Decryptage 02/05/2009 à 18h26

Après le 1er Mai, des lendemains qui divergent

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Les syndicats entendaient frapper un grand coup : une mobilisation aussi forte que celles du 29 janvier et du 19 mars aurait obligé le gouvernement à réagir et à prendre vite les mesures réclamées sur le pouvoir d'achat et la « relance par la consommation ».

Mais les représentants des salariés ont été handicapés par un 1er Mai ensoleillé, qui débutait un week-end de trois jours. Derrière l'« historique » unité syndicale de façade, ils doivent gommer leurs divergences et trouver une ligne commune pour donner un nouveau souffle à la contestation. Difficile avant les vacances : ponts, bac et élections européennes risquent de rendre la mobilisation difficile. Et personne ne prendra le risque d'une manifestation rassemblant moins de monde qu'hier.

La réunion du « G8 » syndical, lundi, est donc cruciale. Les huit syndicats ont une plateforme de revendications communes (hausses de salaires, mesure contre le chômage, investissement public...). « L'urgent est d'obtenir des mesures du gouvernement avant l'été », nous déclarait hier Maryse Dumas, n° 2 de la CGT. Mais comment « faire pression » sur le gouvernement et le patronat ?

Derrière les syndicats, la plupart des partis d'opposition regardent évidemment plus vers les européennes. Le gouvernement a donc tout loisir pour temporiser. Le Medef, lui, brille par son silence. Revue des différentes positions syndicales, et parfois politiques, sur la stratégie à suivre.

Les partisans d'une ligne dure : la grève générale

L'image frappe de plus en plus lors des récentes manifestations : les petits écriteaux « Rêve générale » -comme celui de Marie-Jeanne, une retraitée interviewée dans nos instantanés du défilé- sont souvent portés par des gens qui n'affichent aucune appartenance syndicale ou partisane.

Parmi les huit syndicats qui défilaient unis, Force Ouvrière et Solidaires divergent des autres sur ce point. Pour FO, qui a manifesté séparément des autres dans certaines villes de province, une grève générale de 24 heures est souhaitable. Manière, pour le secrétaire général Jean-Claude Mailly, de « monter d'un cran », et de ne pas « appeler les salariés tous les mois dans la rue ».

Solidaires souhaite une grève reconductible, c'est à dire illimitée. La FSU hésite encore.

Côté partis politiques, l'extrême gauche milite aussi pour ce changement de stratégie. Pour Alain Krivine, du NPA, « on ne peut pas se permettre une quatrième journée de manifestation, on va épuiser les gens ». Il souhaite une grève générale illimitée « un peu comme en Guadeloupe ». Lutte Ouvrière est sur la même ligne, alors que les autres partis d'opposition restent silencieux sur ce point.

Les partisans de lignes plus douces

Les cinq autres centrales (CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC et Unsa) refusent cette idée de grève générale. François Chérèque, le patron de la CFDT, considère que « ce n'est pas une grève qui règlera » les problèmes des salariés.

Les autres centrales se rallieront peut-être alors à la proposition, faite par la FSU, d'une manifestation nationale, un week-end. Mais avec les beaux jours et une potentielle psychose de grippe A, cette solution est risquée en terme de mobilisation.

Pour la CFTC, le nouveau souffle pourrait se trouver dans une journée d'action fondée sur la gratuité, dans les transports notamment. Fort écho médiatique garanti, en plus d'un geste de solidarité envers ceux qui souffrent le plus de la crise.

En face, rien de nouveau

Ce 1er Mai en demi-teinte (grande mobilisation pour une fête du travail, faible par rapport aux deux précédents mouvements de cette année) laisse une importante marge stratégique au patronnat et au gouvernement. Pour l'instant, le Medef semble avoir choisi la stratégie d'un silence le plus assourdissant possible.

L'exécutif, lui, n'a pas eu besoin de déranger Nicolas Sarkozy ou François Fillon pour réagir à la manifestation d'hier. L'Elysée a promis une rencontre avant la fin du mois de juin, par la voix de Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, sur Europe 1 ce matin (Ecouter le son).

Mais cette rencontre ne sera pas un « sommet social », comme après les manifestations de janvier et de mars.

