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Grippe A : deux cas avérés en France, Rue89 vous répond

Dans la soirée de vendredi, deux cas avérés ont été déclarés en France. Un homme de 49 ans, hospitalisé à Bichat (Paris), une femme de 24 ans hospitalisée à la Pitié-Salpêtrière et un cas très fortement suspect « qui risque de se révéler probablement positif à Necker », a déclaré Roselyne Bachelot.

« Toutes du Mexique, ce n'est pas une contamination qui s'est passée sur le sol de notre pays », a précisé la ministre de la Santé, affirmant que toutes les trois « vont bien » et « ont été traitées par les traitements antiviraux ».

Masques contre la grippe à Mexico, samedi (Eliana Aponte/Reuters)

236 cas sont confirmés dans le monde selon l'OMS, dont 97 au Mexique. L'OMS a tranché la polémique sur le nom de l'épidémie : elle est rebaptisé selon son nom scientifique en grippe « A/ H1N1 ».

Pour vous aider à y voir plus clair, nous ouvrons cet espace de discussion. Meriadeg Le Gouil, virologue (il vient de finir sa thèse sur le Sras au Muséum d'histoire naturelle, sous la direction de Jean-Claude Manuguerra, de l'Institut Pasteur de Paris), commence à vous répondre. D'autres spécialistes devraient prendre part à la discussion.

Pourquoi l'appeler « H1N1 » ?

Meriadeg Le Gouil : Le virus responsable de l'épidémie est un virus de grippe A. La nomenclature des virus de grippe compte deux autres types, les types B et C. Dans les virus de grippe A, le sous-type est défini par la combinaison en neuraminidase (N) et hémagglutinine (H), deux protéines codées dans le matériel génétique du virus. Il existe 16 hémagglutinines et 9 neuraminidases différentes connues. Le virus qui nous intéresse ici possède l'hémagglutinine 1 et la neuraminidase 1, toutes les deux connues. Sa nomenclature est donc : virus de grippe A H1N1.

Cependant, malgré une composition génétique générale connue, des différences plus ponctuelles apparaissent dans la séquence génétique des virus lorsqu'ils circulent. Il peut donc y avoir plusieurs virus de grippe A H1N1 différents. Ces différences peuvent procurer au virus concerné des potentialités nouvelles comme une modification de sa virulence ou une inefficacité relative d'un vaccin pourtant préparé contre un virus proche. Le nom d'un virus comporte donc non seulement son type (A, B ou C), son sous-type (H1N1 ou H5N1 par exemple) et une partie complémentaire, généralement constituée par son origine géographique.

Pourquoi meurt-on au Mexique et pas ailleurs ?

Meriadeg Le Gouil : Il est pour l'instant difficile de savoir exactement ce qui s'est passé au Mexique au début de l'épidémie. Les données concernant la phase pré-épidémique sont toujours parcellaires et à analyser avec précaution. Au Mexique, nous sommes très vraisemblablement en présence de décès dont les origines sont multifactorielles. La grippe A H1N1 ne serait pas le seul facteur de mortalité.

Effectivement, plusieurs décès n'ont pas été confirmés en grippe A H1N. La co-circulation de virus différents de celui de la grippe A H1N1 ou la co-circulation d'autres agents pathogènes pourraient avoir causé les décès non confirmés en grippe A H1N1.

Cependant, il est vrai que même les décès confirmés grippe A H1N1 sont plus nombreux au Mexique qu'aux Etats Unis, les deux seuls pays dont le nombre de cas confirmés est comparable (même ramenés au nombre total de cas confirmés, non mortels). Ceci peut s'expliquer tout d'abord par le fait que l'épidémie s'est déclarée au Mexique ; l'effet de surprise y était donc plus important. De plus il est vrai que les capacités de réponse des Etats-Unis à ce type de crise sanitaire sont vraisemblablement plus importantes qu'au Mexique qui ne disposerait par exemple que de deux laboratoires capables d'effectuer les tests de caractérisation nécessaires pour cette grippe, le premier à Mexico, le second à Veracruz.

Enfin, les contextes socio-culturels sont très différents entre ces deux nations et l'accès aux soins est un facteur qui fait rapidement la différence sur l'issue de maladies à évolution rapide comme la grippe. Par extension, on peut donc malheureusement penser qu'une fois encore, l'épidémie risque de sévir plus durement dans des pays au système de santé peu développé.

Les masques sont-ils efficaces ? Si oui lesquels ?

