Le Monde a donc servi sa soupe à Julien Coupat dans sa cellule, juste avant sa libération. Journal bourgeois s'il en est -mais « il y a de la plèbe dans toutes les classes », note Coupat citant Hegel- il s'encanaille à interviewer celui qui ne peut que l'abhorrer. Toujours cette faiblesse des démocrates…
En quatre pages (Web), les journalistes du Monde ne sont pas parvenus à poser quelque question gênante que ce soit. On pourrait même trouver une forme d'admiration dans cette question : « Vous définissez-vous comme un intellectuel ? Un philosophe ? » Ce à quoi Grand Sachem répond, en substance : « Et ta sœur, elle bat l'beurre ? »
En revanche, vous ne trouverez aucune question sur la raison de la présence de Coupat et Lévy cette nuit-là, à cet endroit-là. Cette question, que je persiste à penser centrale, Coupat & Cie continuent de l'éluder.
A ce jour, ils n'ont en effet fait qu'une réponse en forme de juvénile brasd'honneur : ils faisaient un câlin. Un défi à la logique, puisqu'ils n'étaient pas dans leur voiture, que nous étions le 8 novembre, et que comme dit la sagesse populaire, « froid de novembre, cache ton membre ».
Sur la piste allemande, un petit laïus guère plus convaincant que leur « silence, on baise ».Surtout, la lecture de la prose de Coupat aura achevé de nous convaincre que son combat n'est pas motivé par la lutte contre le nucléaire et la sauvegarde de la hulotte cendrée.
Il reste donc, incontournable dans ce dossier, un fait : alors que cela fait tout de même une trotte depuis Tarnac, c'est vraiment pas de bol d'être pris d'un désir persistant à l'aplomb de la ligne TGV sabotée, la nuit où elle l'a été, alors que les conditions atmosphériques devraient vous passer toute envie d'ôter vos sous-vêtements, alors que vous êtes un fervent lecteur d'un bouquin qui préconise justement le sabotage des moyens de transport.
Il n'y a plus que deux hypothèses.
-
Soit Coupat et Lévy sont nos saboteurs, et qu'on arrête de nous bassiner avec le martyr du Grand Sachem.
-
Soit Julien Coupat doit voir, dans une aussi improbable somme de coïncidences, un signe comme seule laProvidence peut en faire, et commencer sérieusement à mettre à profit son expérience carcérale pour réfléchir à la nouvelle orientation que devra prendre sa vie.
Coupat, que les émeutiers du clavier vénèrent déjà, n'est pas si habile. Il veut nous persuader que l'accusation de terrorisme ne tient pas ? Il nousconvainc du contraire. Reprenons :
« - La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous ?
- Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant. »
Là, à supposer qu'il n'ait pas déjà basculé, il devient très convaincant dans le rôle du chef d'un groupe sur le point de. Le délire verbal, la pensée systématique, la représentation alternative sont là, qui laissent augurer du passage à l'acte (l'homme ayant déjà participé à de nombreux rassemblements violents).
Et puis, ce serait lui manquer de respect, que de ne pas apporter de crédit aux propos de cet homme qui dépeint le pouvoir comme l'« ennemi », qui salue les émeutes - même fantasmées - comme seules voies d'actions, qui proclame l'existence d'une véritable « guerre », qui souligne avec tout ce qu'il faut de dialectique qu'« il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon cœur » et déclare enfin que « la vengeance est l'hygiène de la plèbe »…
« Il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime » ? C'est possible.
Mais Julien Coupat nous a peut-être bien apporté, en une seule interview, la démonstration du bien-fondé de cette politique. Dans la bataille d'image engagée avec l'Etat, Coupat, tout infatué de lui-même, a peut-être bien perdu une partie.
Alors, faut-il discuter avec lui et tous les Coupat ? Faut-il lui expliquer ? Partir dans une défense de notre système pour donner libre cours à la pseudo-révolte de nos interlocuteurs et à leurs réactions outragées ? Il n'aime pas la société actuelle ? Moi non plus. La marchandisation, la spectacularisation de la société lui sont insupportables ? Moi aussi.
Mais dîtes-moi, vous, vous en connaissez beaucoup des personnes qui vous chantent les mérites éternels de notre société ? Bon, allez, on va pas dire « beaucoup » : en connaissez-vous un, juste un ?
