Pourquoi les Tchèques détestent Milan Kundera

Après le tour de vis consécutif à l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, l'écrivain Milan Kundera quitte son pays natal. Installé en France depuis 1975, il y conquiert une notoriété mondiale et, à partir des années 1990, se met à écrire en français. De crainte de voir sa parole détournée, il n'autorise personne à traduire ses livres en tchèque : à part quelques essais publiés au compte-gouttes, les lecteurs de son pays n'ont plus l'occasion de lire Kundera dans leur langue.
« Kundera publie sa “Collision” » : C'est ainsi que le quotidien pragois Lidove Noviny a récemment titré son compte rendu du dernier de l'auteur, « Une rencontre ». Cette incapacité à traduire correctement, ne serait-ce qu'un titre d'un ouvrage de Kundera, ressemble fort à un acte manqué, trahissant l'attitude réservée des Tchèques à l'égard de leur compatriote fraîchement octogénaire.
A moins que la rédaction n'ait jugé le titre français trop peu épicé pour un auteur qui nourrit maintes controverses dans son pays…
Délateur communiste débusqué soixante ans après ?
Lorsque, en octobre dernier, l'hebdomadaire pragois Respekt a accusé Kundera d'un acte de délation, en 1950, cette révélation tombait presque du ciel : la preuve tant espérée de la noirceur de l'âme du vieux romancier, coupable d'avoir pris ses distances avec ses compatrotes.
Selon cet hebdomadaire, Kundera aurait balancé à la police le nom de Miroslav Dvoracek, jeune tchèque passé à l'Ouest et revenu comme espion. Dvoracek avait déposé une valise à la Cité universitaire, où logeait également Kundera. Condamné à vingt-deux ans de prison, Dvoracek en a purgé quatorze dans des camps de travail, avant d'être relâché.
Suite aux allégations de Respekt, que Kundera a rejetées en bloc, une polémique a opposé ses défenseurs (plusieurs grands noms de la culture internationale) à ses détracteurs (les Tchèques, sur la foi d'un procès-verbal d'époque).
Dans une rencontre, dans le chapître consacré à Bertolt Brecht, Kundera répond à mot couvert à ses « procureurs » :
« A l'époque des procureurs, qu'est-ce que cela veut dire, la vie ? Une longue suite d'événements destinée à dissimuler, sous sa surface trompeuse, la Faute.
Pour trouver la Faute sous son déguisement, il faut au monographe le talent du détective et un réseau de mouchards. Et pour ne pas perdre sa haute stature savante, il lui faut citer les noms des délateurs en bas de pages car c'est ainsi qu'aux yeux de la science un ragot se transforme en vérité. »
« Qui m'abandonne, périra »
L'acharnement contre Kundera pourrait en partie s'expliquer par cet esprit tchèque forgé à époque de la « résurrection nationale » des XVIIIe et XIXe siècles et selon lequel quitter la patrie égale pour un homme de lettre presque à la haute trahison.
Dans le poème « La Terre parle » (1921) du poète
Viktor Dyk, la patrie met en garde l'un de ses fils contre ses
velléités de départ.
« Si tu m'abandonnes, je ne périrai pas. Si tu m'abandonnes, tu périras ! »
Malgré le fossé qui les séparaient de ce poète très conservateur, les communistes aimaient plus tard marteler ces vers face aux malheureux prisonniers du Rideau de fer. Après 1989, le parlement de Prague a voté une loi sur les restitutions des biens expropriés par le régime communiste, limitant le champ des restitutions aux seuls citoyens tchèques résidant dans le pays (avant que la dite clause ne fût cassée par le Conseil constitutionnel). Et l'actuel président Vaclav Klaus a plusieurs fois repété, à propos de ses compatriotes exilés sous le communisme, que « l'émigration n'était point une solution ».
En résumé : on ne pardonne pas un départ à un fils tchèque, à moins que le fautif ne décide de se repentir par un humble retour sur sa terre natale. Kundera n'y est retourné. Pire, il a consommé sa rupture en changeant de langue d'expression.
