A débattre 17/05/2009 à 22h36

Sécurité à l'école : plus de pions ou plus de portiques ?

François Krug | Journaliste Rue89


Collégiens à Paris en 1996 (Olivier Culmann/Tendance Floue).

Des portiques de sécurité pour détecter les armes : c'est une des solutions envisagées par Xavier Darcos après l'agression d'une enseignante au lycée de Fenouillet, en Haute-Garonne. Comme Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Education nationale veut « sanctuariser » les écoles. Au risque de les transformer en forteresses ?

« Nous ne sommes pas en face d'un problème structurel », avait pourtant expliqué Xavier Darcos lors de son déplacement à Fenouillet vendredi. Quelques heures plus tôt, une professeure de mathématiques avait été grièvement blessée avec un couteau de cuisine par un élève de cinquième. Son tort : l'avoir puni parce qu'il n'avait pas fait un devoir.

Ce n'est pas « un problème structurel », mais Xavier Darcos est prêt à employer les grands moyens :

« Est-ce que nous sommes capables d'empêcher que des armes par destination puissent entrer dans les établissements ? (...) On peut imaginer dans certains établissements des portiques, des systèmes de fouille. Nous verrons. Les collectivités territoriales estimeront peut-être que dans certains établissements, c'est une réponse possible. »

Les portiques remis en cause aux Etats-Unis

Cette réponse n'a pourtant pas fait la preuve de son efficacité. Aux Etats-Unis, malgré des fusillades très médiatisées, les portiques de sécurité n'ont été adoptés que par une minorité d'établissements.

Selon le dernier rapport du National Center for Education Statistics, en 2006, seulement 1% des établissements publics disposaient d'un portique à temps plein, et 5% pratiquaient des contrôles-surprises avec des détecteurs de métaux.

Raisons invoquées par leurs directeurs : le coût des équipements, le manque de moyens humains pour les faire fonctionner mais aussi des doutes sur leur efficacité.

Doutes partagés par William Modzeleski, spécialiste de la sécurité au ministère américain de l'Education. Interrogé par le magazine US News & World Report, il explique :

« Je ne dis pas que ces équipements ne sont pas importants. Mais une chose essentielle, qui ne coûte rien et peut empêcher une fusillade dans une école, c'est la construction de liens entre les écoles et les enfants. C'est une priorité. »

Sanctuaire ou bunker ?

La vidéosurveillance n'est pas non plus une solution-miracle. Y compris pour prévenir la violence venue de l'extérieur, comme le note une étude publiée en 2007 par l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile-de-France, organisme dépendant du conseil régional.

Les chercheurs soulignent « un effet non prévu » :

« Outre le fait de laisser l'élève seul face aux dangers extérieurs, une conséquence de ces politiques de sécurisation physique est d'accentuer le renfermement d'un établissement sur lui-même. »

Les syndicats enseignants en sont également persuadés : la solution n'est pas technologique. Pour le SNES, Xavier Darcos doit « privilégier les moyens humains ». Le syndicat dénonce donc une nouvelle fois les suppressions de postes :

« Le SNES exige le recrutement, en nombre suffisant, de personnels statutaires et formés pour apporter, dans le cadre d'équipes pluriprofessionnelles complètes, des réponses éducatives sérieuses qui prennent en compte tous les facteurs qui engendrent ou aggravent les phénomènes de violence dans l'école. »

Xavier Darcos, lui, refuse de voir un lien entre l'agression de Fenouillet et les réductions de postes en cours. D'ailleurs, a-t-il rappelé, le lycée n'était pas considéré comme sensible :

« Vous ne réglerez pas avec un demi-poste de surveillant de plus le fait qu'un enfant de 13 ans arrive avec un couteau pour frapper un professeur alors qu'on n'a aucun signalement de violence. »

Photo : collégiens à Paris en 1996 (Olivier Culmann/Tendance Floue).

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  • lapinot
    lapinot
    chômiste
    • Posté à 23h28 le 17/05/2009
    • Internaute
      chômiste

    oh, quel hasard, encore du sécuritaire à la veille d'une élection.... quellle coïncidence... ; -)

  • Innsa1
    • Posté à 23h42 le 17/05/2009

    Un fait divers = une proposition de loi (répressive si possible)
    A chaque fait divers, on enlève un peu plus de liberté a tous.
    Pourquoi ne pas tout de suite mettre plus de pions, avec des portiques, des barbelés, des miradors, des caméras, les flics a la sortie des écoles ?
    Surtout éviter de faire un travail pédagogique, éducatif, civique etc.

  • pierrox
    • Posté à 23h46 le 17/05/2009
    • Internaute

    Et ben voilà, les « enfants rois » auxquels on passait tout sont en train de devenir adolescents. Et maintenant, ils ne savent pas comment réagir quand on leur dit « non ».

  • A.V.
    • Posté à 00h02 le 18/05/2009

    Ouais. Et la prochaine fois qu'un étudiant balance son poing dans la gueule d'un enseignant, tout le monde ira en cours menotté. Et au premier crachat, tout le monde bâillonné. Avec une politique aussi primaire, on peut dire adieu à la flûte à bec.