Rapport Cotis : qui a le plus profité de la croissance, le capital ou le travail ?
Cette question du partage de la « profitation », comme on dit en Guadeloupe, est au coeur du débat qui entoure le rapport Cotis, commandé par Nicolas Sarkozy. Elle divise patronat et syndicat depuis les années 80.
Chaque année, l'économie produit un peu plus de biens et de services que l'année précédente. Le revenu supplémentaire ainsi généré est distribué à ceux qui ont fourni l'investissement (capital) et la sueur (travail) nécessaires à cette croissance.
Pendant les trente glorieuse, entre les deux tiers et les trois quarts de la valeur ajoutée allait chaque année aux salariés.
Puis, pendant les années de désinflation compétitive, la courbe s'est déformée : seulement 55% va dans la poche des salariés. Cela représente une hausse du pouvoir d'achat salarial très faible, de l'ordre de 1% par an (voir la courbe).
Le directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis a été chargé de clarifier la question du partage des richesses. Le gouvernement entend pousser le patronat à redistribuer plus généreusement les profits des entreprises aux salariés (Nicolas Sarkozy jugeant qu'un tiers de ces derniers devraient leur revenir).
Mais patronat et les syndicats lisent le rapport Cotis d'un oeil différent.
Laurence Parisot, présidente du Medef , remarque que la part des salaires dans la valeur ajoutée est restée stable sur les trente dernières années, à la différence de ce qui se passe en Allemagne, où la VA s'est déformée au profit du capital. Ce qui n'est pas faux, mais dénote plus une anomalie allemande qu'une prouesse française : toute à sa stratégie exportatrice, l'Allemagne s'épuise depuis des années à comprimer les prix de ses biens et services, et donc les salaires.
Les syndicats, de leur côté, constatent que la part des salaires dans la valeur ajoutée reste scotchée à leur point bas. Ils pointent le doublement de la part des dividendes depuis une dizaine d'années.
Comment se passe le partage de la valeur ajoutée en période de récession ? Réponse de Philippe Askenazy, spécialiste du monde du travail, pour « La République des idées » : les chocs économiques étaient autrefois absorbés par le capital (le risque conjoncturel pesait sur le capital, selon un pacte scellé pendant les trente glorieuses), mais ce n'est plus le cas : aujourd'hui, le capital conserve la même part même en période de crise. La précarité du travail protège le capital des aléas... (voir la vidéo) :
- 6221 visites
- 12 réactions














28







Consultant
Consultant
Le problème est que pendant les 30 glorieuses, les firmes vendaient largement sur un marché national en pleine expansion , et donc les salaires n'étaient pas vu que comme une charge d'exploitation mais aussi comme la source de la demande. C'était une sorte de Fordisme généralisé.
Aujourd'hui, les firmes sont en concurrence mondialement pour vendre leur produit et obtenir des capitaux. On recherche une rentabilité accrur pour l'actionnaire ou le créancier en général et des prix bas pour le client. Le salarié devient alors uen variable d'ajustement qu'il faut comprimer au maximum.
En outre, dans nos contrées, les salariés ne sont pas en mesure d'imposer leur vue dans le rapport de force sociale, du fait de la faible syndicalisation française, du chômage persistant, de l'individualisation des parcours professionnels, entre autre.
Pour que les salariés augmentent leur part du gateau de la production, il faudrait que ce rapport de force s'inverse.
Je ne suis pas sûr qu'on en prenne le chemin à brève échéance...




Partager