Leslie Plée : « Vendre des livres comme des bières »
On connaissait les tribulations d'une caissière, via un blog devenu livre. Voici les mésaventures en bande-dessinée de Leslie Plée qui a cru devenir libraire en se faisant engager comme vendeuse dans une grande surface de produits culturels.
Leslie Plée a travaillé deux ans dans un magasin Cultura, l'occasion d'alimenter en dessins un blog cynique et caustique sur le milieu de l'industrie culturelle. Repérée par la directrice de collection et non moins blogueuse Pénélope Bagieu, elle publie sa première bande dessinée « Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses ou comment j'ai cru devenir libraire ». Rencontre.
Rue89 : Quelle est la tâche principale d'une vendeuse dans une grande surface de produits culturels ?
Leslie Plée : Ranger ! Nous sommes submergés de livres et la principale pression, c'est de devoir tout ranger. Le plus gros du travail consiste à faire de la manutention. Pourtant, on s'attend à autre chose quand on commence un métier comme celui-là. Même si nous sommes censés être disponibles pour les clients, nous le sommes en réalité rarement, car toujours occupés à ranger. Il faut étiqueter les livres, puis désétiqueter six mois plus tard ceux qui ne se sont pas bien vendus pour les renvoyer
à l'éditeur. On passe notre temps à faire et défaire des cartons.
Dans votre BD, un supérieur hiérarchique compare les livres à de la bière qu'il faut vendre. Les objectifs de rendement sont-ils les mêmes que pour une industrie classique ?
Oui, tout est très bien calculé. Le fait qu'on vende des livres ou des CD ne change rien. Si un chef voit qu'un ouvrage est en rayon depuis trois mois et qu'il se vend peu, peu importe l'objet en lui-même -y compris si c'est un livre de Freud ! - il le retire. La seule chose qu'il voit, c'est que le magasin perd de l'argent. J'ai l'impression que le monde du livre entre dans des objectifs de rendement sans prendre en compte la notion de produit culturel.
Quelle est l'organisation hiérarchique dans ce type de magasins ?
Il y a un directeur et des chefs de secteur. Ces derniers ont des adjoints, en fait des vendeurs qui savent faire un peu plus de choses sans être payés plus. Puis il y a l'équipe, nous étions cinq mais quatre le plus souvent, car les remplacements étaient mal assurés. Les chefs mêlent paternalisme et autoritarisme. J'avais 25 ans quand j'ai commencé et mon chef m'appelait « mon petit cœur ». Ils jouent avec le côté paternaliste parce que nous sommes jeunes. Mais en même temps, ils savent être très durs, intraitables et intransigeants. Ils sont toujours à la limite de la législation, par exemple sur les temps de pause. Heureusement qu'il y a la loi pour poser des restrictions, sinon ils ne se priveraient pas !
Mais j'avais parfois l'impression que les chefs étaient aussi démunis que nous, les vendeurs. Ils subissent encore plus les pressions liées au chiffre, car les objectifs viennent d'au-dessus. Mon directeur était très jeune et manifestement pas formé ni compétent pour occuper un tel poste.
Toutes les anecdotes de la bande dessinée sont-elles réelles ?
Oui, preuve que parfois la réalité dépasse la fiction. Le chef qui dit « moi vivant, vous n'aurez jamais de pause », c'est du vécu. Et le livre « Comment réussir son divorce » offert à Noël par l'entreprise, aussi !
- Sur Rue89Aurianne, hôtesse de caisse pour 840 euros par mois
- Sur canalblog.comLe blog de Leslie Plée
- Sur madmoizelle.comL'interview dessinée de Leslie Plée
- Sur rue89.comVirée à cause de mon blog, je tiens à remercier mon boss
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Lou ravi...
Cultura fait partie du S.L.F. (Syndicat de la Librairie Française), donc se doit d'engager du personnel formé (c'est dans les conventions collectives) et le rémunérer comme tel. Tiens, bizarre, une grande surface spécialisée qui ne respectent pas des conventions ?
Si l'auteure avait été formée (Iut, Licence professionnelle, Iep, Infl, etc.), on nous l'aurait précisé...
Et l'auteure de ce blog qui se dit : « Tiens je vais devenir libraire, je vais aller bosser chez Cultura... » Quand on a envie de devenir libraire je ne pense pas que l'on rêve de bosser chez Cultura, comme un apprenti journaliste qui se dirait : « je vais aller bosser chez Jeune et jolie »...
Ensuite, il faut savoir que le travail de manutention est la première activité d'un libraire, les bouquins n'arrivent pas par magie dans les rayons : livraisons quotidiennes (voir plus), retours des nouveautés quasiment tout les mois, rangements... C'est le lot de tout les libraires...
Les librairies traditionnelles n'obéissent pas à d'autres impératifs ! C'est pas parce que les libraires (surtout les libraires avec une dizaine d'employés, une ou deux centaines de mètres carrés et des ca de plusieurs dizaines de milliers d'euros, premier niveau pour les repré) vous vendent du « culturel », de « l'engagement éthique » et autres foutaises bobo qu'ils ne sont pas des gestionnaires avides de fric.
Au passage, on ne renvoit pas un livre « chez l'éditeur » mais chez son distributeur, ce qui n'est pas la même chose...
Pourquoi on met Freud au retour ?
Ce type de gss n'a pas de « fonds » contrairement à une librairie plus classique. Si Freud est ici, c'est qu'on l'a commandé. Soit le vendeur, qui a penser pour x raisons qu'il pourrait le vendre, soit suite à une commande client jamais prise par le client.
Dans une « vrai librairie » on peut le mettre au retour pour d'autres raisons : ré-éditions (genre « revu et augmenté »), sorti d'une autre édition (intégrale genre Omnibus, Quarto ou même Pléiade) , ou la fin d'une O.P.
Le retour de Freud peut s'expliquer logiquement et non comme une « attaque » envers la culture.
Quand on veut critiquer un secteur d'activités, on le fait en se formant, et l'on argumente, là c'est une critique non pas du Livre mais du management en général.
Pour une fois que j'ouvre ma gueule.




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