Que faut-il pour qu'un ministre de l'Education nationale en perdition retrouve une place de choix dans les médias ? Réponse : l'agression d'une enseignante surtout lorsque l'agresseur est très jeune, ce qui est le cas au collège de Fenouillet.
Comme à l'accoutumée, le ministre et plus généralement le gouvernement semblent vouloir tirer parti d'un incident qui, à bien y regarder, devrait plutôt tourner à leur confusion. Le 10 mars 2009, suite à l'intrusion d'une bande au lycée de Gagny, le ministre de l'Education nationale, flanqué de sa collègue de l'Intérieur, avait présenté sa solution miracle : la vidéo-surveillance.
Omettant au passage de signaler que le lycée de Gagny était déjà équipé de caméras. 222 établissements -pas un de plus- ont ainsi été sélectionnés pour être « sanctuarisés », à l'abri des intrusions.
Les portiques, une nouvelle lubie
Pas de chance pour le lobby de la vidéo-surveillance : à Fenouillet, comme dans la plupart des établissements, la violence est d'origine endogène et les caméras n'y seraient donc d'aucune utilité. Avec les portiques de détection de métaux, Darcos a trouvé une nouvelle lubie à défaut d'un moyen crédible pour ramener la paix dans les établissements.
Face à la violence, dans les établissements scolaires comme dans la société, le discours sécuritaire du gouvernement tourne à vide. Pour y faire face, il faudrait d'abord avoir le courage de reconnaître que les agressions comme celle de Fenouillet, d'ailleurs rarissimes, résultent plus d'un coup de tête, d'un geste de folie contre lesquels les caméras ou les portiques et même les meilleures intentions du monde ne pourront jamais rien. Le courage, aussi, pour un procureur, de ne pas emprisonner un enfant de 13 ans jeté en pâture à l'opinion publique.
Des chiffres sujets à caution
La violence scolaire est-elle en augmentation ? On ne sait au juste, les chiffres en la matière étant sujets à caution. Ce dont on est sûr, par contre, c'est que le climat à l'intérieur des établissements, s'est considérablement dégradé au cours de ces dernières années.
Il faut une certaine indécence pour laisser entendre que la vidéo-surveillance, les portiques de détection ou les policiers référents seraient susceptibles de remplacer les emplois supprimés dans le secteur éducatif : si l'on ajoute aux restrictions budgétaires des deux dernières rentrées la suppression des emplois-jeunes, qui malgré leurs limites, apportaient une présence et une compétence reconnues, ce sont des dizaines de milliers d'adultes qui ont disparu des établissements ces dernières années.
C'est probablement en collège que cette dégradation est la plus sensible et la libéralisation de la carte scolaire, en favorisant l'émergence de nouveaux ghettos, n'a sûrement pas fini de faire sentir ses effets. Plus fondamentalement, le collège unique semble aujourd'hui à bout de souffle, victime du conservatisme des politiques scolaires menées par les derniers ministres qui en ont eu la charge :
- programmes et pédagogie obsolètes ;
- rythmes et calendrier scolaires incohérents, locaux inadaptés ;
- rigidité et autoritarisme des règles disciplinaires débouchant finalement sur les plus grands désordres.
Autant d'éléments qui expliquent bien davantage que le supposé laxisme de l'institution ou la démission des parents le climat lourd, pesant, face auquel les rodomontades gouvernementales sur la sanctuarisation de l'école paraissent déconnectées de la réalité.
On ne compte plus les dispositifs de lutte contre la violence à l'école -une bonne dizaine pour les quinze dernières années- dont aucun ne semble avoir dépassé le stade de la gesticulation médiatique. Il y a bientôt sept ans, le ministre délégué à l'enseignement scolaire ne craignait pas d'affirmer dans le Parisien le 22 novembre 2002 :
« Mon credo est de faire changer les mentalités. L'objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans. Je veux lever le tabou de la violence scolaire, prendre l'opinion à témoin et montrer ce qui a lieu réellement dans nos écoles. »
Le ministre en question s'appelait Xavier Darcos.





















22
(Pour réagir, connectez-vous)
De Jana
bretonne en Normandie | 11H45 | 18/05/2009 |
Bonjour
Ces mots sont justes :
« jeté en pâture » sans éléments pour une réflexion approfondie.
