Revue du web

Après l'article du Monde, les « forçats du Net » se rebellent

Les journalistes Web n'aiment pas être qualifiés de « forçats de l'info » ou d'« OS de l'info ». Ils n'apprécient pas plus « Pakistanais du Web » ou « journalistes low-cost ». Quant à « poulets en batterie », ils détestent. Xavier Ternisien le sait désormais.

Depuis quelques jours, l'auteur de l'enquête retentissante du Monde sur les conditions de travail des journalistes en ligne occupe toutes les conversations des rédactions Internet, Rue89 compris.

Pour voir le diaporama des rédactions web en plein écran, cliquez ici

Un portrait effrayant du journaliste Web se dessine à la lecture de cet article. Les « forçats du Net » se sont étranglés à sa lecture. Sur leurs blogs, sur Facebook ou sur Twitter, plusieurs d'entre eux répondent à Xavier Ternisien.

Eric Mettout, L'Express.fr : « Et mon cul, c'est du poulet ? »

Capture d'écran du blog d'Eric MettoutEric Mettout, rédacteur en chef de L'Express.fr, a été le premier poulet en batterie à réagir. Le titre donne le ton : « Et mon cul (posé à côté du télescripteur), c'est du poulet, Xavier ? » :

« Quand Xavier Ternisien parle justement des conditions de travail ou des salaires dégradés des journalistes du Web, pourquoi ne les met-il pas en regard des conditions de travail ou des salaires dégradés des journalistes tout court ?

Quand Xavier Ternisien fait justement dire à Cécile Chalançon, de 20minutes.fr, que son travail de journaliste web ne s'arrête jamais, pourquoi ne dit-il pas que, par essence, c'est le cas, ou devrait l'être, de tous les journalistes ? »

Arnaud Aubron, Rue89 : « Pas abonnés à l'AFP »

Pour en sourire,
un T-shirt Rue89

Après le T-shirt « Casse-toi pauv'con », le caleçon « Je suis Camille » et le mug « Promis à 50 ans, je n'aurai pas de Rolex », la boutique Rue89 accueille de nouveaux objets bientôt culte, pour les forçats de l'info ou ceux qui veulent les soutenir.

Une manière de répondre avec le sourire à l'enquête du Monde… tout en gagnant quelques euros : les journalistes de Rue89 ne sont pas des forçats et ne veulent pas le devenir. Y.G.

La boutique officielle Rue89

Autre réponse rapide, celle d'Arnaud Aubron, rédacteur en chef adjoint de notre volailler :

« Prenons, au hasard, parce que c'est l'exemple que je connais le mieux, Rue89. Premier point : nous ne sommes pas abonnés à l'AFP ni à aucune agence de presse. Confirmé ou pas, aucun journaliste de Rue89 n'est donc spécialisé dans la régurgitation de l'info des autres, qui est effectivement trop souvent la règle sur le Net.

Nous avons par ailleurs fait le choix délibéré de ne pas nous lancer dans la course à l'immédiateté, mais de privilégier l'enquête au long cours et l'exclusivité.

Loin d'être un “ poulet en batterie ”, chaque journaliste de la rédaction est encouragé à contre-enquêter et à vérifier soigneusement ses informations. Un pari exigeant, qui a un coût, mais qui ne nous semble pas discutable. »

Samuel Laurent, LeFigaro.fr : « Comme un localier »

Pour Samuel Laurent, esclave au Figaro.fr, le rythme de travail d'un journaliste en ligne ne diffère pas de celui de ses confrères :

« Bien sûr, ce n'est pas le paradis.

Oui, les horaires sont contraignants, les salaires pas terribles, oui, l'info ne s'arrête jamais, oui, il faut être capable d'écrire un article en vingt minutes, de tenir une permanence un weekend, de réactualiser l'article écrit plus tôt par un confrère, d'écrire sur tous les sujets…

Tout cela est vrai. En quoi est-ce différent du travail d'un localier de presse régionale qui réalise la maquette de “sa” page dans le journal, tient des permanences et réécrit des papiers de correspondants [et gagne moins que moi] ? (…)

Personnellement, j'y vois un gage de professionnalisme. Un journaliste qui ne se tiendrait pas au courant de l'actualité, qui raccrocherait son tablier une fois sorti de sa rédaction, ne serait-il pas en faute professionnelle ? »

Dans son article, Xavier Ternisien s'étonne également de ces nouveaux journalistes que nous sommes et pour qui « la tentation est grande, une fois rentré chez soi, de reprendre son papier, de l'actualiser, de lire les commentaires des internautes, de surfer sur le Net », ou du fait que nous mélangions vie professionnelle et vie personnelle.

