
J'ai lu les commentaires des lecteurs de Rue89. On me permettra d'apporter quelques précisions sur le sens de mon texte en faveur de Julien Coupat.
Je crois que le combat judiciaire des mis en examen de Tarnac, et de Julien Coupat, dépasse le cas individuel de chacun d'entre eux. Parce que Coupat lui même fait de sa détention une question politique, comme il l'exprime d'une façon étonnante et si personnelle dans sa récente interview écrite du journal Le Monde, même si je ne partage pas les idees qu'il développe.
La très grave accusation de « terrorisme » pesant sur lui pose le problème de la manipulation, à des fins politiques, du terrorisme et des outils policiers et judiciaires de lutte contre le terrorisme. George W. Bush a utilisé le terrorisme pour façonner et imposer un imaginaire de peur, grâce auquel il a pu engager des millions d'Américains et une grande partie du reste du monde dans la guerre en Irak. C'est à cet imaginaire que la quasi-totalité de ses opposants et adversaires ont eu la faiblesse de se ranger et de se soumettre.
Il est à mes yeux impensable que la gauche laisse s'installer un climat semblable en France, surtout à partir d'une affaire montée comme un château de cartes biseautées aussi grotesque que l'affaire de Tarnac.
Car c'est tout le pays qui risque d'en être affecté, et l'état de droit -difficilement acquis- peut y laisser beaucoup de plumes si nous n'y prenons garde.
Le risque d'arbitraire contre des citoyens innocents, accusés pour les besoins politiciens et électoralistes du pouvoir est malheureusement devenu une réalité en France. On ne peut donc se taire devant d'aussi graves dérives, qui sont d'ailleurs le pain habituel des élus de terrain que nous sommes, nous qui visitons les prisons où l'on se suicide, qui saisissons sans relâche la Commission de Déontologie chargée de contrôler les excès de pouvoir de la police, entre autres.
L'affaire de Tarnac, problème de toute la société française
Et ne croyez pas que ce soit chose facile pour un élu que de défendre devant l'opinion publique des personnes emprisonnées, ou présentées sous les traits de terroristes, comme nous le faisons parfois avec les armes de nos convictions et de notre conscience, et ne pensez pas que nous en serons remerciés.
C'est d'ailleurs toute la difficulté et la beauté de notre mandat que de faire comprendre à nos mandants qu'en emprisonnant Coupat, le pouvoir pourrait emprisonner beaucoup de gens ordinaires et innocents sans preuve !
Il n'y a pas matière à s'étonner que des socialistes, héritiers du parti de Jaurès, se lèvent les uns après les autres pour dire tout cela. Jean Jaurès avait déjà en son temps convaincu son parti -la Section française de l'Internationale ouvrière- de soutenir le capitaine Dreyfus dont l'innocence fut salie par une misérable manipulation de l'armée de l'époque et couverte par la justice aux ordres (déjà ! ).
C'est pourquoi nous sommes un certain nombre d'hommes et de femmes de gauche à nous être exprimés fortement face aux nombreuses dérives du pouvoir. Je suis intervenu cet hiver pour décrire la « poutinisation rampante de la Republique » ; André Vallini, député socialiste de l'Isere, ancien président de la commission d'enquête sur Outreau, s'est exprimé a plusieurs reprises sur l'affaire de Tarnac. Martine Aubry et Benoit Hamon en ont fait de même.
Cette affaire permet de faire la démonstration des abus du pouvoir sarkozyste, et de l'utilisation de la justice à des fins politiques. Elle est désormais devenue le problème de toute la société française.
C'est parce que Coupat est libre que cette affaire devient l'affaire de tous
Certains d'entre vous semblent regretter que mon intervention soit tardive. Mais celle-ci n'aurait pu prendre cette force politique, en atteignant la réputation de l'un des piliers du pouvoir, la ministre de l'Intérieur, et nous ne pourrions convaincre plus largement la société française que cette affaire constitue une manipulation, si la justice elle-même ne s'était pas mise en situation de devoir libérer Coupat pour insuffisance de charges.
