A débattre 10/05/2009 à 18h52

En Jordanie, le pape fait oublier le faux pas de Ratisbonne

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

C’était en 2006. Discourant face à des universitaires de Ratisbonne, dans le Sud de l’Allemagne, Benoît XVI avait tenu des propos ambigüs sur l’islam, citant notamment Manuel II Paléologue, empereur byzantin du XIVe siècle, affirmant que le prophète Mohamed n’avait apporté que « du mauvais et de l’inhumain », « par exemple en prescrivant de répandre par le glaive la foi qu’il prêchait ».

Des propos qui avaient entraîné la colère des pays musulmans. Le pape, dans une déclaration officielle, soulignait que ses paroles avaient été « malheureusement objet d’un malentendu ». Une volte-face qui n’a jamais vraiment convaincu en terre d’islam, au point que les Frères musulmans jordaniens ont réclamé des excuses au pape pour ses propos avant sa visite en Jordanie, où il se trouve actuellement. (Voir la vidéo)

Cette mésentente entre Benoît XVI et les musulmans pourrait bien être résolue à l’issue de ce voyage. Le roi Abdallah de Jordanie a lui-même placé cette visite sous le signe de la réconciliation puisqu’il a accueilli Benoît XVI par une formule toute en diplomatie :

« Nous accueillons votre engagement à dissiper les malentendus et les
divisions qui ont entravé les relations entre les chrétiens et les musulmans. »

Lors d’une allocution adressée aux chefs religieux musulmans, Benoît XVI a insisté sur la nécessité pour les chrétiens et les musulmans, de « vivre ensemble » :

« Chrétiens et musulmans sont poussés, ensemble, à rechercher tout ce qui est juste et vrai. Nous sommes liés pour dépasser nos propres intérêts et pour encourager les autres, les fonctionnaires et les responsables en particulier, à agir de même pour faire leur la profonde satisfaction de servir le bien commun, même s’il doit en coûter personnellement.

N’oublions pas que parce que c’est notre commune dignité humaine qui donne naissance aux droits humains universels, ceux-ci valent également pour tout homme et toute femme, quelque soit sa religion et quelque soit le groupe ethnique ou social auquel il appartienne. »

Ce discours a été diversement accueilli. S’il a déçu Hammam Saïd, chef des Frères musulmans de Jordanie, qui a estimé qu’il ne s’agissait pas d’excuses, le prince Ghazi ben Mohamad, cousin et conseiller pour les Affaires religieuses du roi Abdallah II, l’a « remercié pour avoir exprimé (ses) regrets concernant le discours de 2006, qui a offensé les musulmans ».

Ghazi ben Mohamad est l’homme qui, en 2007, a initié une lettre ouverte signée par 138 autorités musulmanes réclamant une rencontre et un dialogue avec Benoît XVI, suite à ses propos de Ratisbonne.

Le spectre du négationniste Williamson en Israël

La saison est au pardon puisque pour Benoît XVI, le périple continue. Lundi, il se rendra en Israël, où il est plutôt mal perçu par la population, notamment à cause de la récente affaire Williamson, du nom de cet évêque réintégré dans l’Eglise après avoir tenu des propos ouvertement négationnistes. Là, il devra jouer l’émissaire de la paix. Une mission difficile.

Pour Barbara Serra, journaliste à Al-Jazeera, le véritable test aura lieu à ce moment là pour le pape :

« Je pense que le vrai défi commencera lorsqu’il mettra les pieds dans le champ de mines qu’est le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Bien sûr, ce que les Palestiniens souhaitent, c’est une condamnation claire de la récente offensive sur la bande de Gaza et l’occupation illégale des territoires palestiniens.

Le pape doit d’ailleurs se rendre dans un camp de réfugiés à Bethléem, ce qui constitue en soi, une sorte de reconnaissance pour des millions de Palestiniens. Mais ça créerait une telle colère en Israël qu’il est probable que ce soit annulé. »

► Les boulettes du pape depuis 2005 :

En mars 2009, lors de son voyage en Afrique, le pape avait choqué la communauté internationale en tenant des propos anti-préservatif. La communauté catholique était alors apparue divisée : Benoît XVI n’en était pas à son premier dérapage.

Quelques semaines auparavant, il avait indigné une partie des catholiques avec la levée de l’excommunication d’un évêque négationniste et l’excommunication d’une mère brésilienne après l’avortement de sa fillette de 9 ans.

Rue89 avait alors constitué une timeline des controverses provoquées par Benoît XVI.

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  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 18h54 le 10/05/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    le Pape fait oublier le faux pas de Ratisbonne....

    Eh non !
    on n’oublie rien.

  • palmer
    palmer
    passant
    • Posté à 18h58 le 10/05/2009
    • Internaute 51482
      passant

    « En Jordanie, le Pape fait oublier... ». Ailleurs aussi. Car c’est la mission des religions de faire oublier la réalité au troupeau.

  • Al nasr al tair
    Al nasr al tair
    L'aigle en vol...
    • Posté à 20h42 le 10/05/2009
    • Internaute 69210
      L'aigle en vol...

    « Les boulettes du pape » et moi qui croyait qu’il ne faisait que des bulles !

    « Benoît XVI a insisté sur la nécessité pour les chrétiens et les musulmans, de vivre ensemble »
    Ca y est enfin ! Benito vient de reconnaître que la terre est ronde, qu’il y en a qu’une seule jusqu’à preuve du contraire et que nous sommes tous dans la même geôle ! ! !
    Et Dieu dans tout ça ?
    Dieu se tait comme d’habitude...

    Bon ! Deux choses me font systématiquement déployer les ailes : Le bruit des bottes et le froufrou des soutanes. M’en vais voir ailleurs...

  • palmer
    palmer répond à lapin
    passant
    • Posté à 20h54 le 10/05/2009
    • Internaute 51482
      passant

    Benito XVI attendait que Marie-Ségolène, experte en communication, demande pardon.

    Ne voyant rien venir, il a préféré réviser son sermon tout seul.