Meriadeg Le Gouil : Comme tout matériel de protection, l'efficacité des masques dépend d'abord du soin porté à leur utilisation. Il en existe plusieurs types qui répondent chacun à des normes différentes. Conçus généralement pour retenir les particules en suspension dans l'air, il montrent une efficacité certaine sur les poussières ou les gouttelettes de salive potentiellement infectés. Le principe de ces masques filtrants n'est pas de retenir les virus qui nécessitent des filtres plus performants.

Cependant, les masques disponibles en grande distribution ou en pharmacie peuvent limiter la contamination mais ne constituent pas une protection à cent pour cent efficace contre les virus et ne dispensent en aucun cas d'un comportement responsable. Il est a rappeler également que pour conserver leur efficacité, les masques sont à changer toutes les trois heures.

En France peut-on mourir de la grippe mexicaine ?

Meriadeg Le Gouil : Oui, c'est possible, surtout si le virus évolue vers une virulence accrue. Cependant, jusqu'à présent et d'après les premières données, il semblerait que ce virus A H1N1 ne soit pas vraiment plus dangereux qu'une grippe classique. La plupart des patients semble guérir spontanément ou après des soins légers.

Qui est la population la plus vulnérable ?

Meriadeg Le Gouil : Pour la grippe classique, les personnes les plus vulnérables sont les personnes âgées et les personnes affaiblies par d'autres infections. Curieusement, il semblerait que cette grippe mexicaine s'attaque plus facilement au jeunes adultes, mais les données sont encore difficilement accessibles, il peut s'agir d'un biais.

Est-il dangereux de côtoyer des porcs ?

Meriadeg Le Gouil  : Les porcs semblent avoir joué un rôle dans la transmission de ce virus à l'homme. Depuis que ce virus circule chez l'homme (depuis le début des évènements épidémiques), les porcs n'ont plus aucun lien avec l'épidémie. Il n'y a pas plus de danger à côtoyer les porcs qu'avant le début de l'épidémie.

Pourquoi serait-elle plus grave qu'une épidémie de grippe classique ?

Meriadeg Le Gouil : A l'heure actuelle, la grippe saisonnière fait effectivement quelques centaines de milliers de victimes (250 000 à 500 000 issues fatales) chaque année dans le monde et quelques milliers en France. Rien ne prouve pour le moment que cette grippe A H1N1 pourrait amener un bilan plus lourd.

Cependant, les potentialités de ce nouveau virus sont encore indéterminées, c'est pour cette raison que des mesures sont prises pour limiter son extension. Chacun doit adopter un comportement responsable pour freiner la diffusion du virus, exactement comme pour toute autre maladie infectieuse.

La culture industrielle du porc serait-elle responsable de la pandémie ?

Meriadeg Le Gouil : Nous faisons partie d'un monde, le monde biologique, dans lequel une grande part des phénomènes se produisent par hasard. Il y a des maladies nouvelles, et il continuera d'y avoir des maladies nouvelles tant que nous vivrons. Cependant, notre mode de vie peut bien-sûr conditionner en partie l'apparition et l'évolution des maladies. On le voit par exemple avec les substances cancérigènes ou le phénomène de résistance aux antibiotiques de certaines bactéries ou même les mutations du VIH qui peuvent permettre à certains variants d'acquérir des résistances aux antiviraux.

Certains facteurs peuvent donc favoriser l'apparition d'agents pathogènes, mais cela fait partie de l'évolution de nos sociétés. La forte concentration des animaux dans les élevages et la diversité génétique faible due à la sélection seraient des facteurs qui pourraient favoriser l'apparition de nouveaux agents pathogènes.

Mais il est certainement excessif de dire que l'élevage industriel est le seul responsable. Il constituerait tout au plus un des facteurs ayant contribué à l'apparition et sans doute à la transmission à l'homme du virus. Le premier facteur étant le hasard, qui a fait se rencontrer les différents éléments constitutifs de ce virus. Le second facteur étant globalement l'état actuel de nos sociétés, incluant la nécessité de produire des aliments en grande quantité à des prix abordables et la forte densité humaine de certaines régions du globe.

Quel est le bon décompte ?

Meriadeg Le Gouil  : Celui de l'OMS.

Article mis à jour régulièrement en fonction des nouvelles questions.

Photo : masques contre la grippe à Mexico, samedi (Eliana Aponte/Reuters)

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8 commentaires sélectionnés

Portrait de nemo3637

De nemo3637

Déchoukeur | 17H49 | 30/04/2009 | Permalien

Habitant dans les Antilles J'invite une Canadienne aux vacances prochaines. Doit-elle se faire « traiter » avant de venir ? Courons-nous un risque à accueillir ainsi des touristes nord-américains dans une petite île ?

Portrait de Job

De Job

20H43 | 30/04/2009 | Permalien

Pas d'accord sur la presse mexicaine, que je trouve courageuse en general.