Mélissa Bounoua, étudiante pigiste : « Mon truc, c'est plutôt le multimédia »

Une étudiante de Sciences-po, Mélissa Bounoua, a essayé de se reconnaître dans l'article du Monde. Avec un bilan moyennement concluant - elle est toutefois jeune, blafarde, mal payée et débordée :

« L'article de Xavier Ternisien a beau dresser des traits communs à certains, il ne se contente que de les descendre. Si on a envie de bosser plus, c'est notre problème non ?

Bâtonner de la dépêche ce n'est pas le boulot que nous voulons faire, c'est juste que les rédactions ne donnent pas assez de moyens au Web…

Rester à son bureau et écrire 5 articles par jour, ça revient moins cher, c'est un fait. Mais aucun de nous n'aime ça. Me trompe-je ? Moi, mon truc c'est plutôt le multimédia vous l'aurez compris. »

Pierre France, journaliste en PQR : « Publier plus » et pas mieux

Capture d'écrant du blog "On est mal", de Pierre FrancePierre France, forçat du Web lui aussi, estime que l'article du Monde soulève l'excellente question de l'utilisation trop paresseuse du Web :

« L'ennui, c'est que les possibles de l'Internet, pour l'instant, tout le monde s'en fout et que dans les hiérarchies des grands médias, on s'attache plutôt à “publier plus” qu'à “produire mieux”.

D'une part, parce que ça coûte moins cher et que ça rapporte plus (la plupart des sites Web sont adossés à l'audience) et d'autre part, parce qu'aux commandes de ces médias, les responsables n'ont bien souvent aucune idée de ce que peut être le journalisme sur l'Internet, voire ils s'en méfient.

Donc oui, Ternisien a raison, les rédactions Web, en France, aujourd'hui, c'est globalement l'usine à dépêches et il faut le dénoncer. »

Laurent Mauriac, Rue89 : « Une course à l'actu immédiate »

Laurent Mauriac, directeur général de Rue89 (et vendeur de T-shirt), revient lui aussi sur le risque d'uniformisation de l'information dans un article publié ce jeudi :

« Ne tombons pas dans les excès de l'article sur les forçats de l'info. Beaucoup de rédactions Web développent parallèlement un journalisme original et des innovations rédactionnelles.

“Mais reconnaissons que la norme est une course à l'actu immédiate, sans recul, qui est aussi une course au meilleur placement dans Google Actu.”

Low Capture d'écran de Low Bloggingblogging : “Tout un tas de rédac fort différentes”

Il apparait finalement que tous les avis se rejoignent. Sur low.blogging.fr, il est surtout reproché à Xavier Ternisien une approche méprisante, un peu vieille école, du Web :

“Sous le prétexte, fort honorable de nous défendre, nous, les précaires ‘Pakistanais du web’, Xavier Ternisien discrédite le journalisme Internet dans son ensemble, mettant dans un seul et même panier Rue89, Slate, Bakchich, Nouvelobs.com et tout un tas de rédac fort différentes (et oubliant de puissants sites comme LePost et nous, les people).”

Un débat et une association pour prolonger le débat

De cette polémique émergent des initiatives positives. Mélissa Bounoua propose un débat entre forçats. Sylvain Lapoix, journaliste à Marianne2, lance le Djiin, son association pour le Développement du journalisme, de l'information et de l'innovation numérique :

“Le Web est caricaturé par tous, y compris par les médias eux-même, comme un cloaque d'où se déverseraient les insultes, les rumeurs et où se déchaîneraient les plus bas instincts démagogiques…

Le Web doit être défendu comme un support à part entière et les journalistes qui y officient comme les professionnels de l'information qu'ils sont.

Internet contient de tout et les journalistes n'y sont pas moins soucieux de la déontologie et de l'information que leurs confrères.”

