Wed, 05/13/2009 - 11:02

Rapport Cotis : qui a le plus profité de la croissance, le capital ou le travail ?

Cette question du partage de la « profitation », comme on dit en Guadeloupe, est au coeur du débat qui entoure le rapport Cotis, commandé par Nicolas Sarkozy. Elle divise patronat et syndicat depuis les années 80.

Chaque année, l'économie produit un peu plus de biens et de services que l'année précédente. Le revenu supplémentaire ainsi généré est distribué à ceux qui ont fourni l'investissement (capital) et la sueur (travail) nécessaires à cette croissance.

Pendant les trente glorieuse, entre les deux tiers et les trois quarts de la valeur ajoutée allait chaque année aux salariés.

Puis, pendant les années de désinflation compétitive, la courbe s'est déformée : seulement 55% va dans la poche des salariés. Cela représente une hausse du pouvoir d'achat salarial très faible, de l'ordre de 1% par an (voir la courbe).


source : insee

Le directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis a été chargé de clarifier la question du partage des richesses. Le gouvernement entend pousser le patronat à redistribuer plus généreusement les profits des entreprises aux salariés (Nicolas Sarkozy jugeant qu'un tiers de ces derniers devraient leur revenir).

Mais patronat et les syndicats lisent le rapport Cotis d'un oeil différent.

Laurence Parisot, présidente du Medef , remarque que la part des salaires dans la valeur ajoutée est restée stable sur les trente dernières années, à la différence de ce qui se passe en Allemagne, où la VA s'est déformée au profit du capital. Ce qui n'est pas faux, mais dénote plus une anomalie allemande qu'une prouesse française : toute à sa stratégie exportatrice, l'Allemagne s'épuise depuis des années à comprimer les prix de ses biens et services, et donc les salaires.

Les syndicats, de leur côté, constatent que la part des salaires dans la valeur ajoutée reste scotchée à leur point bas. Ils pointent le doublement de la part des dividendes depuis une dizaine d'années.

Comment se passe le partage de la valeur ajoutée en période de récession ? Réponse de Philippe Askenazy, spécialiste du monde du travail, pour « La République des idées » : les chocs économiques étaient autrefois absorbés par le capital (le risque conjoncturel pesait sur le capital, selon un pacte scellé pendant les trente glorieuses), mais ce n'est plus le cas : aujourd'hui, le capital conserve la même part même en période de crise. La précarité du travail protège le capital des aléas... (voir la vidéo) :


A lire aussi :
►La notice wikipédia : Partage de la valeur ajoutée.
Le point de vue de Nicolas Baverez dans le Point : La chimère inégalitaire.
►Les explications de Philippe Askénazy : Travail précaire, capital protégé.
►Le dossier de la Finance pour Tous : Partage de la valeur ajoutée et partage des profits.
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  • pete_bondurant
    pete_bondurant
    Consultant
    • Posté à 11h27 le 13/05/2009
    • Internaute
      Consultant

    Le problème est que pendant les 30 glorieuses, les firmes vendaient largement sur un marché national en pleine expansion , et donc les salaires n'étaient pas vu que comme une charge d'exploitation mais aussi comme la source de la demande. C'était une sorte de Fordisme généralisé.
    Aujourd'hui, les firmes sont en concurrence mondialement pour vendre leur produit et obtenir des capitaux. On recherche une rentabilité accrur pour l'actionnaire ou le créancier en général et des prix bas pour le client. Le salarié devient alors uen variable d'ajustement qu'il faut comprimer au maximum.
    En outre, dans nos contrées, les salariés ne sont pas en mesure d'imposer leur vue dans le rapport de force sociale, du fait de la faible syndicalisation française, du chômage persistant, de l'individualisation des parcours professionnels, entre autre.
    Pour que les salariés augmentent leur part du gateau de la production, il faudrait que ce rapport de force s'inverse.
    Je ne suis pas sûr qu'on en prenne le chemin à brève échéance...

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 11h45 le 13/05/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    LE CHAÎNON MANQUANT

    Très bien ces analyses et ces comparaisons entre revenus du capital et du travail.

    Manque juste le non-travail quand il est lié au non-capital, tous ces gens mis sur la touche, de plus en plus nombreux, qui ne profitent plus ou toujours pas d'aucun de ces deux revenus.

  • gribouillemoqueur
    • Posté à 11h46 le 13/05/2009
    • Internaute

    On doit souligner que les chiffres de l'Insee diffèrent des chiffres de l'OFCE. Si l'INSEE affirme que nous sommes au niveau de la moyenne historique à 66% (donc qu'il n'y a aucune raison d'augmenter les salaires), le chiffre de l'OFCE tourne autour de 60%. Ce chiffre correspondrait à un plancher historique et démontrerait une déformation du partage de la VA en faveur du capital depuis la fin des années 80 et les politiques de désinflation compétitives qui ont été menées par les différents gouvernements.

  • azerty69
    • Posté à 13h31 le 13/05/2009

    Allez, j'vais me faire insulter et rapporter l'argument de « droite ».

    Oui il y a la pression sur les salariés. Mais elle ne se retrouve pas intégralement dans la rémunération du capital. Elle est aussi dans les prix payé par les consommateurs salariés ou « fiscalement assisté ».

    Le capital préssurisant les salariés de production d'importation pour le plus grand bien des salariés français via le prix minoré, on peut se demander si le français moyen n'est pas lui aussi bénéficiaire de l'état de fait d'aujourd'hui.

    Le français moyen qui voudrait que le capital cesse de broyer le salarié, accepterait-il de payer bien plus cher tout ce qu'il achète et au final d'avoir un pouvoir d'achat en baisse.

    Ou : le français moyen est contre l'ingérence occidental dans les pays de l'opep et la guerre en irak, mais gueule quand le prix de l'essence monte.
    Ou : le français moyen est contre l'esclavage dans les pays asiatiques mais achète son pantalon chinois parce que le français est trop cher.

    Les publicitaires ont raison de nous prendre pour des cons.

  • clive
    • Posté à 13h46 le 13/05/2009
    • Internaute

    Si les hauts salaires augmentent et les moyens et bas salaires diminuent dans la même proportion, la part des salaires vue dans son ensemble est stable.
    Mais...

  • pete_bondurant
    pete_bondurant répond à clive
    Consultant
    • Posté à 14h54 le 13/05/2009
    • Internaute
      Consultant

    c'est vrai, j'ai lu dans un « alternatives économiques » récents que si le rapport entre le salire médian et le salaire du dernier décile des revenus restait stable au fil du temps, le rapport entre le salaire médian et le centile le plus élevé avait explosé.
    Je n'ai plus précisément les chifrres en tête mais c'était assez impressionnant.
    Salaire médian : 50% gagne plus 50% gagne moins
    dernier décile : 10% gagne plus, 90% moins
    dernier centile : 1% gagne plus 99% moins