Contre son gré, le pape a bien été aux Jeunesses hitlériennes
« Le pape n’a jamais fait partie des Jeunesses hitlériennes, jamais, jamais, jamais », a martelé le révérend Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, après la polémique déclenchée en Israël par des opposants à la visite de Benoît XVI. Federico Lombardi appelle les détracteurs du pape à consulter sa biographie.
Sur le site du Vatican, trois biographies sont citées. Seul « Le Sel de la Terre » évoque la jeunesse du pape. Dans ce livre paru en 1996, le futur souverain pontife s’était entretenu avec le journaliste allemand Peter Seewald. Peu de temps après l’élection du pape, les médias font état de ce passé. Une dépêche de l’AFP exhume alors cet entretien, dans lequel Benoît XVI évoque son passé au sein de l’organisation nazie :
« Joseph Ratzinger, né en 1927, et son frère Georg, âgé de trois ans de plus, n’étaient d’abord pas allés aux Jeunesses hitlériennes, a-t-il raconté. Lorsqu’elles sont devenues obligatoires en 1941, son frère y a adhéré. Lui était trop jeune. Mais, du séminaire où il était, il a ensuite été inscrit contre son gré.
Dès que j’ai quitté le séminaire, je ne suis plus allé aux Jeunesses hitlériennes’, a déclaré Mgr Ratzinger, dans un entretien avec le journaliste Peter Seewald, cité par la Sueddeutsche Zeitung.
Et cela a été difficile car la réduction des frais de scolarité, dont j’avais besoin, était liée à l’attestation de visite des Jeunesses hitlériennes’, a-t-il ajouté, dans cet entretien. »
Une histoire qui a fait grand bruit à l’époque et que le Vatican n’a jamais démentie. Jusqu’à aujourd’hui. Rue89 a donc contacté l’auteur Peter Seewald en Allemagne. Qui se dit également surpris :
« Je m’étonne que le Vatican nie ce fait, mais je n’ai pas le communqué sous les yeux et je n’ai rien entendu de tel... Car nous en avons parlé dans le livre d’entretien “Salz der Erde” publié en 1996. »
Il rappelle toutefois que l’enrôlement de Benoît XVI au sein des Jeunesses hitlériennes en 1941 (il a alors 14 ans) ne peut en aucun cas être considéré comme un acte volontaire :
« Ce qui est très important de dire, car l’on voit fleurir partout des contre-vérités du genre “Ratzinger est un ancien nazi”, c’est qu’il n’en a jamais été membre de son plein gré.
Il y a été forcé, alors qu’il s’y refusait. Il faut absolument replacer cet épisode biographique dans son contexte historique : quand une famille mettait ses enfants aux Jeunesses hitlériennes, elle recevait une somme d’argent pour payer l’école.
Les parents de Joseph Ratzinger étaient pauvres, mais ils ont assumé de ne pas envoyer leurs enfants aux Jeunesses hitériennes.
Les Ratzinger avaient une position très antinationale : le père, qui était policier, a abandonné son travail avant l’heure pour en marquer son opposition au régime d’Hitler.
Puis une loi est passée, qui a rendu les Jeunesses hitlériennes obligatoires : les Ratzinger n’ont plus eu la possibilité de dire non. Mais il faut réaffirmer que le pape n’a jamais été volontaire. »
Le démenti très catégorique du Vatican intervient afin de calmer la polémique qui entoure ce voyage. Federico Lombardi a appellé à distinguer l’enrôlement de l’engagement volontaire :
« Les Jeunesses hitlériennes étaient un corps de volontaires qui soutenaient de manière fanatique l’idéologie des nazis.
Le corps des auxiliaires de la défense antiaérienne dans lequel il a été recruté vers la fin de la guerre “n’avait rien à voir avec les Jeunesses hitlériennes, ni avec les nazis et leur idéologie”. »
Le président du parlement israélien, Reuven Rivlin, a notamment reproché au pape d’avoir un passé trouble :
« Avec tout le respect dû à Sa Sainteté, on ne peut ignorer le fardeau qu’il porte, en tant que jeune Allemand ayant rejoint les Jeunesses hitlériennes et en tant qu’adulte ayant rejoint l’armée d’Hitler, qui a été un instrument de l’extermination. »
Rappelons que les Jeunesses hitlériennes ont été déclarées obligatoires pour tous les jeunes Allemands à partir de 1939, soit deux ans avant l’adhésion de Joseph Ratzinger.
