Votre porte-monnaie au rayon X 14/05/2009 à 12h49

Hélène, assistante d'édition pour 1650 euros par mois

Hubert Artus | Rue89


Hélène, assistante d’édition à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

Après « l’argent des écrivains » il y a quelques mois, Eco89 passe au scanner les revenus d’une femme qui se décrit elle-même comme « une petite main » de l’édition.
« J’aimerais vraiment savoir combien gagnent les gens dans mon milieu », me dit Hélène lorsque je la rencontre. Assistante d’édition au sein d’une maison importante dans le milieu des lettres parisien (appartenant au groupe Hachette), la jeune femme s’est elle-même manifestée à Eco89 pour passer son porte-monnaie dans notre rayon X. C’est à signaler, dans un milieu qui, par tradition, considère la chose financière comme un tabou plus encore que comme une caractéristique relevant de la vie privée.

Le métier d’assister

L’assistant(e) d’édition a approximativement les mêmes fonctions dans toutes les maisons, avec quelques tâches et responsabilités en plus ou en moins selon l’importance de la maison. Par définition, cette personne a pour rôle de faire un travail d’éditing.
L’éditeur, ou –trice, travaille avec son auteur tout ce qui est intra-texte : style, rythme, personnages, scènes. Et « porte » le texte dans le Milieu de Saint-Germain, en parle et en reparle., pour une reconnaissance et éventuellement pour des prix littéraires. Il faudra aussi, ensuite, le défendre auprès d’agents littéraires et d’éditeurs étrangers (l’attachée de presse le défendant, elle, auprès des journalistes).
L’assistant(e) réalisant en général ce qui vient ensuite : corrections, mise en page, quatrième de couverture, vérifications des infos si besoin (quand il s’agit d’un document), voire les relations avec l’imprimerie dans certaines boites.

Hélène, elle, ne va pas à l’imprimerie. Si elle parle de « petite main
de l’édition » pour définir son métier, c’est parce qu’elle sait que les
« assistants d’édition » sont la face cachée d’un livre une fois qu’il
est paru. Peu reconnus, ils ne sont pas forcément invités aux cocktails
-souvent, ils n’aiment pas ça, cela étant-, et on attribue souvent à
l’éditeur ce qui, en fait, a été travaillé par eux. Souvent, quand on connaît le Milieu du livre, on se dit que leur travail est dingue. Et leurs compétences énormes.

Comme beaucoup de ses confrères et consœurs, Hélène réécrit parfois des
pans entiers d’un essai ou d’un document. Pas de fictions, l’auteur
étant censé avoir un rapport personnel à sa propre écriture.

Parcours

Une année d’histoire, trois ans de sciences-po. Puis bifurcation vers l’édition car « un jour, en amphi, un prof a demandé à ceux qui voulaient être journalistes de lever le doigt. Quand j’ai vu le nombre de doigts levés, je me suis dit que jamais je ne me ferais une place. »

Hélène commence par travailler sur des guides de voyages. Entre 2000 et 2003, entre stages et CDD, la jeune femme mettra les pieds dans pas moins de huit maisons d’édition. Puis vient le CDI chez son employeur actuel, un gros éditeur « généraliste ». Dans la maison d’édition qui l’emploie depuis cinq ans, Hélène
travaille la fiction (« plutôt française »), les essais, et les « docs »
(« en tout genre »). Hélène s’est occupée de certains livres dont j’ai parlé dans le Cabinet de lecture.

A trente-deux ans, Hélène est aujourd’hui pacsée, maman d’une petite fille d’un an et demi.


Revenus : un revenu mensuel de 1650 euros

« A mon arrivée il y a cinq ans, j’étais préparatrice de copies. Je gagnais 1450 euros ». Deux cent euros et une autre fonction de gagné en cinq ans, donc. Et, « depuis deux ou trois ans, pas d’intéressement au chiffre de ma boite, parce qu’on ne vend pas assez de livres ». Le chiffre d’affaires de la maison n’est pas assez important pour que les employés en profitent. Preuve par l’exemple de la crise non pas du livre, mais du secteur de l’édition.

Hélène a un treizième mois, se voit rembourser la moitié de ses titres de transport et dispose chaque mois d’une vingtaine de tickets restaurant à 8,50 euros -dont elle ne paye que la moitié.

