Droit de suite 04/05/2009 à 12h57

Affaire du Tanit : la balle était bien française

David Servenay | Ex-Rue89

Finalement, le retour d’expérience a parlé : c’est bien une balle française qui a tué Florent Lemaçon, le skipper du Tanit, voilier pris en otage en avril par des pirates somaliens. Comme le révèle Europe 1, le jeune homme a été victime d’un « tir réflexe » des commandos français. Rue89 l’annonçait le 24 avril : le gouvernement français savait tout, dès le premier jour.


Les soldats français à bord du Tanit le 12 avril (Ministère français de la Défense / Reuters)

Hervé Morin avait promis la transparence, mais l’exercice n’est pas aisé. Près d’un mois après l’assaut du Tanit, le 10 avril dernier, l’information a filtré : la balle qui a tué le skipper français a bien été tirée par un soldat du commando Hubert, alors que Florent Lemaçon se dressait, en levant la main dans un geste de défense, pour protéger sa femme et son fils de 3 ans.

Le militaire, auteur du coup de feu mortel, l’a d’ailleurs immédiatement reconnu. Son témoignage corroborant à la fois celui des autres membres du commando et de Chloé Lemaçon. Toutes ces indications figurent dans le rapport envoyé à la hiérarchie, le compte-rendu de retour d’expérience, le Retex comme disent les militaires.

La drôle de gestion médiatique de l’affaire par Hervé Morin

Le ministre de la Défense a étrangement géré cette affaire. Dès le lendemain du drame, questionné sur les circonstances de l’intervention -« Vous avez bien une idée ? -, Hervé Morin dit déjà sur Europe 1 :

“ Non, on est en train de faire le debriefing. Il y aura une enquête judiciaire et donc une autopsie. On ne peut pas exclure que dans l’échange de tirs entre les pirates et nos commandos le tir soit français. Personne ne peut l’exclure par nature. Je me refuserais à vouloir écarter telle ou telle hypothèse. Il faut qu’on analyse les hypothèses et après, on le dira. ”

Or, à ce moment-là, comme Rue89 le confirmera par sa contre-enquête, le ministre a eu entre les mains le Retex. Un document qui sera ensuite transmis au procureur de la République de Rennes, chargé de l’enquête. Dans ces circonstances, pourquoi afficher une volonté de transparence tout en cachant l’essentiel...

Question centrale : qui a dirigé l’opération ?

La raison de ce silence troublant du gouvernement tient peut-être à la gestion de l’affaire, avant l’assaut. Là aussi, Rue89 posait déjà la question le 24 avril : quelle institution a vraiment géré ce dossier ? D’après nos informations, contrairement à de nombreuses prises d’otage précédentes en Somalie, la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) n’a pas contrôlé cette affaire de A à Z.

Les services secrets français ont bien mis à disposition leurs moyens d’écoute, ainsi que deux négociateurs envoyés sur place, à bord du navire de la marine qui escortait le voilier. Mais la coordination du dispositif a été réalisée au CPCO, le centre de planification et de conduites des opérations, dans les sous-sol de l’Etat-major des armées, boulevard Saint-Germain. Là bas, il est possible de mettre en place une cellule de crise, 24h sur 24.

Côté politique, l’interlocuteur des militaires est alors directement l’Elysée... Autrement dit, le président de la République en (presque) direct par le biais de son état-major particulier. La décision d’assaut -et son plan tactique- a donc été prise par Nicolas Sarkozy. Est-ce la raison qui a motivé cette réaction ambiguë d’Hervé Morin, consistant à éveiller les soupçons, sans dire exactement tout ce qu’il savait ?

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  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 13h15 le 04/05/2009
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    Le skipper semblait être un type à qui on ne dictait pas la conduite à tenir.

    Ce trajet fou autour du monde, c’était son choix courageux, pour lui et sa famille.

    J’aime les gens qui ainsi choisissent par eux même leur route à suivre.