Sans nier les drames personnels que recèlent ce fait, il est essentiel de résister à sa transformation en « spectacle de la peur » et de la parade « politicarde » …« Pain béni » pour les lobby des caméras et des barrières de « sanctuarisation »
C'est bien plus exigeant , et merci de le faire dans ce billet, de réfléchir sérieusement , sans démagogie, aux mécanismes de violence en oeuvre, à l'intérieur et à l'extérieur, aux racines des « coups de tête » des humains de tous âges.
De Clarence
13H01 | 18/05/2009 |
Bonjour.
Et bravo pour cet article.
Ce qui est vrai pour l'Ecole l'est de la société toute entière.
Le dernier exemple en date se situe à la Courneuve, à la Cité des 4000, où des flics se sont fait tirer dessus dimanche.
C'est exactement là qu'un certain sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, promettait voici 7 ans (SEPT ans ! ), avec le ton de matamore qu'on lui connait et avec moult mouvements de menton, de « nettoyer », « sécuriser », « éradiquer » et autres balivernes.
A tous les niveaux, cette droite de guerre civile et de violence sociale chaque jour aggravée suscite la violence tout court.
Et joue ensuite de l'« insécurité » comme de son fond de commerce.
On peut ainsi réciter mot à mot, avant même qu'il ait été prononcé, le discours que tiendra cet après-midi à la Courneuve Alliot-Marie, la même qui emprisonne Coupat…
à Clarence
De franc parleur
anarchieevangelique.wordpress.com | 13H55 | 18/05/2009 |
Je partage ce commentaire.
Mais nous ne sommes pas obligés d'aller dans le sens du pouvoir !
« Range ton épée ! »
Et mets l'amour au monde.
_____________________________
Appel ordinaire à déposer les armes.
http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/05/18/range-ton-epee-et-me…
.
De admirateur
14H14 | 18/05/2009 |
On peut gloser sur les raisons qui poussent à la violence scolaire : la mauvaise réponse du collège unique, la mauvaise organisation pédagogique ; certes. Beaucoup ont leur opinion là-dessus ; chacun ira de sa vision de la chose et proposera ses solutions.
Pourtant il me semble que l'entreprise de démolition de l'Éducation nationale, à laquelle s'est attelée le ministre qui stigmatise la violence, diffuse des statistiques de plus en plus alarmantes sur la baisse du niveau des connaissances dans le but évident de montrer que, une fois de plus, un service public est défaillant, ne peut être contrée par des paroles angéliques :
- que l'auteur des faits écope d'une peine à la mesure de son acte, prononcé par un tribunal (des mineurs) de la République ne me choque pas ; ce serait déjà un premier pas pour restaurer l'autorité des adultes dans le milieu scolaire. J'aurais aimé lire quelques lignes indignées par l'auteur de ce blog sur la condamnation du professeur des écoles qui a « menacé » de couper le zizi d'un de ses élèves.
- le deuxième pas, et le plus important, même si moins médiatiquement visible, serait le soutien que la hiérarchie de l'EN devrait accorder aux enseignants en but aux récriminations des parents et des élèves : notes imméritées, devoirs trop difficiles, sanctions abusives, etc. plutôt que de céder, plus ou moins habilement, à la pression.
Comment ne pas comprendre que dans ces conditions d'un monde qui marche sur la tête, des élèves, qui ne sont après tout que des enfants, soient en perte de repères et commettent des actes dont ils ne mesurent pas la gravité ?
Pour ne pas laisser le ministre utiliser à ses fins partisanes un délabrement de l'EN (qu'il organise par ailleurs), et redonner le sens de la réalité aux adolescents, il conviendrait d'abord de rendre au métier d'enseignant sa dignité et sa LÉGITIME AUTORITÉ, même si ce dernier mot écorche certaines oreilles.
De lancetre
14H19 | 18/05/2009 |
Rigidité et autoritarisme des règles disciplinaires ? ? ? ?
Ah, je vois, il s'agit d'une étude historique concernant le collège des années 1950.