Mais surtout, l'expression “forçat de l'info” prend le chemin de l'expression culte. Si les journalistes Internet s'énervent de cette caricature, ils s'en amusent aussi beaucoup. Lu sur Twitter et Facebook :

  • “Je m'étonne que Ségolene Royal n'ait pas encore demandé pardon aux Pakis du web pour @xternisien…”
  • “Me demande comment les forçats de l'info trouvent le temps de discuter de leurs conditions de travail.. Trop de temps libre ? ”

Sur son blog, Sylvain Lapoix invite lui à “filer la métaphore ouvrière des journalistes Web asservis”. On trouve donc :

  • les bagnards du link
  • les poilus du 2.0
  • les gueules noires du .fr
  • Germinal sur ton iPhone

Eric Mettout, qui reconnaît s'être un peu emporté dans son premier billet, maintient son premier avis mais conclut :

“On s'est bien amusé ! ”

De notre côté, nous avons demandé à nos confrères forçats, qui ont presque tous accepté, de prendre en photo leur rédaction afin que vous jugiez par vous même de l'ambiance “poulets en batterie blafards”.

Le diaporama est au début de cet article, n'hésitez pas à commenter et à nous envoyer des photos de votre rédaction si nous avons oublié de vous solliciter.

59 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de jmc06

De jmc06

retraite | 07H21 | 29/05/2009 | Permalien

Xavier Ternisien ,y a quand mème une énorme difference entre,l'journalisle sur le net

et ceux du papier, et audio aussi

pasque vois-tu xav, les internautes n'attendent pas un coup d'fil d'un élus ou politicien pour répondre ou creer un article, journalistique sur l'net

Portrait de Yvon le Zébulon

De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 08H24 | 29/05/2009 | Permalien

Pas question que la Presse qui se gave…
avec la bénédiction des pouvoirs publics et du Syndicat…

…en laisse la moindre miette aux autres, furent-ils inoffensifs !

Les lecteurs choisiront eux même, de toutes façons !
° Et quand j'achète un journal ou une revue, je ne tiens absolument pas me retrouver avec un catalogue de la redoute, complètement frustré de l'info, car ces gens sont pieds et poings liés par leurs agence de publicité…
…ne pouvant dire aucune vérité qui fâcherait un quelconque annonceur !

Portrait de Yvon le Zébulon

à Yvon le Zébulon Portrait de Yvon le Zébulon De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 08H25 | 29/05/2009 | Permalien

lire « fussent-ils inoffensifs » - merci

Portrait de clarka

De clarka

journaliste | 10H15 | 29/05/2009 | Permalien

Je suis étonnée de la réaction de Rue 89, toujours prompt à dénoncer les dysfonctionnements.Moi même journaliste Web, je suis satisfaite de l'article « les forçats de l'info » qui retrace parfaitement mon quotidien. L'auteur n'accuse en aucun cas le web en général mais les grands titres papiers qui se sont déclinés sur internet. Allez-faire un tour sur le site nouvelobs, express, etc…et vous constaterez que les articles sont similaires puisqu'il s'agit de depeches AFP arrangées. Il n'ya aucun enrichissement puisque nous n'avons pas le temps de prendre des contacts, de faire des itw..Ce qui compte c'est la rapidité…Quant à la bonne parole d'Eric Mettout qu veut nous faire croire qu'un journaliste vit son métier jour et nuit, il faut arrêter de tout confondre : c'est certes vrai pour les reporters, les chroniqueurs mais certainement pas pour les journalistes comme moi qui faisons du copier-coller à longueur de journée et qui ne suivons aucun sujet.
Je trouve vraiment dommage la réaction teintée de corporatisme de plusieurs medias qui ne supportent pas qu'on regarde ce qui se passe chez. Car si être journaliste web pour un canard n'est certainement pas la panacée en terme d'épanouissement professionel (pour ma part, je ne vois pas en quoi je suis journaliste d'ailleurs), une autre question se pose : avec ce fonctionnement du journaiste sédentaire et geek, quelles informations donnons-nous aux lecteurs ? Demandez autour de vous ce qu'ils pensent de la presse même web aujourd'hui…

Portrait de Arnaud Aubron

à clarka Portrait de clarka De Arnaud Aubron

Rue89 | 10H19 | 29/05/2009 | Permalien

« L'auteur n'accuse en aucun cas le web en général mais les grands titres papiers qui se sont déclinés sur internet. Allez faire un tour sur le site nouvelobs, express, etc »

100% d'accord avec vous. Je me suis d'ailleurs fendu d'un article pour le dire, mais le seul problème (car nous sommes bien d'accord que tout n'est pas à jeter dans cet article, loin de là) c'est que l'auteur (et Le Monde) ont oublié de préciser qu'ils parlaient de leur crèmerie (les sites des journaux) et non du Web en général.

