TRIBUNE 07/05/2009 à 11h17

A quoi servent les Grenelle si l'on n'en fait rien ?

Sandrine Bélier | Tête de liste Europe Ecologie dans l'eurorégion Grand Est

Alors que le gouvernement convoque un Grenelle de la mer et un Grenelle des antennes-relais, un retour sur le passé s’impose pour se demander : à quoi vont-ils servir ?

Que sont devenus le Grenelle des animaux, le Grenelle de la chasse, le Grenelle des micro-centrales hydro-électriques… Et quelles suites ambitieuses et courageuses ont été données au Grenelle de l’environnement ?

Il y avait une première marche à gravir, celle de la discussion et de la concertation. C’est chose faite. La seconde, celle de la mise en œuvre des décisions, est manifestement presque impossible.

Pour ceux, de droite comme de gauche, qui parlent de croissance verte de façon incantatoire sans comprendre vraiment les enjeux écologiques et leur urgence, ces Grenelles permettent d’afficher de bonnes intentions sans changer notre modèle de développement et les politiques qui le déclinent.

J’écrivais en octobre 2007, au moment du Grenelle de l’environnement, dans une tribune publiée sur Rue 89 : « A ce stade rien n’est gagné, rien n’est perdu. » En avril 2009, soit un an et demi après les tables rondes finales, il est encore difficile de tirer un bilan du Grenelle.

On ne dit plus concertation, on dit Grenelle

Il serait malhonnête de dire qu’il ne s’est rien passé, mais il est réaliste et pragmatique d’affirmer que rien n’a véritablement changé. La seule chose qui a peut-être évolué, c’est la rhétorique : aujourd’hui, on ne dit plus « concertation entre les acteurs concernés », on dit « Grenelle de… ».

Fervente partisane du développement des instruments de démocratie participative, je ne fais preuve d’aucune naïveté et suis particulièrement consciente que le consensus n’est pas toujours possible entre les différentes parties au dialogue.

Mais qu’est-ce qui explique que les arbitrages nécessaires penchent si souvent du côté des intérêts économiques des plus puissants ? Qu’est-ce qui explique que, lorsque le compromis a été atteint, comme c’est le cas pour les conclusions du Grenelle de l’environnement, quelques lobbyistes aient gain de cause auprès des représentants de la Nation au Parlement ?

A quoi sert un exercice de concertation si les relais politiques rechignent à suivre le tempo pour céder à leurs vieilles habitudes et attitudes conservatrices ?

Peut-être que ma lecture des conclusions du Grenelle de l’environnement est inexacte mais il me semble pourtant bien que l’esprit qui nous a tous animés alors n’aurait pas du permettre au Premier ministre et au ministre de la Relance d’adopter un plan de relance par le bétonnage, infrastructures routières, le troisième régime ICPE, qui facilite l’installation des sites industriels dangereux, ou encore l’étalement urbain.

Et je n’ai pas entendu les partis d’opposition majoritaire s’en offusquer. Hélas.

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  • lorem-ipsum
    lorem-ipsum
    empereur de transpatagonie
    • Posté à 21h47 le 07/05/2009
    • Internaute 46772
      empereur de transpatagonie

    « A quoi servent les Grenelle si l’on n’en fait rien ? »

    Peut-être à enrichir le vocabulaire politique d’un nouveau verbe : Greneller, organiser à grand frais un sommet pour s’abstenir de s’attaquer à un problème en l’enterrant sous des débats inutiles.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h31 le 07/05/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Un « Grenelle » est dans l’imaginaire des Français un « saut » quantitatif et qualitatif
    Les véritables accords de Grenelles, ceux du 27 mai 1968 - mais jamais signés-, aboutissent essentiellement à une augmentation de 25 % du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) et de 10 % en moyenne des salaires réels. Ils prévoient aussi la création de la section syndicale d’entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968.
    Depuis l’ère Sarkosy, et l’imaginaire anti 68 des Guéant, Soubisse et autres conseillers, les « Grenelles » se multiplient comme petits pains et poissons
    Quel est l’intérêt de labelliser un pseudo accord « Grenelles ».
    La seule et unique raison est de décridibilser les uniques et véritables accords.
    A quoi servent les Grenelles ?
    A faire des belles images pour les journaux du 20H
    Après l’environnement, la mer, les ondes électromagnétiques, il y aura certainement, les couches culottes pour bébé et grands seniors,....
    Dans le foutage de gueule marketing politique, notre « bon président » est passé Grand Maitre
    Comment se peut il que des associations représentatives et autres ONG puissent se ridiculiser à participer à des simulacres, des parodies de démocratie participative ?
    Bien que défenseur de la participation citoyenne à la démocratie, je ne vois que mépris grotesque dans les simulacres de réunions, colloques, séminaires, et autres tables rondes ou les décisions ont été déja prises à l’ombre des lobbies financiers, industruiels, militaires, politiques,

  • gmeuh
    gmeuh
    Citoyen écologiste
    • Posté à 00h03 le 11/05/2009
    • Internaute 51526
      Citoyen écologiste

    Bravo
    Sandrine Bélier a eu raison de faire le Grenelle !

    Nous n’avons pas le droit de rien faire même si ça prend du temps.

    Je dénonce aussi le gouvernement qui n’écoute pas les conclusions du grenelle. Et pourtant je sais que le grenelle donnera des ailes aux politiques, pas à ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui mais à ceux qui viendrons demain. Car les perspectives évoluent.

    Nous ne voyons pas encore exactement les changements, mais ils vont venir. Ceux qui ont accepté la concertation publique du grenelle ont écouté les propositions de la société. Il n’en font rien mais les citoyens en ressortent plus savant, plus conscients. Les arguments légitimes qui ont été mis sur la place publique font leur travail dans les consciences. Ce travail est un processus de gestation. L’enfant naitra, il lui faut du temps (plus que 9 mois) mais il naitra.

    Il faut comprendre l’histoire et ses temps, le droit de vote, le vote des femmes, la sortie de l’esclavage, le vote noir, un métis à la maison blanche, etc..., tout prend du temps mais tout ne viens que parce que des gens se sont battus. Faire un Grenelle comme Sandrine Bélier ou comme Yannick Jadot, c’est se battre aujourd’hui avec les outils disponibles de notre démocratie. Démocratie jamais parfaite mais démocratie quand même.

    Et tous les mauvais esprits qui aujourd’hui se moquent, verrons passer la caravane du changement. Ils n’auront pas contribué au progrès de l’histoire, c’est dommage. Mais il est encore temps pour nous tous de se battre. Comprendre, accepter de faire parti d’une minorité consciente et avoir l’optimisme que les autres finirons par comprendre aussi ne sont pas des choses faciles, mais terriblement nécessaire pour évoluer. Il faut savoir apprécier ceux qui portent haut les plus nobles valeurs.

    Le grenelle de l’environnement et bien d’autres combats porterons leurs fruits comme tout ceux que mènent les écologistes depuis plus de trente ans. Le changement arrive. Renforçons-le.