Wikipedia a décidé jeudi de bloquer toutes les interventions sur son site en provenance de l'Eglise de scientologie. Concrètement, le blocage s'effectue au moyen des adresses IP (identification des ordinateurs sur Internet) de l'organisation.
Cette décision, révélée par le site britannique The Register, est l'occasion de souligner le mode de fonctionnement de ce projet d'encyclopédie libre et les efforts des volontaires pour faire respecter le principe de la « neutralité de point de vue », qui en est l'un des axes fondateurs.
Chaque utilisateur de Wikipedia peut à tout moment modifier les articles du site. Le principe de neutralité, que les contributeurs sont censés respecter, consiste à « présenter de manière impartiale les différents points de vue pertinents, en leur accordant une place proportionnelle à leur importance ».
Difficile de faire respecter un tel principe sur les sujets les plus controversés qui donnent lieu à des « guerres d'édition ». En l'occurence, plus de 400 articles liés à l'Eglise de scientologie ont été modifiés, de façon répétée, depuis les ordinateurs de l'organisation, pour retirer des références négatives et ajouter des commentaires positifs.
C'est au terme d'une procédure de cinq mois, détaillée sur le site, que le comité d'arbitrage de Wikipedia s'est prononcé, votant le blocage en écriture des adresses IP incriminées (par dix voix et une abstention), ainsi qu'une série d'autres décisions visant notamment à empêcher plusieurs utilisateurs enregistrés d'intervenir dans des articles relatifs à la scientologie.
Ce comité est composé de volontaires expérimentés qui sont saisis des conflits autour des articles suscitant le plus d'activité et de controverse, lorsque les autres moyens prévus dans le « processus de résolution des disputes » (concertation, médiation) n'ont pu aboutir.
Une porte-parole de l'Eglise de scientologie a minimisé samedi l'impact de la mesure, qualifiée de procédure de routine. Elle a néanmoins affirmé que les scientologues se préoccupent de ce qui est dit sur Wikipedia et regretté des « propos très haineux » qui ont pu être écrits sur le site.
Les modifications des articles par les intéressés eux-mêmes est fréquente. Un exemple récent concerne d'ailleurs Rue89. Un agent du ministère de l'intérieur a tenté plusieurs fois de supprimer la référence à un article de notre site dans la bio Wikipedia du secrétaire d'Etat Alain Marleix. Nous avions révélé en février que sa fille allait bénéficier d'un piston pour décrocher un poste à la Sorbonne.
Mise à jour le 1/6/09 à 10h15 : le secrétaire de Wikimedia France, David Monniaux, nous apporte par e-mail ces deux précisions, dont nous le remercions.
- Le blocage de l'Eglise de scientologie porte uniquement sur la version anglophone du site. « Les décisions du comité d'arbitrage de la Wikipédia anglophone ne concernent que celle-ci. L'Église de Scientologie n'a pas fait l'objet d'un arbitrage sur la Wikipédia francophone. »
- « En ce qui concerne les motivations du comité d'arbitrage anglophone (ArbCom), elles sont entre autres que l'usage d'ordinateurs opérant à partir d'adresses IP mutualisées du réseau de la Scientologie empêche de distinguer les contributeurs les uns des autres. Par souci de simplicité il est plus facile de tout bloquer en vrac. »


























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De Fnork
| | 14H10 | 31/05/2009 |
La difficulté avec le web 2.0, c'est quand on est confronté à ce genre de problème éthique ou certains autres (politique, religieux…). En effet les structures 2.0 comme wikipedia sont par nature libres et perméables à tout commentaire extérieur, donc comment garantir que nos amis scientologue, néo-nazis, traditionalistes, etc… ne viennent pas pourrir nos cerveaux de leur venin ?
La décision ne peut être prise qu'arbitrairement et par un petit nombre.
Je ne pense pas qu'il y ait le moindre problème à interdire à ces gens de communiquer via cette structure « encyclopédique », qui fait hélàs trop souvent croire que l'on consulte le savoir en direct, un peu comme la lecture d'un dictionnaire. Ils ont déjà assez à faire avec les démarchages en pleine rue et les procès, pas besoin de leur permettre de se développer en com'.
Cela dit, le problème du web 2.0 se pose : comment réguler, sur les plans éthiques et légaux, des discours parfois posés par des sectes, mouvements extrémistes, et autres gai-lurons ?
