Tribune 04/05/2009 à 20h00

Abattage des porcs en Egypte : une autre victoire de l'islamisme

Tahar Ben Jelloun | Ecrivain


Un policier égyptien dans un abattoir du Caire le 30 avril 2009 (Asmaa Waguih/Reuters).

Rien ne va plus ! Après la crise, enfin durant la crise, et à peine habitués à vivre avec la perspective de nouveaux bouleversements, voilà que la pandémie de la grippe vient renforcer et diversifier nos peurs. Mourir pauvres et grippés ! Punition divine. Et avec ça le ridicule de certains Etats musulmans qui refusent de nommer la maladie parce qu’ils sont censés non seulement ne pas manger de porc mais de refuser à cet animal l’asile.

Ainsi, bien informée, la grippe porcine fera un détour et n’entrera pas dans ces pays qui de tout temps ont rejeté la viande de cette bête qui se nourrit des immondices jetées par l’homme. En tout cas c’est la raison que l’islam donne pour interdire la consommation de la viande de porc.

Il faut dire qu’à l’époque du Prophète, il n’y avait pas de moyen de conservation et de protection des nourritures périssables ; l’islam, dernière religion révélée, a repris à son compte cet interdit alimentaire de la religion juive. Le verset 173 de la Sourate « La Vache » dit :

« Dieu vous a seulement interdit la bête morte, le sang, la viande de porc et tout animal sur lequel on aura invoqué un autre nom que celui de Dieu. »

Le verset 60 de la Sourate « La table servie » rappelle :

« Dieu a transformé en singes et en porcs ceux qu’il a maudits... »

Quels que soient les progrès sanitaires, le musulman fait un rejet violent de la viande de porc, symbole d’impureté et de souillure. Un interdit qu’il n’a aucun mal à observer. Certains ne refusent pas la consommation de l’alcool -sans modération- mais le jambon, si.

L’alcoolisme tue en terre d’islam. C’est une réalité que les Etats musulmans cachent hypocritement. Quant à la consommation de la viande de porc, elle peut à la limite augmenter le taux du cholesterol mais ne provoque pas les drames semblables à ceux de l’alcool.

L’Etat égyptien en profita pour abattre des centaines de milliers de cochons élevés par la communauté copte, une minorité chrétienne (10% de la population) dont les droits ne sont pas toujours bien respectés.

Ce fut sous la pression des Islamistes qui ne ratent pas une occasion pour créer des difficultés au gouvernement que l’Etat décida d’abattre des bataillons de porcs alors qu’aucune preuve n’a été apportée sur l’éventualité d’une contamination de l’animal à l’homme en Egypte. Ce fut par précaution et aussi pour éviter les critiques et les manifestations des islamistes.

Une façon aussi de discriminer la minorité copte et de faire croire que la grippe, comme le sida, est une punition que Dieu envoie à ses sujets qui s’égarent ! C’est ainsi que l’islamisme accumule des petites victoires en vue d’une prise de pouvoir un jour. Déjà, il attribue la crise du capitalisme à l’usage de l’intérêt qu’occasionne l’argent, chose strictement interdite en Islam mais si peu respectée.

Du coup, l’Organisation mondiale de la santé a changé le nom de cette maladie, d’une part pour ne pas vexer le Mexique, et d’autre part pour ne pas embarrasser les pays musulmans. Elle s’appelle la grippe « H1N1 influenza A ». C’est technique, c’est scientifique et c’est surtout consensuel. Le changement de nom permettra-t-il de mieux lutter contre l’épidémie ? Pour le moment c’est la peur qui a été bien installée dans le monde.

Nous vivons une époque où, tout en créant les raisons d’une panique, les Etats tentent de nous rassurer au point où nous ne savons pas ce qui est réellement grave et ce qui est exagéré. Un journaliste a eu la bonne idée de rappeler que le sida tue chaque année plus de deux millions de personnes dans le monde, le paludisme 1,3 million pour la grande majorité en Afrique. Quant à la grippe banale, la grippe hivernale, elle tue 7500 personnes chaque année rien qu’en France.

Et avec tout ça, nous devons avoir le moral, nous préparer à recevoir la mort parce qu’on aura serra la main ou embrassé une belle mexicaine !

Photo : un policier égyptien dans un abattoir du Caire le 30 avril 2009 (Asmaa Waguih/Reuters).

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  • ismet222
    ismet222 répond à siko
    democrate
    • Posté à 20h48 le 04/05/2009
    • Internaute 60772
      democrate

    Moubarak, suit une logique d’extermination de certaines minorités, comme les coptes, qui étaient présent bien avant l’arrivée de l’Islam en Egypte.
    Il faut connaitre ce pays pour savoir combien les coptes sont victimes du pouvoirs égyptiens et nul besoin d’être un extrémiste pour soutenir l’extermination de cette population. L’affaire du porc est une provocation de plus dirigée contre les minorités.
    Alors oui MOUBARAK est un extrémiste en collusion plus ou moins voilée avec les islamistes fondamentalistes purs et durs.
    PS à lire l’histoire de l’ Egypte et de la minorité copte. c’est très instructif.