Zineb Dryef et Marie-Sophie Keller
- Sur Rue89En Jordanie, le pape fait oublier le faux pas de Ratisbonne
- Sur nouvelobs.comPolémique sur le passé du pape en marge de sa visite en Israël, sur NouvelObs.com
- Sur rtlinfo.be"Courageux pour un pape allemand qui était dans les jeunesses hitlériennes", sur RTL.be
- Sur wikipedia.orgLes Jeunesses hitlériennes sur Wikipédia
- Sur rue89.comTous les articles sur Benoit XVI
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parmi nous autres.
parmi nous autres.
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Je réagis là au fait d’avoir été aux Jeunesses Hitlériennes...
Il se trouve, par les hasards de la guerre et son issue, que dans ma famille nous en avons un, un « jeune hitlérien ». J’explique :
Mon Grand-père paternel, né à Neuville-les-Decize (Nièvre) en 1904 écrivait dans ses mémoires :
« Revenons en arrière en 1945.
J’avais rendu Heinz, mon prisonnier allemand, mais le maire de Coulanges voulait que j’en ai un autre.
J’ai donc été en chercher un, à la caserne de Nevers cette fois, il y en avait plusieurs centaines.
L’adjudant de service m’a dit de choisir celui que je voulais. J’ai demandé si, dans le tas, il y en avait un qui parlait français. Un gamin m’a répondu : Moi.
Quand j’ai vu ce gosse devant moi, j’ai un peu hésité.
Giraud qui était avec moi, m’a dit : Qu’est-ce que vous allez foutre de ça, c’est bon à rien. Je l’ai ramené quand même.
C’était Gottfried K., un étudiant parmi les autres, qu’Hitler avait fait sortir de l’école, pour les envoyer se faire tuer. Mais il était hitlérien, le gosse. Il n’était pas bête et s’est vite accoutumé au travail que je lui ai demandé. C’est lui d’ailleurs qui nous a déménagé. Je lui avais donné un bourricot et la petite voiture et il a presque tout déménagé seul, sauf les gros meubles, nous l’avons alors aidé. Il a mis environ un mois.
Par la suite je lui ai surtout fait continuer ses études avec mon fils Jean, ils ont à peu près le même age, et je lui ai ouvert les yeux sur la liberté. Un dimanche où nous votions, il était stupéfait de voir que chacun votait selon sa conscience, et qu’il n’y avait aucune pression sur nous.
Il n’a pas été un mauvais petit gars pour moi et je n’ai pas à m’en plaindre.
Je ne sais plus combien de temps les prisonniers sont restés mais plusieurs mois, un an ou deux peut-être.
Lorsqu’il fut rentré en Allemagne, son père, ancien capitaine allemand qui avait été un moment à Dijon, m’envoya une lettre de remerciement, pour n’avoir pas maltraité son fils, et lui avoir permis, autant que je le pouvais, de continuer ses études.
Le pauvre garçon, ce n’est pas lui qui avait déclaré la guerre. Il en était une victime comme moi.
[...] »
Mon père, ses soeurs et son frère ainé, n’ont pas coupé les fragiles liens nés des horreurs de la guerre, et du hasard d’un regard sur un jeune prisonnier parmi des centaines.
Gottfried est pour eux plus qu’un ami. « Comme un frère » dit parfois mon père. Très souvent ils se voient, en France et de l’autre côté du Rhin.
Sûr que mes Grands-parents avaient grande intelligence de permettre à ce « gosse » de continuer ses études, de le nourrir et de ne point le battre.
Sûr que j’ai les poils lorsque j’écris ce témoignage.
Sûr que nous sommes préservés de la haine et de la bêtise.
Gottfried était « hitlérien », enfant de son temps, happé par la folie des hommes de son époque.
Je suis un mécréant. J’abhorre le religieux autant que ce pape en tant que pape, pour tout ce qu’il représente, pour toutes ses déclarations mortifères, pour tout le mal qu’il fait du haut de son trône sur les brebis du Monde, pauvres, ignorantes, volées et prêtes à tuer au nom du truc et du machin-chose. Mais sûr que ce ne serait en raison de son embrigadement dans les Jeunesses hitlériennes que j’irai chercher des poux dans sa tête de grand chef.
Qu’on se le dise.
J’ajoute, tout de même, que bien sûr Gottfried est depuis un démocrate, Allemand.
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