C'est parce qu'il est libre qu'il ne peut pas être -bien sûr- le terroriste dangereux sous les traits duquel il est présenté, et que cette affaire devient l'affaire de tous les Français, parce qu'une affaire de manipulation de la justice par le pouvoir.
Par ailleurs, pour avoir été avocat, parfois de causes difficiles, dans ma vie professionnelle, je sais que le combat pour l'innocence de Coupat ne fait que commencer. Vous devriez réfléchir à ses périls, et chercher à coaliser autour de cette cause, plutôt que de distiller le venin de je ne sais quel soupçon contre des élus socialistes qui se battent sur le terrain et dans les Assemblées pour défendre des valeurs si dangereusement atteintes !



















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De William Tel
à Lille | 11H13 | 30/05/2009 |
D'accord M. Montebourg, prenez une initiative, on vous suit. Qu'est-ce que le premier parti d'opposition de France peut proposer de mieux qu'une pétition ou un rassemblement ?
Allez-vous oser entreprendre une action qui soit de nature à déstabiliser le régime « sarkozyste » ? Car si le danger est bien celui que vous dites, l'heure est grave, la démocratie doit être défendue par tous les moyens, la radicalité de la résistance devient légitime.
Vous êtes les seuls en position de provoquer une crise politique majeure, c'est un risque à prendre, mais sans doute la seule façon pour vous de reprendre la main : en aurez-vous l'audace ?
De eskimo
11H17 | 30/05/2009 |
C'est courageux comme mise au point car nul doute qu'un nouveau flot de commentaires va ici se déverser, avec un large panel de prises de positions, mais c'est la règle de ce format.
Numérosix ironisait hier sur le fait que A Montebourg ait été pris au piège de la tribune très différente de celle du monde, je trouve au contraire normal que les élus se confrontent aussi à des médias moins controlables dans la transmission du message.
Je pense ce texte convaincant.
Puisque tu lis les commentaires Arnaud je développe :
1. ce qui a provoqué la colère des rivenautes hier n'est pas le texte ou la prise de position tardive, tu en expliques toi meme les raisons. Effectivement c'est maintenant que la demande de démission de MAM prend tout son sens, devant la preuve de la fabrique de terroristes.
Certes Coupat n'est pas encore totalement libéré mais quelle que soit la suite, la dramatisation opérée par MAM apparait comme une machination. Les socialistes l'ont dit dès décembre d'ailleurs, mais hélas ils ne sont plus écoutés.
2. deuxieme élément donc = la rancoeur exprimée hier concerne davantage ta personne et le PS que le texte de la tribune, par ailleurt plutot bon je trouve. Je crois que le cumul est très mal passé Arnaud Montebourg, il faut vraiment se défaire de cela, TOUS les socialistes, se mettre en conformité avec une loi qui DEVRA l'officialiser. On voit aujourd'hui que la multiplicité des niveaux de gouvernement, la subsidiarité, n'a de sens que si les élus sont différents et pas les memes.
Pour le PS en revanche tu n'y peux rien, un habile jeu médiatique dévalorise le PS actuellement, quoi qu'il fasse, et droite et extreme gauche sans s'allier bien sur y concourent de bonne guerre. Mais le travail paye toujours. Et cette tribune en est un jalon. Il faut à nouveau etre de toutes les batailles, sociales et judiciaires (et faire taire Valls pour qu'il arrete d'acquiser aux dérives sécuritaires sous prétexte d'élu de terrain).
Voilà, les réactions ont été hier cruelles face à un bon texte et une prise de position politique adéquate, mais elle doit te montrer Arnaud Montebourg que la seule issue est celle des idées et valeurs. Car en ce moment le PS perd et les idéalistes passés à extreme gauche et les pseudos réalistes convaincus par la soupe du modem.
3. Dernier point = le terme romantique était maladroit car il fait passer sur le plan esthétique la position politique de Coupat. Mais ce n'est pas grave, car évidemment on comprend qu'en tant que membre du PS tu partages le combat contre l'arbitraire du pouvoir sans pour autant adopter les thèses politiques de Coupat.