La longue inimitié opposant Milan Kundera à Vaclav Havel, marquée d'une polémique publique sur l'interprétation des événements de 1968, est présentée de façon théâtrale et caricaturale, avec d'un côté un patriote prêt à des sacrifices pour son pays (rôle si bien assumé par Havel) et de l'autre l'égoïste qui ne vit que pour soi (rôle attribué à Kundera).
Durant ses treize années à la tête de l'Etat, Havel décorait tous les ans dans son château, par centaines, des personnalités éminentes tchèques, en n'oubliant aucun des ex-dissidents, sauf Kundera.
Selon l'hebdomadaire Le Point, l'affaire tirée des fonds des archives de la police communiste tchèque aurait peut-être coûté le prix Nobel à Milan Kundera. Si l'écrivain n'a pas péri, après avoir tourné le dos à sa mère-patrie, celle-ci aura tout fait pour l'empêcher d'avoir une vie trop facile.
Photo : Milan Kundera en 1954 à Berlin (Wikipedia).
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De Trevy
Aeron-autiste | 14H08 | 27/04/2009 |
Peut-etre n`etait-il pas fait pour ecrire aux Tcheques, pays dans lequel je suis moi-meme expatrie… Ils prennent soin, meme lettres, de ne pas lire son oeuvre ; encore aujourd`hui les plaies du communisme ne sont pas refermees, les gens en parlent d`ailleurs peu, et c`est encore si proche. Recemment je faisais visiter un cafe a un ami, un viel homme, sorte d`artiste mathematicien (…) y presentait sa derniere lubie, bref. Un autre homme accoude au comptoir nous dit en francais que ce vieillard respectable fut en son temps une ordure de delateur, nous, incredules, buvions nos bieres, quand subitement l`homme s`est mis a l`interrompre et le harraguer en tcheque en l`insultant, ce qui finit en bagarre, l`homme avait dans les yeux une fureur d`une profondeur inextinguible…comment en finir avec cette epoque, le temps fera l`affaire, mais le mal est fait. A voir le film PELISKY, comedie mi-figue mi-rraisin, l`envie pour ceux qui sont partis, l`espoir pour ceux qui restent (une affichette de mickjagger acquise a l`ouest…) Est-ce si simple de revenir en arriere ? … Tant a dire, ce que continu de faire Kundera…
De a.guillaume
14H09 | 27/04/2009 |
en passant la frontière,Kundera a surtout trahi son âme.La difference saute aux yeux lorsque l'on compare ses oeuvres tchèques (surtout » la vie est ailleurs »,plein de ce humour leger que l'on retrouve dans les fils de Forman periode fin cinquante debut soixante) a ce qu'il a ecrit après avoir gagné l'occident où il est devenu professoral,grave…l'insoutenable légèreté de l'être est d'une grande pesanteur…
De Trevy
Aeron-autiste | 14H12 | 27/04/2009 |
D`ailleurs MARTIN DANES l`auteur de cet article, je serais heureux (mais d`autres expats egalement ici a Prague) de lire plus de choses sur l`actualite culturelle Tcheque ou Franco-Tcheque…
De Chou marin
kiné | 14H33 | 27/04/2009 |
Merci pour cet article et la vision qu'il jette sur les raisons de ce désamour réciproque. C'est vrai aussi que ses romans sont moins biens depuis qu'il vit ici. Ses essais, cependant, sont et restent magistraux. « L'art du roman » est mon préféré.
De Al-Ice
-_-' | 14H42 | 27/04/2009 |
pour compenser d'avoir récupéré Kundera en France, on pourrait leur donner BHL et Houellebecq non ?
à Al-Ice
De malatrie
16H00 | 27/04/2009 |
Vous ne pensez pas qu'ils ont assez souffert comme ça ?
à malatrie
De Al-Ice
-_-' | 14H20 | 28/04/2009 |
humour, humour…
je voyais surtout une occasion en or de se débarrasser de ces deux-là !