Embauchant une assistante maternelle pour sa petite fille, le jeune couple bénéficie de 200 euros de crédit d’impôts par mois, ainsi que de 170 euros mensuels d’allocations familiales.

Hélène et son conjoint mettent tous les mois les deux tiers de leurs revenus respectifs sur un compte commun, qui servira aux dépenses quotidiennes pour la maisonnée. La part d’Hélène s’élève donc à 1100 euros. Ce compte, crédité de 3000 euros au début du mois, est vide à la fin.

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Dépenses fixes : 1281 euros

Loyer et assistante maternelle

Pour les 60 mètres carrés dans le XIXe arrondissement de Paris où le trio a récemment emménagé, le loyer s’élève à 1220 euros. 760 euros sont consacrés chaque mois à l’assistante maternelle.

Factures

Le trio n’a pas la télé, dispose d’un ordinateur et de l’électroménager de base : la facture EDF n’excède pas la trentaine d’euros par mois. Pour le gaz, ça va changer, car la famille vient d’emménager dans une surface plus grande, donc plus chère à chauffer (chauffage au gaz). Le forfait Internet est de 20 euros par mois.

Courses

Un forfait Internet qui lui sert à acheter en ligne tout ce qui est nourriture de base, couches, produits ménagers et l’usuel : entre 150 et 180 euros par mois. Hélène et la maisonnée mangent des légumes bio, le panier s’élevant à 8 euros par semaine. Les courses effectuées ailleurs représentent une dépense d’environ 150 euros par mois.

Train

Le trio rend visite aux familles et belle-familles. Des voyages en train qui représentent un budget de 200 euros mensuels (« car bien sûr on a la carte Enfant+ »).

Du compte commun du couple partent donc mensuellement 2562 euros de dépenses fixes. Que le rayon X, opéré sur le seul porte-monnaie d’Hélène, divisera par deux : 1281 euros.

Un secteur où la notion de fixe est floue

Si le secteur de l’édition compte beaucoup de CDI et d’emplois fixes, il convient de pondérer. Afin de comprendre pourquoi, en dehors du tabou de l’argent dans ce milieu, il est quasi impossible de chiffrer régulièrement ses propres revenus.

Ce qu’Hélène décrit comme « petite main de l’édition » est un poste fixe, à horaires réguliers. Hélène n’est à priori concernée par la précarité du secteur telle que la vivent tous ceux qui se reconnaissent dans la condition d’« intellos précaires ». D’autes éditeurs le sont avec un statut de free-lance, donc payés au pourcentage de ventes. Certains éditeurs, ou assistant d’édition sont aussi romanciers.

Les « petites mains de l’édition » ne sont certes pas précaires, mais, contraintes de vivre à Paris où « ça se passe », elles ne sont pas pas riches du tout.

Photo : Hélène, assistante d’édition à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • Don_Lorenjy
    Don_Lorenjy
    Ecriveur à Annecy
    • Posté à 14h13 le 14/05/2009
    • Internaute 20427
      Ecriveur à Annecy

    Plein d’admiration pour Hélène, j’en éprouve autant pour « ses auteurs » qui n’osent rêver de ce qu’elle gagne à corriger leur travail.
    En un mois, elle est payée plus que l’à valoir servi par mon éditeur (que je remercie pourtant : merci Mnémos) pour la sortie de mon prochain roman.
    En même temps, si « ses auteurs » n’avaient pas besoin de conseil éditorial, elle n’aurait plus d’emploi.
    Bref, pas de gentils, pas de méchants (à part certains, peut-être), mais beaucoup de monde pour cuisiner puis émietter un bien petit gâteau.

  • vince_51
    vince_51
    chef de projet
    • Posté à 14h34 le 14/05/2009
    • Internaute 37213
      chef de projet

    Pour reprendre votre conclusion :

    elles ne sont pas pas riches du tout.