De Tigerbill
retraité en CDI en charente-maritim... | 11H34 | 30/05/2009 |
Bon, si j'ai bien compris, vous avez attendu qu'on soit « obligé » de libérer un présumé innocent afin que votre réaction n'en ait que plus de force…… ? ? ? ? ?
Il me semble plutôt que votre réaction aurait eu encore plus de force si elle avait été immédiate et suivie dans le temps…..
A vous suivre, Zola aurait du attendre la grâce de Dreyfus pour écrire « J'accuse »
De Clarence
11H45 | 30/05/2009 |
Arnaud Montebourg, bonjour.
Je suis l'un de ceux, nombreux, qui au décours de votre tribune d'il y a 48 heures, ont « semblé regretter que [votre] intervention soit tardive ».
Et vous aurez beau dresser la liste des membres de la direction du PS qui ont pris position en faveur de Coupat, vous ne m'enlèverez pas de l'idée, et de la mémoire, que ces interventions furent à peu près inaudibles.
Il est maintenant possible de défendre Coupat, dites-vous, parce qu'aujourd'hui il est libre.
Et de faire un peu plus haut le parallèle avec l'affaire Dreyfus.
Il me semble pourtant que les Dreyfusards, eux, n'attendirent pas, pour le défendre, que Dreyfus fût libre, et innocenté.
Quant au conseil que vous [nous] donnez de « chercher à coaliser plutôt qu'à distiller je ne sais quel venin », il ne manque pas de justesse.
Et je crois en effet que concernant Coupat, la coalition dont vous parlez aurait été la bienvenue dès le 11 novembre 2008.
Une simple question se (re)pose alors : Pour quelle raison n'avez-vous, vous-même et votre parti, pris aucune part dans une telle coalition ?
De Jean Bachèlerie
12H19 | 30/05/2009 |
Arnaud Montebourg le réveil ?
Arnaud Montebourg a par le passé mené de beaux combats : contre les emplois fictifs à la mairie de paris, rapport sur les paradis fiscaux, et défendu des syndicalistes discriminés, depuis la présidentielle, on se demandait s'il existait encore. Est ce le réveil, ou un coup médiatique, l'avenir nous le dira. Constater aujourd'hui ; »Il est à mes yeux impensable que la gauche laisse s'installer un climat semblable en France », il serait temps en effet que le PS se réveille, il n'est pas la gauche, mais une de ses composantes, et toujours la plus silencieuse ou absente.
Il est grand temps que le Parti socialiste réalise ce que son silence ou son abstention cautionne : la dérive autoritaire de Sarkozy, la dérive technocratique et autoritaire de la Commission Européenne, qui n'a toujours aucune légitimité démocratique.
Approuver le traité de Lisbonne, c'est accepter cette dérive technocratico-autoritaire : c'est soutenir ou laisser faire le parti rétrograde : les partisans de la mondialisation libérale (rétrograde serait plus juste). L'idéologie de la mondialisation libérale, tous les bons esprits de la gauche qui ne se veut plus de gauche l'oublient, est rétrograde, c'est le » retour du malthusianisme social, de la régression démocratique, les parlements sont consultés comme le parlement européens, mais font de moins en moins les lois, comme en France, les politiques se soumettent aux experts et cautionnent les comités et autres instances dites indépendantes, c'est-à-dire qui ne sont soumises à aucun contrôle démocratique : la Commission Européenne, l'OMC, la BCE,…
Nous souhaitons à Arnaud Montebourg qu'il réussisse à sortir de leurs torpeurs ses camarades de la direction du PS, qui ne s'indigne de rien, qui ne propose rien et laisse faire. L'indignation n'a d'intérêt que si elle est suivie de proposition pour changer de politique, changé d'Europe.
De eskimo
12H40 | 30/05/2009 |
Non le parallèle avec l'affaire Dreyfus est à l'avantage de Arnaud Montebourg ! ! !
L'affaire Dreyfus éclate en 1894, les doutes apparaissent en 1895 et le J'accuse de Zola date de 1898 !
Attention quand on manipule nos symboles historiques.
Autre chose = vous admettez Clarence des prises de position antérieures du PS mais les dévalorisez car inaudibles. Or qui est en cause alors ? celui qui parle ou celui qui écoute ?