Portrait de nanouD

à clarka Portrait de clarka De nanouD

citoyenne | 15H45 | 29/05/2009 | Permalien

Longtemps fidèle au Nobs, j'ai peu à peu réalisé qu'il y avait des sites bien plus intéressants, avec de véritables articles, et j'ai déserté.
Je survole rarement le Nobs, sauf pour voir comment ce site traite l'info par rapport à ceux que je fréquente maintenant…

Portrait de yakiha

De yakiha

10H23 | 29/05/2009 | Permalien

Je vais songer à monter un comité de soutien à Xavier Ternisien. Enfin un pavé dans la mare quant au drame des rédactions Web, et tout le monde nie la réalité. Je suis journaliste web, j'en connais beaucoup d'autres. Oui, dans 90% des sites, l'info est traitée à la chaîne, les conférences de rédactions sont inexistantes. Pas besoin : on recopie tout ce que font les agences. On appelle ça du « ctrl+C - ctrl +V ». D'ailleurs, on retrouve les mêmes infos et les mêmes phrases (copiées collées des mêmes depeches) sur de nombreux sites. L'idée est de produire plus et plus vite, et d'être référencé sur Google actualités.
Les productions propres, les dossiers, prennent du temps, pendant lequel, les concurrents publient au moins 10 dépêches et prennent de l'avance. Donc on évite.

Ce corporatisme bidon de journalistes qui n'assument pas de travailler à la chaîne, ajouté a l'égo surdimensionné des journalistes est pathétique.
C'est plutôt l'occasion de réagir, débattre sur le sujet et enfin imposer aux rédactions une véritable ligne éditoriale pour leurs sites Web, et de développer les outils adéquats, à l'instar de ce qui peut se faire aux USA et en GB.

Enfin, les photos pour dire « tout va bien, on est tous souriants, propres, avec des écrans plats » et d'ailleurs « vous voyez, aucun ne nous de ressemble de près ou de loin à un Paki, ni à un Chinois », c'est consternant.

Portrait de zelectron

De zelectron

10H24 | 29/05/2009 | Permalien

pour « ceusses » qui ne savent pas ce que signifie poulet :
jadis on écrivait avec une plume d'oie
les pauvres avec des plumes de poulet
par extension un écrit rapide s'appelle un poulet
(comme si on avait même pas le temps de le plumer…)
on peut aussi l'envoyer tel quel, alors il n'a plus de signification
(bien qu'on en trouve dans le marc de café…)

Portrait de toma7569

De toma7569

journaliste | 10H32 | 29/05/2009 | Permalien

Bonjour chers confrères et consoeurs

Oui, le web c'est un peu (beaucoup) l'usine à feuillets pondus vite fait bien (mal ? ) fait.

Oui, l'info n'est pas toujours top.

Oui, l'info est parfois (souvent) repompée sur les communiqués de presse (c'est d'ailleurs marrant de voir le CP arrive par email et le retrouver qq minutes plus tard sur des sites…)

Oui et alors ?

Je vais la jouer « vieux con » : quand j'ai débuté - il y a une vingtaine d'années - je me suis aussi cogné des conditions de travail pas très cool. Parfois, on recopiait (déjà) des CP ou des dossiers de presse.

Oui mais…

Avec le web tout s'accélère. C'est la course (inutile) aux infos. Les journalistes sont devenus des Lucky Luke de la dépêche.

Quel est l'intérêt à part celui d'exciter les algorithmes de Google pour être bien placé ?

Bref, les news sur le web c'est pas encore génial (même s'il y a des sites très intéressants que je consulte quotidiennement et qui sont devenus mes sources d'information et/ou d'inspiration). Ca viendra. L'internaute fera progressivement sa sélection lorsqu'il s'apercevra qu'on lui apporte une infos reprise par tout le monde. Il fera un tri sélectif.

Enfin, parlons justement du Monde. L'article est intéressant. Mais il tend à faire croire que la presse écrite (surtout la « grande presse parisienne »…) sort des super infos et que les rédactions du web ne sont pas intéressantes.

Désolé cher confrère du Monde mais « la grande presse parisienne » sort aussi des conneries, des infos erronées ou pas vérifiées. Et je ne parle même pas des sujets un peu techniques (c'est pas spécialité) où les erreurs sont multiples ! C'est insupportable de lire des papiers de cette fameuse grande presse qui ne sont en réalité qu'une accumulation d'âneries ou/et de poncifs (encore une fois, je ne peux parler que de mes spécialités).

