Pandémies : retour sur le Sras, qui avait affolé la planète en 2003
Il aura fallu trois mois pour que les autorités chinoises brisent le silence et que le risque de pandémie mondiale soit maitrisé.
Comment naissent les pandémies, comment se diffusent-elles ? Pour le savoir, médecins et enquêteurs travaillent comme dans des polars, à la recherche du « cas zéro », le premier malade qui peut permettre de comprendre le phénomène de contamination. En 2003, j’ai vécu de près, en Chine, un cas de pandémie qui avait mis la planète en ébullition : le Sras, la pneumopathie atypique, première maladie émergente du XXI° siècle. Retour sur une affaire édifiante.
C’est à Foshan, une ville de la province du Guangdong, dans le sud de la Chine, qu’a été retrouvé le cas zéro du Syndrome respiratoire aigü sévère (Sras). Mais c’est par Hong Kong qu’il a été découvert.
Le 21 février 2003, un médecin de Canton agé de 64 ans, se trouve dans l’ascenseur de l’hôtel Métropole de Hong Kong où il est venu participer à un mariage. Il éternue sans arrêt pendant le trajet entre le neuvième étage où se trouve sa chambre et le rez-de-chaussée.
Quelques jours après, il succombe dans un hôpital de Hong Kong à une maladie respiratoire jusque-là inconnue, non sans avoir contaminé quatre membres du personnel et sa famille venue lui rendre visite, ce qui provoquera la mort de 300 personnes dans le territoire, 416 dans le monde entier, dans 27 pays différents.
Toutes les personnes qui se trouvaient dans l’ascenseur avec ce médecin malade seront à leur tour contaminées, et iront répandre le virus dans leur entourage, certains à Hong Kong même, d’autres à Singapour, au Vietnam, jusqu’au Canada où l’on comptera également des dizaines de morts.
Silence des autorités
On apprendra plus tard que ce médecin avait soigné, à l’hôpital de Canton, le « cas zéro » venu de Foshan, mais que les autorités de la province du Guangdong, qui avaient eu à traiter une épidémie inconnue, passée de l’animal à l’homme, s’étaient abstenues de prévenir les instances internationales ; pas même les responsables sanitaires de Hong Kong, le territoire voisin pourtant rattaché à la Chine depuis 1997.
Lorsque les spécialistes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) voient arriver des nouvelles de contaminations de nature similaire en provenance de lieux aussi éloignés que Toronto, Hong Kong et Singapour, ils y voient le risque d’une véritable pandémie mondiale. Le virus est alors inconnu, venu de l’animal, il se transmet visiblement de l’homme à l’homme par la voie des airs, et voyage facilement. L’alerte mondiale est donnée, comme aujourd’hui avec cette grippe porcine.

Il faudra trois mois pour que le risque de pandémie soit maîtrisé, non sans avoir mis la planète en panique, mis l’économie KO à Hong Kong, et provoqué une mini crise politique à Pékin. Le monde aura eu la chance que ce virus soit finalement moins facilement transmissible qu’on ne l’avait initialement redouté, et que les autorités chinoises, après avoir tenté de cacher l’affaire, aient finalement pris conscience du risque sanitaire majeur et se soient mobilisées avec tous les moyens d’un pays autoritaire.
« Le gouvernement chinois a un problème : le monde ne croit plus ses chiffres ».
A Pékin, la semaine du 14 avril 2003 fut absolument dramatique. Alors que les journalistes étrangers étaient informés par d’innombrables rumeurs de l’existence de dizaines de malades et de nombreux morts dans les hôpitaux de la ville, le maire de la capitale, couvert par le ministre de la Santé, s’obstinait dans le déni.
Jusqu’à ce qu’un médecin militaire à la retraite, Dr Jiang Yanyong, véritable héros de cette épidémie, outré par les mensonges du ministre de la Santé à la télévision, n’envoie un fax d’abord à la télévision d’Etat, resté sans effet, puis au magazine américain Time, pour dénoncer la crise sanitaire camouflée. Il le paiera cher par la suite.
Le vendredi après-midi, cette semaine-là, l’OMS convoque une conférence de presse à Pékin, et, devant des dizaines de caméras du monde entier -mais aucun média chinois-, le directeur du bureau de l’Organisation mondiale de la Santé en Chine fait une déclaration sans précédent, mettant en doute les démentis du gouvernement chinois :
« Le gouvernement chinois a un problème : le monde ne croit plus ses chiffres ».
Le soir même, le Bureau politique du Parti communiste chinois tient une réunion de crise, et décide le limogeage du maire de Pékin et du ministre de la Santé. Il décrète des mesures d’urgence pour lutter contre le risque de pandémie.
Ces annonces provoqueront la panique parmi les 14 millions d’habitants de Pékin, brutalement confrontés à la vérité de la maladie. Mises en quarantaine d’immeubles, circulation limitée, quartiers isolés pour le Sras dans les hôpitaux... En quelques semaines, toutefois la crise était surmontée. Le mensonge était oublié et la lutte héroïque du peuple était glorifiée...
