Enquête 03/05/2009 à 11h07

A Alincourt, le nouveau châtelain a déclaré la guerre aux campeurs


Le richissime Duménil a eu le château pour rien parce qu'il est occupé par 80 campeurs. Qu'il veut déloger par tous les moyens.


Le château d'Alincourt (DR)

(De Parnes) Portail cadenassé et bâché, hautes enceintes de pierres et quatre mastodontes de 100 kilos qui sortent quand on s'approche à moins de cinq mètres, bienvenue au château d'Alincourt, à Parnes, dans l'Oise. L'un des gros bras prévient :

« N'essayez même pas de rentrer, c'est mort. »

Depuis le début de l'année, le nouveau propriétaire de la demeure et du terrain de 110 hectares qui l'entoure veille au grain sur ses biens. Quitte à faire venir une équipe de sécurité aux méthodes de barbouzes.

Le 8 janvier dernier, Alain Duménil, poids lourd de la finance et 90e fortune nationale selon le magazine Challenges, achète le lot dans une vente aux enchères pour 4, 57 millions d'euros.


Sauf que 80 personnes vivent dans le camping à l'année du parc, ouvert par l'ancienne propriétaire il y a plus de trente ans. Au fil du temps, le camping est devenu l'habitation principale des résidents, qui ont investi dans des chalets ou des mobile-homes et choisissent, ou subissent pour des raisons financières, ce mode de vie.

L'ancienne propriétaire leur louait les emplacements pour quelques centaines d'euros par mois, avec l'accord tacite de la préfecture qui versait même des APL à certains foyers.

Cette présence n'est pas tout à fait du goût d'Alain Duménil. Dès l'acte de vente conclu, il met en place une stratégie d'expulsion, aidé par une trentaine d'agents de sécurité d'une société
privée.

Dimanche dernier, un délégué du Secours catholique est intervenu pour porter assistance à un des résidents du parc, en grève de la faim depuis le 1er avril. Il raconte :

« Les vigiles ne m'ont pas laissé entrer. Ils ont fait sortir le monsieur dans une voiture et la consultation s'est faite dans la voiture. Ce que j'ai constaté m'a affolé. Cette personne est dans une grande détresse, il a besoin d'aide alimentaire et
psychologique. Il m'a dit que ce qui se passait à l'intérieur, l'ambiance qui régnait, le terrorisait. Il était comme une bête traquée. »

Des agents de sécurité aux méthodes musclées

Depuis la fin du mois de février, les agents de sécurité accompagnés de chiens veillent sur les lieux. Et à l'intérieur, la situation s'est empirée petit à petit. Cyril Perennes, artiste de cirque, vit depuis 2005 dans un des mobile-homes du château d'Alincourt :

« Les hommes de ce que nous appelons “la milice de Duménil” ont commencé à rouler comme des fous en 4x4 et à klaxonner dans les allées du camping, alors qu'il y a des enfants. Puis ils ont instauré un contrôle d'identité à l'entrée, soit disant pour notre sécurité. Après il fallait aussi ouvrir le coffre de la voiture. Et puis on nous a annoncé un couvre-feu, avec circulation interdite des véhicules de 21 h 30 à 8 heures. »


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Insultes racistes, sexistes, menaces de mort, dégradations de bien, musique à fond dans le parc, les résidents ont fait état de nombreuses exactions commises à leur encontre. Sous la pression, beaucoup quittent les lieux. Cyril Perennes poursuit :

« Dans la nuit du 15 au 16 avril, les vigiles ont décidé de pendre la crémaillère. Alors ils ont organisé une fête dans le parc, avec musique et nuisance sonore de 3 à 6 heures du matin. Ils ont fait éclater des pétards par cartons entiers, ont cassé des portails. Ma femme est sortie leur crier d'arrêter, ils ont alors vidé un extincteur sur ma voiture. »

A plusieurs reprises, les résidents du parc contactent la gendarmerie. Le lieutenant George, de la compagnie de gendarmerie de Méru (Oise), explique :

« Il y a des difficultés pour intervenir parce qu'il s'agit d'une propriété privée. Mais nous avons toujours recueilli les plaintes. Nous sommes rentrés deux fois dans la propriété, pour faire des constations. On a vu les pétards, bon, on a dit aux vigiles que c'était pas malin. Le problème c'est que c'est un lieu privé, mais les gens à l'intérieur ont quand même un peu des droits. »

Aujourd'hui, il ne reste qu'une quinzaine d'habitants au camping du château d'Alincourt, soutenue par plusieurs associations, dont Droit au logement, qui siègent régulièrement devant la grille du château. Annie Pourre, représentante du DAL,
s'insurge :

« Monsieur Duménil est richissime, il possède la société Acanthe Développement, le Théâtre de Paris, il existe même un prix littéraire Duménil. Il a acheté le domaine pour une bouchée de pain et s'acharne maintenant sur une poignée de résidents, qui sont déjà, pour certains, dans des situations difficiles. »

Les habitants du parc n'ont encore jamais rencontré le nouveau propriétaire. Ils se disent prêts à partir, mais après avoir été indemnisés. Certains ont investi des dizaines de milliers d'euros dans leur habitation. Une partie d'entre eux va saisir la justice. Pour l'avocat du cabinet Monconduit, qui défend ces familles :

« Les habitants ont bien reçu un courrier du propriétaire qui leur ordonnait de quitter les lieux, mais cela n'a aucune valeur juridique. Ce n'est pas un avis d'expulsion, qui doit émaner de la préfecture. Alors Monsieur Duménil fait tout pour qu'ils partent d'eux-même. Le problème vient de la qualification juridique des habitants. Pour monsieur Duménil ce sont des campeurs alors qu'ils sont en réalité locataires ou propriétaires. »


L'affaire sera jugée le 11 mai, au tribunal d'instance de Beauvais.

