Julien Coupat ou les nouveaux sorciers
Le temps aidant, il y a quelque chose de proprement abusif dans la détention abusive de Julien Coupat. Il faut dire qu'à ce point de propagande, les pléonasmes ne nous font plus peur, pas plus qu'ils ne nous calment.
Des avocats aidant, des documents ont émergé : à savoir, sur Mediapart, les procès-verbaux des entretiens de Julien Coupat avec ses juges. Rappelons à toutes fins utiles que ses documents sont secrets et n'ont évidemment pas à être publié : mais certains journalistes de toute évidence savent prendre leurs responsabilités dans cette affaire, ainsi que certains de leurs éditeurs, quels qu'ils soient. Au passage, l'information sur Internet gagne quelques galons dans cette histoire de liberté qui est aussi la nôtre.
Selon des documents on ne peut plus officiels, Julien Coupat aurait donc déclaré auprès de ses juges être victime d'un « procès en sorcellerie ». C'est une parole forte, qu'il s'agit d'entendre au bon degré, dont on sait depuis tout petit qu'il est le premier, les procès en sorcellerie n'étant pas restés dans notre mémoire collective comme un modèle de justice. Et il est vrai qu'à côté de la tenue de ces procès-là, même le juge Burgaud ne paraît mériter qu » « une simple réprimande » pour ses errements aux mortelles conséquences.
Les nouveaus sorciers
Car, que reproche-t-on aux sorciers et aux sorcières sinon d'être différent, comme les historiens nous l'ont appris. Que leur reproche-t-on sinon de vivre dans un présent visionnaire que l'ordre établi ne peut que redouter, puisqu'il est l'image, soudain fort réelle à ses yeux, de sa prochaine destitution ?
Mais cessons de tortiller les mots : tous ceux qui suivent un peu la Communauté visible de Tarnac, ce qu'il en émerge depuis le froid mois de novembre, savent bien que ce qu'il désormais reproché à Julien Coupat, ce n'est pas d'avoir arrêté des trains dans des circonstances plus dignes d'une BD de « Lucky Luke » que d'un véritable complot terroriste international, mais d'avoir écrit un livre s'intitulant, sataniquement presque, « L'Insurrection qui vient ».
Comment ne pas songer en lisant ce titre, ce titre sans intention, sans autre joie que celle d'informer, à un autre titre tout aussi incompris, sans intention lui non plus, sans autre joie lui aussi que celle d'informer :
« Français, encore un effort pour être républicains ».
Un pamphlet de Sade, Cinquième Dialogue de la Philosophie dans le boudoir, où le Marquis met la gomme. On sait que cela ne lui vaudra rien.
« L'insurrection qui vient » et « Français encore un effort pour être républicains » ont ceci en commun, d'inacceptable, qu'ils encouragent à la liberté, à commencer par celle de penser, de parler et de, insistons maintenant lourdement, publier.
Et chacun des deux textes a prouvé, chacun dans son époque comme deux miroirs face à face, dans cette perspective sans fin qu'est l'Histoire, qu'en réalité, ce n'était pas possible. Car devant la détention provisoire de Julien Coupat qui dure, nous ne pouvons que comprendre que nous ne sommes plus face à un Pouvoir qui fantasme son ennemi, mais face à un Pouvoir qui a décidé de l'inventer de toute pièce, pour se rassurer, et lui donner un visage, une visibilité.
Ce qu'on reproche fondamentalement aujourd'hui à Coupat et à ses amis, c'est précisément leur invisibilité revendiquée, c'est de n'avoir pas de téléphone portable, de vivre cachés en somme pour n'être pas les plus malheureux des hommes.
Alors, le temps aidant dans tous les sens, nous sera-t-il loisible d'écrire, c'est-à-dire de publier cette simple phrase : que, sans qu'on s'en aperçoive, sinon trop tard - franchement, c'est ballot -, l'insurrection est venue.
- Sur rue89.comLes articles sur Coupat
- Sur mediapart.fr«L'antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie» (payant)
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Prisonnier dans le village (...)
Prisonnier dans le village (...)
Merci pour ce texte , M'sieur Viviant .
Nous sommes beaucoup de commentateurs ici a avoir douté des le départ dans cette histoire et avoir écrit depuis longtemps ,avec nos pauvres mots et en moins bien, à peu prés le texte que vous publiez ici .
Tout ceci est incompréhensible. vous faites bien de remarquer qu'avec un peu de retard à l'allumage , même la presse écrite officielle s'est mise plus ou moins à défendre Julien Coupat et ses camarades, y compris des médias comme Paris Match ou RTL , qu'il serait difficile de classer dans l » ultra gauche. Il reste la télé évidemment, qui n'a pas fait grand chose,mais plus personne ne se fait la moindre illusion sur la liberté d'information des journaux de 20H .
Vous avez qui avez eu l'honneur amusant d'être un des seuls journalistes épargné par Guy Debord dans un de ses livres, et considérant que les archives situationnistes ont été classées monuments national par le ministère de la culture dernièrement ,je m'excuse de vous emmerder, mais qu'attendez vous , vous et vos copains journalistes , intellos et éditeurs collègues de « La Fabrique » pour faire plus et montrer que le quatrième pouvoir n'est pas mort dans ce pays
Quand allez vous vraiment taper du poing sur la table pour faire libérer Julien Coupat ?
Cordialement




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