1) Hier soir Canal Once a fait un long reportage sur le sujet, je peux en témoigner.

2) Les sites des journaux El Universal et La jornada ont aussi des articles sur l'affaire de La Gloria, et sont souvent repris dans les journaux de la presse régionale :
http://www.eluniversal.com.mx/nacion/167587.html
http://www.jornada.unam.mx/2009/04/28/index.php ? section=politica&article…
http://www.correo-gto.com.mx/notas.asp ? id=112244
http://www.correo-gto.com.mx/notas.asp ? id=111994

3) Des le **13 avril** dernier le journal Milenio en parlait meme, en se referant a une « misterieuse epidemie », avec un long reportage sur les conditions scandaleuses de l'elevage des porcs a La Gloria :
http://impreso.milenio.com/node/8559659

Le probleme au Mexique n'est pas la presse. Les choses se savent rapidement. Le probleme est que la revelation des scandales n'est presque jamais suivie d'effet, en particulier les gouverneurs sont tout-puissants. Le cas de La Gloria est particulierement immonde : le gouverneur de Veracruz, une fois que le scandale a eclate autour des Granjas Carroll, est arrive en helicoptere, a donne au petit gamin cense etre le cas 0 (Edgar), une casquette de baseball et un ballon de foot, a prononce quelques paroles rassurantes, fait quelques promesses et est reparti.

Portrait de Annie Sétoualé

De Annie Sétoualé

lesblogueries.net | 06H42 | 01/05/2009 | Permalien

Pour avoir vécu une crise sanitaire, là où j'habite à La Réunion (le Chikungunya, mot qui fait tant rire en Métropole), je sais une chose, c'est que nos Pouvoirs Publics ne se sont pas montrés de la plus grande efficacité. Je passe sur la négation de l'épidémie lorsqu'elle a débuté (aujourd'hui, cette négation est elle-même niée d'ailleurs) et si on rajoute ça à leur inertie lors de la canicule de 2003, il y a de quoi s'inquiéter à mon avis.
Il n'y a qu'a écouter « la voix de son maître » dans les média : nous on est prêt. On a plein de tamiflu, des tonnes de masques. On saura gérer. Arf, c'est vrai, ils inspirent tellement confiance, ces gens qui n'ont jamais de leur vie (demandez donc à Lefebvre) mis l'intérêt économique devant l'intérêt humain.
Ici à La Réunion, il a fallu qu'à la télévision (locale), sur les ondes et dans la presse régionale faire une information à destination des patrons qui harcelaient leur leur employés trop souvent absents et qui faisaient - forcément - semblant d'être malades. L'arrêt maladie c'est déjà très mal vu, alors à répétition, vous pensez.
Il a fallu expliquer, que le chik, ça n'était pas une petite grippe, comme l'avait prétendu un certain Xavier Bertrand. Que les gens qui en était atteint étaient « coincés », un peu comme si tout le corps rouillait d'un coup. J'ai vu sur des personnes jeunes, avec des articulations dans un état qu'on observe plus habituellement chez des octogénaires. Et à l'époque on ne savait pas si c'était réversible. Enfin passons.
Quand l'épidémie a commencé à exploser ici (des mois bien avant que les médias métropolitains n'en parlent), on nous a donné des consignes. Et comme l'épidémie étaient on ne peut plus visible - chacun pouvait compter parmi ses connaissances directes des personnes atteintes de la maladie - la motivation pour ne pas être piqué (c'était un moustique le coupable) était on ne peu plus forte.
Résultat : pénurie d'antimoustique. Chaque fois qu'un container arrivait et que les magasins étaient livrés, les produits disparaissaient en quelques heures.
Il y a eu en plus quelques « erreurs de castings ». Pendant un bon mois, la plupart des super-marché étaient plein à craquer de bombes insecticides. Alors que ce qui était recherché c'étaient les sprays et lotions corporels, et les plaquettes ou flacons à mettre sur les prises.
S'il y a bien une chose qui est ingérable, c'est la panique. Et à l'époque, vu ce qu'on observait et comment les Pouvoir Publics prenaient ça par dessus la jambe, il y avait vraiment de quoi être inquiet.
J'ajouterai que si l'épidémie a pu être minimisée pendant si longtemps, c'est que les Pouvoirs Publics n'ont voulu compter au départ que les cas « avérés », comme le fait l'OMS actuellement, c'est à dire confirmé par une sérologie. Sauf que tout le monde n'accepte pas d'aller faire une analyse rien que pour ça. Ajoutez à cela le décalage du au simple fait que les analyses étaient faites en Métropole. Et que rapidement, les laboratoires métropolitains n'ont plus pu suivre, faute de sérum.
Quand une épidémie explose, quand c'est en dizaine de milliers par mois (pour 800 000 habitants - imaginez la choses sur 60 millions) que ça se chiffre, on n'a plus le temps de jouer à faire de la sérologie pour les statistiques du Ministère de la santé. Ce sont les médecins qui déclaraient les cas d'après une grille de symptômes. Point barre.
Donc pour l'instant on peut espérer n'être pas encore dans la phase explosive, puisqu'on joue toujours au jeu des cas « avérés ».
Mais moi j'aimerai en savoir plus sur les morts Mexicains. Pourquoi meurent-on là-bas et pas ailleurs ?
S'agit-il d'un problème de pauvreté ? De couverture sociale défaillante ? Qui sont les morts Mexicains ? Des personnes fragiles ?
Si la grippe Mexicaine n'est pas plus virulente qu'une autre, pourquoi alors tout ce foin ?
Jamais on ne vous met en quarantaine dans un hôpital lorsque vous avez une simple grippe.
Jamais on ne nous a demandé de porter un masque lors des épidémies en France et il y en a tous les ans !
D'ailleurs sur les masques, est-il possible d'en savoir plus ?
Sont-ils efficaces ?
Si oui quels sont-ils ? Car comme l'a déjà signalé un riverain, des modèles inefficaces ou périmés sont sur le marché pour répondre à la première vague d'achat massif.
Personnellement, comme je n'ai aucune confiance en nos dirigeants pour gérer une réelle crise sanitaire, je serais aussi tentée de m'équiper en masque. Mais seulement si c'est un minimum efficace, et si je sais quoi acheter. Et surtout si cette grippe est d'une virulence supérieure à celle qu'on rencontre habituellement.
J'ai la sensation qu'on n'a pas fini d'avoir des informations contradictoires à ce sujet !