Vous auriez dû le préciser, cela prête à confusion…
à lancetre
De Bernard Girard
(auteur)
Enseignant blogueur | 18H43 | 18/05/2009 |
Etude sur le collège des années 50 ? Non mais plus simplement observations quotidiennes de l'auteur de l'article, lui-même prof en collège. Ceux qui ne connaissent pas le système éducatif - soit parce qu'ils l'ont quitté il y a longtemps, soit parce qu'ils n'y ont pas d'enfants - ne se rendent pas compte à quel point le système scolaire français est un des plus punitifs qui soient et cette tendance s'est considérablement renforcée ces dernières années : on punit pour tout et pour rien et la liste des interdits s'allonge au fil des ans. En pure perte, manifestement. Une des spécialités françaises semble être l'autoritarisme et la distance que les enseignants établissent avec les élèves. Il suffit de voir, lors d'un échange scolaire avec nos voisins européens, la mine effarée des jeunes visiteurs lorsqu'ils découvrent la vie de nos établissements. Selon leur témoignage, aucun d'entre eux ne souhaiterait y passer leur jeunesse. Loin des discours éculés et des images complaisamment véhiculées sur le laxisme de l'école, je pense au contraire que c'est la rigidité des règles qui est à l'origine de bien des problèmes. On ne règlera rien tant que l'on ne voudra pas réfléchir à d'autres règles de vie.
à Bernard Girard
De lancetre
18H54 | 18/05/2009 |
« On punit pour tout et pour rien » : pourriez-vous fournir quelques exemples précis ?
Qu'est-ce qui est sanctionné et qui ne devrait pas l'être, selon vous ?
Pour l'instant, vous tentez de noyer le poisson en tournant autour du pot, si je puis m'autoriser cette double métaphore…
Par ailleurs, un internaute écrit que vous N'ETES PAS professeur dans le secondaire.
On ne va pas procéder à un controle de carte professionnelle, mais c'est quand même un point important.
Quelques exemples précis permettraient de vérifier votre bonne connaissance du système éducatif français…
à lancetre
De lancetre
22H25 | 21/05/2009 |
Bon, aucune réponse…
Eh bien, je crois que nous voilà éclairés !
De sinclair
14H48 | 18/05/2009 |
J'adhére a l'analyse, Juste une précision l'enfant de 13 ans concerné a été place en détention dans un EPM Établissement Pénitentiaire pour Mineur qui est bel et bien une prison. Tenue par la Pénitentiaire et avec un support éducatif amélioré.
Suivant la région et la place l'option EPM ou Quartier des Mineurs est possible même personnel gardien (A.P) et même personnel éducatif (P.J.J) renforcé dans le 1°cas
Donc pas de décision courageuse du Procureur mais une stricte application de la loi dans sa version la plus défavorable. Le placement en C.E.F (centre éducatif fermé tenu uniquement par des éducateurs P.J.J) aurait été lui courageux.
Un petit bémol aussi en ce qui concerne le paragraphe sur les causes a la base du problème qui dégage la responsabilité de l'école et celle des parents et qui pourrait faire l'objet a lui seul de plusieurs articles
à sinclair
De Au sud de nul part
Situation | 16H12 | 18/05/2009 |
Je suis bien content d'entendre une personne qui sait de quoi elle parle. Du moins en ce qui concerne l'incarcération d'un mineur de 13 ans. Cette mise en détention est grotesque, car cet enfant ne pourra pas y rester : soit il demeure en préventive, soit il sort. La peine de prison, selon la procureure a été une décision difficile à prendre, et je pense, par expérience qu'elle ne ment pas. En ce moment, il ne pouvait être question de placer déjà ce mineur dans un foyer fermé. Il faut un exemple, n'est-ce pas ? Ce gosse ira ensuite en foyer. Où pourait-il aller pour acte si grave ? La prison n'est que de la poudre au yeux.
Factotum
à Au sud de nul part
De sinclair
17H42 | 18/05/2009 |
Je vais vous décourager mais si c'est criminalisé (ce qui parait être le cas) il peut y rester jusqu'à jugement avec renouvèlements du mandat de dépôt.
Il est effectivement dommage qu'un placement n'ait pas été accepté ni par l'instruction ni par le JLD je pense qu'il a du être proposé par l'éducateur PJJ qui a fait une proposition d'alternative a l'incarcération.
