TVA au restaurant : le piège des prix arrondis
C'est décidé : la baisse de la TVA dans la restauration entrera en application le 1er juillet. Les restaurateurs s'engagent à diminuer le prix du plat du jour ou du café de 11,8%. Les clients en profiteront-ils complètement ? Sur Eco89, le député UMP Hervé Mariton soupçonne les professionnels de vouloir arrondir les prix à la hausse. Christine Pujol, présidente de la principale organisation du secteur, lui répond.
En mars, la France obtenait enfin des autres pays de l'Union européenne le droit de diminuer la TVA dans la restauration. Les modalités pratiques ont été fixées ce mardi, lors des « Etats généraux de la restauration » organisés à Bercy.
A partir du 1er juillet, le taux de TVA dans la restauration passera de 19,6% à 5,5%. En contrepartie, les professionnels s'engagent à créer 40 000 emplois. Et à offrir aux clients une baisse de 11,8% sur sept produits présents sur leur carte :
- une entrée
- un plat
- un plat du jour
- un
menu - un dessert
- une bouteille d'eau minérale
- un café
Le café à 1,70 euro ou 1,80 ?
Le député UMP Hervé Mariton s'est interrogé, au détour d'une interview dans Les Echos de ce mardi, sur un détail oublié : « Je mets en garde le professionnel sur le respect des arrondis de prix. » Contacté par Eco89, il explique :
« Imaginez que le café soit à 2 euros. Une baisse de 12%, ça fait 24 centimes, soit 1,76 euro. Comment arrondissez-vous : à 1,70 euro ou à 1,80 ? On rentre vite dans des différences importantes. »
D'ailleurs, estime Hervé Mariton, les restaurateurs et les cafetiers ont déjà joué de cet arrondissement à la hausse lors du passage à l'euro.
« Pas question d'arrondir à l'euro supérieur »
Les restaurateurs promettent, eux, qu'ils joueront le jeu. Interrogée par Eco89, Christine Pujol, présidente de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH), veut rassurer la clientèle :
« Il n'est pas question d'arrondir à l'euro supérieur. Si on arrive à un prix de 15,94 euros, on arrondira normalement à 15,95. Et si ça fait 15,92 euros, on arrondira à 15,90. Avec une baisse de 11,8%, vous ne tomberez pas sur un chiffre rond. »
Pour Christine Pujol, les restaurateurs n'ont aucun intérêt à jouer sur les prix :
« La consigne, c'est une baisse des prix visible et lisible. C'est le meilleur moyen de faire revenir les clients et de changer l'image des restaurateurs. Il y aura des affichettes sur la vitrine et les sept produits qui doivent subir la baisse intégrale devront être notés sur la carte. »
« Une décision politique, pas économique »
Mais fallait-il vraiment réduire la TVA sur la restauration ? Certains professionnels en doutent. Et certains élus de la majorité aussi, visiblement. Alors que le déficit budgétaire se creuse, cette mesure devrait faire perdre 2,6 milliards d'euros par an à l'Etat.
Pour Hervé Mariton, le « rapport coût-efficacité » de cette baisse laisse à désirer :
« Ce n'est pas une décision économique, mais une décision politique (...). C'est une excellente mesure politique, mais je suis convaincu que pour le soutien à la filière, il existait des mesures avec un meilleur rapport coût-efficacité. »
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Restaurateur
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« Pas question d'arrondir à l'euro supérieur »
Le député UMP Hervé Mariton devrait plutôt connaître la législation en matière de fixation des prix, je lui rappellerai simplement et d'après le ministère des finances que « le prix des produits est fixé librement par les opérateurs et qu'il n'existe aucune disposition législative qui rend obligatoire une différenciation de prix en fonction de la TVA. Il pourra également se référer à l'article 85 du traité de la CEE qui stipule entre autre que “les engagements visant à supprimer la liberté en matière de fixation de prix ne sont pas autorisés”.
Sa dernière déclaration vient conforter mon analyse, dommage que nos chers élus fassent le choix de la séduction politique au détriment de l'authentique efficacité dans l'intérêt générale.
Sil était convaincu que pour le soutien à la filière, il “existait des mesures avec un meilleur rapport coût-efficacité” pourquoi ne l'a t-on pas entendu avant que la décision soit entérinée ?




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