Investir dans une vache en temps de vaches maigres
Les cours boursiers chutent, l’immobilier s’effondre, le livret A flanche... Face à cette débandade générale, une idée surprenante mais peut-être pas si bête : la vache. Un investissement solide et efficace en pleine expansion.
Pierre Marguerit est un entrepreneur heureux. La société d’investissement agricole qu’il a fondée en 1972, l’Afic, fait l’objet de nombreuses sollicitations médiatiques et a même eu l’honneur d’un article du New York Times, impressionné que son activité ait doublé en un an.
« Ce n’est pas vrai, on s’était mal compris avec le journaliste : c’est le nombre de demandes de renseignements qui a été multiplié par deux. Ce que je peux dire, c’est que la quantité de vache investies a triplé depuis 2007 et le nombre de propriétaires a augmenté de 10%. »
La vache a un rendement sûr
Pierre Marguerit dirige également Elevage et Patrimoine, société qui fait l’interface entre propriétaires et éleveurs, et Gestel, régie technique auprès des éleveurs. A notre connaissance, un système unique en France.
Le principe est simple. Première étape, acquérir un cheptel. Le prix
de la vache laitière s’élève à 1 250 euros. Ensuite, il suffit de la
confier au régisseur qui s’occupe de louer les têtes de bétails aux
éleveurs. Le propriétaire peut alors choisir de percevoir une rente qui oscille entre 4 et 5%, ou laisser son troupeau grossir au même rythme pour le revendre ensuite.
Du côté de l’éleveur, l’avantage est triple : qualité du bovin garantie, pas d’endettement et une flexibilité certaine.
La vache est tendance
La vache est une valeur à la mode. Les Français sont de plus en plus nombreux à réfléchir à cette idée pas aussi saugrenue qu’il n’y paraît. Les questions fusent sur les forums. Sur Google, le nombre d’occurrences « Investir vache » est du même ordre qu’« Investir éolienne » (131 000 contre 171 000). Selon Pierre Marguerit, les incertitudes liées à l’économie mondiale sont à l’origine de ce retour à la terre.
« Les propriétaires sont des particuliers, des gens comme vous et moi, des chefs d’entreprise, des commerçants, des fonctionnaires... Après la crise alimentaire de 2007 et la crise économique, les gens ont peur du virtuel et reviennent au concret. »
Nicolas Garcia abonde dans ce sens. Cet ingénieur d’affaire de 42 ans a investi l’année dernière dans un troupeau de cinq vaches, après avoir fui l’instabilité de la bourse :
« On comprend assez vite que les rendements miraculeux se transforment souvent en pertes faramineuses. La vache, c’est assez rassurant et ça rapporte plus que l’immobilier. En plus, j’aime bien l’aspect écologique. »
La vache a du potientiel
Pour Pierre Marguerit, le système n’en est qu’à son commencement.
« Nous gérons plus de 30 000 têtes de bétail. Il y a 4 millions de vaches laitières en France. Et je ne parle même pas de l’Europe. Le potentiel est énorme ! »
L’émergence de ce secteur se fait pourtant au détriment d’un certain romantisme, comme l’avoue Jacques Gounet, ingénieur à la retraite de 85 ans et propriétaire depuis 1974 :
« Avant, on pouvait aller rendre visite aux éleveurs et avoir une photo de la vache, c’était agréable. Maintenant, il y en a trop, on ne les voit plus... »
Photo : des vaches à Charrin dans la Nièvre (Aymeric Robert).
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En fait ce système est le perfectionnement de systèmes très anciens. En Ariège, cela s’appelle le gasaï, je crois. Un épargnant achète une vache (ou des vaches ou des moutons) et la confie à un berger moyennant un partage des revenus produits (lait, viande, laine). Il faut savoir également que le mot « capital » vient du latin capita signifiant tête. En effet le moyen le plus simple de compter les animaux d’un troupeau est de compter les têtes. Le produit du troupeau correspond aux intérêts du capital.
De même le mot calcul vient du latin calculus (petits cailloux). Les bergers de l’antiquité devaient pouvoir compter les animaux (à la sortie du parc le matin et au retour le soir) sans avoir jamais appris à compter. Ils y parvenaient un mettant un petit cailloux dans un récipient au passage de chaque animal. L’opération inverse permettait la vérification du nombre.
Nos civilisations sont issues de civilisations pastorales qui nous ont laissé beaucoup de traces plus ou moins cachées dans le langage, les mythes, les religions et l’économie.




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