A la Une 21/05/2009 à 13h58

Antiterrorisme : cinq gardes à vue pour une photo potache


Des éditeurs du Sud-Est ont été interrogés par la police au sujet d'une photo « menaçante » pour un ponte de l'antiterrorisme.

Le 18 mai, on annonçait coup sur coup que « trois proches de Julien Coupat » avaient été interpellés près de Rouen, puis que « quatre éditeurs avaient été mis en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Marseille ».

Les quatre éditeurs en question sont des indépendants installés dans la région de Forcalquier, dans le Sud-Est, mais le site Bibilobs rappelait aussitôt qu'Eric Hazan, patron de La Fabrique (qui publie « L'Insurrection qui vient ») avait lui aussi été entendu comme témoin dans le dossier Coupat.

Forcément, sept arrestations le même jour à deux extrémités opposées de la France dans des milieux réputés proches de l'extrême gauche, l'affaire semblait médiatiquement rentable.

Sauf que le ballon se dégonfle d'emblée : les quatre éditeurs n'ont pas été placés sous les régime de l'anti-terrorisme, qui permet notamment d'étendre la garde à vue à 96 heures. Le seul lien avec Julien Coupat ou Tarnac est la proximité des quatre éditeurs avec un « Comité de sabotage de l'antiterrorisme », mouvement très informel mis en place pour soutenir les personnes arrêtées en novembre 2008 à Tarnac et qui organisait une journée de débats sur l'antiterrorisme à Forcalquier, le 8 mai dernier.

De l'image d'un tract à la « menace »

En réalité, c'est pour retrouver une photo et surtout son auteur que le coup de filet de Forcalquier a eu lieu, lundi matin. Cette photo, Rue89 se l'est procurée : elle montre deux doigts tenant un bout de tract du « comité de sabotage de l'antiterrorisme » pour le coincer sous un interphone. (Voir la photo ci-dessous)


la photo de la sonette de Bernard Squarcini

Sur cet interphone, trois noms, dont celui de Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur. Dans les médias, on a pu lire que les quatre éditeurs étaient inquiétés pour l'avoir « menacé ». Ou encore qu'ils avaient diffusé l'adresse du patron du renseignement.

Lundi, sur le coup de midi, Philippe Dieudonné, de la Ligue des droits de l'homme à Marseille, apprend que les quatre de Forcalquier ont été emmenés dans les locaux de la police judiciaire, à Marseille. Trois coups de fil et le voilà qui part en délégation sur place avec Andrée Reversat, élue verte au conseil régional PACA, qui milite aussi à la LDH, et Bruno Chiambretto, qu'il connait moins.

Pour la police, « ça ne semblait pas représenter l'affaire du siècle »

Tous trois veulent des explications, savoir de quoi on soupçonne les éditeurs, savoir ce qu'ils risquent. Le directeur de la police judiciaire les reçoit « assez longuement, dans un climat de dialogue », raconte Philippe Dieudonné :

« Il nous a confirmé que ce n'était pas pour du terrorisme qu'on les entendait, mais pour trouver l'auteur de la photo, et que leurs ordinateurs étaient passés au peigne fin. Il nous a affirmé que ce n'était pas un tract qu'on leur reprochait mais une photo qu'ils s'étaient échangés entre eux et que quelqu'un avait peut-être fini par imprimer. Ça ne semblait pas représenter l'affaire du siècle à leurs yeux. »

A l'issue de l'entrevue, le directeur de la police judiciaire demande à Bruno Chiambretto de rester. Mardi soir, lorsque les quatre éditeurs interpellés la veille finissent par sortir, « libres, sans convocation et avec leurs ordinateurs sous le bras », Chiambretto est toujours à l'intérieur. Il aurait reconnu avoir pris la photo à l'origine de la procédure enclenchée par le parquet de Digne.

Bruno Chiambretto est sorti de garde à vue mercredi en début de soirée. Libre lui aussi, sans davantage de poursuites, là où les autorités avaient pourtant obtenu ce qu'elles voulaient. Intimidation ? Volonté de grossir le trait pour laisser penser qu'un vaste coup de filet dans le milieu de Julien Coupat a eu lieu lundi ? Opportunité idéale pour fouiller dans quatre ordinateurs plus un iPhone (celui de Chiambretto, avec lequel il aurait en fait pris le fameux cliché) ?

Dans les cercles militants du grand Sud-Est, ces trois hypothèses circulent bon train. Du côté du parquet de Digne-les-Bains, personne n'était joignable jusqu'à la publication de cet article, comme à la police judiciaire de Marseille, où le commissaire d'astreinte en ce jeudi de l'Ascension ne pouvait « rien nous dire » sur le dossier.

Bruno Chiambretto, pour sa part, a refusé de donner davantage de précisions à Rue89 « avant la conférence de presse qui aura lieu vendredi, sous le contrôle de notre avocat ».


dessin remy cattelain

  • 38807 visites
  • 140 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • A-A
    A-A répond à JP_JP
    • Posté à 14h43 le 21/05/2009

    malheureusement, vous vous reveillez trop tard.

    Tout ceci est prévisible depuis les lois Perben 1 et 2, depuis 2001 aux USA, (chez eux c est le patriot act 1 et 2), 2002-2003 pour la France.

    Pour ceux qui en doutent encore, nous sommes passés de « un citoyen est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire » à « tout citoyen est un coupable potentiel ou présumé coupable », sinon à quoi servirait les tests ADN pour la moindre broutille, les cameras de surveillances, ce déploiement excessif de policiers un peu partout.

    Depuis un certain M. NS au Ministere de L intérieur (et Perben à la Justice), on a eu droit à une mutation Bushiste de notre pays. Qui s est accelérée en 2007 avec l accession au trone de NS1er.

    ET oui les gars, c est ca la Rupture.

  • pete_bondurant
    pete_bondurant
    Consultant
    • Posté à 14h53 le 21/05/2009
    • Internaute
      Consultant

    Dans ce genre d'affaires, je me demande quelle est la part de la parano et celle du calcul politique.

    en effet, Pour se faire réélire, sarkozy a besoin des voix d'une france agée, plutôt rurale, peu instruite et repliée sur elle-même (en plus de l'électorat bourgeois tradi qui lui est acquis )
    le fait de maintenir une tension et de désigner des coupables te des fauteurs de troubles (jeunes, immigrés ou issus de l'immigration, intellectuel de gauche) de les faire connaître et de les stigmatiser via les grands médias populaires (TF1 en tête) est un bon moyen de s'assurer ces votes..
    pour cette frange de l'électorat, sécurité et tranquillité sont plus importants que les libertés individuelles...

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 17h16 le 21/05/2009
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Nous sommes tous coupables d'être suspects !

  • alberte
    • Posté à 18h51 le 21/05/2009

    Ma parole, on se croirait en birmanie
    Voilà 6 mois que Julien Coupat est enbastillé, sans aucune preuve, sera - t il bientôt assigné à résidence, et pour combien d » années, jusq » a - ce que on fabrique des preuves où q » on arrange contre lui, de fausses actions terroristes