
La crise ? Le NPA ? Sarkozy ? Les « impasses » selon Badiou
Invité de la rédaction, le philosophe radical Alain Badiou a répondu aux questions des internautes de Rue89.

Alain Badiou est toujours aussi radical. Un an après son premier entretien sur Rue89, le philosophe marxiste, spécialiste de Platon, défend encore et toujours les conditions d'un retour de l'hypothèse communiste. Sarkozy ? Toujours aussi « barbare », plus encore qu'au début du quinquennat. Internet, début d'utopie communiste ? Pourquoi pas… si « l'extension de la gratuité » ne s'accompagne pas aussi d'une « extension du payant ». Entretien à partir de vos questions.
C'est souvent la même critique : il n'est pas démocrate, il fait l'apologie de la violence révolutionnaire, il adore toujours Mao… Catalogué philosophe maoïste, Alain Badiou en réalité ne croit plus aux « révolutions », un modèle périmé selon lui.
La crise a-t-elle changé quelque chose aux conditions du débat ? « Sans doute », répond Badiou, les positions des néo-libéraux ont pris un coup. « Nous vanter le capitalisme comme la fin de l'histoire, le meilleur système…, tout cela est un peu plus difficile aujourd'hui. »
Mais il ne croit pas que la crise ait ouvert des « perspectives lumineuses ». Il parle d'une « crise classique, une crise d'endettement » et n'entrevoit pas de « changements majeurs » :
« Les termes du débat ont changé, la situation politique ne me paraît pas se modifier à la même allure (…). Le souci fondamental de tous les Etats a été de sauver le système à tout prix. »
La « barbarie sarkozyenne » ? Il maintient, mot pour mot :
« Sarkozy a même développé certains aspects spécifiques de cette barbarie : l'anti-intellectualisme, cette espèce de mépris culturel… Le système législatif a, si je puis dire, comblé mes espérances, avec la législation sur les malades mentaux, les tentatives sur le statut des mineurs, le point de vue général sur le sécuritaire qui revient avec les élections européennes, car il faut absolument conserver les voix du Front national, c'est indispensable. » (Voir la vidéo)
Sceptique sur l'extrême gauche engagée dans les élections
Sous l'article recensant son dernier livre, « L'Hypothèse communiste », de nombreux riverains ont questionné la méthode défendue par l'auteur. Oeillet rouge interpelle :
« Cette rupture avec l'ordre ancien peut-elle se faire sans violence ? »
Tandis que Samyy ajoute :
« Faut-il encore souhaiter qu'une communauté humaine délègue sa volonté à telle avant-garde ou tel despote aussi “éclairés” soient-ils ? »
Et Palmer doute des pistes avancées :
« Comment articuler hypothèse communiste et jeu électoral ? »
Les réponses d'Alain Badiou sont sévères, notamment pour le NPA de son ami Daniel Bensaïd. Le Nouveau parti anticapitaliste, dit-il, se fourvoie dans une « impasse » en s'engageant autant dans la voie électorale. (Voir la vidéo)
Comment penser Internet ?
La question est venue de guyome, qui s'interroge sur la place des nouvelles technologies dans l'avènement d'un monde meilleur.
« Monsieur Badiou, comme l'on est sur un “pure player”, je me demandais si un communisme spontané n'est pas apparu sur le Net ? »
Réponse : Internet capte tout, comme une « plaque sensible de photographie », avec tout ce qu'on trouve dans la société : « des échanges, de la pornographie en masse, quelques informations, beaucoup de conneries… » Quant à la réflexion sur son usage, on en est au « commencement » et il faut s'interroger aussi sur l'extension du domaine du « payant », réel ou virtuel. (Voir la vidéo)
Au passage, Alain Badiou, à la question légèrement ironique de François Toulouse (« Poursuivriez-vous l'hypothèse communiste jusqu'à mettre votre livre en téléchargement gratuit sur Internet ? »), répond sans hésiter :
« D'accord pour le téléchargement gratuit de mes livres… mais cela ne rendrait pas forcément service aux éditions Lignes, animées par deux jeunes formidables. »
Les trois espèces de philosophes français
Enfin, le professeur à l'Ecole normale supérieure (normalien lui-même, Badiou a aussi enseigné les mathématiques en classe préparatoire), se fait volontiers caustique lorsqu'il parle des « trois espèces de philosophes » évoluant en France. La sienne, qu'il partage avec Jacques Rancière et beaucoup de « jeunes de 25-35 ans », puis celle des philosophes académiques, issus de la faculté et enfin celle des « idéologues médiatiques », qu'il ne désigne pas mais que chacun peut deviner.
