(De Ouagadougou) L'ancien ministre de Mitterrand Kofi Yamgnane, 63 ans, est-il tombé sur la tête ou s'est-il senti pousser des ailes avec le « Yes we can » de Barack Obama ?
L'observateur de la scène politique togolaise peut bien se poser cette question après la décision de celui qui a été successivement conseiller municipal, maire, secrétaire d'Etat et député dans son pays d'adoption, la France, de se porter candidat à la présidentielle togolaise en 2010. Certes, l'on peut tout reprocher à ce socialiste sauf de ne pas aimer son pays d'origine.
Mais de là à se sentir un destin national, en tenant coûte que coûte à plonger dans ce marécage politique au pays de Sylvanius Olympio [le premier président du Togo, assassiné en 1963, nldr], avec ses nombreux sauriens aux dents plus acérées les uns que les autres, serait un pas qu'il ne devrait pourtant pas allégrement franchir.

Et pourtant, Kofi Yamgnane n'en a cure [en confiant au Parisien son intention de se présenter en 2010, ndlr]. Depuis 2005, il ne fait aucun mystère de son ambition de se présenter à la prochaine présidentielle. Pourtant, lui qui a visiblement son avenir politique derrière lui sait bien dans quelles eaux saumâtres il met les pieds. Etre dévoré serait le moindre mal. Il risque malheureusement de ternir l'aura dont il jouit depuis son ascension politique spectaculaire dans l'Hexagone.
C'est un truisme de dire que la politique française et celle togolaise ne répondent pas à la même logique. Espérons que ce naturalisé français à 30 ans en est conscient. La dernière fois qu'il est venu dans son pays natal, c'est en 2008, après… neuf ans d'absence. Si fait que l'impression qui se dégage est qu'il pourrait avoir perdu de vue certaines réalités.
En attendant, la première surprise serait que la Constitution lui permette de se présenter. En effet, celle amendée en 2002 stipule qu'il faut résider au moins depuis douze mois au Togo pour le faire. Si, malgré tout, il arrivait à postuler, poisson d'eau douce qu'il est, il aura de nombreux crocodiles à affronter.
Comme l'a fait remarquer un de ses amis burkinabè, il en aura face à lui 112 exactement. Mais pourquoi ce nombre précis ? a-t-il demandé à ce dernier. Celui-ci de répondre :
« Vous savez, cher Monsieur Yamgnane, je connais bien votre pays, car j'y ai vécu 12 années consécutives. Je sais, comme tous les Togolais, que feu Eyadéma a reconnu 112 enfants qu'il considérait comme légitimes (…et je ne vous parle pas de ceux qu'il n'a pas reconnus ! ). Comme tout ce petit monde pense que le Togo appartient à leur géniteur et qu'ils reçoivent ce pays en héritage, il vous faudra les en dissuader tous, 112 fois ! Prenez votre souffle ! »
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Photo : Kofi Yamgnane le 1er décembre 2005 (David CHEVALIER/Wikipedia)




















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De Alain Provist
17H05 | 27/04/2009 |
RAIDI TOGO : Fils du général Gnassingbé Eyadema, président du Togo de 1967 à 2005, Kpatcha Gnassingbé, directeur général de la Société d'administration de la zone franche, ancien ministre de la Défense et député, a été arrêté et inculpé le 14 avril pour « complot et tentative d'atteinte à la sûreté de l'Etat » par le régime de son frère Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis la mort de leur père. Kpatcha Gnassingbé a échappé à la mort au cours de cette interpellation à Lomé grâce à l'intervention d'un autre frère le colonel Rock Gnassingbé. Cette histoire rappelle la rivalité pour le trône de Thèbes entre Etéocle et son frère Polynice telle qu'elle est racontée dans la Thébaïde. Mais à un an des élections présidentielles de 2010, cette dissension au sein de la « famille régnante » pourrait bien être fatale à leur parti, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) et profiter aux candidats de l'opposition, Gilchrist Olympio, leader de l'Union des forces du changement (UFC)et fils du président Sylvanus Olympio assassiné au cours du coup d'état de 1963 auquel participait Gnassingbé Eyadema, ou Agbéyomé Kodjo, chef de l'Organisation pour bâtir dans l'union un Togo libre (OBUTS).