    Je mettrais tout de même un petit bémol
    En effet si je compte bien, à notre assistante, il reste toute de même 369 € / mensuel.
    Par ailleurs il me semble que vous parlez du salaire net, soit un brut d’environ 2060 € ( en prenant une base de cotisation sociale de 20%).
    Quid des impôts de ce couple ? Car un crédit d’impôt mensuel de 200€ ne signifie pas pour autant que l’on n’en paye pas.
    A priori ce couple ne possède pas de voiture.
    Autre remarque si Mme met 1100 € et monsieur 1900 € pour que cela fasse 3000 sur le compte commun au début du mois, cela signifie que Monsieur gagnerait 2850 € net mensuel soit 3500 €/ brut par mois
    Les revenus de ce couple annuel avoisineraient donc 26,8 k€ (pour Mme) et 46,3 k€ pour monsieur sur 13 mois aussi, soit un total d’env 73000 €/ an sans compter les tiket resto et autre éventuelle mutuelle de groupe.
    Je pense que nous avons affaire un couple aisé.

    Pour info, un lien vers les revenus des français, cela vous permettra de catégoriser le couple analysé.

    Lien

    En gros pour ceux qui auraient la flemme d’ouvrir les liens, le couple étudié se situe dans la fourchette haute des revenus pour les habitants de l’île de France

    Alors pour conclure il faudrait que vous définisiez le seuil de richesse selon vous, car en ce qui me concerne je pense que ce couple vit bien.

  • Henri Lorrain
    Henri Lorrain répond à Keldan
    éditeur
    • Posté à 14h49 le 14/05/2009
    • Internaute 79761
      éditeur

    Bravo pour ce petit article ... bien sur elle n’est pas à plaindre au sens propre du mot mais l’édition est le secteur ou le différentiel entre revenus est un des plus importants : outre les salaires plus élevés des éditeurs ... les voyages etc .. ainsi que les notes de frais plus que généreuses sont souvent à intégrer. Je ne parle pas de la lumière médiatique car pour reprendre l’article l’essentiel des invitations et des articles vont à l’éditeur. Il faut noter aussi que l’argent est particulièrement tabou (on publie pour l’amour de l’art sauf au moment des a-valoirs ...) ... De fait j’ai de nmbreuses fois entendu l’argument « estimez vous heureux de travailler dans l’édition » ... oui je suis heureux mais le bonheur n’a jamais fait vivre ... Objectivement lorsque l’on voit la situation des assistants d’édition qui souvent travaillent la nuit et le week end pendant que les éditeur « déjeunent » de 13h à 17h on ne peut que rire ... ou pleurer

  • EulChe
    EulChe
    Humaniste hère
    • Posté à 14h53 le 14/05/2009
    • Internaute 26715
      Humaniste hère

    « Du compte commun du couple partent donc mensuellement 2562 euros de dépenses fixes. Que le rayon X, opéré sur le seul porte-monnaie d’Hélène, divisera par deux : 1281 euros. »

    N’est ce pas un peu rapide comme calcul ? surtout sachant qu’elle ne met dans le pot commun qu’un tiers de la somme (1100 €)

    Sinon, très intéressant article comme l’ensemble de cette rubrique

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 15h29 le 14/05/2009
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Evidemment ce n’est pas énorme comme salaire. Toutefois j’ai envie de lui dire qu’elle n’est pas si mal lotie, parce que les 1650€ il n’y a malheureusement pas beaucoup d’auteurs qui les gagnent chaque mois.

  • Lucien_de_Rubempré
    Lucien_de_Rubempré
    Splendeur et misère des court- (...)
    • Posté à 17h17 le 14/05/2009
    • Internaute 50016
      Splendeur et misère des court- (...)

    Ce n’est pas comme cela qu’il faut raisonner, vous avez tout faux : Hélène n’est pas assez payée POUR CE QU’ELLE FAIT, pour se compétences, etc., par parce que la vie est chère. Dire « je ne suis pas assez payé parce que la vie est chère » c’est s’auto-mépriser. Il y a un peu moins de 30 ans, je gagnais, dans l’informatique, environ 3000 euros en francs. Après de multiples expériences (dans l’informatique) et donc, en théorie un accroissement de mes compétences, aujourd’hui je gagne 2800 euros. J’ai donc perdu 200 euros en 30 ans, CQFD.
    Le salaire que l’on donne aujourd’hui aux gens est un véritable scandale. Ils ont de la chance, les exploiteurs, que le renouvellement des générations efface la mémoire des choses, sinon, cela ne se passerait pas comme cela.