  • raspou
    raspou répond à Network 23
    • Posté à 22h00 le 04/05/2009
    • Internaute 29047

    L’ambiguïté du pouvoir égyptien avec les islamistes date de Sadate. Succédant à Nasser et passant dans le camp occidental, Sadate a largement assoupli la répression anti-islamiste pour contrer la gauche égyptienne. Fini le panarabisme plus ou moins laïc de Nasser, début d’une alliance de raison entre le pouvoir et les Frères musulmans.

    Néanmoins, ce rapprochement a connu des hauts et des bas. Entre autres parce qu’une partie des islamistes égyptiens est devenue encore plus extrémiste que les Frérots (takfir wa higra, etc.) et est passée au terrorisme. Le pouvoir jongle donc entre répression (violente) et alliance avec les islamistes dits modérés, qu’il est plus exact d’appeler non-violents, c’est-à-dire qui ne prônent pas la lutte armée - ce qui ne les empêche pas d’être ultra réacs et rétrogrades.

    Le pouvoir, par sa tolérance vis-à-vis des Frérots, par son soutien à Al-Azhar et ses cheikhs rétrogrades, entretient donc la tendance intolérante et bondieusarde de la société égyptienne, tout en cognant sur ceux qui vont trop loin dans la remise en cause dudit pouvoir...

  • sayfam
    • Posté à 22h02 le 04/05/2009
    • Internaute 37718

    Erreur !
    Dans votre monologue reflétant vos stigmates, vous confondez les priorités de ce monde capitaliste. Et oui mon cher, c’est pour ne pas stigmatiser la filière porcine ET vexer le Mexique que ce changement de nom fut opéré. Le coté musulman n’est qu’une décoration bienvenue à l’effigie des anti-musulmans.

    Et c’est aussi une erreur de dire que ce changement évite d’embarrasser les pays musulmans, c’est plutôt le contraire ( pays chrétiens ) , non ?

    Il y a aussi une énorme faute professionnel de la part des médias. Ils n’ont pas encore compris comment se servir du web, et comment ils sont manipulés ( par eux même, et l’ambiance général ). Entre-temps le gouvernement en profite puisque les décisions plus importantes sont pris en cachette. Ni vu ni connu.

    Finalement les médias ressemblent de plus en plus à des panneaux publicitaires concentrés sur l’apparat du clique et du rating.
    Où est la crise ? Hadopi où en est on ? Où sont les morts des tremblements de terre ? On en parle vite-fait bien-fait, moins rentable. L’actu c’est une grippe qui fait parti de l’évolution, de l’évolution de notre défense immunitaire.
    Comprenez que c’est comme une foret constamment surveillé par des pompiers qui s’acharnent sur le moindre départ de feu. A la fin le bois mort s’accumule et un incendie ravageur incontrôlable se déclenche. Sauf que pour nous cela signifie la mort d’hommes par un virus plus mortel ( dans quelques années ?) qui ironiquement ont été protégé de tous les ultra, méga, dangereux, caca bouda virus.

    Et si j’attrape cette grippe ( car ce n’est qu’une grippe ), je ferai tout pour contaminer un maximum de gens. Nah !

  • CAUSTICUM
    CAUSTICUM
    désabusé de plus en plus ...
    • Posté à 22h10 le 04/05/2009
    • Internaute 29966
      désabusé de plus en plus ...

    Cette redénomination par l’OMS était suspecte ; elle visait manifestement à ménager les susceptibilités ; ça sentait la langue de bois, la novlangue : le non voyant pour l’aveugle, le technicien de surface pour l’agent de service, le mal entendant pour le sourd, le mal comprenant pour le débilou moyen ...

    Mais là, avec le « H1N1 influenza A », c’est encore plus opaque et les « âmes sensibles » sont ainsi bien protégées : ne surtout pas désigner le lieu d’origine ; ne pas indiquer le vecteur principal et par dessus tout s’il est fantasmatique. Porc ! vous dites ; Horresco referens !

    A croire que nos ancêtres ont inventé progressivement le langage pour des prunes ! H1N1 et pourtant lorsque l’on achète un médicament, son nom commercial rappelle peu ou prou ses indications thérapeutiques ; on ne le vend pas sous le nom de sa formule chimique ! alors, H5N1, H1N1 etc ... c’est bon pour les spécialistes de la chose ; pour le grand public, ça restera respectivement la grippe du poulet et la grippe porcine.

    Quant à la « vache folle », qui se souvient de son nom scientifique ?

  • tasfa
    tasfa
    humain
    • Posté à 22h46 le 04/05/2009
    • Internaute 71502
      humain

    Je trouve que Ben jelloul charge la barque sur les islamistes .
    Le vrai scandale c’est le regime de Moubarack qui a chaque fois que la rue egyptienne gronde (misere,corruption, hostilité à l’égard de la politique complice de la tuerie de Gaza....) s’en prend à des bouc émissaires.
    Aujourd’hui c’est les cochons et surtout la minorité copte, mais il y a quelques années c’était les homosexuels et des arrestations arbitraires.
    Pour finir vu leur poids grandissant en egypte, les islamistes attendent une tout autre victoire et cet ecrivain devrait aussi dénoncer ces régimes autoritaires et violents.