à Al-Ice
De riverain06
sujet du roi Ignoramus Ier | 20H22 | 27/04/2009 |
Je suis pour. Et si on ajoutait un prêt de la Joconde pendant 7 ans pour les motiver vu notre mise…
à riverain06
De Al-Ice
-_-' | 14H23 | 28/04/2009 |
On peut faire un prix de groupe : on rajoute Marc Lévy, Anna Gavalda, etc… tu crois que ça peut passer ?
à Al-Ice
De la vigilante
scandaleuse | 09H02 | 29/04/2009 |
ne pas oublier Ch. Angot pour les distraire
De Camille
Mauvais genre | 14H47 | 27/04/2009 |
Kundera parle de cette ambiance dans ses romans, je ne sais plus si c'est dans « l'insoutenable légèreté de l'être » ou dans « la valse aux adieux » que l'on voit très bien le poids de toute ces trahisons, difficile à déceler, difficiles à comprendre… Cet article me parait presqu'avoir été tiré d'une des oeuvers de Kundera tellement il y décrit bien ces détestations permanentes et mutuelles (comme le dit très bien l'article d'ailleurs).
Personnellement, j'aime beaucoup cet auteur, et dommage pour les Tchèques s'ils passent à côté d'une rencontre pour en faire une collision.
De jula
cnrs | 15H10 | 27/04/2009 |
Je ne suis pas d'accord que les Tchèques detest Kundera. Il ya trois semaines, j'ai vu dans un théâtre à Prague « Ptakovina » de Kundera. (Selon Kundera, Ptakovina qui ne sera jamais joué à Paris.) Le théâtre est l'un des meilleurs théâtres de Prague et Ptakovina est toujours complet. À propos de Ptakovina : http://www.radio.cz/fr/article/97530
La question de la collaboration avec la police secrète communiste est complexe. Kundera n'est pas la première personne touchée.
1. Tous les documents sur la police secrète devraient être rendus publics. Sinon, nous n'aurions jamais fini avec cela. Il y aurait toujours un soupçon et de tout le monde peut l'utiliser pour faire chanter les gens. Je me souviens de la situation dans l'Institut de Physique de Prague (où je travaillais en 1989) : Nous avons fait une réunion, où tous les collaborateurs ont expliqué leur histoire. Je pense que, l'ensemble de la société devrait faire la même chose (il est probablement un peu tard aujourd'hui).
2. Concernant le cas de Kundera : Personne ne peut dire avec certitude s'il était un collabo ou pas (à l'exception de lui-même). Je ne serais pas surpris : Il a été expulsé du parti communiste, mais pas de l'université (1950). Et il a été admis de nouveau dans le parti communiste plus tard (1956). Ce n'est pas une histoire d'habitude. En outre, sa mémoire peut contribuer à sa relation avec la République tchèque d'aujourd'hui. Il ne permet pas de traductions de ses livres en langue tchèque, par exemple.
3. Il est clair que la plupart des collaborateurs ont été effectivement victimes de la police communiste. Très souvent, la police les a poussés à collaborer. État communiste a tous les moyens de faire du mal à vous et à la famille si vous refuser la collaboration. Ceux qui ont refusé de collaborer, sont très rares. Et ils ont subi les conséquences. La plupart des collaborateurs ont été victimes. Le véritable criminels ont été les membres du parti communiste. Ce qui est vraiment étrange, c'est que personne ne parle de communistes (les coupables) et tout le monde se penche sur les collaborateurs (les victimes).
De octobre
15H46 | 27/04/2009 |
en 54 kundera avait 25 ans je doute fort que le portrait NB que vous publiez soit le sien il ne lui ressemble vraiment pas ni l'âge ni le physique
De ron-ron
15H47 | 27/04/2009 |
Concernant les refus de l'auteur à voir son oeuvre francophone traduite en tchèque, il me semble avoir lu dans la - une - préface de L'insoutenable légèreté de l'être, que Kundera avait découvert une fois en France les traduction de ses œuvres tchèques. Il avait été si déçu des traduction qu'il les avait lui-même toutes refaites.