De quoi Alain Badiou est-il le nom ? A cette question, il hésite et se rassure : un « passeur », un « transmetteur d'idées », qui a su rester « fidèle » à un héritage intellectuel. (Voir la vidéo)
Pascal Riché et David Servenay
A lire : Alain Badiou, L'hypothèse communiste, circonstances 5, Nouvelles éditions Lignes, 2009.
Photo : Alain Badiou à Rue89 le 25 mai 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).
- 36306 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque



















157
(Pour réagir, connectez-vous)
De extralucide
retraite | 11H47 | 26/05/2009 |
Faudrait qu'il se méfie. MAM va peut-être envoyer ses commandos
à extralucide
De tipoux
écocitoyen | 14H06 | 26/05/2009 |
Je m'interroge sur le communisme moderne , tel que nous le voyons aujourd''hui .les expériences fortes que notre histoire à connue (URSS et le bloc communiste ) nous démontres la difficulté pour l'Homme de ne pas tomber dans les dérives totalitaire des hautes castes qui confisquent le pouvoir aux peuples sous couvert de les protéger et de les associer aux grandes décisions et en les contraigants au quotidien à l'insu de leur plein gré à accepter l'inacceptable de réforme qui vont à l'encontre des droits humains et de l » interet générale.
pareil pour le modèle ultra libérale néo conservateur dont s'inspire N.S et sa joséphine qui méne habillement ses réformes de fond tout en l'habillant d'une teinte et de leurres socialisants tombant dans un populisme façon bonapartiste.
L'HOMME avec le pouvoir EST IL UN LOUP POUR L » HOMosapien et son environnement ? sans doute oui .
et la démocratie est en veille , lorsque le citoyen est en sommeil.
pour comprendre de quoi on parle :
Etymologie : du latin « communis », communauté
Le communisme est un mode d'organisation sociale basée sur l'abolition de la propriété privée des moyens de production et d'échange au profit de la propriété collective. La transition entre le système capitaliste et la société communiste, sans classe et sans Etat, nécessite une phase transitoire de dictature du prolétariat.
Dérivé du socialisme, le communisme s'inspire largement du système politique, économique et social, exposé par Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1893) dans le Manifeste du Parti communiste (1848). Cette alternative au capitalisme y est décrite comme « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».
L'idéal de vie sociale en communauté est très ancien.
l'organisation des premières communautés humaines est parfois appelée « communisme primitif »,
Platon l'évoque comme utopie sociale dans « La République »,
Les premiers chrétiens.
L'idée de communisme apparaît en France vers 1840 comme moyen pour les ouvriers de s'affranchir de leur exploitation.
Lénine, qui est le véritable fondateur du communisme moderne, a mis en avant l'aspect révolutionnaire contenu dans le marxisme et la dictature du prolétariat.
Cependant, le communisme s'est rapidement transformé en dictature du parti communiste et s'est accompagné de la disparition des libertés individuelles. De ce fait, le communisme est devenu une idéologie très controversée. La question est, en particulier, de savoir si les « pages noires du communisme » sont la conséquence de ses principes fondamentaux (le communisme intrinsèquement totalitaire et négateur de l'individu) ou si elles résultent de régimes politiques qui n'avaient de communistes que le nom. N'ayant jamais été réellement mise en place, la société communiste telle que Marx l'avait imaginée reste alors un concept théorique.