Bref, toute la profession devrait plutôt retrousser ses manches, non pas pour pondre 50 000 articles/jour mais pour écrire des papiers sérieux.

N'est-ce pas, d'ailleurs, le but de notre profession ?

Portrait de Manu de la bas

De Manu de la bas

Altermondialiste light | 10H40 | 29/05/2009 | Permalien

N'y aurait il pas un mélange dangereux entre, vouloir fournir de l'information de qualité, vouloir faire de la rentabilité à tout prix (etre le premier et donc le plus lu et donc acheté), et vouloir créer un nouveau style de journaliste ? ? ?

Finalement votre milieu professionnel est aussi atteint que tous les autres milieux… Le tout est de trouver le bon compromis entre ce qui doit être bien fait (qualité), ce qui doit ramener de l'argent (rentabilité), et l'utilisation des nouveaux outils (efficacité).

La frontière est mince entre la qualité et la rentabilité … le premier entrainant souvent au bout d'un certain temps l'autre… pour finalement s'auto-détruire par la suite.

Pareil pour les forçats … toutes les entreprises emploient leurs lots d'intérimaires, de stagiaires, de CDD … LA RENTABILITE …

L'exploitation ? ? ? bah non …. y parait que tout le monde passe par la … et qu'il faut s'y plier ! C'est dégueulasse mais c'est comme ça ! enfin c'es tce qu'on nous dit … et tant que personne ne bouge je ne vois pas bien comment ça peut changer …

Portrait de Goomba

De Goomba

Poilu du 2.0 ou Pakistanais du web? | 10H48 | 29/05/2009 | Permalien

Bonjour à tous, je viens récemment d'emménager dans la rue. ^^

J'ai la chance d'être un « pakistanais du web » spécialisé. Et mon domaine n'est sûrement pas le plus apprécié puisqu'il s'agit des jeux vidéos (un domaine déjà fort peu apprécier des médias qui ne cessent de montrer que c'est un créateur de psychopathes, sociopathes et autre-pathes). Or il est de notoriété publique que nous passons notre temps à réécrire les communiqué de presse des éditeurs et à réécrire les infos venus d'autre site internet et tout cela 24/24.

J'ai failli oublier, le reste du temps on joue… ou pas.

Si dans certaines rédaction les choses peuvent se passer ainsi il y en a d'autre l'on rédige des dossiers, des tests sans oublier les présentations de jeu auquel il faut assister et les déplacement quand on habite pas à paris. Sachant que les deadline existent aussi pour les magazine web. Je doute qu'un éditeur soit content de voir un test être publié deux ans après la sortie du jeu.

Effectivement, le web permet de garder un contact privilégié avec les lecteurs mais n'est ce pas là le plus important. Le journalisme est-il juste une personne qui donne une info et que les lecteurs consomment ou doit-il, donner l'info et la mettre en relation avec d'autre informations ainsi que le contexte actuelle, amener le lecteur à se poser des questions ? Ceci est valable également pour mon domaine d'activité.

Le mépris des journalistes papiers, voire télévisuels est bien connu (cf le reportage sur france2 où l'on explique que le web est une grange d'info et contre info rarement vérifiés. En d'autre terme les infos sur le web c'est dangereux, regardez france2 -_-'). Parce que le web bouscule le rapport des personnes face à l'information.

Personnellement ces appellations me font sourire, peut-être parce que je suis jeune et que je ne me sens pas encore « journaliste ». De toute façon s'il s'agit de se comparer aux « journalistes » que l'on pourrait dire « traditionnels », vu leur grand professionnalisme en tant que propagande officielle de l'état, je préfère personnellement être un forçat du web plutôt qu'un de ces pseudo journalistes.

En revanche ce qui me gène un peu dans ces termes c'est bien l'utilisation de « pakistanais », « chinois », suis-je le seul à y voir une connotation péjorative pour l'ensemble d'un peuple ?

Bref je préfère largement « OS de l'info », sauf que j'y vois pas de connotation péjorative dans celui-ci puisqu'un OS est un système opérationnel. Je trouve par contre qu'il ne sonne pas très bien musicalement parlant.

J'hésite encore par quel terme je pourrais me désigner.

Sinon j'attends avec impatience que Ségolène Royale s'excuse auprès des pakistanais, des chinois et aussi des forçat du web. Après tout c'est son travail non ?

