entretien 05/05/2009 à 13h07

Leslie Plée : « Vendre des livres comme des bières »



Extrait de la BD de Leslie Plée « Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses » (DR).

On connaissait les tribulations d'une caissière, via un blog devenu livre. Voici les mésaventures en bande-dessinée de Leslie Plée qui a cru devenir libraire en se faisant engager comme vendeuse dans une grande surface de produits culturels.

Leslie Plée a travaillé deux ans dans un magasin Cultura, l'occasion d'alimenter en dessins un blog cynique et caustique sur le milieu de l'industrie culturelle. Repérée par la directrice de collection et non moins blogueuse Pénélope Bagieu, elle publie sa première bande dessinée « Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses ou comment j'ai cru devenir libraire ». Rencontre.

Rue89 : Quelle est la tâche principale d'une vendeuse dans une grande surface de produits culturels ?

Leslie Plée : Ranger ! Nous sommes submergés de livres et la principale pression, c'est de devoir tout ranger. Le plus gros du travail consiste à faire de la manutention. Pourtant, on s'attend à autre chose quand on commence un métier comme celui-là. Même si nous sommes censés être disponibles pour les clients, nous le sommes en réalité rarement, car toujours occupés à ranger. Il faut étiqueter les livres, puis désétiqueter six mois plus tard ceux qui ne se sont pas bien vendus pour les renvoyer
à l'éditeur. On passe notre temps à faire et défaire des cartons.

Dans votre BD, un supérieur hiérarchique compare les livres à de la bière qu'il faut vendre. Les objectifs de rendement sont-ils les mêmes que pour une industrie classique ?

Oui, tout est très bien calculé. Le fait qu'on vende des livres ou des CD ne change rien. Si un chef voit qu'un ouvrage est en rayon depuis trois mois et qu'il se vend peu, peu importe l'objet en lui-même -y compris si c'est un livre de Freud ! - il le retire. La seule chose qu'il voit, c'est que le magasin perd de l'argent. J'ai l'impression que le monde du livre entre dans des objectifs de rendement sans prendre en compte la notion de produit culturel.

Quelle est l'organisation hiérarchique dans ce type de magasins ?

Il y a un directeur et des chefs de secteur. Ces derniers ont des adjoints, en fait des vendeurs qui savent faire un peu plus de choses sans être payés plus. Puis il y a l'équipe, nous étions cinq mais quatre le plus souvent, car les remplacements étaient mal assurés. Les chefs mêlent paternalisme et autoritarisme. J'avais 25 ans quand j'ai commencé et mon chef m'appelait « mon petit cœur ». Ils jouent avec le côté paternaliste parce que nous sommes jeunes. Mais en même temps, ils savent être très durs, intraitables et intransigeants. Ils sont toujours à la limite de la législation, par exemple sur les temps de pause. Heureusement qu'il y a la loi pour poser des restrictions, sinon ils ne se priveraient pas !

Mais j'avais parfois l'impression que les chefs étaient aussi démunis que nous, les vendeurs. Ils subissent encore plus les pressions liées au chiffre, car les objectifs viennent d'au-dessus. Mon directeur était très jeune et manifestement pas formé ni compétent pour occuper un tel poste.

Toutes les anecdotes de la bande dessinée sont-elles réelles ?

Oui, preuve que parfois la réalité dépasse la fiction. Le chef qui dit « moi vivant, vous n'aurez jamais de pause », c'est du vécu. Et le livre « Comment réussir son divorce » offert à Noël par l'entreprise, aussi !


Extrait de la BD de Leslie Plée « Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses » (DR).

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  • Prolo du livre
    • Posté à 13h59 le 05/05/2009

    Lou ravi...

    Cultura fait partie du S.L.F. (Syndicat de la Librairie Française), donc se doit d'engager du personnel formé (c'est dans les conventions collectives) et le rémunérer comme tel. Tiens, bizarre, une grande surface spécialisée qui ne respectent pas des conventions ?
    Si l'auteure avait été formée (Iut, Licence professionnelle, Iep, Infl, etc.), on nous l'aurait précisé...

    Et l'auteure de ce blog qui se dit : « Tiens je vais devenir libraire, je vais aller bosser chez Cultura... » Quand on a envie de devenir libraire je ne pense pas que l'on rêve de bosser chez Cultura, comme un apprenti journaliste qui se dirait : « je vais aller bosser chez Jeune et jolie »...

    Ensuite, il faut savoir que le travail de manutention est la première activité d'un libraire, les bouquins n'arrivent pas par magie dans les rayons : livraisons quotidiennes (voir plus), retours des nouveautés quasiment tout les mois, rangements... C'est le lot de tout les libraires...

    Les librairies traditionnelles n'obéissent pas à d'autres impératifs ! C'est pas parce que les libraires (surtout les libraires avec une dizaine d'employés, une ou deux centaines de mètres carrés et des ca de plusieurs dizaines de milliers d'euros, premier niveau pour les repré) vous vendent du « culturel », de « l'engagement éthique » et autres foutaises bobo qu'ils ne sont pas des gestionnaires avides de fric.

    Au passage, on ne renvoit pas un livre « chez l'éditeur » mais chez son distributeur, ce qui n'est pas la même chose...