Côté gouvernement, le ministre du Travail, Brice Hortefeux, déclare dans une interview au Figaro qu'« il faut laisser du temps pour que les nombreuses mesures déjà prises se déploient et que leurs bénéficiaires en perçoivent les effets » :

« Si la crise perdure ou s'intensifie, nous nous adapterons. Nous ferons à l'été avec les partenaires sociaux l'évaluation des mesures prises, et nous en tirerons ensemble les conséquences. »

Traduction : tant que les syndicats n'arrivent pas à franchir un nouveau cap, le gouvernement n'a aucune raison de faire de nouveaux gestes.

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  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 19h32 le 02/05/2009
    • Internaute
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    on devrait faire une greve européenne

    une grève dure des deux cotés du rhin ça aurait de la gueule

  • Dissonance
    Dissonance répond à Phil2922
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 21h15 le 02/05/2009
    • Internaute
      met le doigt où ça fait mal.

    Au risque de me faire conspuer...

    Ce qu'on oublie systématiquement de dire quand on vante l'action du LKP ad nauseam, c'est que la Guadeloupe, malgré tout le respect qui lui est du, n'est qu'un confetti à l'échelle de la France, pour ne pas dire à l'échelle de l'Europe. Tant en matière de superficie que de population.

    Pour rappel, la population guadeloupéenne c'est 0.6% de la population nationale. Ceci permet de comprendre que prétendre pouvoir appliquer leurs méthodes à la France, ou même à l'Europe, est pour le moins fantaisiste.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 22h28 le 02/05/2009
    • Internaute
      Déchoukeur

    En France, concernant l'emploi - et donc les revenus, principal problème - le gouvernement, corsetté dans son armure libérale, est incapable de prendre » des décisions audacieuses. Et à ce titre, irrésistiblement comment ne pas évoquer, en comparaison, la sclérose et l » impuissance de l'Ancien Régime à réformer l'impot avant 1789 ?
    C'est le principal défaut de l'armure qui par ailleurs part en déliquescence de tous côtés.
    Après une perte de 135 000 emplois dans le secteur concurrentiel au second semestre 2008, les prévisions de l'Insee rendues publiques le 20 mars 2009 , énoncent une nouvelle baisse de 364 000 emplois dans ce secteur au seul premier semestre de cette même année 2009. L'hémorragie s'aggrave dans l'industrie avec une prévision de 143 000 emplois supprimés, soit 4 % des emplois du secteur, et elle démarre dans la construction, avec 38 000 emplois en moins, alors que le secteur avait bien résisté jusqu'à la fin de l'année dernière malgré le retournement du marché immobilier. Le repli de l'emploi s'amplifie également dans le secteur des services avec moins 205 000 emplois, alors que jusque là sa croissance compensait la baisse déjà ancienne de l'emploi industriel. Résultat : des pertes d'emplois qui, en rythme annuel, sont deux fois plus importantes que celles subies en 1993, lors de la précédente récession et trois plus qu'après le premier choc pétrolier dans les années 1970. L'Insee prévoit 280 000 chômeurs de plus au seul premier semestre 2009 (une prévision probablement optimiste car sur les seuls deux premiers mois nous en étions déjà à 180 000 chômeurs de plus). Alors que pour toute l'année 1993 on en avait dénombré 276 000 de plus et 307 000 en 1984, la pire année sur le plan du chômage depuis le début des années 1970. Il y a donc une très grande probabilité que 2009 batte malheureusement tous les records dans ce domaine. Face à une telle crise, génératrice de révolte, le gouvernement, dans l'indécision, est incapable de revenir sur ses fondamentaux libéraux de diminution de postes dans la fonction publique en particulier. Et c'est bien là, dans ce pays, que le bât blesse le plus…
    La gauche n'a rien à proposer sinon du « plus de... » ou du « un peu moins ».
    Les syndicats - ou plutôt leurs bureaucraties - avancent prudemment, comme sur un tonneau de poudre, décontenancés par la profondeur de la crise, conscients de la probabilité d'être les premiers emportés en cas d'explosion sociale.
    Dans cette lutte des classes qui s'exacerbe les éléments conscients, de plus en plus nombreux notamment dans la jeunesse, s'enhardissant malgré la volonté affichée de répression, constituent l'espoir d'une vraie Révolution radicale nécessaire. Pour la victoire, pour des acquis, rejoignez les organisations et les syndicats de combat.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 00h18 le 03/05/2009
    • Internaute
      actif et militant ?

    Le gouvernement doit se marrer, nous moins !

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