Le gouvernement actuel nous a donné une réponse des plus… totalitaristes avec Hadopi combiné à Loppsi 2, mais sans tomber dans ce genre de travers autoritaires d'état cyberpolicier, comment permettre l'accès universel à l'information (l'essence même d'internet) sans permettre les extrémistes de tout poil et autres fanatiques d'inonder ces sites de leurs discours nauséabonds ?
De Mister K
Arpenteur | 08H02 | 01/06/2009 |
C'est très bien mais…
1) Je dois avouer que j'ai, de manière générale, un a priori plutôt négagtif à l'égard du contenu de wikipedia, que ce soit pour ce sujet ci ou pour d'autres sujets, notamment ceux ayant trait aux sciences humaines, histoire, politique etc. Pour une analyse critique (à charge), on peut consulter par exemple http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/.
2) Par ailleurs, dans cette affaire ci liée à la scientologie, je ne vois pas comment ils vont pouvoir empêcher des adeptes de la secte de faire des modificatiions à partir d'adresses IP situées hors du réseau de la « scientologie “ ?
De Mister K
Arpenteur | 07H52 | 01/06/2009 |
La neutralité n'est qu'apparente. Un historien, un journaliste, un enseignant, un écrivain etc. est obligé de choisir, entre un nombre infini de faits, ceux qu'il faut présenter et ceux qu'il convient d'omettre. Et il reflète ainsi, de manière consciente ou inconsciente, certains intérêts. Derrière chaque « fait » présenté, on trouve un jugement. Celui qui consiste à dire que ce fait-là est important et que les autres seront laissés de côté. Par exemple, l'histoire telle qu'elle nous est apprise à l'école relègue souvent au second plan le point de vue des ennemis, des étrangers ou de ceux qui n'ont pas la même couleur de peau que nous. Les enfants retiennent « la date » de l'arrivée de christophe colomb, mais on leur parle peu du génocide des populations indigènes qui a suivi l'arrivée des espagnols et des portuguais. De même il a fallu attendre des films comme little big man et bien plus tard des films grand public dans les années 80-90 pour voir apparaitre au premier plan le point de vue des indiens massacrés en amérique du nord. En France l'histoire proposée par l'école de Jules Ferry fut longtemps celle de promoteurs de la république coloniale. On se souvient de la polémique créée en 2005 lorsque certains législateurs UMP et UDF, soucieux de soigner leur électorat de rappatriés, avaient manifesté le souhait que les manuels d'histoire accordent une place plus importante au « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » et « aux sacrifices des combattants de l'armée française ». Quand sur wikipedia on voit untel mettre en avant « la neutralité de point de vue » dans la page débats, ceci afin ensuite de mieux pouvoir caviarder les écrits d'un autre contributeur, cela fait évidemment sourire…
De Lugi
08H55 | 01/06/2009 |
Non, le contenu de wikipedia est assez fiable dans le sens où :
-Il y a des balises pour signaler les sujets politiques
-On peut suivre les discussions et les modifications
-Les articles doivent citer leurs sources (sous peine d'avoir le tag « attention article fumeux ».
Ce n'est pas une encyclopédie sûre à 100% mais c'est sans doute la plus sûre des encyclopédie.
Pour le 2), le blocage des adresses IP est complètement inutile, puisque ça ne peut arrêter que les néophytes. Si la Scientologie le désire, elle peut continuer son vandalisme.
De Sereine
16H50 | 01/06/2009 |
Oui, vous pouvez effectivement éditer depuis un autre ordinateur.
Mais un article « chaud » attire l'attention des wikipédiens, qui porteront alors leur vigilance dessus, pour essayer d'empêcher que cela ne dégénère. Et si vous voulez faire passer à toute force votre idée, ou votre info, rapidement cela va devenir ingérable s'il vous faut changer à chaque fois d'ordinateur.
Quant à l'accès à des millions d'internautes… vous me faites sourire ; -)
On a pu constater que les vandalismes graves restent rarement en ligne plus de quelques minutes et que les personnes ayant pu tomber sur l'article à ce moment précis ne dépassent que rarement les quelques centaines.
Par exemple il y a quelques mois un député avait été diffamé sur Wikipédia. La diffamation est restée plusieurs heures sur l'article, mais l'article n'était consulté que par environ 10 personnes par jour maximum.
Sur Wikipédia en anglais, où des statistiques ont été faites, on considère qu'on a 4 « chances » sur 1000 de tomber sur un vandalisme grave en parcourant l'encyclopédie au hasard. Ça doit être globalement la même chose sur WP en français.
Cela n'enlève pas le problème des articles tendancieux, mais encore une fois, les articles chauds sont généralement très surveillés.