De suprimé à la demande du riverain 20 mai 09
Aubenas | 18H22 | 18/05/2009 |
Au début, je me suis dit : voilà quelqu'un qui sait de quoi il parle, ce doit être un professeur de collège ou de lycée. Il a dû résoudre habilement les problèmes de violence qui se posent aux enseignants. Il parle avec une grande assurance, on peut lui faire confiance. Alors j'ai cherché dans Google et quelle n'a pas été pas ma stupéfaction que de découvrir que ce monsieur plein de certitudes n'était ni professeur de collège ni professeur de lycée. Quelle indécence, me suis-je dit alors, réutilisant un terme mystificateur qu'il affectionne !
à suprimé à la demande du riverain 20 mai 09
De ginkoland
Ginkologue | 18H22 | 18/05/2009 |
Et si, pas de bol… www.fairelejour.org/article.php3 ? id_article=1849 http://
à suprimé à la demande du riverain 20 mai 09
De Disciple ressucité
Tiens, il pleut. | 18H33 | 18/05/2009 |
PLOUF !
(merci ginkoland)
à Disciple ressucité
De compte sup. à la demande du riverain 25.08
chat de garde | 18H45 | 18/05/2009 |
Hé hé comme d'hab !
à suprimé à la demande du riverain 20 mai 09
De Bernard Girard
(auteur)
Enseignant blogueur | 18H55 | 18/05/2009 |
Vous n'allez quand même pas me demander de laisser traîner mon adresse académique à la suite de mon article ! Mon prénom étant relativement courant et mon patronyme également, peut-être auriez-vous pu penser à une homonymie, cela vous aurait évité d'écrire des énormités : je suis effectivement prof d'histoire-géo en collège, à temps plein et exclusivement comme le savent les lecteurs de Rue89 qui me lisent depuis plus d'un an ou les familiers de mon blog cité en référence dans ma notice (http://journaldecole.canalblog.com).
Si vous tapez John Smith dans un moteur de recherche, vous risquez fort de ne pas tomber sur un seul et unique individu…
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 18H26 | 18/05/2009 |
Je ne comprens pas bien toute la substantifique moêlle de cet article. Il faut dire que je reviens de ma journée de classe.
ciao faut faire à manger, en attendant, le darcononos ne nourrit pas notre pot-au-feu. Soupe, tiens !
à framboise92
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 18H27 | 18/05/2009 |
meilleure que cella qu'on nous sert depuis deux ans (et plus ! )
De komakino
antimégalo | 18H58 | 18/05/2009 |
Je ne suis pas d'accord avec le commentaire sélectionné écrit, d'ailleurs, par l'auteur. Je crains hélas que c'est l'avènement puis le règne de « l'enfant roi » qu'il ne fallait surtout pas contraindre qui a en partie sonné le glas d'un relatif calme scolaire. L'arsenal des sanctions est limité et n'est plus du tout approprié aux nombreuses incivilités, causées en partie par la dégradation continuelle de l'autorité du prof, la banalisation de préjugés à son égard ( du type : toujours en vacances, toujours en grève, paresseux … etc. ).
De Bardamu
difficile | 19H31 | 18/05/2009 |
On remarquera que notre enseignant blogueur n'a pas un seul mot de compassion pour cette enseignante, poignardée dans sa classe.
Mais en revanche ne manque pas de s'apitoyer sur le pauvre enfant que les méchants sarkozystes ont mis en prison.
Ca se passe de commentaires.
à Bardamu
De lancetre
20H41 | 18/05/2009 |
Bien qu'antisarkozyste primaire, je vous rejoins,sur ce texte, à titre tout à fait exceptionnel ! ! !
L'article contient le mot « indécence ».
INDECENCE, effectivement, de consacrer un aussi long texte à cette agression SANS DIRE UN MOT de la VICTIME ! ! !
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 23H31 | 18/05/2009 |
Les profs sont toujours en train de dire que leurs échecs sont dûs au manque de moyens et pas à leur démission.
Ben les parents c'est pareil !
Ils ont beau travailler à temps plein, ils n'ont pas les moyens d'inciter leurs mômes à l'amour et la générosité.
Tant que les profs et les parents se taperont sur la gueule au lieu de foutre une branlée aux gouvernements et aux patrons (qui privent de moyens les uns et les autres), la barbarie aura de beaux jours devant elle.