à tipoux
De DocteurSka
Etudiant | 16H24 | 26/05/2009 |
Il faut différencier communisme et marxisme. Le marxisme (que tu décris bien : il faut passer par la dictature du prolétariat pour atteindre une société sans classes) n'est que UNE forme parmi d'autres de la pensée socialiste/communiste.
Et jusqu'en 1890, Marx est totalement inconnu des socialistes français, qui sont alors plutôt orientés vers le proudhonisme et l'anarcho-syndicalisme, c'est à dire le principe de l'autogestion et de l'abolition de toute autorité (par opposition à la centralisation des pouvoirs par un Parti unique).
Je suis d'accord avec toi sur le risque permanent de basculer vers le totalitarisme, mais l'exemple de l'URSS ne peut pas être l'argument ultime de l'échec du socialisme/communisme.
Et le meilleur exemple est certainement la révolution espagnole de 1936, encore trop peu connue, mais qui constitue un bon exemple historique d'alternative libertaire…
L'analyse que fait Marx du capitalisme est excellente, mais l'alternative qu'il propose est une bêtise dangereuse et pas toujours logique…
à DocteurSka
De trobador
03H10 | 27/05/2009 |
Ce qui me fait flipper c'est la facilité militaire avec laquelle la république espagnole a finalement été vaincue (sans oublier la répression massive qui a suivie la défaite). Il faudrait que le phénomène soit planétaire pour pouvoir réussir. En plus il y a la bombe atomique qui était une menace inconnue alors. Toutes ces peurs sont réunies en nous tous probablement et je crois qu'il faudrait s'en libérer d'abord, se savoir nombreux peut y contribuer. J'espère que internet sera un des instruments de cette union a venir.
Workers of all lands, unite !
à tipoux
De Tokani
Oldmole | 23H23 | 26/05/2009 |
J'ai travaillé quelques mois dans une petite île Polynésienne qui s'appelle Rapa ( dans les australes) et qui ne connais pas la propriété privée , le système ne marche pas trop mal pour une société insulaire de cultivateurs-pêcheurs (de 6OO membres.. ! )
Plus de partage vivrier et communautaire (mais c'est une obligation sous peine de releguation) moins de jalousie lié au partage de la terre qu'ailleurs en Polynésie.
Par contre des qu'il s'agit d'ensembles humains plus vastes je doute qu'il ne puisse générer autre chose que du totalitarisme …
De Alexander Doria
étudiant | 12H11 | 26/05/2009 |
C'est un soulagement de voir qu'il existe encore en France des penseurs tels que Badiou ou Rancière, capable de maintenir vivante la flamme de la tradition philosophique occidentale.
Le plan de la Sarkozye dans ce domaine est en effet relativement clair : il s'agit ni plus ni moins d'une vaste tabula rasa, d'une volonté délibérée de couper l'homo occidentalis de ses racines grecques ou humanistes. On impose ainsi l'enseignement des sciences contre celui des « humanités », alors que l'un ne saurait aller sans l'autre. L'on célèbre des penseurs de surface destinés à être (justement) oubliés dans les vingt ans à venir et l'on ignore ceux méritant une juste postérité. L'on met en avant met en avant l'irrationalité des fois religieuses au détriment de la pensée rationnelle héritée des ioniens.
Tous les fondements de notre « civilisation » sont ainsi à proprement dire sapés par l'élan volontiers destructeur du consumérisme libéral. Face à ce mouvement dévastateur il appartient à tout intellectuel qui se mérite de se lever et de poser un « non » définitif.
De samyy
dragueur | 12H08 | 26/05/2009 |
Internet permet des conversations prolongées…alors pourquoi ce zapping ? Pourquoi faire si court alors que vous aviez un philosophe majeur entre les mains ?
Dommage je reste un peu sur ma faim….
Pourriez-vous poster l'intégralité de l'interview ?
Merci !
