cerium 24/05/2009 à 11h40

L'iPhone ringardisé par un « Sixth Sense » un peu insensé



Docteur, suis-je normal ? L'autre nuit, j'ai rêvé à mon iPhone. Sans que je lui aie demandé quoi que ce soit, il me montrait l'image de mon portefeuille, oublié sur le comptoir d'un restaurant. Je l'ai remercié en le tapotant gentiment. Puis me suis éveillé en sueurs.

Il est vrai que, depuis que je l'ai, il a pris dans ma vie une place considérable. Il prend mes appels et mes messages, bien sûr, me dit quelle température il fera, me donne l'itinéraire vers ma destination, m'indique s'il y a une station service ou une pharmacie dans les parages, quels films jouent à quelle heure dans quel cinéma, me donne la première page du Monde et du New York Times, prend des photos.

Il me permet d'écouter Shakira, Les Colocs et la chronique internationale d'Alexander Adler. Il me montre les cinq meilleures publicités de la semaine dans le monde.

Mais il fait plus : il convertit mes euros en yen, me sert de boussole, de niveau (oui, de niveau), de lampe de poche, de métronome et de dé à jouer. Il me fournit aussi le son du sabre-laser au cas où je croiserais Dark Vador.

L'iPhone ne rend pas savant, mais interdit de ne pas savoir

Il ne me rend pas savant, mais m'interdit de ne pas savoir. Deux exemples. L'autre jour, ma fille avait été frappée par l'histoire d'un lépreux dans un roman et voulait savoir comment la maladie se propageait. Tap, tap, tap, j'ai pu lui dire, exactement, et la rassurer. Mon truc : Wikipanion.

Alors quand l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, notre invité au Cérium en avril, s'intéressait au hockey et s'est demandé tout haut qui avait inventé les patins, j'ai pu lui dire, avec un bref délai, qu'on en trouvait une première trace dans son pays, à Saint-Denis au nord de Paris, du temps du roi Clovis. Epaté, le monsieur, je vous jure. Epaté.

Avons-nous donc en main l'outil ultime, l'information la plus pratique ? Que non. Ce n'est qu'un avant goût. Bientôt entre vos mains, ou plutôt, porté en collier : le Sixth Sense.

Un petit génie du laboratoire média de MIT près de Boston, Pranav Mistry, a mis ensemble, pour 350 dollars, un téléphone cellulaire, un mini-projecteur, une mini-caméra sensible aux mouvements que vous faites avec vos doigts et vos mains. (Voir la vidéo)

Devant n'importe quelle surface (un mur) vous projetez une carte Google. Avec vos doigts, vous l'agrandissez, la faites défiler.

Vous approchez votre poignet de la caméra ? Elle comprend que vous voulez l'heure et y projette une petite horloge.

Montrez votre main ouverte, c'est le clavier du téléphone qui apparaît.

Vous voulez n'acheter que des produits écologiques ? Ou biologique ? Ou le moins cher ? Ou avec la plus forte teneur en sucre ? Montrez à votre caméra un produit pris sur la tablette du supermarché, il fera apparaître un feu vert, jaune ou rouge, vous indiquant s'il répond à vos attentes et vous donnant davantage d'infos si vous le désirez.

Vous prenez un livre en librairie, la caméra projette sur sa couverture l'évaluation des lecteurs, une critique.

Rendre la vie plus facile... ou plus embarassante

Intéressé ? Vous n'avez encore rien vu. L'équipe du MIT Média Lab compte rendre notre vie plus facile mais, en certains cas, extrêmement embarrassante.

Vous rencontrez quelqu'un, la camera reconnaît son visage, cherche sa base de données publique (page web, résultat Google, blogue) et projette sur son corps (oui, sur son corps) des informations le concernant.

Moi qui ai une mauvaise mémoire des noms, cela va me servir ! Je vais programmer mon Sixth Sense pour me dire le nom et la fonction de la personne rencontrée.