    Mais il est des circonstances,
    où il vaut mieux jouer au mouton… et les bergers, en l’occurrence, avaient demandé par haut-parleur aux otages de rester à terre.

    Et là aussi, comme il l’avait toujours fait, le skipper s’était levé, protégeant sa famille par une main en avant, un peu comme pour dire.. ne tirez pas par là.

    Il n’avait pas compris qu’en ce court instant, ce n’était pas lui le maître du jeu…

    Il a joué son pion, il a perdu.

    Comment connaître en ces instants la conduite à tenir ?
    suivre le troupeau, les consignes,
    ou composer par soi même ?

    Hommage à toi, Skipper… et courage pour ta famille.

    Pour ce qui est de Morin,
    lui, par contre, n’aurait pas du suivre le troupeau,
    et appeler un chat un chat,
    d’autant plus que rien n’était à reprocher au commando assaillant,
    et rien non plus à l’ordre donné en plus haut lieu.

  • kouiky
    kouiky
    citoyen du monde
    • Posté à 13h26 le 04/05/2009
    • Internaute 63887
      citoyen du monde

    le GIGN était mieux approprié pour ce type d’opération ,c’est ce que j’ai entendu à la radio , sans doute , mais bon ! ! c’est comme çà
    on ne peut pas en vouloir à ces braves commandos de marines qui n’ont fait que leur devoir et ce ! ! ! au péril de leur vie

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 13h57 le 04/05/2009
    • Internaute 16438
      ici et là

    « La décision d’assaut -et son plan tactique- a donc été prise par Nicolas Sarkozy. »

    Et là je me pose la question : quelles compétences notre président a en dehors de considérations de communication et d’image dans ce domaine ?

    Aucune.

    De plus, il est utile de note qu’aucun otage n’a été exécuté en Somalie à ce jour, super Sarko a voulu empêcher les ravisseurs et leurs captifs de rejoindre la terre, il a donné l’ordre de prendre d’assaut le bateau avant que celui-ci et ses occupants ne puissent le quitter.

    A force de court-circuiter tous les niveaux de décision, on finit par mettre la vie des gens en danger, l’armée et les forces d’intervention françaises comptent un grand nombre de professionnels qui agissent en dehors de toute considération, il convient de les laisser travailler.

    L’omniprésident a tué dans ce cas précis, félicitations monsieur le président...

  • Korchkidu
    Korchkidu
    Grand patron de 0,4 personnes
    • Posté à 14h30 le 04/05/2009
    • Internaute 69594
      Grand patron de 0,4 personnes

    Je suis toujours effaré de voir le nombre de gens toujours présents pour critiquer le boulot des autres. A moins d’avoir fait partie de commandos ou assimilés et d’avoir ainsi une connaissance suffisante de ce genre de situations, je ne vois pas comment on peut critiquer la réaction de celui qui a tiré.

    K.

  • dulconte
    dulconte répond à Korchkidu
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 14h43 le 04/05/2009
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    La critique ne s’attaque pas à celui qui a tiré, mais bien à celui qui a donné l’ordre de tirer, d’intervenir. Donc pas besoin d’être commando ou de l’avoir été pour remettre en cause cette intervention et son dénouement dramatique.

    L’enquête, maintenant que le gvt a reconnu l’origine de la balle montrera si c’est une erreur du tireur, d’une mauvaise organisation ou une mauvaise préparation ou une simple accident inévitable. C’est pas moi qui polémiquerait là dessus. Sur la décision politique de l’assaut, là...

    A force de jouer inutilement les gros bras, c’est le genre d’accident qui arrive.

    Quand au skipper, on peut dire qu’il a été inconscient, mais, si vous voyagez un peu et que vous suivez un minimum les indications du ministère des affaires étrangère vous ne faite jamais rien. Enfin si vous voyagez de club med en club med. Le ministère met toujours ses alertes très haut pour se couvrir. Tous ceux qui vont au delà sont alors des inconscients, ce qui est une absurdité.