XD
à samyy
De Oeillet rouge
rêve générale | 15H56 | 26/05/2009 |
Merci Alain Badiou pour ces réponses très complètes sur nos interrogations (1ere vidéo). Je vous suis assez bien sur l'analyse que vous faîtes sur les deux premiers points. Vous avez dit par ailleurs que ce qui était important aujourd'hui, ce n'était pas le fait de faire la promotion de tel ou tel parti révolutionnaire mais de « faire avancer l'idée communiste » et j'en suis d'accord.
Pour cela néanmoins, il faudrait que davantage de personnes soient politisées au bon sens du terme, c'est à dire qu'elles se sentent concernées par les enjeux de notre temps et s'impliquent dans la recherche de solutions - même partielles - à apporter aux graves problèmes que posent les recettes capitalistes en matière d'économie (emplois, salaires, pauvreté, etc…) mais aussi d'environnement (réchauffement climatique notamment).
Sur le dernier point - le rôle des élections -, je ne vous suis plus tout à fait. J'avais d'ailleurs complété ma question sur ce point en vous demandant si les expériences actuelles en Bolivie et au Vénézuela où le processus électoral est pour beaucoup dans la nationalisation de secteurs importants de l'économie et la redistribution des richesses à la population étaient de nature à nous montrer la voie ?
Dommage que vous n'ayez pu me répondre sur ce point. Car si je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il faut créer des lieux de convergence et de luttes aussi bien à la marge des partis politiques traditionnels, comme le fait Chavez et son gouvernement au Vénézula en créant des comités de quartier citoyens autogérés par exemple, je pense pour ma part que ces deux formes d'intervention populaires - l'intervention citoyenne active et le vote - doivent s'articuler.
Considérer qu'investir les institutions existantes c'est se fourvoyer avec la majorité qui les compose est un peu désespérant à mon sens et remet en cause le concept même de démocratie (élective certes). Je pense pour ma part qu'il faut lutter sur tous les fronts, y compris sur le front électoral et ne pas le laisser aux seuls détenteurs du pouvoir actuel.
à Oeillet rouge
De Au sud de nul part
Situation | 16H39 | 26/05/2009 |
Bonjour. C'est pas méchant ce que je vais dire, mais badiou n'est pas démocrate, du tout, du tout. Il suffit de le lire. Le vote non plus ne lui plait pas beaucoup. Mais bon, je vous laisse le loisir de lire ce monsieur qui rencontre à gauche aussi, beaucoup de critiques, très interessantes. Sans parler de ses pirouettes rhétoriques au sujet, par exemple, du Cambodge. Que pensez vous de ses dernières pages à ce sujet ? Moi je suis consterné, après une lecture suivie, bien sûr.
Pour rire :
Deleuze est mort : le réac communiste est content. Vive platon ! Ben voyons…. ( : ))
Factotum
à Au sud de nul part
De Oeillet rouge
rêve générale | 12H44 | 28/05/2009 |
dbl.
à Oeillet rouge
De Honnecourt
| 08H30 | 27/05/2009 |
» Voter c'est abdiquer » disait Elisée Reclus. Alain Badiou fidèle à ses engagements d'après 68 refuse toujours d'abdiquer devant ce qu'il appelle le « capitalo-parlementarisme » que nos prétendues démocraties utilisent pour servir les intérêts industriels et financiers de quelques-uns.
En présentant des candidats aux élections Besancenot et Bensaïd se rendent complices du système et s'éloignent de leur origine révolutionnaire. Bref….ils abdiquent eux aussi.
Il est par ailleurs significatif qu'Alain Badiou soit marginalisé par les intellectuels français alors qu'il est très commenté ailleurs par ceux qui veulent vraiment chercher les voies possibles de l'émancipation. Badiou le dernier fidèle de l'idée émancipatrice ? Assurément ! ! , mais aussi le premier des philosophes du « Vrai » comme aimait à dire Platon.
à Oeillet rouge
De 98euro
technicien | 14H10 | 27/05/2009 |
Vous êtes trop gentille.
Il faut être complètement à la masse pour remettre en cause les élections.
