
Un nouveau signe de mutation des médias ? C'est en tous cas une première historique : la revue XXI, qui fêtait son premier anniversaire au début de l'année, vient d'obtenir le prix Albert-Londres, le plus prestigieux de la presse française, qui a récompensé le reportage d'une de ses pigistes.
La journaliste indépendante Sophie Bouillon avait 25 ans quand elle a signé l'article primé, « Bienvenue chez Mugabe ! », paru en octobre dans le numéro 4 de la revue, « Destins d'Afrique ». Son récit raconte le retour d'un exilé au Zimbabwe, pays où elle s'est installée en 2008, tout juste sortie de l'école supérieure de journalisme de Lille. Anecdote : elle devient la plus jeune lauréate du prix, succédant au rédacteur en chef de XXI, Patrick de Saint-Exupéry, qui l'avait obtenu à 28 ans.
Mais ce ne sont pas ces distinctions de la jeunesse (celle de la journaliste et celle de la revue) qui rendent ce cru 2009 de la presse écrite historique. C'est le fait que le jury du prix Albert-Londres, réuni au Brésil (il délibère chaque année sur un lieu de reportage d'Albert Londres), a distingué un nouveau modèle de presse.
Cette revue trimestrielle est en effet vendue hors des circuits traditionnels (les kiosques à journaux irrigués par les NMPP et les MLP). On la trouve dans les librairies, les Relay et les réseaux de vente de produits culturels du type Fnac ou Virgin. Aucune publicité dans ses pages, des articles longs, un prix de vente conséquent (15 euros), et une première place quasi-permanente dans les classements de vente de livres.
XXI se vend aujourd'hui à 35 000 exemplaires en moyenne. « Nous voulons raconter simplement les choses, donner de longs récits du monde, sans chercher la polémique », explique Patrick de Saint-Exupéry, cofondateur avec Laurent Beccaria, le patron des éditions des Arènes. « A l'époque de notre lancement, ce discours n'était pas forcément audible dans les médias. »
► Mis à jour le 13/05/2009 à 19h17 après une remarque d'internaute, avec cette précision : Patrick de Saint-Exupéry, membre du jury du prix Albert-Londres, n'a pas participé aux délibérations, étant retenu à Paris pour cause de bouclage. Il a usé de son pouvoir pour s'abstenir lors du vote pour le prix de la presse écrite.
► Le prix Albert-Londres audiovisuel va à Alexandre Dereims pour son film « Han, le prix de la liberté » (sur des Coréens du Nord qui tentent de fuir la dictature), diffusé sur Public Sénat.
Photo : la couverture du numéro 4 de la revue XXI (DR).

























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De h-r
12H40 | 13/05/2009 |
Félicitations à Sophie Bouillon et bravo à XXI.
La valeur n'attend pas le nombre des années, et ce n'est pas Rue89 qui publie régulièrement les articles d'étudiants et de jeunes journalistes qui nous contredira.
Je crains toutefois que le succès mérité de XXI, et la nature des récompenses saluant une forme d'édition qui publie (quasi courageusement - à contre courant des tendances réductrices de la presse en général) des articles de fond, sensibles, intelligents et intelligibles, ne s'apparentent à la forme de débat existant autour des Césars du cinéma français.
Attention, on pourrait les accuser bientôt d'intellectualisme !
De Suricat
13H04 | 13/05/2009 |
Ne pas lire XXI c'est passer à côté d'une presse de qualité, d'articles réfléchis et d'un choix on ne peut plus judicieux du contenu. C'est simple, vous lisez XXI, et toute l'actualité du trimestre *qui suit* vous est tout d'un coup plus claire !
De Kassandre
Etudiante jusqu'à plus soif | 13H45 | 13/05/2009 |
C'est drôle, j'ai l'impression que vous êtes quasiment le seul média qui mette le nom de la lauréate dans le titre de son article…
Pas assez connue/reconnue pour les autres médias ? Serait-ce différent si elle écrivait dans Le Monde ou Le Figaro ?
Quoiqu'il en soit (je fais peut-être un peu de mauvais esprit ! ), je suis vraiment très heureuse que Sophie Bouillon soit la lauréate…
Ça permet, comme le disent les précédents commentaires, de montrer que de très bons jeunes journalistes émergent, mais également de consacrer une revue qui prend le contrepied de la tendance de pensée actuelle, qui voudrait que le succès de l'information sur internet ait signé l'arrêt de mort du papier.
XXI est une preuve qu'avec un peu d'audace on peut faire de très belles choses, même sur papier !
Alors bravo et félicitations encore une fois à Sophie Bouillon et à cette brillante revue qu'est XXI (que je ne trouve pas « intellectualiste » comme le dit h-r, mais peut-être tout simplement « intelligente »).