Tribune

En Isère, Bachelot privilégie une clinique à l'hôpital public

Médecins engagés pour la défense de l'hôpital public à Lille le 14 mai 2009 (Pascal Rossignol/Reuters).

Alors que le projet loi Hôpital Patients Santé Territoire est entre les mains des sénateurs, un exemple concret de la politique calamiteuse de Bachelot envers le service public hospitalier est en train de se dérouler en Isère, à Bourgoin Jallieu.

Un hôpital public qui reçoit 35 000 personnes par an aux urgences, qui est à l'équilibre financier et dont l'activité est en croissance, est menacé par une décision inepte prise dans l'intéret non pas des patients mais de réseaux d'influence politiques.

Les tutelles régionales avaient prévu dans le Plan hôpital 2007, compte tenu du développement démographique très important sur le bassin de population de Bourgoin Jallieu, le renforcement de l'offre de soins : le Médipôle, devant regrouper sur un même site une clinique chirurgicale et obstétrique, l'hôpital Pierre Oudot de Bourgoin, et un centre psychothérapique.
Plus gros projet Hôpital 2007 en Rhône Alpes, le Médipôle devait permettre de mutualiser certaines activités.

Un plateau pour trois, en bonne intelligence

Un plateau d'imagerie unique, appelé Centre d'imagerie du Nord Isère, devait regrouper praticiens publics et privés dans un groupement de coopération sanitaire (GCS) en mutualisant les personnels médicaux et non médicaux autour de deux scanners, une imagerie par résonance magnétique (IRM) ainsi que la
radiologie conventionnelle. Hospitaliers et radiologues libéraux partagent déjà en bonne intelligence un scanner et une IRM.

La clinique commerciale a emménagé sur le Médipôle en septembre 2008, l'hôpital devant quant à lui déménager entre octobre 2010 et mai 2011. Mais finalement et bizarrement, en novembre 2008, la clinique a fait une demande d'implantation d'un scanner sur le site du Médipôle, allant à l'encontre du projet initial. La Commission exécutive de l'Agence régionale d'hospitalisation a donné un avis négatif, mais la clinique a intenté un recours auprès de la Commission nationale d'organisation sanitaire et sociale et fait un intense lobbying auprès des députés UMP de la région (Alain Moyne-Bressand et Georges Colombier, qui sont des proches de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot).

La clinique obtient son scanner pour elle toute seule

Comble de l'histoire, sous la pression de l'Elysée, le ministère de la Santé s'apprête à autoriser (contre l'avis de l'Agence régionale d'hospitalisation) l'implantation d'un scanner dans la clinique privée… au détriment de l'hôpital public et au mépris de tout esprit de collaboration et de mutualisation.

On ne peut que s'étonner qu'une décision prise par les instances régionales, très au fait des problématiques locales, soit balayée d'un revers de main, contredisant par là-même l'argumentaire de l'Agence régionale d'hospitalisation.

Moins de service pour le public

Si cette décision était validée, elle aurait des conséquences très graves, cassant le pôle d'imagerie lourde hospitalier existant et menaçant à très court terme l'accès au soin des patients du territoire du Nord Isère (220 000 personnes) ainsi que la prise en charge des urgences. On risque d'ici quelques mois de se trouver avec deux machines implantées mais ne fonctionnant pas la nuit pour les urgences car les radiologues privés n'ont pas du tout envie de faire des gardes de nuit et de week-end et ceux du public ne vont pas assurer seuls la permanence des soins.

Alors que le nouvel hôpital recevra à son ouverture 40 000 patients aux urgences, nous devrons les orienter à Lyon faute de plateau technique suffisant.
Dédoublement du plateau, augmentation des coûts et diminution de l'accès aux soins… bref une vraie réussite !

Photo : médecins engagés pour la défense de l'hôpital public à Lille le 14 mai 2009 (Pascal Rossignol/Reuters).

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Bête à part

De Bête à part

parmi nous autres. | 08H28 | 01/06/2009 | Permalien

.

Bigup ! Yéti. Il faut le dire…

« En Isère, Bachelot privilégie une clinique à l'hôpital public »
Philippe Marini fait la même dans l'Oise à Compiègne, au profit de la polyclinique Saint-Côme…

.

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 08H54 | 01/06/2009 | Permalien

le gouv (sarko) a décidé de casser le service public, surtout dans les départements et municipalités « dissidents », comme Bourgoin Jallieu. Cette histoire est absolument lamentable, mais, hélas, pas étonnante.
Bachelot (sarko) n'a qu'une vue politicienne de la santé et tant pis si ses décisions vont à l'encontre du bien de la population.
Je pense et j'espère qu'il y a moyen de s'opposer à cette décision unilatérale de privilégier le privé, mais ce sera long s'il faut aller devant un tribunal, alors que le simple respect de l'agence régionale d'hospitalisation devrait être la règle.