Elles sont bien la seule chose indiscutable de notre démocratie. C'est la pratique de notre démocratie qui est contestable. Le fait qu'en dehors des élections, c'est le néant. Mais pourquoi faudrait-il remettre en cause le seul aspect positif sous prétexte qu'il est insuffisant pour constituer une vraie démocartie ?
à samyy
De David Servenay
Rue89 | 13H43 | 26/05/2009 |
Bonjour samyy
Ce zapping, comme vous dites, s'appelle un montage d'interview. Exercice commun à tous les entretiens, quel que soit l'interlocuteur.
Cependant, pour satisfaire votre curiosité, nous allons mettre en ligne l'intégralité de l'entretien, sans coupe, ni montage. C'est au moins aussi intéressant que la version montée, les hésitations en et la durée en plus (38 minutes).
Nous l'avions déjà fait lors du premier entretien avec Alain Badiou.
Le temps de quelques opérations techniques et ce sera fait.
A bientôt
à David Servenay
De samyy
dragueur | 14H08 | 26/05/2009 |
Je reconnais que « zapping » est un peu dur et finalement inadéquat alors je retire.XD
Mais je trouve dommage que Badiou que je tiens depuis que j'ai l'âge d'aimer la philosophie pour un philosophe remarquable soit quelque peu réduit par le format que vous proposez.
La philosophie nécessite du temps pour se déployer et internet permet de longues vidéos.
Je rêve d'une série d'entretiens sur plusieurs heures avec cet auteur, une rencontre avec Bensaïd ? Pourquoi pas….
Peut-être à l'avenir ? …
Merci !
à samyy
De trobador
03H22 | 27/05/2009 |
ça y est maintenant. 38 minutes de bonheur.
http://www.rue89.com/2009/05/26/alain-badiou-la-video-en-version-integra…
De Guichmoll
à peu près étudiant | 12H21 | 26/05/2009 |
Le jeu électoral, avec sa théorique égalité du temps de parole, permet au minimum la diffusion d'un certain nombre d'idées au plus grand nombre ; je pense aux petits partis classées « alter » pour qui il est difficile de faire entendre sa voix (ou voie) a la TV ou a la radio.
Apres, pour ce qui est de l'efficacité…
à Guichmoll
De kawouede
22H38 | 26/05/2009 |
Intéressant d'apprendre qu'il est passé par le PSU ; d'autres anciens militants se retrouvent aujourd'hui chez les Verts
De riverain06
sujet du roi Ignoramus Ier | 12H28 | 26/05/2009 |
Je respecte beaucoup Badiou et les vrais philosophes. Cependant au lieu de faire des variations et palinodies sur des modèles surannés toujours reprisables avec des rustines idéologiques (néo communisme/néo capitalisme), ne devrait on pas déployer nos efforts pour conceptualiser un nouvel -ISM apte à dire et à informer notre contexte actuel. Oui ce monde est la conséquence de celui des utopies du XXe siècle, oui nous sommes dans des impasses idéologiques. Et on fait tous du Henri Dunant. Ce n'est pas que c'est mal ; ça panse plus que ça ne guérit.
Il y a des contradictions humaines, trop humaines, auxquelles doit répondre tout communiste ou communisant aujourd'hui :
- la dictature d'une nouvelle élite suscité par la société communiste en gestation
- la psychologie humaine (avarice, cupidité égoïsme) existe en dehors de tout moralisme, c'est l'obstacle irréductible du communisme au point que Marx aussi fin soit-il n'y a vu que du feu.
Je passe sur les « partisans » libéro capitalistes qui ont fini de remplacer la force de proposition par la persuasion du docteur Pangloss.
Il faut sortir par le haut, par des idées neuves de cette fuite en avant qui se contente d'accalmies qui ont pour noms « reprise économique » ou « la bourse a clôturé en hausse ».
à riverain06
De aLMEREYDA
(anthropologue et cheminot pour pay... | 12H47 | 26/05/2009 |
pas forcément besoin de trouver un nouvel « -isme » mais peut être simplement rajouter un adjectif au mot « communisme » et qui, à mon sens, ne peut être que « libertaire ».