Ce qui peut expliquer qu'il se soit ensuite refuser à passer par d'autres traducteurs.
De octobre
16H11 | 27/04/2009 |
re la photo n'est pas celle de kundera la moindre des politesses voudrait que vous la changiez immédiatement vous avez l'embarras du choix sur google image
à octobre
De JadotA
stable | 19H24 | 27/04/2009 |
J'ai vérifié. La photo provient bien de google images :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/96/Bundesarchiv_Bild_183…
avec d'autres prises le même jour et la même cravate.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/Bundesarchiv_Bild_183…
Mais effectivement il est coiffé comme Nixon imitant Berlusconi, donc ça trompe.
De brazz
17H27 | 27/04/2009 |
Ingrate patrie, tu n'auras pas mon corps ! (Themistocle)
De ploume
bosseur | 20H26 | 27/04/2009 |
Désolé, octobre, c'est effectivement la photo de Kundera jeune.
Je pense que s'il n'est pas populaire en République tchèque, cela vient aussi de sa négation de ses premières oeuvres. Celles-ci ne sont pas traduites en français, il s'agit de poèmes et de textes théoriques sur le réalisme socialiste.
Au début ; Kundera a été un sincère défenseur du régime communiste ; il justifie ces erreurs dans ses romans traduits ou écrits en français comme « Le livre du rire et de l'oubli ».
Mails il a refusé que ses premiers textes textes soient traduits ou republiés. Il a peur qu'il y ait une mauvaise interprétation, et je pense que cela laisse les Tchèques mal à l'aise.
On peut consulter au Klementinum (l'équivalent de notre Bibliothèque nationale) ses poèmes staliniens et ses oeuvres précoces. Tout le monde sait qu'il a écrit ce genre de choses. Le fait qu'il le nie, et donne presque l'image à l'Ouest de quelqu'un qui a débuté comme anticommuniste peut le faire passer pour quelqu'un de faux.
D'où le malaise. Alors que je pense qu'il a été sincère dans son évolution ; il est passé de stalinien à contestataire.
De jula
cnrs | 20H55 | 27/04/2009 |
Il est vrai que les nouvelles œuvres de Kundera ne sont pas connus à Prague, parce que leur traduction tchèque n'existe pas. Kundera ne permet pas à quiconque de faire la traduction. Il dit que lui seul est capable de la faire correctement, mais il ne la fera pas car il doit écrire les nouveaux livres. Toutefois, certains de ses livres sont traduits clandestinment et sont disponibles sur Internet.
D'autre part, la plaisanterie est très populaire en République tchèque. Plusieurs films ont été tournés, selon les livres de Kundera (La plaisanterie, L'insoutenable Légèreté de l'être) et les films sont très souvent à la télévision tchèque.
De Lalala
humaine | 21H19 | 27/04/2009 |
Peut-être plutôt Ludvik Kundera (+ 9 ans), la photo.
http://commons.wikimedia.org/wiki/Commons : Village_pump/Archive/2009Mar#T…
LK serait allé à Berlin en 1954 (aussi ? ) (http://www.munzinger.de/search/portrait/Ludvik+Kundera/0/26387.html)
Les databases de la Bundesarchiv - Bild contiendraient-elles également des erreurs ?
ça résonne étrangement avec les livres de M. Kundera, cette histoire de photo « incertaine ».
[Me fait penser à la « distribution des aigles », tableau commandé par Napoléon à David vers 1808/9. Il y aurait eu quelques retouches en cours d'élaboration. Au final, une partie des soldats regardent un ciel « vide ». Et ciel « vide », me fait penser à Farocki & Ujica, « Videogramm eine Revolution » : « Les cameramen avaient pour ordre, en cas de situation imprévue, de faire un panoramique vers le ciel. » …Le réel et sa représentation… mondes flottants]
Je trouve compréhensibles les angoisses de traduction. A qui appartiennent les propos, qui en porte(ra) la responsabilité, et quelle responsabilité ?
Erreurs ou manipulations ? To be or not not be ? L'un n'empêche pas l'autre, répond le chat du Cheshire / Schrödinger.
