Face aux risques de pénurie d'électricité en Bretagne, le projet de centrale électrique GDF-Suez à Ploufragan (Côtes d'Armor) peine à s'imposer. Ses détracteurs lui reprochent d'être surdimensionné, peu respectueux de l'environnement et pensé à court terme.

C'est en février 2006 que RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité, lance un appel d'offres pour la construction courant 2009 d'une centrale électrique à côté de Saint-Brieuc. Il s'agit de se donner les moyens de garantir la fourniture du réseau breton en situation exceptionnelle de perte d'un ouvrage.
La Bretagne, qui ne produit que 7% de sa consommation électrique, se trouverait en effet dans une situation alarmante si l'augmentation de la consommation se poursuivait. RTE en appelle donc à une petite centrale d'appoint fonctionnant au gaz et au fioul pour les périodes d'extrême pointe, soit moins de 500 heures par an.
La proposition finalement retenue est le projet porté par GDF-Suez. C'est une centrale deux fois plus puissante, prévue pour tourner de 3000 à 4000 heures par an. Une véritable « usine à gaz » : selon GDF, il n'est plus possible, pour des questions de rentabilité, d'envisager des centrales fonctionnant moins de 500 heures par an. Reste ensuite à commercialiser l'électricité en surplus à ses clients.
Un projet pensé à court terme
Le délégué régional de GDF l'admet fin 2008 : ce projet préexistait à l'appel d'offres, imposé à l'occasion de l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence.
Une contre-expertise réalisée par le bureau d'études Horizons met par ailleurs en cause le projet en termes de respect de l'environnement :
« Les émissions en CO2 de la centrale seraient supérieures à celles de l'ensemble des établissements bretons. Elle rejetterait de 6000 à 8000 m3 de liquides polluants chaque année. Elle ne répond en aucun cas aux engagements du Grenelle de l'Environnement. »
En outre, la centrale présente un rendement inférieur à 40%. En Europe, aucune centrale de ce type (à cycle ouvert, c'est-à-dire sans récupération de la vapeur produite) ne fonctionne au-delà de 500 heures par an. Néanmoins, GDF insiste sur le fait que ce système reste le plus rapide et le moins onéreux à mettre en place, même si son coût de fonctionnement restera sensible à celui des combustibles.
Sans véritable concertation
Malgré les avis défavorables exprimés par les collectivités concernées et un rapport de contre-expertise hostile, la Commission d'enquête publique a émis sur le projet un avis favorable. Pour Marie-Noëlle Fabiani, du Collectif d'opposants, l'attitude des commissaires-enquêteurs a été intolérable. (Ecouter le son)
En juillet dernier, une délégation menée par Marc Le Fur, député UMP de la circonscription voisine et vice-président de l'Assemblée nationale, se rend au ministère de l'Energie. Marie-Noëlle Fabiani rencontre Jean-François Carenco, le directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo :
« M. Carenco a tapé du poing sur la table en disant qu'il n'y aurait pas de centrale aux énergies fossiles fonctionnant plus de 500 heures par an. »
Cela n'a cependant aucune répercussion sur le projet. Ni GDF ni RTE ne souhaitent s'exprimer à ce sujet. Un semblant de communication voit le jour en septembre, lorsque GDF-Suez ouvre un site Internet de promotion du projet.
Le collectif d'opposition dépose alors une centaine de plaintes pour publicité mensongère, qui viennent d'être classées sans suite au motif de « l'abandon » du projet.
« Pas de centrale à Ploufragan »
En effet, le 13 janvier, les journaux régionaux annoncent que le projet est enterré. La nouvelle est prise au sérieux ; même si en réalité, selon Marie-Noëlle Fabiani, peu de choses ont changé :
« M. Carenco est resté fidèle à ce qu'il avait dit en juillet. Mais le projet n'ayant pas avancé depuis, le fruit était mûr pour que, cette fois, la presse y accorde du crédit. »
Pourtant, courant mars est publié le Projet de Programmation Pluriannuelle des Investissements de production électrique 2009-2020, qui doit être voté par le Parlement. Il fait encore état du même projet de centrale, simplement retardé. Dans la presse, RTE et GDF évoquent un projet « proche du précédent ».
S'ils refusent de répondre aux arguments des opposants, les promoteurs insistent sur la nécessité de mettre en place une solution rapide au problème breton.
Les projets basés sur les énergies renouvelables seraient donc trop longs à développer ; et le doublement d'une des lignes Très Haute Tension n'irait pas dans le sens de l'autonomie énergétique en Bretagne.
De son côté, l'Ademe prône le développement des politiques de maîtrise de la demande en électricité, qui montrent déjà des résultats concrets en terme de baisse de consommation.




















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De herve trezen
44 | 15H05 | 10/05/2009 |
On a eu droit à une belle séance de propagande en janvier 2009, à propos de la sous-production d'électricité en Bretagne, qui nécessiterait la constuction de cette centrale.