à aLMEREYDA
De Pictulo
13H04 | 26/05/2009 |
Marx et Bakounine réunis ? Après des années de lutte et de coups fourrés, ces familles ennemies pourraient se retrouver sur des pricipes fondamentaux. Reste le problème de la démocratie et de la représentativité. Et là, c'est moins simple.
à Pictulo
De aLMEREYDA
(anthropologue et cheminot pour pay... | 13H19 | 26/05/2009 |
tout dépend ce que tu comprends par démocratie et représentativité…
pour moi démocratie = directe, avec tout ce que ça implique, à savoir, notamment, la petitesse des structures dans lesquelles tu exerces cette démocratie… autrement dit, il y a rarement des assemblées démocratiques au sens où tout le monde peut exprimer longuement un point de vue, puis aboutir à un consensus que je nommerai « dur » et dynamique à 600… à trente, c'est déjà dur, mais plus gérable… enfin, ça, c'est à chacun, sur son terrain de s'adapter en fonction du temps qu'il a, des lieux d'assemblées, des possibilités techniques etc..
sur la représentativité, il me semble que se faire représenter n'est pas un soucis dès lors que le mandat du représentant est impératif (ce qui est rigoureusement interdit par la constitution française par exemple, d'où le mot de Pasqua, « les promesses n'engagent que ceux qui les croient ») et que les représentéEs soient suffisamment soucieusEx de faire respecter leurs voix…
Tout ça suppose évidemment de se doter de nouvelles structures, radicalement différentes à celles en place.
ce qui a de bien, c'est que, y réfléchir collectivement, c'est déjà les mettre en place.
Sur Marx et Bakounine, le premier admirait le second, mais été trop autoritaire pour l'admettre et le deuxième a toujours considéré que le Capital était parfait… il y a beaucoup moins de différences entre les deux camps que les descendants ont bien voulu le faire croire, notamment Lénine, Staline voire Trotski, tous des bouchers (entre autres, d'anarchistes).
Marx n'a pas de sang sur les mains dans mon souvenir.
à aLMEREYDA
De Alexander Doria
étudiant | 16H27 | 26/05/2009 |
Pour pallier les problèmes de la représentativités et adapter la démocratie directe à nos grands Etats occidentaux, l'on pourrait imaginer une solution comme suit.
Tous les citoyens se réuniraient chaque mois dans de petites assemblées de 50 personnes. Ils auraient des prérogatives locales (ex : gérer un pâté de maisons et tous les problèmes syndicaux que cela implique), et la capacité de faire des propositions pour l'échelon supérieur.
Chacune de ces assemblées éliraient un représentant, controlâble et révoquable à merci, qui siègerait dans des assemblées de quartier de 50 personnes. A leur tour ces assemblées auraient un représentant. Et ainsi de suite…
En supposant une assemblée nationale ne comportant que 50 députés (d'où gain d'argent et d'efficacité), 5 échelons sépareraient le citoyen de son député ce qui n'a rien de considérable, eut égard à la complexité du système actuel où municipalités, circonscriptions et départements se chevauchent allègrement. De fait, il serait possible pour n'importe quel quidam de faire une proposition de loi qui, si elle mérite suffisament d'intérêt, pourrait remonter jusqu'aux plus hautes instances. D'où un avantage démocratique indéniable.
Il y aurait ensuite un avantage financier : nul besoin de sénateurs, de conseillers généraux ou même de maire, puisque chacune de ces fonctions seraient remplies par l'un des échelons.
Enfin, il y aurait un avantage en terme d'efficacité puisque le terrain et le pouvoir coïncideraient.
L'on pourrait opposer une question à ce système : comment éviter l'abstention. La réponse serait simple : en décrétant un jour férié supplémentaire chaque mois (les gains réalisés par la réforme le permettrait) tout en rendant obligatoire - sauf exceptions justifiées - la présence de chaque citoyen ce jour-là.
à Alexander Doria
De DocteurSka
Etudiant | 22H09 | 26/05/2009 |
C'est vachement bien ce que tu fais là, essayer d'imaginer ça concrètement.
