USA depuis le début de la crise. Papa sur les nerfs à la maison all day long, est égal bien souvent à incident plus ou moins grave..

  • Enlendil
    Enlendil
    Etudiant
    • Posté à 16h44 le 03/06/2009
    • Internaute 66802
      Etudiant

    A quand l’étude qui nous apprendra que qu’il y a un lien entre taux de chômage et pauvreté ?

  • expat
    • Posté à 20h09 le 03/06/2009
    • Internaute 25627

    Petit detail oublie, les prisonniers americains ne sont pas des poids morts pour l’economie au contraire, de 2 manieres.

    Se sont des esclaves qu’on fait travailler beaucoup mais qu’on ne paie pas : aller voir les champs au Texas en ete, les gens qui y travaillent sont en uniformes de prisonniers.

    Ils sont aussi (documentaire de Michael Moore) utilise comme repondeurs de call-center. il y a eu un petit scandale quand un juge corrumpu a comdamne des ado pour des choses ridicules (et meme pas illegales) a des peines de prison fermes et que justement il ’est avere que la raison etait le manque de main-d’oeuvre dans la prison locale.

    L’autre chose est l’existence de prisons privees qui font payer un forfait a l’Etat pour garder les prisonniers, un autre buisness qu’on doit garder ouvert dans ces moments difficiles.

    La France et sa politique peinale ont leur lot d’horreur, mais pas encore l’esclave et la necessite d’enfermer 2% de la population pour faire faire des affaires a des gens peu scrupuleux.

    Pour la reinsertion et la prevention, evidemment a part les victimes et les criminels personne n’y a interet

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h47 le 04/06/2009
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    un avis perso

    si je faisais une comparaison avec la nature

    j’dirais que c’est un équilibre, il y auras toujours des riches et des pauvres

    maint’nant il y a aussi comment certaines personnes sont devenues riches ,et certaines pauvres

    sur’ment pas du a des contraintes économiques

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h47 le 04/06/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Ils passent totalement à côté du problème où les gens avec un travail honnête vont directement en prison pour avoir exercé leur travail honnête.
    Premier exemple qui me vient à l’esprit : les dealers. Ensuite j’ai aussi les comptables...

    Donc une société avec 0% de chômage peut engendrer un fort taux d’incarcération, puisque les gens ont du boulot donc du fric et du stress et donc achète de la came ce qui donne du taf aux dealers donc augmente proportionnellement le nombre de saisie et d’arrestations.