« Je t’autorise à dire que je suis un salaud »
Les leçons de cette victoire rapide sur ce qui avait été considéré comme un vrai risque de pandémie mondiale sont simples. L’information la plus transparente a initialement manqué, la coopération entre les autorités chinoises et le reste du monde a d’abord fait défaut, mettant la planète entière dans une situation risquée.
Lorsque ces deux handicaps ont été levés, il aura fallu encore quelques semaines de contrôles, de mesures radicales et de prévention efficace, pour obtenir la victoire sur un virus, il est vrai, peu combattif.
Mais le risque se cache aussi beaucoup dans les comportements individuels. Un de mes amis français se trouvait alors en Chine pour une conférence, et a paniqué lorsqu’il a appris que l’interprète qui lui avait parlé à l’oreille pendant toute les débats pour lui traduire les discours, était hospitalisée avec le Sras.
Au lieu d’attendre dans sa chambre d’hôtel l’expiration des sept jours d’incubation pour savoir s’il avait été lui aussi contaminé, il avait pris un billet pour Paris le jour même, au risque de contaminer tout un avion et d’introduire le virus en France. Une fois enfermé chez lui, il m’avait envoyé un e-mail :
« Si tu apprends que j’ai le virus et que j’ai contaminé quelqu’un, je t’autorise à dire que je suis un salaud. »
Fort heureusement, il était passé entre les gouttes. Mais cette anecdote montre à quel point la propagation d’un virus peut dépendre de comportements de panique de gens par ailleurs tout à fait sensés.
L’OMS est bien dans son rôle lorsqu’elle alerte aujourd’hui sur le risque de pandémie provoqué par la grippe porcine au Mexique. Car chaque expert sait qu’un jour, surgira un virus inconnu qui se diffusera dans le monde entier à grande vitesse, et, à l’instar de la grippe espagnole de 1918 qui avait fait jusqu’à 100 millions de morts selon certaines estimations, provoquera une catastrophe planétaire.
Mais l’OMS a un atout : elle est dirigée par Margaret Chan, une Chinoise de Hong Kong qui était directrice des services de Santé publique au moment du Sras en 2003...
Photos : 1) Oeuvre d’artiste contre le Sras, Pékin 2003 ; 2) Poste de contrôle de la fièvre placé dans un lieu public en Chine, 2003 ; 3) Affiche de propagande du Parti communiste chinois contre le Sras, Pékin 2003 (P. Haski/Rue89)
- Sur Rue89Grippe porcine : où s'informer
- Sur pasteur.frLes virus émergents, dossier sur Pasteur.fr
- Sur wikipedia.orgLa grippe espagnole de 1918, sur Wikipédia
- Sur wikipedia.orgLe Sras, sur Wikipédia
- Sur who.intLe site de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS)
- Sur google.comUne Google map des cas de grippe porcine
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A l’époque dont parle Pierre HASKI, j’étais prof au Lycée Français de HONG KONG. S’il avait fallu trois mois au nouveau premier ministre pour reconnaître que l’épidémie de pneumonie n’avait pas été « importée » mais venait bien du GUANGDONG (province de CANTON), nous le savions depuis Janvier : le Consul de France de cette ville, un des parents d’élèves du Lycée, avait publié un communiqué décrivant tous les symptômes d’une « pneumopathie atypique » qui sévissait à Shenzhen et « dans le delta de la Rivière des Perles ». Comme ce n’est pas lui qui l’avait inventée, on peut supposer que les toubibs de la région étaient au courant depuis un bout de temps ! Dès ce moment, nous avions annulé au Lycée français tous les voyages d’études et échanges scolaires qui devaient avoir lieu dans cette région. Mais quelques esprits forts ayant mis en doute la clairvoyance du diplomate et critiqué son style « peu conforme aux usages », celui-ci s’était fait taper sur les doigts par le Ministère des Affaires Étrangères. Ironisant sur sa femme et son fils évacués à HONG KONG, certains parlaient même en ricanant du « virus L. » (du nom du Consul) : ils furent pourtant les premiers à prendre la poudre d’escampette quand le diagnostic dudit L. fut avéré... et que l’épidémie se répandit à HONG KONG.
Pierre parle de la panique qui a saisi un certain nombre de Français à l’époque. Je confirme ! Et quand j’ai entendu Jacques CHIRAC, en visite à HONG KONG, déclarer à mes compatriotes l’année suivante (discours du 12/10/2004 à la communauté française de HONG KONG) : « Notre pays est fier de votre sérénité, notamment pendant la crise du SRAS… », j’ai bien rigolé. En fait tout le monde s’était carapaté au pays natal : pas de quoi être fier ! Quand on m’avait pressé de prendre le premier avion pour la France - j’étais resté seul au lycée - j’avais demandé naïvement : « s’il y avait une épidémie en France, est-ce que vous iriez vous réfugier en Suisse ? »
Il y aurait beaucoup de choses à raconter sur cette période, très instructive sur la nature humaine... Mais apprend-on vraiment des expériences passées ?




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