Moi je rajouterais :
- le principe de subsidiarité (on ne peut prendre une décision à un niveau supérieur que si le problème est impossible à résoudre à l'échelon inférieur)(principe de base du fédéralisme).
- La possibilité de déléguer sa participation à un représentant (ami, conjoint,…) sur base d'un mandat impératif, comme pour le vote par procuration.
- C'est peut être pas la peine d'institutionnaliser un jour de participation obligatoire. En donnant plus de pouvoirs, on responsabilise et on implique les gens. D'autant que dans des assemblées de 50 personnes il y a une certaine pression de voisinage…
à DocteurSka
De Alexander Doria
étudiant | 12H05 | 27/05/2009 |
Très bonnes tes suggestions, notamment concernant le principe de subsidiarité (je n'y avais pas pensé).
Concernant la participation obligatoire je l'avais envisagé en prenant compte du fait que, dans un pays aussi grand comme la France, il serait délicat d'assurer le fonctionnement d'une démocratie directe sans quelques principes fermes. En même temps il est vrai que l'essentiel de l'abstention vient du sentiment de déception des citoyens vis-à-vis de leurs élites.
Ce serait peut-être pas mal, en fait, d'écrire un article sur la question, afin de générer un bon brainstorming au sein de la rue. Après tout, puisque les partis n'ont plus d'idées, c'est aux citoyens d'en trouver.
à Alexander Doria
De 98euro
technicien | 14H29 | 27/05/2009 |
C'est chouette. Dommage qu'à un moment il faille se réveiller.
à Pictulo
De Un compte supprime
nc | 13H40 | 26/05/2009 |
a partir du moment ou le bien general et les libertes individuelles sont acquis, nul besoin de representativite, elective en tout cas… J'ai trouve Badiou particulierement juste sur ce point
à Un compte supprime
De Oeillet rouge
rêve générale | 20H25 | 26/05/2009 |
Le problème est que rien n'est jamais acquis…
à aLMEREYDA
De riverain06
sujet du roi Ignoramus Ier | 13H40 | 26/05/2009 |
Il faut aussi sortir du romantisme. Bakounine démonterait la nuit la à la dynamite la superstructure hardiment édifiée le jours par les ouvriers. ils peuvent toujours se réconcilier autour des cendres chaudes le lendemain…
De Au sud de nul part
Situation | 17H39 | 26/05/2009 |
Bonjour. Entièrement d'acccord : l'écueil qui consiste à remplacer une élite par une autre n'échappe pas à Badiou qui dans l'ouvrage collectif récent « la démocratie, dans quel état » (édition la fabrique, où se trouve aussi Rancière, Bensaïd, etc…) a écrit un article où son platonisme achoppe sur cette question.
Badiou, en rusé rhétoricien démagogue, s'en tire alors d'une pirouette : du vent. Il promet un aristocratisme pour tous. Ca ne mange pas de pain.
On ne sait pas comment cet « aristocratisme » surviendra. Mais à quoi bon s'appesentir sur ce petit détail quand ce qui importe est avant tout de prendre une revanche dans le champ de la pensée ?
Il faut bien une carotte pour appater celui qui croit en l'émancipation personnelle, individuelle, mais qui pense aussi au collectif : qui se souvient de l'opposition franche mais respectueuse de Deleuze envers Badiou ? ( : ))))))
Franchement, le communisme étriqué de Badiou et son moralisme platonisant sont plutôt effrayants : on croirait que son but premier est de prendre une revanche intelectuelle. Il n'ose pas dire, par exemple, ce qui s'est passé au Cambdoge : sa prose à ce sujet dans « l'hypothèse communiste » est affligeante. Le but qu'il poursuit est de renverser la tendance qui accorde à la démocratie le fait historique de s'être opposé au totalitarisme ; en sophiste de première classe, Badiou prétend affirmer que c'est la démocratie qui est totalitaire. A ce petit jeu, hop, en quelques pages il invente un communisme propre sur lui. Tout est bon pour ne pas relier le communisme, en tant que tel, aux khmers rouges, par exemple, quitte à s'en prendre non aux dirigeants d'alors, ni au communisme, mais aux jeunes khmers rouges ! ! ! ! Incroyable. Tout est une question d'éducation….comme c'est facile.
