TRIBUNE 24/04/2009 à 18h38

Ondes : le principe de précaution ne s'use que si l'on s'en sert


Le Grenelle des ondes, qui s'est ouvert jeudi, a réuni une cinquantaine d'acteurs. Le débat doit déboucher sur des décisions, au risque de transformer l'échange entre acteurs en théâtre des ombres.

La France saura-t-elle faire montre d'une certaine ambition ou se contentera-t-elle une fois encore de transposer avec retard les quelques directives et règlements européens améliorant l'environnement et la santé ?

Depuis 2001, date de la publication du premier rapport d'expertise sur le sujet, la situation n'a cessé de se dégrader, lentement mais sûrement. Le tête-à-tête entre les riverains d'antennes relais et les opérateurs s'est progressivement doublé d'un casse-tête pour le gouvernement ! Cette controverse démontre par l'absurde que l'absence circonstanciée de la puissance publique en matière de politique sanitaire finit toujours par rejaillir d'une façon ou d'une autre sur la scène publique.

Le pourrissement de la situation est né, notamment, de l'incapacité de l'expertise officielle à penser la complexité et reconnaître l'incertitude ambiante, amenant certains scientifiques à énoncer doctement une vérité, LA vérité ; une sorte de vérité révélée, incontestable, unilatérale.

Le tout agrémenté d'une dose de connivence de certains experts avec le lobby de la téléphonie mobile, qui a amené l'Inspection générale de l'environnement à réagir au travers d'un rapport au vitriol. Or, il nous faut accepter que l'exposition aux ondes de la téléphonie mobile s'est généralisée en moins de dix ans, laissant peu de place à l'analyse sereine et objective.

Des seuils plus protecteurs dans d'autres pays européens

Cette incertitude quant aux effets potentiels d'une exposition chronique et précoce aux ondes de la téléphonie mobile a-t-elle été traduite dans la réglementation ? Le principe de précaution, qui ne s'use que si l'on s'en sert, fut souvent évoqué dans ce débat pour être sitôt récusé. La France dispose ainsi de l'une des règlementations les plus laxistes au monde. Les seuils d'exposition respectivement de 41 et 58 volts par mètre pour les bandes de fréquences 900 MHz et 1800 MHz furent fixés par un décret paru le 03 mai 2002.

Nombre de pays européens ont d'ores et déjà modifié leur réglementation en adoptant des seuils plus protecteurs. La Suisse devrait ainsi bénéficier d'un seuil de 0,6 V/m en 2012 pour les sites sensibles. La Grèce, la Belgique, la Pologne, l'Italie... font également preuve d'une plus grande ambition en matière réglementaire. Enfin, le Parlement européen vient, à la quasi-unanimité, d'adopter le rapport de l'eurodéputée belge Frédérique Ries qui invite la Commission européenne à revoir ces seuils d'exposition.

Des antennes potentiellement à un mètre des fenêtres

En France, les seuils permettent ainsi à un opérateur d'installer une antenne à un mètre des fenêtres d'une école. Ce décret fut rédigé par un Conseiller technique auprès du Premier ministre de l'époque (Jean-Noël Tron), qui obtint par la suite la direction générale du principal opérateur hexagonal... Indépendance et sérénité furent donc quelque peu sacrifiées sur l'hôtel d'un lobbying particulièrement efficace !

En dehors de ce lobbying qui amena la France à se doter d'une réglementation particulièrement laxiste, il nous faut remarquer que les mesures de champ électromagnétique n'ont jamais fait apparaître le moindre dépassement. Analysant les 500 dernières mesures de champ électromagnétiques mises en ligne sur le site de l'Agence nationale des fréquences, les associations ont pu constater la différence entre les possibilités offertes aux opérateurs en matière d'exposition et la réalité même de cette exposition. Dans plus de 80 à 90% des cas, l'exposition ne dépasse pas le seuil de 0,6 V/m, seuil de précaution préconisé par les associations.

Gageons qu'après avoir débattu longuement ce jeudi de la forme que devait prendre ce Grenelle des ondes lors de cette première session, nous pourrons enfin entrer dans le vif du sujet. Au cours du mois de mai, les acteurs se retrouveront pour tenter de trouver des compromis qui ne pourront se faire qu'après avoir engagé un débat scientifique approfondi. A l'issue de ce Grenelle, le gouvernement devra sortir de l'attentisme en légiférant enfin.