Mais la caméra projettera-t-elle aussi des informations que j'ai pu stocker en voulant les oublier, telles : « Vous lui devez 200 dollars » ou « vous n'avez pas retourné ses cinq derniers appels » !

Regardez-moi dans les yeux. J'ai dit dans les yeux !

Ce n'est que le début de nos problèmes. D'abord, l'utilisation de cet outil n'est pas très discret. Imaginez que vous êtes au cinéma, votre machin reconnaît Sophie Marceau et projette sur le grand écran la dernière critique du film que vous regardez ! Bon, on peut toujours l'éteindre.

Autre cas limite : vous croisez Angelina Jolie ou, disons, Lucie Laurier et vous tentez de vous concentrer sur ses yeux (je parle aux hommes, évidemment). Mais votre bidule projette des informations sur la partie supérieure du tronc de la personne. Faut-il les lire ? Comment cela sera-t-il perçu ? Gare à la gifle.

Autre exemple. Vous êtes chanteuse et que vous acceptez de vous produire lors d'un mariage. On vous présente le marié, votre truc le reconnaît comme un des dix motards criminels les plus recherchés au Québec.

Vous tentez de détourner votre regard, mais votre patente projette le mandat d'arrêt sur la robe de mariée de madame. Cela provoque, disons, un malaise.

Gageons que l'utilisation du gadget serait souvent ressentie par sa victime comme une intrusion dans son intimité (même si elle s'est ouverte dans Facebook ou dans son blogue), comme une marque de méfiance et une suprême impolitesse.

Comme quoi il est souvent bon de savoir. Mais la qualité des relations humaines nécessite, il faut bien l'avouer, une salutaire dose d'ignorance.

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  • A-A
    A-A
    • Posté à 13h34 le 24/05/2009

    « donc plus aucun effort de mémorisation, d'archivage de souvenirs, de désir de recherche, etc »

    ce n est pas nouveau
    Avec la multiplication des « stockages auxiliaires », l important n est plus de tout connaitre (ce qui est impossible car il y a trop de connaissances, trop de domaines de compétences, trop de savoir), mais de savoir retrouver l information, et savoir l exploiter.

    personnellement, je pense que c est un progrès d avoir à sa disposition une quantité de savoir astronomique à portée de main ou de clic.
    Mais ca n interdit pas de continuer à exercer son cerveau, à multiplier les méthodes de memorisation memotechnique

    mais chacun voit midi à sa porte....

  • Coragyps Atratus
    Coragyps Atratus
    Dans l'attente du moment propice
    • Posté à 14h52 le 24/05/2009
    • Internaute
      Dans l'attente du moment propice

    Je ne vois pas vraiment l'intérêt de rechercher des infos sur la lèpre pour votre fille avec un téléphone portable. Après tout, il y a des ordinateurs et des bibliothèques. Et puis, on peut quand même attendre quelques heures ou quelques jours avant d'avoir cette information. L'avantage de ce temps permet d'échafauder des hypothèses a priori et des les confronter avec le produit de la recherche plus tard (cela évite d'avaler tout et n'importe quoi en développant des capacités d'analyse et/ou l'imagination).

    Par ailleurs, en parent responsable, il aurait fallu que vous demandassiez à votre fille de rechercher elle-même l'information (vertu pédagogique).

    Il ne faut point confondre l'accès au savoir (qui confine à la consommation) et la quête du savoir qui s'inscrit dans une démarche personnelle.

  • efpi
    efpi
    un terrien en détresse
    • Posté à 14h59 le 24/05/2009
    • Internaute
      un terrien en détresse