Réalité.. quantique.
Ludvik ou Milan K ? Probablement l'un ou l'autre.
à Lalala
De ploume
bosseur | 21H57 | 27/04/2009 |
Néanmoins, la photo est extraite d'une vue plus large montrant Kurt Barthel, et Milan a rencontré Kurt Barthel en 1954.
On peut penser légitimement qu'il s'agit bien de Milan. Mais est- ce si important ?
Toujours est-il que cette confusion est assez révélatrice de la vision que nous avons de Milan : on ne voit en lui que l'auteur qui commence à écrire avec « La Plaisenterie », alors que lorsque ce texte sort, Milan publie depuis 20 ans. Mais ses textes précédents sont inconnus à l'ouest. Pour nous, il n'existe qu'à partir de 1968. Avant, nous sommes incapables de le reconnaitre.
à ploume
De ploume
bosseur | 22H04 | 27/04/2009 |
D'ailleurs, kurt Barthel était un nudiste convaincu. Cela fait pensé à la scène à la fois triste et amusante du « livre du rure et de l'oubli ». L'aurait'il décrit ?
à Lalala
De octobre
07H22 | 28/04/2009 |
merci lalala c'est bien la photo de ludvik kundera il suffit de vérifier sur google il a 85 ans et il a gardé la même coiffure
bon titre : la photo incertaine
cette confusion est vraiment révélatrice et renvoie à ses livres le début du livre du rire et de l'oubli décrit une photo falsifiée celle du balcon de prague en 48 où la tête de clementis est effacée seule son chapeau subsiste sur celle de gottwald
à Lalala
De octobre
07H29 | 28/04/2009 |
merci lalala c'est bien la photo de ludvik kundera il suffit de vérifier sur google il a 88 ans et il a gardé la même coiffure d'apparatchik
cette confusion est vraiment révélatrice et renvoie aux écrits de milan kundera le début du livre du rire et de l'oubli décrit une photo falsifiée celle du balcon de prague en 48 où la tête de clementis est effacée seul son chapeau subsiste sur celle de gottvald
la photo incertaine : un titre kunderien
De h-r
21H28 | 27/04/2009 |
Kundera nous a beaucoup apporté par son talent et la façon dont il nous raconté son pays.
Il est indéniable qu'il a aimé profondément sa patrie.
Sans doute a-t-il commis des erreurs de jeunesse que l'on discerne dans ses livres ( ? ).
Kundera nous a décrit le communisme, une réalité politique, sociale, humaine (le livre du rire et de l'oubli, l'insoutenable légèreté de l'être, la vie est ailleurs…).
Quels que soient ses détracteurs, il s'est exilé dans la souffrance et nous a offert un regard, un accès à la culture de son pays dont nous pouvons lui être reconnaissants.
Et merci à Martin Danes de nous offrir cet belle phrase de Viktor Dyk.
Pourquoi les tchèques détestent Kundera ?
Cela à sans doute à voir avec la nature de ce peuple qui opposait des fleurs à l'invasion des chars russes… capables d'une unité à laquelle tous les individus n'ont pas su répondre, pour des raisons individuelles, souvent banales, que Kundera a évoqué à travers certains de ses personnages.
De Flap
| 22H26 | 27/04/2009 |
L'accusation d'un acte de délation par M. Kundera a été divulguée par le journal Respekt sur les bases de l'« Institut d'étude pour les régimes totalitaires » ( créer pour servir les ambitions des gouvernements de V. Klaus). Le document déterré concernant Kundera a été falsifié et antidaté après l'époque des faits d'accusation (années soixante-dix…) dans le but de charger la victime. S'il ne servait pas sur le moment, il pourrait toujours être utile plus tard.
Cette accusation n'est absolument pas fiable, et repose seulement sur des affabulations romancées d'un fonctionnaire du régime.
Il semble que l'affaire est été démentie il y deux ou trois mois (par un tribunal ? ).
Ces informations sont tirées de mémoire de la lecture du seul hebdomadaire tchèque totalement indépendant « Literarni noviny » (je n'ai plus les articles sous la main).