Portrait de Noëlle Réal

De Noëlle Réal

Avignews.com | 10H55 | 29/05/2009 | Permalien

C'est vrai, on bosse dans un grenier sous les toits d'un hôtel particulier en plein Avignon.

C'est vrai, nos journées sont longues mais pas plus que nos copains fait-diversiers du quotidien, au 2e étage, qui effectivement font leur page.

C'est vrai, on nous demande de faire de la vidéo, d'écrire, de prendre des photos mais après tout, tout ça c'est de l'info.

C'est vrai, on n'est pas super biens payés mais pas sous payés non plus.

C'est vrai, on aimerait être plus nombreux pour aller plus sur le terrain et être moins derrière nos écrans mais on a conscience aussi qu'un média émergeant se construit peu à peu.

Par contre, c'est pas vrai qu'on est blafards. Perso, je suis déjà bronzée mais ça, c'est le Sud.

Portrait de Yvon le Zébulon

à Noëlle Réal Portrait de Noëlle Réal De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 11H21 | 29/05/2009 | Permalien

Je cois que ce métier, c'est d'abord une passion !

° Dites moi si je me trompe.

Portrait de Thierry Soulard

à Noëlle Réal Portrait de Noëlle Réal De Thierry Soulard

Forçat de l'info accro au net | 13H53 | 29/05/2009 | Permalien

+1 pour la réaction des provinciaux. Ce débat est resté très parisien pour l'instant. Merci à Rue89 d'avoir ajouté la photo dans le diaporama.

Portrait de Noëlle Réal

à Thierry Soulard Portrait de Thierry Soulard De Noëlle Réal

Avignews.com | 15H24 | 29/05/2009 | Permalien

+1 tu es chiche…
Plus sérieusement, tous ces commentaires m'amènent quelques nouvelles réflexions.
Voila 15 ans que je fais ce métier sans y être entrée par la grande porte de l'école de journalisme. Correspondante de presse payée 2000 FRANCS par mois dans un quotidien régional fleure bon la provence après pourtant un bac+4. Changeant de crèmerie, ce sont 4 ans et demi de CDD, toujours dans la presse-écrite-régionale-payante-pas-sur-le-web avant de décrocher le sésame du CDI. Alors découvrir aujourd'hui et par le biais du Net que le journalisme est un métier précaire, ça me fait sourire.
Découvrir aussi aujourd'hui, par le biais du diable internet, que l'info n'est pas toujours, faute de temps, de personnel, de moyens, nickel chrome, c'est faire preuve d'une hypocrisie sans nom. combien de fois, dans ma noble rédaction papier du quotidien j'ai du faire une « enquête » en 24 heures ? combien de faits divers graves tombant à 19 heures pour un bouclage à 22 h rédigés sans être sûr d'avoir tous les éléments bétons ?
les journalistes du web ne « décrocherait » jamais ? Quand j'ai commencé le fait-diversier dormait avec le scanner des flics branché à côté de son lit ! C'était il y a 15 ans. Reproche t-on à un médecin de soigner quelqu'un alors qu'il a fermé son cabinet ? A un coiffeur de couper les tifs d'un pote le dimanche ?
Arrêtons aussi d'opposer journalistes du papier et journalistes du web, une vraie complémentarité existe et les deux outils sont de formidables miroirs l'un pour l'autre.
Et les syndicats de journalistes alors ? Si prompts à dénoncer les sous-effectifs des rédactions écrites, les entend-on défendre ceux du Web ? Serions nous, là aussi, des sous journalistes ?
Forçats du Web unissons-nous. Au moins sur la toile ! ; -))

