Tchat

Macha Makeïeff : « Tati se serait amusé dans la société actuelle »

Macha Makeïeff invitée du tchat de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89).

Jacques Tati est partout ce printemps, comme un clin d'œil de la France pleine d'espoir de l'après-guerre à celle du début des années 2000, plongée dans la crise. Avec ses éclats de rire et ses absurdités, sur les murs du métro, sans sa célèbre pipe dont l'ont privé des censeurs tatillons. Pour en parler, Rue89 a accueilli, ce jeudi pour un tchat avec les riverains, Macha Makeïeff, co-commissaire et scénographe de l'expo de la Cinémathèque.

Jacques Tati dans "Mon Oncle" (DR)

Le tchat

Avant le tchat

L'occasion de la déferlante Tati : une grande expo sur l'univers du cinéaste à la Cinémathèque française, un spectacle au Théâtre de Chaillot, une expo architecturale au 104, une autre sur “le bel âge des arts ménagers” au Musée des Arts décoratifs de Paris, ou encore la sortie en juin d'une nouvelle copie restaurée des “Vacances de Monsieur Hulot”, l'un de ses grands classiques.

A la Cinémathèque et à Chaillot

Macha Makeïeff fait toujours 36 choses à la fois. On la retrouve donc commissaire, avec Stéphane Goudet, de la très belle et émouvante expo “Tati, deux temps, trois mouvements” de la Cinémathèque, recréant le monde burlesque de Jacques Tati mais aussi son observatoire méticuleux et précis des moeurs des années 50 dans la France des trente glorieuses ; on la retrouve aussi, jusqu'au 16 mai, au Théâtre de Chaillot, avec un spectacle inspiré de Tati, mis en scène avec son compagnon de trente ans Jérôme Deschamps, et dont elle signe aussi les décors et les costumes, “Salle de fête”.

Mais Macha Makeïeff, c'est aussi une longue histoire de création, avec, en particulier, les Deschiens, série culte imaginée avec Jérôme Deschamps, qui a rythmé les années 90 sur Canal +, révélé François Morel et Yolande Moreau, imposé un style, une patte, et même une mode vestimentaire minimaliste. Pour retrouver un peu de l'esprit Deschiens, rendez-vous sur leur site internet, et tentez d'entrer, vous verrez…

Sur tous ces sujets, sur son univers de création, mais évidemment d'abord sur le monde de Jacques Tati qui est au coeur de son actualité, Macha Makeïeff répondra jeudi à vos questions. (Voir ci-dessous la vidéo de présentation de l'expo Tati de la Cinémathèque)


Pour vous mettre en bouche, Rue89 vous offre deux extraits de chefs d'oeuvre de Jacques Tati, “Les Vacances de Monsieur Hulot”, qui sera projeté en clôture du Festival de Cannes cette année dans sa nouvelle copie restaurée, et “Mon oncle”, formidable flashback dans la France des années 50.

A voir avec un brin de nostalgie pour les plus agés, et, sans doute pour beaucoup de jeunes, la découverte réjouissante d'un univers cinématographique, mais aussi sociologique, d'une richesse exceptionnelle.

Le site de la Cinémathèque a eu la bonne idée d'offrir une revue de presse d'époque pour chacun des grands films de Jacques Tati. Ainsi pour “Les Vacances de Monsieur Hulot”, l'accueil est mitigé parmi les critiques :

“A sa sortie en salles, Monsieur Hulot
suscite quelques divergences entre une critique conquise et une autre plus sceptique, voire déçue. De fait, c'est un peu comme si les critiques se retrouvaient face à un tableau brossé par petites touches, admirant chaque trait de pinceau -d'humour, ici- mais ne recevant pas
l'œuvre de la même manière au moment de prendre du recul pour l'observer dans son ensemble. ‘On ne peut pas ne pas penser à un impressionnisme cinématographique’, note ainsi Education Nationale, rejoint par Arts qui évoque ‘une étude de mœurs pointilliste’.