    Mais quel rapport entre iPhone et SixthSense.
    Au passage, vous remarquerez que le nom de ce projet s'écrit de cette façon.
    iPhone est un smartphone bien réel sur lequel tourne plus de 25 000 applications qui fonctionnent pour de vrai.
    SixthSense est un des 30 projets développés dans le groupe des interfaces fluides qui n'est jamais qu'un des 30 groupes de recherche du Media Lab !
    C'est une des visions du futur du Media Lab parmi un bon millier d'autres.
    Vous aurez un iPhone 3G+ ou même 4G++ avant d'accéder aux fonctionnalités de SixthSense.
    L'objectif de SixthSense est d'explorer les interactions sans couture (seamless interaction).
    iPhone est actuellement le fruit le plus mûr de la convergence technologique... mais c'est déjà pas mal.
    Le point commun entre iPhone et SixthSense est qu'ils permettent tout les deux de téléphoner. Comme l'illustre la photo de l'article, SixthSense le fait d'une façon extraordinaire, en supprimant tout dispositif et en projetant le clavier téléphonique sur vos doigts. C'est très séduisant, mais ce n'est pas nouveau, cela a été proposé en 1999 par Goldstein de chez Ericson à la conférence Mobile 99 (repris déjà d'une idée de Rozenberg de 1998).
    Si vous voulez en savoir plus sur SixthSense, vous trouverez d'autres infos dans ce billet que j'avais écrit en février dernier : Lien
    ou sur celui-ci plus récent : Lien

  • Weed Whacker
    Weed Whacker répond à trotter
    Etudiant
    • Posté à 15h59 le 24/05/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Parler de fonctionnalités pour un smartphone c'est pas ce qu'il y a de plus malin, les fonctions c'est pour les gadgets...

    Par contre l'iphone est de loin (et de très loin même) le smartphone le plus « smart » qui existe. Après c'est sur qu'il y a toujours la mauvaise fois des derniers réfractaires...

  • JimmyWoo
    JimmyWoo
    Etudiant, chasseur de trésor, (...)
    • Posté à 16h09 le 24/05/2009
    • Internaute
      Etudiant, chasseur de trésor, (...)

    Personnellement je n'ai qu'une seule et unique remarque à émettre parce que je ne préfère pas rentrer dans le pseudo débat socio-culturel.

    Comment fonctionne l'appareil en EXTERIEUR et en PLEIN JOUR ? (Mis à part pour prendre des photos avec ses doigts et singer un mauvais mime)

    J'ai déjà du mal à distinguer clairement ce qu'affiche l'écran LCD de mon téléphone bien qu'il soit munit d'un modulateur de contraste et de luminosité, mais en plein soleil, une projection sur ma main me parait difficilement viable.

  • Pictulo
    • Posté à 22h17 le 24/05/2009

    Perso, si l'iphone m'envoie les chroniques d'Alexandre Adler et la une du Monde, je le jette.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h26 le 25/05/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Faudrait un jour qu'on m'explique comment on peut dire que le machin de Mac est génial juste parce qu'il est capable d'aller sur le Web pour consulter les sites du Monde, de Mappy ou de Meteo France...
    Tous les téléphones de moins de cinq ans font ça !

    Certes, je reconnais que c'est fort pratique d'avoir l'option « putain je suis perdu dans un bled de banlieue en pleine nuit, clic clic dis moi où est le RER », c'est nettement plus douteux de connaitre dans l'instant le temps qu'il fait à Bagdad ou savoir ce que pense notre président, mais ça reste les fonctions de base de tout accès à Internet...

    Après le machin avec projecteur, au-delà du prototype et de l'expérience technologique que cela apporte, ce n'est qu'un sujet de plaisanterie. Il n'y a que des dégénérés finit au radium qui pourraient apprécier d'afficher des infos personnelles au vu et au su de tous.
    Et même si dans une version plus crédible qui projette l'image sur la paume de la main, je doute que cela soit très pratique, puisque une main change de couleur suivant les gens, n'est pas plane, bref est un bien piètre écran.

    Et puis qui oserait se promener avec ce gros machin autour du coup ? Je veux dire, dans les gens normaux, je parle pas des débiles qui se la pètent avec leur mobile en collier ou leur chaine en or...

    Le seul truc digne d'intérêt, c'est la reconnaissance de mouvement, ce qui réduit à l'échelle d'un clavier de téléphone permettra d'utiliser des claviers virtuels sans avoir les doigts d'une fille de 5 ans et sans étaler la graisse de son grec sur son écran tactile.