La découverte d'un possible « patient zéro » dans l'Etat de Veracruz alerte sur les conditions scandaleuses de l'élevage intensif.
(De Xalapa, Etat de Veracruz) A La Gloria, petit village montagnard de l'Etat de Veracruz, au Mexique, on accuse depuis des années l'entreprise porcine Granjas Carroll de propager des épidémies et de détruire l'environnement.
Après la découverte d'un possible « patient zéro » dans la zone, de nombreux médias internationaux se sont intéressés aux conditions sanitaires scandaleuses de l'élevage intensif des porcs dans cette région, cherchant à y voir l'origine du mal qui fait (à tort ou à raison) trembler la planète.
Rien ne prédisposait les habitants de La Gloria à être propulsés au centre de l'attention internationale… C'est pourtant chose faite depuis qu'une armée de journalistes a envahi les rues poussiéreuses de cette petite communauté rurale déshéritée de quelques 3 000 âmes, perchée sur les hauts plateaux de l'Etat de Veracruz.
Une étrange épidémie qui touche 60% de la population
Dès le 9 mars, les autorités locales sont alertées de la propagation d'une épidémie touchant les habitants de La Gloria. 60% de la population se trouve atteinte de troubles respiratoires aigus. Les syndromes décrits s'apparentent tout d'abord à ceux d'une simple grippe qui évolue rapidement en pneumonie. On reporte alors le décès de deux enfants de moins de 2 ans.
Fin mars, après avoir dépêché sur place une équipe médicale, les autorités concluent à une banale grippe saisonnière. Rien de bien étonnant au vue des conditions climatiques, très rudes en hiver.
Edgar Hernandez, le « patient zéro » ?
C'est seulement un mois plus tard, quand commencent à apparaitre d'autre cas similaires de grippe au Mexique, que l'épidémie de La Gloria est prise au sérieux.
Des échantillons prélevés sur Edgar Hernández -un enfant de 5 ans qui avait survécu à la grippe grâce à un cocktail d'antibiotique et de paracétamol- furent alors envoyés à un laboratoire d'Atlanta. Surprise : on y détecte la présence du fameux H1N1 ; alors que les tests effectués au Mexique signalaient seulement la présence du virus de la grippe « classique ».
Les autorités mexicaines considèrent désormais le jeune Edgar comme le possible premier cas avéré de la nouvelle grippe… Aujourd'hui, l'enfant va bien, preuve que l'on peut très facilement guérir de la nouvelle grippe. Sans doute loin de comprendre tout les enjeux dont il est la cible, il a pu énumérer devant des journalistes anglais les symptômes dont il a souffert en mars.
Comment la nouvelle maladie a-t-elle pu se déclarer dans cette communauté isolée ? Pour la mère d'Edgar, et pour une bonne partie des habitants de La Gloria, le coupable est tout désigné.
« Granjas Carroll », une entreprise industrielle d'élevage de porcs peu scrupuleuse
Granjas Carroll est une filiale à capitaux américano-mexicains de l'entreprise Smithfield Foods, le plus gros producteur mondial de porc. Cette gigantesque multinationale traînait déjà une image peu flatteuse : elle est accusée d'avoir déversé 4,7 tonnes de matière fécale porcine dans les rivières de Caroline du Nord et de Virginie.
En 1997, l'entreprise est condamnée à une amende record de 12,6 millions de dollars par l'Agence de protection de l'environnement des Etats-Unis (EPA).
A La Gloria, Granjas Carroll ne semble pas s'être encombré de précaution, trouvant sans doute sous ces latitudes des pouvoirs publics plus laxistes… Sur place, les témoins parlent de cours d'eau entièrement souillés, de nappes phréatiques hautement contaminées et de charognes de porcs qui pourrissent à l'air libre, attirant des nuages de mouches.
Depuis que l'entreprise s'est installée dans la région, en 1994, elle a dû faire face au mécontentement de la population. En 2007, un vaste mouvement populaire rassemblant des habitants de la zone essaye d'attirer l'attention des autorités sur les problèmes sanitaires occasionnés par les élevages.
Ils ne trouveront aucun soutien de la part du gouvernement local. Bien au contraire : cinq des activistes devront affronter une procédure judiciaire pour diffamation contre Granjas Carroll. Guadalupe Serrano Gaspar, une femme de 66 ans, écopera même d'une peine de prison.
Hernández Burgos, un leader qui prétend avoir reçu des menaces de l'entreprise déclarait début avril au quotidien La Jornada :
« Se révolter contre le fait qu'on est en train de nous empoisonner ça signifie vivre avec la peur qu'il nous arrive quelque chose ; ici c'est Granjas Carroll qui a le pouvoir, même sur les autorités. »
Entre démentis officiels et querelle d'experts
Alors, un virus mutant serait-il né dans les collecteurs de rejections porcine des Granjas Carroll ? La nouvelle souche du virus se serait-elle développée au milieu des cadavres de porcs laissés à l'abandon ? Depuis quelques jours, nombre de médias internationaux se font l'écho de cette hypothèse. C'est pourtant une question à laquelle on est encore bien loin de pouvoir répondre…
Pour Fidel Herrera Beltrán, gouverneur surmédiatisé de l'état de Veracruz et membre du PRI (le Parti de la révolution institutionnelle), cette possibilité est inenvisageable : « Le virus vient de Chine, il est arrivé en Amérique du Nord par le biais de voyageurs » déclarait-il lundi à la presse.
Une bourde qui lui aura valu une réponse peu amène de la part de la Chine (où aucun cas n'a été déclaré), et qui ne contribue pas à redorer l'image ce politicien aux méthodes fortement populistes.