    Pourquoi on met Freud au retour ?
    Ce type de gss n'a pas de « fonds » contrairement à une librairie plus classique. Si Freud est ici, c'est qu'on l'a commandé. Soit le vendeur, qui a penser pour x raisons qu'il pourrait le vendre, soit suite à une commande client jamais prise par le client.
    Dans une « vrai librairie » on peut le mettre au retour pour d'autres raisons : ré-éditions (genre « revu et augmenté »), sorti d'une autre édition (intégrale genre Omnibus, Quarto ou même Pléiade) , ou la fin d'une O.P.
    Le retour de Freud peut s'expliquer logiquement et non comme une « attaque » envers la culture.

    Quand on veut critiquer un secteur d'activités, on le fait en se formant, et l'on argumente, là c'est une critique non pas du Livre mais du management en général.

    Pour une fois que j'ouvre ma gueule.

    • obey-
      obey- répond à Prolo du livre
      • Posté à 00h17 le 06/05/2009

      Tu as raison de l'ouvrir, tres bonne argumentation.

    • masterofhorror
      • Posté à 15h10 le 06/05/2009

      la librairie est un commerce pas une association loi 1901. On est là pour faire de l'argent. je sais c'est trivial mais la vérité.
      et tous les livres concernant les études post bac le dise, la librairie ça pète le dos, c'est chiant la plupart du temps avec ou sans clients. mais on y apprends,découvre plein de choses.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h56 le 05/05/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Parce qu'un libraire ça sert à autre chose qu'à ranger les livres ?
    Ok, s'il a sa propre librairie, c'est lui qui décide s'il laisse le livre en rayon et ce qu'il commande (et s'il oublie qu'il est un marchand, il restera pas ouvert longtemps...), et s'il est tout seul c'est lui qui tient la caisse, mais à part ça, il n'y a pas de différence.

    En tout cas merci, maintenant je sais à quoi servent les mecs qui trainent dans les rayons de la Fnac. Ce sont des hommes de ménage spécialisés.

    Et je suis sur que même dans une bibliothèque municipale, il y a des pressions, non pas de CA mais de fréquentation, pression mise par les actionnaires municipaux, c'est à dire les contribuables qui n'aiment pas qu'on gaspillent l'argent dans des trucs qui servent à rien (sauf si on met des matchs de foot dans les bibliothèque : D).

    PS : Freud est un bouffon.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 23h39 le 05/05/2009
    • Internaute
      Littéral

    Dans la chaîne de valeur du livre, il y a beaucoup de contradictions :

    L'office et le prix unique du livre.

    Concentration de l'édition et l'indépendance éditoriale.

    Oligopole du secteur de la diffusion et monopole statutaire des métiers de l'imprimerie du livre.

    Circuit court de la grande distribution physique des livres et cycle de valorisation longue des ouvrages littéraires.

    Réseau de libraires indépendants et soutien de la librairie par des subventions publics.

    Liberté de création des auteurs et aides à la création. (Subvention publique et mécénat privé)

    Durée très longue des droits d'auteur (70 ans) et nécessité vitale du vivier des œuvres dans le domaine public.

    Indépendance des lignes éditoriales et maximisation de la valeur.

    Logique de l'offre de la création artistique et littéraire, logique de gestion prévisionnelle des coûts et de la marge.

    Marketing de marque en métonymie des produits-livres, sélections des textes par des comités de lecture sur des critères de qualité de l'œuvre.

    Gestion promotionnelle par des techniques de communication de la célébrité personnelle de l'auteur et reconnaissance par des jurys de concours littéraire ou bien par la critique érudite ou bien par l'étude universitaire de l'œuvre.

    Pour les auteurs, ça va très bien merci, ils touchent 0,80 € sur chaque livre vendu à un prix moyen de 10 € pour tirage autour de 7500 exemplaires sur environ 2 à 3 ans.

    Un incroyable pactole que se partage principalement 4000 auteurs selon cette répartition :

    40 personnes ont d'assez bons revenus annuels en droits d'auteurs. (Pas de chiffres précis, top confidentiel, mais c'est pas trop mal, de quoi vivre décemment de son travail d'écriture)

    830 veinards se font bon an mal an le SMIC annuel.

    3000 acharnés réalisent 1/3 du SMIC annuel.

    Évidemment, sans quelques revenus complémentaires difficile d'être auteur car il s'agit là de ce que rapportent les droits sur les ouvrages publiés.

    Sources caisse de retraite des auteurs pour une enquète sur le revenu des auteurs publiée par le Magazine Littéraire du mois de mars 2009.

    Moi, je ne marierais jamais ma fille à un auteur littéraire.

  • obey-
    • Posté à 00h15 le 06/05/2009

    Si un chef voit qu'un ouvrage est en rayon depuis trois mois et qu'il se vend peu, peu importe l'objet en lui-même -y compris si c'est un livre de Freud ! - il le retire.

    En meme temps, retirer un livre de ce cocainomane qui a truqué ses resultats de recherche, c'est faire une bonne action.

    Lien

  • envert94
    • Posté à 08h21 le 06/05/2009

    Lien

    Ha la culture dans la grande distribution...

    N'est de bonne culture que celle qui se vend, celle qui rapporte de CA...

    Et ça donne bonne conciense à Carrefour et autres Leclerc...

    Un mauvais Bigard rapportera plus qu'un bon Freud...

    • vinz13
      vinz13 répond à envert94
      • Posté à 11h20 le 06/05/2009

      Nul besoins d'accoler les mots mauvais et Bigard, c'est une redondance qui confine au pléonasme.

  • masterofhorror
    • Posté à 15h14 le 06/05/2009

    libraire cultura ? ? ? ? ? ? ? c'est quoi un poteau indicateur