Portrait de mindren

De mindren

artisan | 09H28 | 01/05/2009 | Permalien

Peut être serait-il temps de se poser certaines questions :
1/ si les vaccins eux mêmes étaient responsables de nouvelles maladies
2/ si les conditions misérables de certains humains pouvaient être la cause de dérèglements
3/ si les conditions terribles de l'élevage animal pouvaient être une menace pour les humains
4/ l'argent est-il distribué là où il faut et ceux qui n'en bébéfient pas ne vont-ils pas devenir une menace sous toutes sortes de formes attendues et innarendues

Portrait de Michael A.

De Michael A.

apprenti-chercheur (futur chômeur) | 10H19 | 01/05/2009 | Permalien

Question bête :
est-il risqué de prendre l'avion (qui est un milieu très confiné) dans les jours avenirs ?
Est-il utile de prendre un masque pour cette occasion ?

Si quelqu'un peut me répondre je serai un peu rassuré…

Portrait de zecar

De zecar

medecin | 16H31 | 01/05/2009 | Permalien

le risque le plus elevé à mon sens à l'heure actuelle se trouve dans les aeroports les avions et los angeles
ne prend l'avion que si necessaire ou que si tu te dis tant qu'à choper cette grippe autant la choper maintenant tant qu'elle n'est pas trop dangereuse

Portrait de lapinot

De lapinot

chômiste | 12H07 | 02/05/2009 | Permalien

on est au tout début de l'épidémie, alors les quelques cas ne veulent rien dire…
rappel d'un petit caclul, si chaque malade contamine 2 personnes en une journée. :
au bout d'une semaine, 128 cas, c'est rien…
au bout de deux semaines 16000 cas, là on commence à moins rigoler, mais au niveau mondial c'est pas grand chose…
et au bout de 30 jours ? …

1 milliard de malade (2 puissance 30)

Portrait de palmer

De palmer

passant | 17H02 | 02/05/2009 | Permalien

GRIPPETHON :

Les cerveaux du ministère de la Santé comptent à cette minute :
deux cas avérés,
cinq « probables »
et neuf « possibles ».

Dans le même temps, les secrétaires consultent Robert Larousse, envoyé spécial chez Littré ; on s'attend dans les heures qui suivent à découvrir des cas (selon la nomenclature du moment) :
Certains
Vrais
Incontestables
Authentiques
Irréfragables
Sûrs
Evidents
Véridiques
Indubitables
Indéniables
Réels
Tangibles
Possibles
Vraisemblables
Plausibles
Apparents
Croyables
Plausibles
Pensables
Probables
Et assurément pathologiques (à ne confondre ni avec inoffensifs, ni avec mortels mais en tout cas bien plus importants que la crise économique engendrée par le capitalisme).

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