Les jeunes khmers rouges étaient mal éduqués….ils n'avait pas l'idée du communsime en eux.
Il ne faut pourtant rien connaitre à l'histoire de ce pays pour accepter de gober une telle prose. Mais il est vrai que Badiou aime aussi jouer au réac de gauche platonicien : il évoque le jeunisme, le consummérisme, et autres fadaises….. : le libéralisme est la cause de tout, même du mauvais communisme, du jeunisme, de la perte de repères, etc…..Le plus comique est que Sarkozy comme Badiou partagent le même jugement sur le « mauvais 68 », comme un point aveugle qui les rapproche dans leur délire réctionnaire : le 68 libertaire, celui qui prône la liberté de chacun, celui qui défie le fait d'aliéner des vies, qui refuse aussi bien le groupe que l'usine. Mais Badiou prétend aliéner la vie humaine de chacun au nom du Bien, d'une Idée du communisme ; il prétend aliéner la liberté de tous dans un tout qu'il prétend cette fois être débarrassé (on ne sait pas comment….) du parti, d'une élite à la con, et d'une stricte hiérarchie.
Je me marre. Badiou est un malin : il sait fort bien que la discipline militaire, le parti, la hiérarchie étatique, sont les écueils qu'ils doit contourner pour vendre son idée du « communisme ». Ce cher Badiou qui excère l'anarchisme jouit de mater les vieux et les jeunes (surtout les jeunes) rebelles, leur expliquer qu'il sait où se trouve la vraie Idée de la Gauche. Son autoritarisme doit donc être enveloppé d'une promesse en forme d'Idée. Mais son autroritarisme transpire de partout, comme chez Platon. L'ennemi est bien le démos : il faut l'éduquer et le garder…..et faire croire que les gardiens (le parti) n'existeront plus (juré, promis, craché..)lorsque surviendra le communisme réel enfin adéquat. à son Idée.
Ce qu'il faut donc c'est bien lire ce qui chez badiou compose l'Idée du Communisme. C'est pas triste, pour le moment.
PS : Badiou connait ses limites et les règles du jeu : s'il peut facilement froudroyer les journalistes et les « nouveaux philosophes » qui ont, il est vrai, entretenu autrefois une médiocre réflexion sur le phénomène totalitaire (réflexion orientée selon un objectif de basse politique), Badiou ne peut que fort brièvement énoncer avec un respect certain le nom de hannah arendt. Là, une ligne de Badiou, une seule : on se demande bien pourquoi….Peut-ête est-ce parce que le travail de cette philosophe ne peut être balayé d'un revers de plume ? ( : ))
Factotum
à Au sud de nul part
De riverain06
sujet du roi Ignoramus Ier | 18H39 | 26/05/2009 |
Parfaitement.
Pour tous ceux épris d'idéaux purs tel qu'en souffle, des fois, un certain bon sens et la jeune age, je conseille de gagner du temps en sautant la case « utopies ». Lisez « L'Homme révolté » d'Albert Camus. J'ai gagné 15 ans de maturité idéologique avec ce livre. Les « nouveaux philosophes » ont pillé sans vergogne Camus. Quel courage, quel militantisme y a -t-il à dénoncer Lénine et Staline dans les années 70 ? Et se réclamer iconoclaste à la télévision avec ça. Camus, le seul et le premier en 1952 écrivait que ce personne ne soupçonnait, et il eut sur le dos toutes les facs de France et de Navarre emmenées par Sartre qui le ridiculisait. Devant l'histoire il a raison. Le seul à voir la faille chez Marx : la non prise en compte de psychologie humaine dans une théorie au demeurant monstrueuse de perfection.
Si je devais recommander un livre à Besancenot comme aux jeunes de la droite décompléRolexées ce serait celui là.