‘Jean
Queval dans Radio Cinéma Télévision donne le ton : Plusieurs malentendus risquent bien de peser sur le sort de ce film.’ Combat avance une première explication : ‘ Pour tout dire, nous avons trop attendu Tati à son second examen pour ne pas être déçus.’ Fort du succès de ‘Jour de Fête’, Tati a eu toute liberté pour préparer Monsieur Hulot, ‘il ne s'est pas pressé et il a pu tourner à loisir son second film’, précise Paris Comoedia. ‘Certains l'attendaient au tournant, Monsieur Jacques Tati. Un succès comme celui de Jour de Fête’, cela va bien une fois. Mais on s'arrange pour vous le faire payer”, ironise Max Favalelli dans Paris-Presse. » (Voir un extrait des Vacances de Monsieur Hulot, ci-dessous)


Gros succès, à l'opposé, pour « Mon Oncle », sorti en 1958 :

« Sorti simultanément en salle et au festival de Cannes 1958 (Prix spécial du Jury), “Mon Oncle”, troisième long-métrage de Jacques Tati, reçoit un accueil triomphal. Dans L'Humanité, Jaques Deltour annonce sans ambages la naissance du “ plus grand film comique français qui ait jamais été réalisé ”. Tout aussi élogieux, Henry Magnan salue dans Combat un “ film foisonnant de trouvailles et de richesse d'invention ”. L'admiration de la critique se porte aussi sur Jacques Tati, qui apparaît, selon France Soir, comme un “ metteur en scène comique d'un talent exceptionnel ”. » (Voir la bande annonce de Mon Oncle, ci-dessous)


Excuses… Quelques petits soucis ont accompagné la mise en ligne de ce tchat jeudi soir, avec des questions et des réponses décalées. Désolés. Tout est en principe entré dans l'ordre.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de darrio

De darrio

OnnouscachetoutOnnousditrien | 17H00 | 29/04/2009 | Permalien

Tati, artiste hors normes, qui refusait les compromis, qui restait cohérent avec sa propre reflexion artistique malgré le dictat de l'époque, qui s est ruiné pour la vision de son art…

Rien que pour ce trait caractéristique de l'homme ,Messieurs/Dames, la meilleure façon de rendre hommage à son oeuvre et à ce qui l'a engendrée n'eût elle pas été de refuser la suppression de la pipe, objet lui aussi caractéristique de Tati.

Et en effet, je reprends la question était il vraiment impossilbe insurmontable, de combattre la volonté de cette retouche.
Sérieusement ? ? Qu'est ce qui vous a fait flancher ? ? ? C'est une vraie question
Macha M :
« On était d'accord avec Serge Tubiana [directeur de la Cinémathèque, ndlr] et Costa Gavras [président de la Cinémathèque, ndlr] pour refuser de gommer la pipe des affiches, ce qui aurait été stalinien et ridicule. Il n'en n'a donc jamais été question. »

Ca reste autant
digne d un regime totalitaire que de supprimer la pipe dans un contexte artistique et dans un pseudo contexte democratico-francais
En temps qu'inconditionnel de Tati je refuse radicalement (ben ouais le terme s impose) cette pirouette trop facile…

L'exposition à tout prix ? ? NON

Trahison est faite à Tati
Combien déjà de son vivant il en a bavé et vous vous permettez vous de faire des compromis qu'il aurait lui refusés

L'Artiste mort deviendra-t'il un artiste trahi ?

Portrait de Chimulus

De Chimulus

Dessinateur de presse | 09H48 | 30/04/2009 | Permalien

Portrait de fidal

De fidal

guide de tourisme | 11H58 | 30/04/2009 | Permalien

Macha vous n'este que du bonheur.
Et Tati aussi.

Portrait de 101.7

De 101.7

Promeneur | 17H42 | 30/04/2009 | Permalien

Je suis assez déçu de la réponse à ma question.
C'est ça la grosse lacune de ce genre de chat, on ne peut pas relancer si on n'a pas la réponse sans langue de bois.

Si une loi disait clairement : « on ne doit pas voir une cigarette dans la rue, ni une photo de pipe, ni une pipe représentée sur un tableau sous peine de dix ans de prison »… je pourrais comprendre le pied de nez qui mettrait l'accent sur le morceau qui manque.

Mais ce n'est pas le cas ici.
Il s'agît juste de se déculotter devant la pauvreté intellectuelle et l'autocensure d'un pubeux.
Si la cinémathèque est le partenaire de la RATP, pourquoi n'a t-elle pas exigé le respect du contrat ?

C'est quoi cette façon larvaire de toucher à la création ?
Je n'aurais jamais été d'accord pour enlever le moindre détail de cette image, les pirouettes pour justifier la démarche de remplacement ne sont pas claires, un peu trop langue de bois.

Le monde est complètement fou !
Si on s'aperçoit un jour que les moustaches gardent les microbes de la grippe adieu Charlot !

Portrait de Rimbus

De Rimbus

00H17 | 01/05/2009 | Permalien

Pierre Etaix censuré, la pipe de Tati effacée, vive le Droit qui s'oppose à la création. La loi Hadopi s'inscrit dans ce courant entre business et puritanisme… Tout cela est très sympa pour le mercantilisme, un peu moins pour les artistes. : -(

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