D'abord, les chiffres de production sont faux. Ils sont systématiquement minorés, car datés de 3 ou 4 ans. Ils ne tiennent pas compte des dizaines de centrales éoliennes installées depuis 2006, ni de celles à venir. Quand on sait qu'il n'y a quasiment aucune centrale éolienne en Ille-et-Vilaine, par exemple, on mesure que le problème est déjà en train d'être résolu. Ces chiffres de production ne tiennent pas compte non plus du photovoltaïque, en pleine expansion, en particulier dans l'agriculture, sans même parler de l'énergie marine (la France est là encore en retard d'une guerre).
Il faut quand même rappeler que c'est EDF qui a poussé au tout-électrique, en particulier pour le chauffage. Il est donc très mal venu aujourd'hui de reprocher à la population sa gourmandise électrique.
On sait tous pourquoi certains veulent cette centrale : pour tuer dans l'oeuf la production d'énergie renouvelable en France. Ils ont compris que les Bretons s'apprêtent à prouver que c'est possible de produire autrement, renouvelable et non polluant.
La solution du problème, si tant est qu'il y en ait un, se trouve de toute façon du côté des économies. Pour mémoire, en janvier 2009, lors de la précédente opération de propagande de RTE, quelques élus (dont par exemple le maire de Vannes), on annoncé publiquement qu'il coupaient temporairement l'éclairage de certains monuments. Histoire de faire comprendre à EDF-RTE qu'il y a une solution radicale au déficit de production : la non-consommation ! Là, très surprenant, tout le monde chez RTE a soudain fermé sa bouche… Etrange, non ?
De VeloSolex
informaticien à Bruxelles | 16H12 | 10/05/2009 |
Il y a un projet bien avancé d'hydroliennes au large de Bréhat, soutenu par la mairie de Paimpol. Simplement le dossier continue de traîner … Dommage, des hydroliennes dans notre coin, c'est tout bénef, puisque nous sommes dans une des seules régions de la planète où les coéficients de marée sont les plus forts, et les courant très importants également.
Mais je continue à penser que quelques éoliennes (que l'on peut trouver du côté de Lamballe, à 10min de St Brieuc mais du côté Est alors que Ploufragan est à l'Ouest) de plus, offshores (on a pas mal de récifs) ne serait pas un luxe.
En tout cas tout vaut mieux que des rejets massifs de CO²
(je ne suis plus à Bruxelles, je suis à Paimpol là : o))
De Dissonance
demandeur d'emploi ou pas | 22H53 | 10/05/2009 |
« Je veux bien que la Bretagne doive produire l'électricité qu'elle consomme, mais avec ce type de raisonnement, il va falloir que vous, les parisiens, produisiez le jambon que vous mangez … et que ferez vous, alors, du lisier ? »
Tout à fait d'accord.
Et pour en rajouter une couche : Le lait, plus de 20% de la production française, la viande de veau, plus de 24% et… Les tomates (hydroponiques brestoises), 24% de la production nationale également (données DRDAF 2006). Y en a qui devraient revoir leurs habitudes alimentaires à la baisse, moi je vous le dis.
Qu'on se permette en plus d'essayer de nous attribuer la responsabilité de la pollution de nos sites, c'est un peu fort. Soit dit en passant, la production agricole est énergivore… Peut-être faudrait-il y voir un lien de cause à effet, non ?
Par conséquent, Messieurs les gentils donneurs de leçon, quand vous vous serez interrogé sur l'origine de ce qui atterri comme par magie dans vos assiettes, vous pourrez commencer à donner des leçons d'autonomie de production aux autres. A bon entendeur…
De noftal
23H45 | 10/05/2009 |
Je connais assez bien les problématiques de réseau électrique en France alors je vais essayer d'expliquer le dossier de la façon la plus simple possible.
Premier fait : La Bretagne est une péninsule électrique : la production locale ne suffit pas à subvenir aux besoins locaux. Il faut donc acheminer cette électricité depuis les autres régions.
Deuxième fait : les lignes qui permettent d'acheminer l'électricité ont une capacité de transit limité en raison du fait qu'elles ne sont pas des conducteurs parfaits. C'est de la physique : plus on transite, plus les conducteurs s'échauffent, et l'on comprend aisément qu'il y a forcément une limite à ne pas dépasser (je peux développer si cette dernière affirmation ne vous paraît pas évidente).
Troisième fait : pour éviter aux lignes de transiter plus qu'elles ne peuvent, le réseau comporte des protections qui isolent ces lignes du réseau, exactement comme le fait votre disjoncteur principal dès que vous dépassez la puissance de votre abonnement EDF. L'énergie à transiter vient alors se rajouter à celle circulant sur d'autres lignes. Par effet domino, on peut aboutir à un black-out : toutes les lignes se séparent du réseau.