Portrait de dodu

De dodu

Ménagère surdiplomée | 11H34 | 01/06/2009 | Permalien

@ Philippe Crova /
Cela fait combien d'année que quelques personnes comme Patrice Pelloux tirent la sonnette d'alarme sans que leurs chers confrères réagissent, dans leur majorité , les prenant au mieux pour de doux illuminés , au pire pour des emm…
D'autre part , le transfert des services rentables du public vers le privé n'est pas une nouveauté : voyez comme Mme Rose-marie Van Lerberghe a eu à coeur , pendant ces quatre ans de direction générale à l'APHP , de réduire les lits d'accueil des long séjour en gérontologie avant de démissionner pour aller prendre (oh ! surprise ) la direction du groupe médidep , spécialisé dans l'accueil aux personnes âgées dépendantes et devenu par la suite la Socièté Korian , groupe qui comprend tout un ensemble d'établissements privés (maisons de retraite , clinique psy , clinique de rééducation…)

Portrait de Magog

De Magog

Gardien de fous | 17H29 | 01/06/2009 | Permalien

Pour tous ceux qui ne seraient pas au point sur ce sujet, je vous renvoie à l'excellent opus du Pr André Grimaldi : L'hôpital malade de la rentabilité (Fayard) ou aux articles sur ce sujet que vous trouverez dans Le Monde Diplomatique.

La casse du service public de santé s'est organisée de plusieurs manière :
-1) déclaration de guerre aux services publics via l'AGCS
0) maintien d'un numérus closus médical pour organiser la pénurie des soins et rendre une réforme « indispensable ».
1) mise en concurrence public/privé quand 99% des urgences sont assurées par le public (+70% en terme de coût par rapport à un soin programmé). Et je ne parle pas de l'aspect recherche, étudiants…
2) les médecins généralistes qui sont les 1ers acteurs du parcours de soin et envoient majoritairement leurs patients vers leurs collègues libéraux des cliniques.
3) création des « pôles » de spécialité, prémices d'une vente à la découpe façon EDF, SNCF ou PTT.
4) création des GCS (groupement de coopération sanitaire) qui sont des entités juridiques qui vont se substituer à l'avenir à l'hôpital comme patron (l'hôpital ne sera plus que le donneur d'ordre ou le bailleur de fond) prémice à la disparition du statut d'hospitalier public
5) tarification à l'activité (T2A) et « bonnes pratiques » pour formaliser la supériorité du soin dans le privé et asphyxier financièrement l'hôpital public.
6) J'allais oublier, fermeture des lits à tout va depuis 25 ans, non renouvellement de postes après des départs en retraite pour des gains de productivité, aboutissant désormais à des « suroccupations » en période d'épidémies hivernales et à ce que le métro de Paris soit « le plus grand Hôpital Psychiatrique de France »

Voilà le constat d'une politique de santé mené depuis 1981 alternativement par les sociaux-démocrates et les libéraux-démocrates, et qui nous conduit aujourd'hui à :

1) des infirmiers qui se demandent régulièrement s'ils ne vont pas changer de métier, avec une hausse certaine des cas de harcèlement moral
2) des prisons et des rues remplient de patients psychiatriques amenant à la création « d'unités précarité » et d'UHSA
3) une région PACA surchargée en médecins et où le dépassement d'honoraire est la norme quand le désert des soins s'étend ailleurs
4) des exclus des soins de + en + nombreux comme le disait encore récemment sur France Info le président du Secours Catholique
5) des projets médicaux dictés uniquement par les financements possibles quand ce devrait être l'inverse.

Hélas, c'est uniquement quand un de nos proches ou nous-même sommes concernés directement que l'usager se rend compte de l'état de délabrement à flux tendu de son hôpital, lors du Xème changement de chambre, quand ce n'est pas celui de service.

Je vous conseille donc, si vous en avez encore l'envie, de bien voter aux prochaines élections européennes, ou d'interpeller systématiquement vos élus sur ce sujet.

Pour la morale de cette histoire, je suis allé pendant mes vacances en juillet 2008 aux urgences d'un petit hôpital local, qui avaient été sabrées sur l'autel de la rentabilité, malgré le fort éloignement de toute autre structure. Après discussion avec la maigre équipe de permanence (1 médecin, 1 IDE, 1 AS, + 1 sage femme le W.E.), ils s'attardèrent cyniquement sur la mésaventure d'un de leurs élus, responsable de leur déchéance, et qui, victime d'une crise cardiaque, était décédé faute d'un SMUR suffisamment proche.

Rira bien qui rira le dernier ?

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code