Doit-on se demander encore pourquoi Kundera a quitté son pays ?
De guillaume-basset
chargé des relations publiques d'un... | 07H07 | 28/04/2009 |
Travaillant depuis deux ans pour le festival de Prague des écrivains, et ayant donc suivi de très près « l'affaire » Kundera je peux peut-être éclaircir une ou deux choses. Il a été clairement disculpé de ces accusations, et les chercheurs de l'« Institut d'étude pour les régimes totalitaires » auraient été renvoyés, ainsi que certains des journalistes de Respekt. Ce dernier d'ailleurs appartient à l'actuel ministre des affaires étrangères, et tente de se positionner comme « le » magazine de droite. En réalité l'Institut étant nouveau, il voulait « faire un coup », et quoi de mieux que d'épingler l'un des tchèques les plus connus ?
Ceci est effectivement une affaire qui mélange les deux rapports complexes qui relie les tchèques à, d'un côté Kundera, de l'autre le communisme. Concernant le cas Kundera, de nombreux tchèques ne le considèrent plus que comme, au mieux un écrivain français, au pire un traitre. Une large majorité d'entre eux étaient ravis de cette accusation, qui justifiait leur ressentiment. Au point que presque aucun ne sait qu'il a été lavé de tout soupçons. Leur mépris est du à trois choses : le renoncement au tchèque comme langue d'écriture, le refus de la traduction et l'absence de prise de parole publique (il revient parfois dans son pays natal, mais toujours incognito). La rivalité entre Havel et Kundera est pour beaucoup concernant ce troisième point. Néanmoins tout les tchèques lettrés ont lu Kundera, la plupart aime ses livres et cette rancoeur à son encontre est peu partagé chez les jeunes.
à guillaume-basset
De octobre
10H35 | 28/04/2009 |
merci pour ces précisions bienvenues que martin danes - non content de publier une fausse photo et il se prétend journaliste - ne mentionne même pas. oui les tchèques entretiennent une relation ambigüe - le terme est faible - et complexe avec la période communiste. À quand un article digne de ce nom dans rue 89 et ailleurs ?
De Tadorne
Ingénieur | 10H04 | 28/04/2009 |
Une petite anecdote plaisante au sujet de Kundera :
Après son arrivée en France il a voulu voir la mer car il ne l'avait jamais vue « en vrai ».
Son éditeur l'a donc emmené à la Pointe du Raz et lui a dit que c'était ici le point le plus à l'Ouest de l'Europe continentale (ce qui est faux car il se situe au Portugal).
Alors Kundera a eu cette phrase amusante :
« C'est donc ici qu'on est le plus loin des russes ! »
Cordialement / Tadorne
De katadrapata
Traducteur | 12H21 | 28/04/2009 |
Cet article contient de dangereuses imprécisions :
- Le dernier essai de Kundera, « Une rencontre », n'a pas été traduit par « Une collision » dans l'article de Lidové Noviny, mais par deux termes laissés au choix du lecteur : « une rencontre » ou « un affrontement » (je cite : « Soubor devíti esejů má název Une rencontre (Setkání či Střetnutí) a autor se v nich zabývá… »). L'auteur de l'article laisse toute sa richesse à la polysémie. Je doute qu'il déteste Kundera au point de massacrer, consciemment ou non, ses titres ;
- Kundera a bel et bien été décoré par Havel en 1995 (cf. la liste intégrale des distinctions - http://cs.wikipedia.org/wiki/Medaile_Za_zásluhy) ;
- De nombreuses personnalités tchèques ont pris la parole dans les médias pour défendre Kundera lors de « l'affaire » ;
- Comme quelqu'un l'a dit plus haut, la pièce Ptákovina (1966) est jouée tous les soirs au Činoherní Klub et fait salle comble.
Je suis moi aussi expatrié à Prague. J'aime beaucoup Rue89, mais je trouve cet article faible. Kundera est moins populaire ici qu'en France, mais il n'est pas haï.