Et Coupat peut mépriser Besancenot qui n'a pas de « perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop », lui-même et son anarchisme ne font que se vautrer dans la dénonciation stérile.
A-t-il seulement songé, dans cette libre tribune offerte par Le Monde, à esquisser l'ombre d'une « perspective » ? On ne lui demande même pas que la perspective soit chantante, mais juste qu'après avoir recommandé un hommage à Molotov, il se soucie de ce qu'il met à la place.
On aurait pu porter à son crédit, faute d'approuver les méthodes, d'avoir au moins le mérite de la cohérence. De ne pas se borner à regretter l'évolution de la société, mais de choisir l'action. Mais non. Et s'il était vraiment cohérent, Julien Coupat ne s'arrêterait pas si tôt dans sa réflexion.
La société est un Spectacle ? La justice, une illusion ? La prison, une mascarade ? Le système, un bal de faux-semblants ? C'estbien possible, mon Julien. Et moi aussi, parfois, j'en souffre. Mais sans vouloir te peiner, si spectacle il y a, Julien, toi et tes révoltes, vous êtes aussi part of the show.
Le vrai problème de Julien Coupat, c'est qu'il n'a pas trouvé Dieu. Y'a que ça pour soigner sa désespérance. Car le christianisme est d'essence subversive, et ne satisfait pas de ce monde. Au bout du bout, si l'on rejette le Spectacle, il n'y a que la perspective Dieu qui donne vraiment du sens.
Tout le reste, c'est de l'agitation, de l'instinct de survie en action, un recommencement permanent.Coupat, si t'en as, convertis-toi. Tu verras, ça apaise, ça éclaire.Et face à ta « bifurcation historique et métaphysique », ça offre l'avantage de prendre le Chemin sans que la révolte n'ait besoin d'être « cruelle ». C'est aussi exigeant. Mais tu m'as l'air d'être ambitieux. Mon lapin.






















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à koz
De Alain Pacifique
22H05 | 29/05/2009 |
ca c'est de l'argument ! !
en plus, c'est exactement ce que vous dites sur votre blog.
et , entre nous, lequel des deux se cache sous les draps.
à Alain Pacifique
De Fikmonskov
Blogueur, chomeur, musicien... Qu'e... | 22H08 | 29/05/2009 |
En ait d'argument, vous n'en avez pas beaucoup non plus.
à Fikmonskov
De 101.7
Promeneur | 22H16 | 29/05/2009 |
Gné ?
à Alain Pacifique
De hershellgordon
22H10 | 29/05/2009 |
sacré alain ! on a dû vexer les aficionados de son blog !
à Alain Pacifique
De déluge
menuisier | 22H52 | 29/05/2009 |
Les poètes aux vers bien peu lus, cachent leurs odes sous leurs bras.
Deux fois.
à déluge
De Utilisateur désinscrit à sa demande 2
nc | 22H53 | 29/05/2009 |
C'est Kloug ?
à Utilisateur désinscrit à sa demande 2
De déluge
menuisier | 23H16 | 29/05/2009 |
Non c'est contrepet.
Bonne nuit groscon : )
à Alain Pacifique
De koz
(auteur)
Blogueur | 21H49 | 29/05/2009 |
Ah ben non, « ça » ne veut pas dire ça. C'est ce que vous avez lu ?
Si vous, et d'autres, accordiez un peu d'attention à ce que j'écris, sans vous arrêtez au fait que je suis un gros vilain qui ne pense pas comme vous, vous auriez saisi lu mon avant-dernier paragraphe (ou celui d'avant). Comme Fik le souligne, je ne suis pas spécialement un grand laudateur de notre société et de son évolution et notamment sur certains points qui rejoignent ce que peut penser un type comme Coupat. Mais lorsque je lis sa petite dénonciation de la société du spectacle, j'ai envie de lui dire de pousser le raisonnement jusqu'au bout. Il fait partie intégrante du spectacle. In fine, tout est spectacle, même lui. Tout est assez vain. Il joue au ping-pong avec l'Etat ? Je joue à l'insurrection et l'Etat à l'Etat répressif, donc je joue encore plus à l'insurrection et l'Etat encore plus à l'Etat répressif… C'est bien, chacun joue bien son rôle. Mais il ne faut pas se croire trop original ni penser pouvoir regarder les choses de trop haut.
