Ce jeudi matin démarrait la campagne contre le viol du CFCV, association qui a vingt-cinq ans de prévention contre le viol à son actif. Le collectif féministe contre le viol a choisi l'actrice de X Clara Morgane pour tenir le rôle féminin. Le scénario de ce qui se présente comme un court métrage érotique un peu cheap joue sur les classiques du genre : le plombier qui monte les escaliers, arrive essoufflé sur le pallier et sonne à la porte, sur fond de générique en lettres roses.
Clara lui ouvre en robe blanche cintrée sous les seins. Pieds nus dans un appartement blanc laiteux, elle lui dit qu'elle « en pouvait plus de l'attendre ». Son évier fuit, le plombier lui emboîte le pas, on ne le voit pas. Elle se penche, on devine que le type s'échauffe. Il pose son sac, mais Clara lui demande ce qui lui prend. Elle finit en lui disant « t'as vu ta tête ? » et déroule le message de la campagne : « Le désir, c'est pas contagieux, alors quand c'est non, c'est non. » (Voir la vidéo)
A la rédaction, certain(e)s ont été d'emblée emballés par la pub, d'autres plus mitigés sur les cheveux savamment négligés de l'actrice porno et sa touche de gloss sur la lèvre inférieure. Car cette campagne 2009 rompt plutôt avec les messages précédents.
Même les allumeuses…
Cette fois, on insiste sur le fait que même les allumeuses ne sont pas responsables d'un viol. En gros, le contraire du « après tout, elle l'a pas volé ». A la fin, le clip rappelle d'ailleurs :
« Sans consentement, c'est un viol. Le viol est un crime, seul l'agresseur est coupable. »
Le fait de cibler spécifiquement sur une fille très jolie et un peu aguicheuse est relativement nouveau, quand on compare aux représentations du viol dans les médias jusqu'ici. Dans les années 70-80, par exemple, c'est souvent des femmes assez âgées qu'on interviewait dans les reportages sur l'augmentation des agressions (comme pour les sujets sur la contraception, d'ailleurs).
Et, il n'y a pas si longtemps, on se souvient que les Chiennes de garde et autres avaient hurlé pour le recours à l'esthétique porno-chic dans la pub… ou encore, en 2000, « Babette, je la lie, je la fouette et parfois elle passe à la casserole » pour une ode à la crème fraiche.
Loin de Clara Morgane et de l'arme parodique pour faire défendre un message de défense des femmes,Yvette Roudy, en 1983, avait même voulu faire passer une loi sur l'utilisation d'images considérées comme dégradantes de la femme (qui s'était finalement résumée à un texte contre la discrimination professionnelle). Peu probable par exemple que les féministes de l'époque auraient fait fait appel à Linda Lovelace après « Gorge profonde ». (Voir la vidéo)
Mais, avec cette parodie, le collectif CFCV a voulu cibler un public plus jeune. En l'occurence les 15 et 25 ans, pour qui on traduit carrément le slogan « quand c'est non, c'est non » en langage texto à l'écran : « Kan c non c non ».
Explosion des statistiques
Depuis trente ans, le nombre d'agressions sexuelles a grimpé, ou en tous cas les plaintes. En 1978, on dénombrait 1500 viols en France et huit mille agressions sexuelles, d'après ces archives. Vingt-huit ans plus tard, en 2005, le ministère de l'Intérieur répertoriait 4412 affaires de viol sur personnes majeures, soit trois fois plus.
Autres chiffres du côté de l'Insee : en 2007 et 2008, 7,8% des femmes de 18 à 75 ans auraient été victimes d'agressions sexuelles (parmi lesquelles les rapports sexuels forcés restent toutefois minoritaires).
Le CFCV collectif féministe contre le viol rapppelle au passage que 80% des victimes connaîtraient leur agresseur.






















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De margot
06H32 | 29/05/2009 |
Je la trouve très bien :
1. elle correspond tout à fait à ce que l'on sait des violeurs : ils ont une vision complètement déformée de la réalité (et la réalité, là, c'est une femme en tenue d'été, trempée par une fuite d'eau qu'elle essaye de maîtriser mais qui a appelé un professionnel et lui explique la situation, pas une fille sexy qui allume l'homme en question et veut le séduire). Vous savez que des violeurs de voisines disent souvent pour justifier leur acte « elle m'a dit bonjour et j'ai lu du désir dans son regard » ? C'est ça, le truc : une vision déformée de la réalité. Comme les mecs qui, sous prétexte que vous êtes en jupe dans la rue, estiment alors avoir le droit de venir vous emmerder, pensant que si vous êtes en jupe ALORS vous voulez baiser. C'est un raisonnement de Taliban, ça, un terrain favorable à l'enfermement des femmes.