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  • Lemmy Nothor
    Lemmy Nothor
    - Drinking muddy waters
    • Posté à 11h59 le 03/05/2009
    • Internaute
      - Drinking muddy waters

    Mazette, c'est pas Moulinsart.....c'est assez impressionnant comme domaine....jettez un oeil sur Google Earth......Parnes, Chateau Alincourt...
    vous verrez.....

    Il y a une solution assez simple.....sans trop de complications, enfin je dis ça tout en étant pas du tout impliqué dans le débat entre les « campeurs » et le nouveau maitre des lieux.....
    La commune n'a qu'à saisir une partie du terrain ( il ne s'en rendra même pas compte, vu l'immensité du lieu ) et le céder aux « campeurs »

    api.flickr.com/services/feeds/ geo/ ? g=872059@N21&lang=en-us&format=rss_200 - 56k

  • ducatel
    • Posté à 12h01 le 03/05/2009

    la fin de l'article résume tout : quelle est la qualification juridique de ces habitants ? A priori, si c'était un droit de camper qu'ils avaient, ça va être difficile de les reconnaitre locataires.

  • Naradamuni
    Naradamuni répond à teo69004
    • Posté à 12h34 le 03/05/2009

    Alain Duménil est un homme d'affaires discret. Très secret même. Qui connaît aujourd'hui ce Français de 57 ans résidant en Suisse, l'une des plus grosses fortunes de l'Hexagone, avoisinant sûrement le milliard d'euros ? Sûrement pas les 143 ex-salariés de Stéphane Kélian, laissés sur le carreau depuis la faillite en août 2005 de leur entreprise. Jamais le milliardaire ne s'est déplacé dans la Drôme pour y rencontrer les petites mains aujourd'hui au chômage qui fabriquaient ses chaussures. C'est cette absence de curiosité qui lui vaut d'être devenu aujourd'hui le symbole du patron voyou, qui garde pour lui les bénéfices et laisse les pertes à la collectivité.
    Lien

  • Roald
    Roald
    Citoyen
    • Posté à 12h45 le 03/05/2009
    • Internaute
      Citoyen

    Je vais aller à contre-courant de la plupart des interventions ici mais si monsieur Duménil a fait de bonnes affaires et qu'il a su utiliser les lois convenablement pour acquérir un grand patrimoine immobilier avec un bon conseil juridique, tant mieux pour lui. S'il veut changer la destination d'occupation des terrains de son château, c'est son droit. S'il veut investir dans l'immobilier de prestige pour vivre des revenus locatifs (y organiser des cérémonies et des congrès), c'est son droit. Pas sûr qu'un congrès ou un mariage avec vue sur un camping soit très prisé des organisateurs ni des clients.

    Il ne l'a pas payé cher. Les prix de l'immobilier sont (presque) libres, il a fait une bonne affaire.

    Pourquoi monter cette affaire en épingle sur une histoire de châteaux ? Jalousie. Des gens y ont investi de l'argent pour construire en dur, pour s'y installer. Mais ils n'étaient ps proprios. Se donner l'illusion d'être proprios à moindres frais. Pas plus honteux que d'être richissime ! Que diriez-vous si vous étiez propriétaire de votre terrain, votre voisin aussi et qu'il décide de construire sa cabane de jardin définitive en dur sur votre terrain pour se faire de la place pour son potager ? La loi est la même pour tous. Pourquoi monsieur Duménil n'aurait-il pas le droit de refuser des constructions en dur sur le terrain qui lui appartient ? Et un propriétaire est en droit de mettre un terme au bail de l'occupant suite à l'acquisition d'un bien immobilier.

    Les sociétés de sécurité, c'est autre chose, on sait tous bien qu'ils ont un sens particulier de la diplomatie. Mais si monsieur Duménil a déjà eu à faire face des expulsions qui se sont éternisées (ce qui n'est pas rare), on peut comprendre... Approuver, c'est autre chose.

  • Lemmy Nothor
    Lemmy Nothor répond à Utilisateur désinscrit à sa demande
    - Drinking muddy waters
    • Posté à 13h51 le 03/05/2009
    • Internaute
      - Drinking muddy waters

    En fait, les gens qui habitent sur les terres du chateau auraient fait partie de la propriété sous l'époque féodale, et il n'aurait pas été question de les expulser. Oui, ils auraient aussi été obligés de travailler à l'oeil pour le nouveau seigneur, ils n'auraient pas non plus eu le droit de chasser sur les terres. Mais revenons à aujourd'hui....il achète le chateau....et engage 10 ou 15 gardes plus les cadors...il aurait pu engager les gens qui vivent sur place, sur les 80 , y'en a bien une dizaine qui cherchent du boulot, et ils doivent bien connaitre les lieux.

  • Moksha
    • Posté à 15h24 le 03/05/2009

    Ben je n'ai pas le temps de tout lire peut être avez vous déjà trouvé ça ....
    car déjà en 2006....

    ce cher Alain Duménil montrait sa voracité....

    est-il heureux ainsi ?

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    Je suis agnostique mais j'espère tout de même qu'un jour D.ieu reconnaîtra les siens.