Portrait de Noëlle Réal

à Noëlle Réal Portrait de Noëlle Réal De Noëlle Réal

Avignews.com | 15H31 | 29/05/2009 | Permalien

+1 tu es chiche…
Plus sérieusement, tous ces commentaires m'amènent quelques nouvelles réflexions.
Voilà 15 ans que je fais ce métier sans y être entrée par la grande porte de l'école de journalisme. Correspondante de presse payée 2000 FRANCS par mois dans un quotidien régional fleurant bon la provence après pourtant un bac+4. Changeant de crèmerie, ce sont 4 ans et demi de CDD, toujours dans la presse-écrite-régionale-payante-pas-sur-le-web avant de décrocher le sésame du CDI. Alors découvrir aujourd'hui et par le biais du Net que le journalisme est un métier précaire, ça me fait sourire.
Découvrir aussi aujourd'hui, par le biais du diable internet, que l'info n'est pas toujours, faute de temps, de personnel, de moyens, nickel chrome, c'est faire preuve d'une hypocrisie sans nom. combien de fois, dans ma noble rédaction papier du quotidien j'ai du faire une « enquête » en 24 heures ? combien de faits divers graves tombant à 19 heures pour un bouclage à 22 h rédigés sans être sûr d'avoir tous les éléments bétons ?
les journalistes du web ne « décrocheraient » jamais ? Quand j'ai commencé le fait-diversier dormait avec le scanner des flics branché à côté de son lit ! C'était il y a 15 ans. Reproche t-on à un médecin de soigner quelqu'un alors qu'il a fermé son cabinet ? A un coiffeur de couper les tifs d'un pote le dimanche ?
Arrêtons aussi d'opposer journalistes du papier et journalistes du web, une vraie complémentarité existe et les deux outils sont de formidables miroirs l'un pour l'autre.
Et les syndicats de journalistes alors ? Si prompts à dénoncer les sous-effectifs des rédactions écrites, les entend-on défendre ceux du Web ? Serions nous, là aussi, des sous journalistes ?
Forçats du Web unissons-nous. Au moins sur la toile ! ; -))

Portrait de Thierry Soulard

à Noëlle Réal Portrait de Noëlle Réal De Thierry Soulard

Forçat de l'info accro au net | 15H47 | 29/05/2009 | Permalien

D'accord et pas d'accord.

Le journalisme a toujours été un métier précaire et chronophage, et ce quel que soit le média. Mais c'est aussi un métier passionnant, qui permet de faire des rencontres géniales dans des univers complètement différents. Si à l'avenir le journalisme de terrain disparait pour ne laisser de place qu'au desk, ça va devenir un métier vachement triste.

Portrait de Noëlle Réal

à Thierry Soulard Portrait de Thierry Soulard De Noëlle Réal

Avignews.com | 18H24 | 29/05/2009 | Permalien

complètement d'accord et c'est parce que c'est un métier passionnant qu'on est aussi tolérant avec nos conditions de travail je suppose.
Quant à faire du terrain, ça reste pour moi la base et le sel de notre travail. C'est vrai aussi que l'apparition des rédactions web pourraient faire croire le contraire mais ce n'est pas lié au média qu'est le net.

Portrait de infobs

De infobs

situationniste | 11H11 | 29/05/2009 | Permalien

faut pas trop se cacher derriere l'afp tout de meme, la plupart des quotidiens sont le produit de depeches d agences, de conferences de presse et de voyages de presse….il n « y a que le lecteur pour l'ignorer. et le gars du Monde n a fait dans son article que révéler une triste vérité en faisant semblant de prétendre qu'elle n'était valable que pour les journaux du web. quelle mascarade ! ! ! !

Portrait de Norman L

De Norman L

Sales Manager, Etudiant Master Mark... | 11H41 | 29/05/2009 | Permalien

Bonjour,

Je profite de l´occasion, peut-etre qu un journaliste indépendant sera prêt a relever le sujet qui me semble important et dont aucun media francais ne parle.

Avez vous pris connaissance du projet de loi du 22 janvier 2009 : National Emergency Centers Establishment Act (HR 645) ?

ca me semble un peu plus important que votre petite gueguerre,

si vous manquez de sujets, n hesitez pas…

Portrait de infobs

à Norman L Portrait de Norman L De infobs

situationniste | 10H45 | 30/05/2009 | Permalien

au lieu de nous regarder de haut avec tes references inconnues sur HR645 tu ferais mieux de nous dire de quoi il s agit, mister ! ta petite gueguerre à toi contre les journalistes français me parait tout aussi dérisoire ! !

Portrait de Bob One

De Bob One

lecteur | 12H09 | 29/05/2009 | Permalien

En tout cas, s'il y a des métiers liés à la profession de journaliste dont on peut voir d'un seul coup d'œil qu'ils ont quasiment disparu avec l'info sur le Net, que ce soit sur des sites « pure players » ou via une déclinaison du support papier, ce sont bien ceux de correcteur et de secrétaire de rédaction…
Nous ne pouvons que constater que les fautes d'orthographe, de grammaire, syntaxiques ou de ponctuation pullulent sur les sites d'information telles des annonces Sarkozy sur la sécurité.
Le fond et la forme ou, pour reprendre une célèbre expression d'un titre non-moins connu, « Le poids des mots, le choc des photos », cèdent toujours plus le terrain à l'immédiateté, l'instantanéité, la reprise, voire la copie, la polyvalence, la « plurimédiatisation ». Les mots dans tout cela ne seraient-ils pas devenus des maux ?