***Quoique vous fassiez, quoique vous disiez, quelque soit votre tenue, le violeur est dans son film, *il vous voit désireuse, c'est ce qui lui permet de passer à l'acte*. *** La fameuse phrase « les femmes font semblant, en fait quand on insiste un peu on voit que c'est ce qu'elles veulent » est une phrase de violeur potentiel, massivement relayée par l'industrie pornographique, d'ailleurs.
2. le fait d'utiliser clara morgane n'est pas con : même si par ailleurs elle tourne des films X, ça n'en fait pas une femme « violable » pour autant : si elle tourne dans des films de cul là elle n'est pas dans une situation de désir mais dans le cadre d'un problème du quotidien, en aucune manière que ce soit elle n'est dans une situation de séduction
3. le film ne dit pas que les hommes sont des chiens, le film dit qu'une femme qui se retrouve face à un homme qui veut la baiser alors qu'elle ne le veut pas peut effectivement percevoir cet homme comme un chien en rut et non pas être émoustillée elle aussi. C'est tout le propos du film et c'est écrit en toutes lettres : « le désir n'est pas contagieux », ce n'est pas parce que l'homme désire que par un effet magique la femme qu'il désire se met automatiquement à le désirer aussi. A moins qu'elle n'aie du désir pour cet homme elle-aussi, ce qui n'est clairement pas le cas ici.
4. je suis horrifiée par certaines réponses qui montrent cruellement que leurs auteur-e-s n'ont rien compris au message du film et continuent de faire porter la culpabilité du viol sur la femme : il faut ouvrir au plombier en tchador (ou en col roulé en plein été), maintenant ?
En fait, je trouve qu'un peu trop de personnes ont intégré le regard du violeur plutôt que celui de l'agressée.
De egide
Littéral | 16H36 | 29/05/2009 |
La participation de Clara Morgane, saltimbanque du spectacle vidéo pornographique, est une très bonne idée car cela démontre que les maitres d'ouvrage de cette campagne de sensibilisation ont parié sur l« intelligence du public visé et assument la banalisation du spectacle pornographique en particulier chez les jeunes personnes.
la sexualité n'est pas visée en tant que telle. On peut penser que la morale ne sous tend pas la communication.
Pourtant, l'utilisation des clichés en une accumulation d'images surfaites finit par rendre un certain malaise :
Qui est le machiste violent qui risque de s'en prendre à la jolie cliente ?
Un plombier, métier symboliquement relié au masculin populaire. Comme si les jeunes hommes des classes modestes étaient les agresseurs sexuels principaux.
Le plombier décidément focalise tous les fantasmes menaçants, tour à tour, l'étranger voleur d'emploi ou alibi des délocalisations économiques, virile et inquiétante masculinité des minorités pauvres d'origines étrangères avec subliminalement l'emprise secrète et violente des organisations criminelles de l'Est européen.
L'homme slave est-il devenu notre épouvantail ?
Je crains aussi que l'assimilation de l'homme au chien, allusion adoucie à l'ancienne figure de la terreur qu'est le loup-garou, la bête du Gévaudan qui ne s'en prend qu'aux jeunes femmes ne cache dans le fond qu'une assimilation très négative du désir sexuel à l'animalité.
La surabondance des références ne masque pas l'absence fâcheuse de la maitrise de la communication.
Le message est brouillé car on ne sait toujours pas qui est l'homme qui agresse sexuellement les femmes du harcèlement ordinaire jusqu'au passage à l'acte.
De plus, on semble admettre comme normal l'expression du désir masculin, du genre :
Tu baises jolie ? lancée sans façon à une inconnue.
Pourvu que la femme ainsi interpelée réponde franchement : Non.
Ça s'arrêterait là, sans autre forme de procès ?
Tout serait bien dans le meilleur des mondes si l'homme débonnaire et franc en reste là ?
Pour moi, c'est inacceptable. Déballer son désir sexuel tout à trac à une inconnue, c'est déjà une violence à caractère sexuel. On appelle ça du harcèlement.
On rendrait un service majeur aux adolescents des deux sexes en leur apprenant à des-érotiser l'autre.
Le seul moyen de la reconnaissance de l'altérité consiste bien à ne pas imaginer le corps de l'autre comme une source convenue de plaisir sexuel.
La sublimation du corps de l'autre en plaisir esthétique dénué de sous-entendu libidinal est une condition libératrice de l'être humain. Tant des garçons que des filles.