Quatrième fait : le réseau permettant d'acheminer l'électricité du centre de la France vers la Bretagne est insuffisant. Il manque de « grosses lignes ». C'est pourquoi, le réseau est très proche de la rupture et c'est une problématique dont la responsabilité repose sur RTE et non pas sur les producteurs (EDF en particulier). Et le risque de rupture n'est réel qu'en cas de pic de consommation. En consommation de croisière, le réseau est largement suffisant. Donc le problème de RTE consiste à « assurer » le passage des pics.
Voilà pour les faits. Il en découle les solutions possibles :
- augmenter le dimensionnement des lignes : cela revient à construire de nouvelles lignes ou à augmenter la puissance des lignes actuelles ce qui se traduit par des modifications importantes revenant, sur le plan environnemental, à remplacer des « petites lignes » par des « grosses lignes ». Cette solution est très difficile à faire accepter de nos jours et il me semble que plusieurs tentatives au cours de ces 20 dernières années ont échoué
- diminuer la consommation : ça peut faire sourire, mais pourquoi pas ? C'est ce que cherche à faire RTE à travers la démarche éco-watt. Mais comme on ne peut demander à nos amis Bretons de revenir à l'âge de pierre, les effets attendus de cette démarche ne peuvent être que mineurs et permettent juste d'éviter le pire en attendant une solution plus durable
- produire sur place : la construction de grosses centrales de production type nucléaire ont échoué ces dernières décennies face à une opposition déterminée. Ces obstacles ont donc été structurellement contournés en améliorant le réseau qui est aujourd'hui suffisant pour assurer l'acheminement de l'électricité nécessaire à la consommation « de croisière » comme je l'ai dit. Au sens strict donc, le problème de la Bretagne en 2009 n'est pas un déficit de production permanent, mais seulement ponctuel. Il faut donc trouver un moyen de production local qui assure le passage de ces fameux pics. Sur le principe, la solution réside là.
Examinons de plus près comment décliner ce principe.
Le nucléaire est adapté (je ne parle pas sur le plan environnemental, débat dans lequel je ne me place volontairement pas, mais sur un plan strictement électrique) pour produire beaucoup et de manière stable et durable. On ne pilote pas un réacteur comme une Ferrari mais plutôt comme une vieille Diesel. Il faut du temps pour monter en charge, et pour diminuer la charge. Ce moyen n'est donc pas adapté ici puisque le but est de combler des pics.
Les éoliennes comblent des pics… mais pas forcément ceux que l'on voudrait puisque c'est le vent qui décide. Idem pour le solaire et les hydro-éoliennes (qui utilisent la puissance des marées).
L'énergie hydraulique se produit à la demande et sa courbe de charge se règle avec précision et rapidement. On se rapproche pas mal d'une Ferrari. Ce serait en fait le moyen le plus adapté mais la Bretagne a épuisé toutes ses quelques rares ressources topographiques qui permettraient de construire de nouveaux barrages. Dommage car cette énergie ne produit pas de CO2. Quoique…n'oublions pas son impact sur le paysage et l'écosystème qui n'est pas neutre non plus. Je ne dis donc pas que ce serait la panacée.
Il reste donc les usines à fuel, charbon ou gaz. A ma connaissance, ces dernières sont à la fois les moins polluantes (elles dégagent du CO2 certes mais quasiment que du CO2) et réactives au pilotage. On se rapproche donc du barrage hydraulique sur ce dernier point.
C'est donc bien le choix d'une usine à gaz qu'a fait RTE en 2006. RTE n'étant pas producteur, il a dû conclure un partenariat avec un producteur à l'issue d'un appel d'offres. La teneur de ce partenariat est expliquée dans l'article et je n'y reviens donc pas.
Ma conviction personnelle n'est pas que ce choix soit mauvais. Je pense qu'il est le meilleur, d'autant que mes connaissances me permettent d'en juger.
Le débat porte à mon avis plus sur le niveau de production envisagé par le producteur. Visiblement ceux-ci excèdent les seuls besoins de RTE. Cela est compréhensible puisque ces derniers ne consistent qu'en des pics de consommation à satisfaire. Que faire de la centrale le reste du temps. Je ne connais bien sûr pas les termes de l'accord de partenariat, mais il est bien évident qu'une notion de rentabilité doit intervenir pour permettre cette opération, au bénéfice des 2 acteurs que sont RTE et GDF. Si RTE imposait une production limitée à ses seuls besoins, aucun producteur n'accepterait l'affaire ou alors devrait revendre cette électricité à RTE à un coût prohibitif.
Pour conclure, je voudrais rajouter qu'aucune des solutions « possibles » que j'ai évoquée n'est neutre sur un plan environnemental. Toutes ont leur défaut que ce soit en terme d'émission de gaz ou en terme de pollution visuelle ou sur la flore, la faune etc..