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  • Marcassin_Meulson
    • Posté à 21h04 le 24/04/2009
    • Internaute
      Cadre

    Tout d'abord Grenelle avec quels objectifs ?
    Le gouvernement lance un appel d'offres pour un 4° opérateur en téléphonie mobile, encaisse un chèque puis interdira ces derniers d'émettre ! ! !
    Les communes encaissent des taxes professionnelles pour les sites installés.
    Les co-propriétés en profitent en louant des terrasses sans valeur marchande de financer les charges supplémentaires
    Les collectivités, administrations ou particuliers aussi profitent de louer des espaces sans valeur pour arrondir quelque peu leurs budgets.
    Tout cela pour résumer que les enjeux sont complexes.
    Ensuite, comme toujours tout le monde souhaite tous les services, assouvir tous ces besoins mais que les nuisances soient chez l'autre. Tout le monde ou presque possède un téléphone mobile (et aussi les opposants) mais finalement tout ce monde le voudrait disponible, fonctionnel et sans émission d'ondes (il existe, rappelez vous il était gris avec un gros cadran et un fil en accordéon, c'est maintenant une pièce de musée).
    Alors petite question à tous les détracteurs : vous ne possédez pas sans doute à l'inverse de la plupart des gens une x-box en wi-fi et pas non plus un téléphone sans fil (quelle horreur il est en norme DECT, si si la même que le mobile et quasiment sur les mêmes fréquences) et en plus vous ne le laissez surtout pas collé à l'oreille de votre enfant afin qu'il ne puisse surtout pas téléphoner des heures à ses copains,
    Aah, au fait vos enfants n'ont bien entendu pas de console de jeu, ils ne s'intoxiquent pas des heures durant derrière un écran mais au fait elle ne rayonne pas cette console ?
    J'oubliais, vous cuisinez à l'aide d'une bougie ou vous réchauffez votre lait au micro-onde ! ! ! Horreur votre bambin de 7 ans à la tête juste à la hauteur du klystron (vous savez la machine qui produit les ondes très très courtes).
    Enfin une petite dernière, j'ai lu cette semaine (mais aussi recoupé l'info) que des habitants d'une résidence (région parisienne) et d'autres résidents d'un lotissement (en lorraine) avaient des syndromes dues aux sites de radio-téléphonie. et surtout à cause des ondes émises...pas de chance ces sites n'étaient pas en service.
    Quels sont donc les objectifs de ce grenelle ?

  • mjb_rue89
    mjb_rue89 répond à I.P
    ingénieur
    • Posté à 21h50 le 24/04/2009
    • Internaute
      ingénieur

    La téléphonie mobile et le Wifi fonctionnent avec des ondes de fréquence beaucoup plus élevée que celles de la radio FM : or les effets biologiques dépendent de la fréquence, ce qui impose de ne pas faire des comparaisons de ce type..

    Et les « opérateurs de radars aériens », si je comprends bien de quel métier il s'agit, opèrent leur radars à distance. Ceux qui internviennent sur des antennes radar et ont, par accident, la malchance de passer devant l'antenne lorsqu'elle émet te confirmeront qu'ils prennent un bon coup de chaud.

  • Pti_Suisse
    Pti_Suisse
    ingénieur telecom
    • Posté à 22h44 le 24/04/2009
    • Internaute
      ingénieur telecom

    Correctif sur ce qu'a dit votre ministre Mme Bachelot sur BFM TV : (re-formulé) « L'imposition d'un niveau plus sévère (0.6V/m) risquerait d'augmenter le niveau d'émission des portables et donc d'être au final plus néfaste pour l'utilisateur... »

    C'est FAUX. Le niveau d'émission des portables est déterminé par la rapport de réception sur l'antenne de la station (voie montante) qui est ensuite renvoyé au portable qui ajuste sa puissance en conséquence. Si l'on baisse le niveau d'émission de la station (voie descendante), cela ne va pas impacter le niveau d'émission du portable. Au pire, le mobile perdra le réseau à certains endroits isolés au lieu de se mettre à émettre à sa puissance maximale, néfaste pour l'utilisateur.

    Bref, sans être un ayatollah des ondes, je pense sincèrement que les opérateurs abusent sur certaines stations avec une puissance beaucoup trop élevée, trop près d'habitations. Evidemment le fait de baisser la puissance implique des coûts supplémentaires pour combler les trous avec des stations moins puissantes. Mais les opérateurs ne peuvent ils pas prendre en charge cela alors qu'il nous facturent déjà des coûts abusifs pour certains de leurs services (SMS par exemple) ?

    Au niveau technique, ils peuvent très bien vivre avec une limite de niveau de 0.6V/m voir même moins dans les habitations.
    D'ailleurs à long terme, c'est à leur avantage pour mieux répartir la charge en créant des cellules plus petites.

    De plus, il faut prendre le niveau cumulé car en milieu urbain on a souvent l'addition de plusieurs stations proches qui chacune émettent dans les 3 bandes de téléphonie mobile (GSM 900MHz, GSM 1800Mhz et UMTS à 2 GHz).