à koz
De hershellgordon
22H01 | 29/05/2009 |
in fine…« tout est assez vain »….« chacun joue son rôle »….« il joue au ping-pong avec l'Etat »…franchement…c'est quoi cette réponse ? je dois être secrétin qu'aurait vu shakespeare tapait la balle avec saint matthieu….
respectueusement…
à hershellgordon
De koz
(auteur)
Blogueur | 14H48 | 30/05/2009 |
« respectueusement »
Merci de la précision.
à koz
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 12H34 | 30/05/2009 |
J'ai accordé trop d'importance à ce que vous écrivez ?
« Même s'il se montre parfois d'un manque d'objectivité bien compréhensible de la part d'un père »
« Les journalistes semblent avoir attaché davantage d'importance aux aspects périphériques du dossier qu'à ce fait pourtant central. »
J'ai sélectionné ces deux phrases de votre billet mis en lien dans celui-ci. Et une seule remarque me vient à l'esprit :
« La Résurrection qui vient », c'est pour quand, Koz ?
De Alain Pacifique
20H23 | 29/05/2009 |
pourquoi avoir « édulcoré » votre billet. je viens de lire la version de votre site koztoujours.fr et voici la fin du texte en version complète :
« Alors, au bout du compte, si vous y réfléchissez avec moi, vous arriverez nécessairement à cette conclusion (si, si) : le vrai problème de Julien Coupat, c'est qu'il n'a pas trouvé Dieu. Y'a que ça pour soigner sa désespérance. Comme nous l'avons vu, s'il dit vrai, il doit remercier le Seigneur, Dieu de tendresse et d'humour, qui dans le froid de novembre l'a discrètement guidé vers une réclusion propice à la réflexion. Car le christianisme est d'essence subversive, et ne satisfait pas de ce monde. Rigolez pas : par le baptême, le chrétien est dit “prêtre, prophète et roi”. Au moins aussi prophète que Coupat. Et puis au bout du bout, si l'on rejette le Spectacle, il n'y a que la perspective Dieu qui donne vraiment du sens. Tout le reste, c'est de l'agitation, de l'instinct de survie en action, un recommencement permanent.
J'ai un pote qui vient de publier un bouquin, Dieu est de retour, sur l'évangélisation. Je vais peut-être l'envoyer à la Santé (le pote) : Coupat, si t'en as, convertis-toi. Tu verras, ça apaise, ça éclaire. Et face à ta “bifurcation historique et métaphysique”, ça offre l'avantage de prendre le Chemin4 sans que la révolte n'ait besoin d'être “cruelle”. C'est aussi exigeant. Mais tu m'as l'air d'être ambitieux. Mon lapin. »
ca vous paraissait trop catho pour Rue89 ?
à Alain Pacifique
De 101.7
Promeneur | 20H28 | 29/05/2009 |
« ca vous paraissait trop catho pour Rue89 ? “
Pour manipuler heureux, manipulons camouflés. : )
Un ami de tagada ce koz ou son sosie.
à Alain Pacifique
De Pascal Riché
Rue89 | 20H48 | 29/05/2009 |
C'est nous qui avons coupé le billet de Koz, qui était trop long selon nos critères.
à Pascal Riché
De 101.7
Promeneur | 20H51 | 29/05/2009 |
Vous auriez du le signaler.
On aurait pu passer à côté de ce « monument » sans la vigilance de Alain Pacifique. : )
à Pascal Riché
De lancetre
21H09 | 29/05/2009 |
Raccourci ?
Pour quelques lignes de plus ? ? ?
Vous prenez les riverains pour des crétins !
En tout état de cause, lorsqu'on coupe dans un texte, on le signale, au strict minimum par des points de suspension entre crochets.
Si la fin vous paraissait, comme à moi, grotesque, il ne fallait pas publier l'article du tout ! Pour ce qu'il apporte d'intéressant…
Je suis très déçu de trouver sur rue 89 ces méthodes malhonnêtes.
à lancetre
De koz
(auteur)
Blogueur | 21H51 | 29/05/2009 |
Lancetre, vous manquez terriblement d'humour. Mais je vous rassure, vous n'êtes pas le premier.
à koz
De hershellgordon
22H14 | 29/05/2009 |
tandis que vous…l'humour…mmmm…vous en êtes plein…et même imbu…
edit : même pas le temps de poster et je suis nazé…ite missa est !