Le gérant commercial des Granjas Carroll, Juan Carlos de Pedro Ortega, qualifie lui « d'absurde » la polémique, assurant que tous ses porcs sont sains, et les employés de la ferme en parfaite santé. L'enjeu est important pour l'entreprise, qui annonce des pertes abyssales….
Mais il en va de même pour toute l'économie de la région, dont l'industrie porcine constitue l'une des principales activités. De nombreux villageois admettent que la fermeture de l'élevage se traduirait par la perte de leurs revenus.
Les différents experts interrogés par les médias se gardent bien quant à eux de toutes affirmations catégoriques. Comme le déclarait à Rue89 Meriadeg Le Gouil, chercheur en épidémiologie :
« Il est certainement excessif de dire que l'élevage industriel est le seul responsable. Il constituerait tout au plus un des facteurs ayant contribué à l'apparition et sans doute à la transmission à l'homme du virus. Le premier facteur étant le hasard, qui a fait se rencontrer les différents éléments constitutifs de ce virus. »
Cette semaine, La FAO a envoyé une équipe d'experts sur place afin de vérifier s'il existe réellement « un lien direct entre la nouvelle souche du virus grippal H1N1 et les porcins » en effet, L'ONU signale que :
« Pour l'instant, il semble que le virus grippal se transmette d'homme à homme seulement et rien n'indique, jusqu'ici, que la nouvelle souche du virus grippal A ait été transmise directement à l'homme par les porcs. Des analyses supplémentaires sont prévues, qui permettront d'en savoir davantage. »
Il est donc prématuré de déclarer que la nouvelle maladie qui effraye le monde entier puisse trouver son origine dans les méphitiques rejets des Granjas Carroll…
Mais pour les habitants de La Gloria -dont les protestations étaient jusqu'à maintenant ignorées- l'emballement médiatique aura au moins eu un mérite : celui de mettre au grand jour la complaisance excessive des pouvoirs locaux envers la toute puissante entreprise agroalimentaire.




















7
De pablico
15H47 | 04/05/2009 |
quand on pense que les anti corrida font un foin pas possible, pour quelques centaines de taureaux élevés au grands air et dans de vastes espaces…
ils devrait s'occuper des élevages industriels…
leur combat n'est que cinéma…ils se focalisent sur un détail…alors que le vrai scandale est bien caché.
l'abattage industriel est un immonde scandale aussi
vu dans un film documentaire muet sur arte -une horreur-
aspirateur à poulet vivants, arc électrique pour pousser les cochons dans la machine qui va tuer..etc etc..
élevé à la campagne, et ayant abattu de la volaille familiale, lapins et pigeons, j'ai été choqué.
De chac
15H44 | 04/05/2009 |
Même si l'entreprise en question n'est pas responsable de l'apparition de l'épidémie de grippe au Mexique, il faudra remettre en cause les conditions d'élevage des porcs, des poules, de l'agriculture industrielle et l'ensemble de l'alimentation moderne !
Smithfield Foods filiale de Granjas Carroll, a reçu une amende de 12,6 millions de dollars en 1997 pour violation de la Clear Water Act, la loi sur la qualité de l'eau aux États-Unis.
Vous pouvez trouver un article sur la Société Smithfield Foods, assez long mais très intéressant à lire, dans le magazine Rolling Stone :
http://www.rollingstone.com/politics/story/12840743/porks_dirty_secret_t…
Comme info supplementaire, la Société Campofrio filiale de Smithfield Foods est presente en France au travers du groupe Aoste, lequel regroupe les marques Aoste, Calixte, Cochonou et Justin Bridou.
De Machiavel
voisin oisif | 16H25 | 04/05/2009 |
Le film de Georges Franju de 1949 et celui de Nikolaus Geyrhalter de 2007 se répondent…
Le Sang Des Bêtes (Partie 1)
envoyé par fight_the_power
Notre pain quotidien
envoyé par kmbofilms
De AFRICANEWS
Simple africain | 17H03 | 04/05/2009 |
Juste pour information, le paludisme tue un enfant toutes les 30 secondes soit 2 880 morts par jour, et on n'en parle pas ou presque. Mais 20 morts à peine occupent tous les médias depuis des semaines. Dure dure d'être pauvre, même les morts ne sont pas égaux. Triste monde…
De nada
17H41 | 04/05/2009 |
je travaille dans une animalerie-jardinerie, les conditions de travail sont stupéfiantes, On vous refuse le moindre des articles d'hygiéne, les animaux sont, soit de l'or en barre, soit des morts en suspens ! Le personnel n'est constitué que de stagiaires à qui l'on confie la vie de ces animaux, alors que les responsables regardent le match de foot à la télé ! Combien de lapins mangés par les vers, combien d'oiseaux et de rats morts, et combien d'employés qui démissionnent ! c'est une honte et je vais vous dire que plutôt que de me résignier, j'ai porté plainte !
De péda
révolté | 18H57 | 04/05/2009 |
sur http://www.wired.com/wiredscience/2009/05/swineflufarm/ (article en anglais) des infos sur l'origine possible du virus actuel H1N1 (vu déjà en 1998, dans des élevages industriels, qui se révèlent être des incubateurs parfaits pour de nouvelles mutations de saloperies : virus ou microbes - en passant, c'est la démonstration brillante que Darwin a raison)
De sisiphe1
enseignante | 18H59 | 04/05/2009 |
moi, cette histoire, cela me fait flipper, ne trouvez vous pas étrange et il ne s'agit pas des médias que le directeur de l'oms annonce ce matin, avec inquiétude et sérénité à la fois, j'ai lu l'article traduit dans el pais, que la chose est grave et que ce soir, soudain volte face l'onu nous informe qu'elle s'est entre temps retractée ?