Portrait de pekinoscope

De pekinoscope

12H13 | 29/05/2009 | Permalien

Vous pourriez aussi évoquer la situation des jeunes chercheurs sans postes… Un article dans une revue de recherche c'est… gratuit.

Portrait de RolKRolK

De RolKRolK

accro de l'info | 13H54 | 29/05/2009 | Permalien

Ah ! J'adore ce genre de phrase qu'on nous sort dans les quotidiens régionaux : l'info ne s'arrête jamais, un journaliste est tout le temps en alerte. C'est vrai, sauf que la plupart du temps, c'est la bonne excuse pour faire bosser les journalistes plus de 10 heures par jour, en prétextant qu'il y a toujours quelque chose à faire dans une rédac.
Alors oui, on peut être en alerte sur l'actualité mais on peut aussi décider d'avoir une vie sociale, une vie de famille, une vie en dehors du travail (si si c'est possible ! )
Entre eux, les journalistes constatent la dégradation de leurs conditions de travail et de salaire mais dès que ça sort de cette sphère : quelle levée de bouclier ! C'est vrai qu'il faut entretenir cette belle légende du métier de journaliste. Faire croire à tout le monde qu'on est tout le temps dans les parties les plus chaudes de la planète. Sauf que la plupart des journalistes sont derrière un bureau et font toutes leurs interviews par téléphone.

Portrait de Djez94

De Djez94

Journaliste débutant | 15H06 | 29/05/2009 | Permalien

Il manque peut être un point à aborder, qui je pense à sa place. La pression de la visite et du commentaire pour un rédacteur web.

En effet, le net permet de connaître le nombre de lecture de l'article, ça peut donc inciter à faire du plus vendeur. N'y a t'il pas un risque de pression du chiffre ? (je pose seulement la question, je n'ai jamais travaillé dans une rédaction web professionnelle).

L'autre point, est le poids du commentaire. Il y a constamment un retour sur son travail, une critique, pour ne pas dire insulte ou tournure de son travail au ridicule. Dans la presse papier, ces retours existent mais ne sont pas systématiques. En même temps c'est aussi un moyen de se remettre en question et d'améliorer son travail. Moral fort exigé ; ) .

www.militantvibes.com : L'actualité musicale engagée.

Portrait de Tekhyla

De Tekhyla

Eudémoniste Contemporain | 15H53 | 29/05/2009 | Permalien

On m'aurait menti ?

Portrait de Anabase

De Anabase

chti | 09H54 | 30/05/2009 | Permalien

Le Monde, c'est bien ce petit journal pour qui l'affaire Clearstream n'est rien, c'est assez comique qu'il se croit encore au dessus des autres, la technique de l'information ne m'intéresse pas, le contenu, si et dans Le Monde, l'information n'est plus qu'une eau de vaisselle.

Portrait de Yvon le Zébulon

De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 10H48 | 30/05/2009 | Permalien

Je vois grâce au diaporama que les études de journalisme (contrairement à ce que je pensais) sont loin de pouvoir être considérées comme une voie professionnelle sans issue !

° Pour l'instant, peut être….et grâce aux nouveaux médias.
Je pense que les journalistes qui travaillent pour les journaux de presse écrite sont soumis à des pressions que vous ignorez, car vous n'êtes présents que sur le Web et que vous ne vivez pas de la publicité qui assomme les autres par leurs diktats.
- Vous perdez un annonceur, un autre le remplace aussitôt…
…je pense…sans toutefois en être certain, que les politiques ne vous les brisent pas trop non plus…même si vous êtes parfois convoqués par la justice qui voudrait vous entendre….

° Vous générez un peu de peur au niveau des « propagnades ».
Les macaques savent à quelles branches ils se suspendent !

Portrait de Yvon le Zébulon

à Yvon le Zébulon Portrait de Yvon le Zébulon De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 10H51 | 30/05/2009 | Permalien

J'ajoute que vos meilleurs appuis sont les internautes eux mêmes qui seraient prêts à « cotiser » pour assurer votre pérennité.
- Hélas pour moi, je suis en situation difficile en ce moment, mais je sais que dès que je pourrais être « partie prenante », j'y serais !

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