à hershellgordon
De Utilisateur désinscrit à sa demande 2
nc | 22H23 | 29/05/2009 |
Ca s'appelle le pré-nazage anticipé. Un peu comme les diesel qui commencent à chauffer avant que tu mettes la clé, dès qu'ils sentent ta présence.
C'est à de petits détails comme ça qu'on voit qu'on est sur un site à la pointe de la modernité.
… et c'est ainsi qu'Allah est grand !
à Utilisateur désinscrit à sa demande 2
De hershellgordon
22H44 | 29/05/2009 |
…de toute façon, et toi et moi sommes pré-nazés par des pré-pubères et de vieux cons…et ça m'amuse…
à Utilisateur désinscrit à sa demande 2
De lancetre
22H55 | 29/05/2009 |
Mais l'éléphant est irréfutable !
à lancetre
De Utilisateur désinscrit à sa demande 2
nc | 02H11 | 30/05/2009 |
Ah oui, c'est vrai aussi !
à koz
De lancetre
22H32 | 29/05/2009 |
Ben non, vous étiez là avant ! ! !
LOL ! ! !
à Pascal Riché
De Alain Pacifique
01H23 | 30/05/2009 |
trop long peut ^^etre, mais la lecture de la version originale me laisse à penser qu'il faut lire ce billet ( et son titre ) au 1er degé, alors que la version Rue89 me laissait plus hésitant, 1er ou second degré ? ?
c'est vrai que les pointillés entre crochet auraient été les bienvenus, avec un lien vers le blog.
De Jambalaya
Le contenu de ce champ apparaît ent... | 20H25 | 29/05/2009 |
Il me semble que Julien Coupat s'est un temps intéressé à la pensée kabbalistique, qu'il l'a étudiée sur place en Israël et qu'il a participé à une revue dont le nom Tiqqun évoque un concept de la cabbale et du judaïsme messianique.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tiqqun
De Adelyne sur le sable
Si je savais | 20H39 | 29/05/2009 |
Il faut arrêter les mecs, de se poser des questions.
Il faut lire la « prose », de koz…
Il faut l'absorber, la digérer, la chier ; mais il a causé, le «
De palmer
passant | 20H42 | 29/05/2009 |
»…pas de passeport biométrique, pas de téléphone portable,…, ton compte est bon mon bonhomme ! »
De unouveaucompte
20H43 | 29/05/2009 |
faut arrêter ! (jeu de mots)
(je préfère la version catho je m'y reconnais plus ! )
De Pascal Riché
Rue89 | 20H45 | 29/05/2009 |
Cher Koz,
Merci de votre texte, c'est toujours vivifiant de goûter l'eau du contre-courant.
Il y a dans cette affaire deux questions : 1) Comment qualifier ce dont on accuse Coupat ? 2) Est-il coupable de ce dont on l'accuse ?
Vous ne répondez qu'à la seconde question, à votre manière. Vous avez vos propres convictions. Pour ma part, je n'ai que des doutes. Et dans le doute, je préfère m'en tenir à la présomption d'innocence.
Mais admettons que Coupat ait effectivement eu l'intention de jeter des trucs sur les caténaires ; se pose alors la première question : comment qualifier cela ?
Le problème, c'est que le pouvoir a voulu fabriquer artificiellement un « terroriste », à partir d'un épicier bio soupçonné d'actes de vandalisme, actes sérieux certes, mais difficile à qualifier de « terrorisme ». Et que ce même pouvoir n'a pu apporter aucune preuve de sa culpabilité.
Si Julien Coupat avait fait 48 heures de garde à vue, on l'aurait déjà oublié.
On est donc en présence d'une instrumentalisation de la justice, qui s'est traduit par un fiasco. Un fiasco qui a a eu un résultat inattendu : après six mois de prison (six mois ! ), une icône gauchiste est née.
à Pascal Riché
De déluge
menuisier | 21H42 | 29/05/2009 |
Exactement.
Pour compléter, et à titre personnel, j'ai l'impression que le texte de koz procède plus d'une habile étude de marché qu'il ne serait le fruit d'une réflexion personnelle.
A la manière d'un Kagansky faisant un procès en lepenisme à Jeunet en peine améliepoulinesque hystérie, celui-ci cherche le contre-pied pour exister un peu, à l'heure où l'ensemble des médias se décide enfin à s'occuper du cas Coupat une fois libéré (à croire que la parole fut libérée en même temps, mais passons).
Il y a toujours un fils de pub pour se glisser et se faire mousser ainsi, c'est fatal.