Enquête 24/04/2009 à 15h51

Affaire du Tanit : l'étrange silence du gouvernement

David Servenay | Ex-Rue89

Malgré l’autopsie, les autorités assurent ne pas savoir si le skipper a été tué par une balle française lors de l’assaut. Contre-enquête.



Les soldats français à bord du Tanit le 12 avril (Ministère français de la Défense / Reuters)

C’est l’histoire d’un échec que personne ne veut assumer : depuis la mort de Florent Lemaçon, jeune skipper français pris en otage par des pirates somaliens, le gouvernement français sait très problablement comment il a trouvé la mort. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a promis une « transparence totale ». D’autres ne partagent pas son avis.

A bien regarder et écouter la conférence de presse du procureur de la République de Rennes, vendredi 17 avril, quelque chose sonne faux dans la déclaration d’Hervé Pavy :

« L’autopsie a permis de constater ce que je vous ai indiqué tout à l’heure : une blessure mortelle à la tête, une blessure secondaire à la main. Aucun projectile, aucun fragment métallique n’ayant été trouvé, il est impossible de, de savoir... d’où vient... d’où vient cette balle.

“Mais seulement, le juge d’instruction est essentiellement saisi -j’aimerai qu’on ne l’oublie pas- est essentiellement saisi d’un détournement de bâtiment, ayant entraîné effectivement la mort. Il y a notamment des constatations à faire maintenant sur le bateau... sur le bateau. Où il y a peut-être de l’ADN à reprendre, où il y a peut-être un fragment métallique, voire même des impacts, voire même la trace d’un projectile quelconque. ”

Si la première partie de l’énoncé n’est pas douteuse, la seconde est très discutable. “ Impossible ” : le terme semble mal choisi. D’ailleurs, le magistrat hésite en le prononçant, comme on peut le voir sur cette vidéo du Nouvel Observateur. Reprenons le fil de l’histoire.

Les faits

Vendredi 10 avril, 15h30 : après six jours de tractations infructueuses, le commando Hubert passe à l’attaque. Les tireurs d’élite tuent deux pirates présents sur le pont du Tanit, un troisième tombe à l’eau. En trente secondes, un zodiac militaire parvient au voilier.

Huit commandos français montent à bord : deux à l’avant, deux à l’arrière, où ils sécurisent quatre otages. Les autres dans le carré central où une fusillade éclate, laissant un mort : le skipper. Les deux derniers pirates sont arrêtés.

Les armes

Côté ravisseurs, la classique Kalachnikov tirant des balles de calibre 7,62mm. De l’autre, des armes de poing : pistolet 9 mm parabellum et mini-fusil d’assaut, de calibre 5,56mm. Autrement dit, des calibres de balle très différents.

Les explications médico-légales

Faute d’avoir pu lire le rapport d’autopsie complet, nous voilà réduits aux suppositions. Mais tous les experts interrogés (légistes et policiers) soulignent un point crucial. A une distance aussi courte, le point d’entrée du projectile (qui sort du canon à 800 mètres / seconde) est très net et correspond à la taille du calibre. En ressortant du crâne, la balle explose les chairs et emporte avec elle une partie de la boite crânienne.

Or, le détail nous a été livré par une source officielle, le point d’entrée de la balle qui a frappé Florent Lemaçon se situe “ dans la face ” et le point de sortie “ à l’arrière du crâne ”. Il est donc surprenant que l’examen médico-légal n’ait pas permis d’apporter des précisions sur la nature de l’arme tueuse.

Le mystérieux compte-rendu Retex

Dans le jargon militaire, cela s’appelle un Retex, un retour d’expérience. Ce compte-rendu classifié, les hommes du commando Hubert l’ont rédigé tout de suite après les faits. Il a été transmis par la voie hiérarchique, lu par le ministre de la Défense, puis transmis au procureur de la République de Rennes.

Or, à ce jour, aucune des autorités concernées n’en a livré la moindre bribe. Pourquoi ? Est-ce parce qu’il contient une information gênante ?

“ Ce sont des témoignages, dit un membre de l’entourage d’Hervé Morin, c’est le procureur qui en déterminera la valeur. Vous n’avez pas à avoir ces documents. ”

Selon un spécialiste des prises d’otages, ce Retex comporte forcément des informations importantes :

“ Un professionnel qui fait sortir une balle de son fusil doit savoir où va sa balle. Donc, s’il n’y a aucune indication sur ce point, soit ce n’est pas un pro, soit il ne veut pas l’avouer. ”

Pour justifier son silence, le cabinet d’Hervé Morin assure que le rapport est désormais couvert par le secret de l’instruction.

L’annonce du ministre de la Défense

Au lendemain de la mort du skipper, Hervé Morin monte au créneau avec l’air des mauvais jours. Le samedi 11 avril sur Europe 1, il déclare en réponse à la question du journaliste sur les circonstances du drame, “ Vous avez bien une idée ?” :

“ Non, on est en train de faire le debriefing. Il y aura une enquête judiciaire et donc une autopsie. On ne peut pas exclure que dans l’échange de tirs entre les pirates et nos commandos le tir soit français. Personne ne peut l’exclure par nature. Je me refuserais à vouloir écarter telle ou telle hypothèse. Il faut qu’on analyse les hypothèses et après, on le dira.”


Les résultats du debriefing n’ont toujours pas été rendus public.

La gestion de la crise

Qui est le “ on ” évoqué par Hervé Morin comme le responsable de la décision d’intervenir ? Pour la savoir, il faut revenir au début de l’histoire. A chaque nouvelle prise d’otages de Français à l’étranger, la DGSE peut exercer un “ droit de premier refus ”. En clair, les services secrets français prennent ou ne prennent pas une affaire, en fonction de critères pratiques et géopolitiques.

Les dernières prises d’otages au large de la Somalie ont été gérées par la “ boite ” du boulevard Mortier. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas. L’affaire du Tanit tombe dans l’escarcelle de l’Etat-major des armées et de l’Elysée, via le COS, le commandement des opérations spéciales. Le GIGN est totalement écarté du dossier. Pour autant, les services français assurent les écoutes téléphoniques des ravisseurs et dépêchent sur place deux négociateurs.

La suite est connue : localisé le lundi 6 avril, le bateau est constamment suivi par la Marine française à partir du mercredi. Vendredi, le voilier n’est plus qu’à quelques milles nautiques de la côte somalienne, où les commandos ne pourront plus intervenir. Les ravisseurs n’ont cédé à aucune proposition : rançon ou échange d’un otage contre un officier. Face à l’urgence, le président de la République donne son feu vert à l’assaut. Puis il laissera son ministre gérer l’affaire. Jeudi, le Président a reçu les ex-otages. Rien n’a filtré de leur conversation.

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  • Valparaiso-Cerro-alegre
    • Posté à 16h26 le 24/04/2009
    • Internaute 64360
      PISCOLOGUE

    Il est urgent de faire appel aux expert Miami, ou a NCIS...
     ; -).

  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 16h39 le 24/04/2009
    • Internaute 37758
      Consultant IT

    Il y a quelques annees, je me suis interesse a ce qu’on appelle la « ballistique lesionnelle ». En gros, l’etude des blessures provoquees par les balles.
    Or je me souviens clairement que les degats infliges par des munitions aussi differentes que le 9mm Parabellum, le 7,62 « Soviet » (tres different du 7,62 OTAN deja) et du 5,56 OTAN n’ont rien a voir les uns avec les autres.
    En resume, le 9mm provoque un trou et un « tunnel » rectiligne du diametre de la balle ou a peu de chose pres. Le 7,62 « Soviet » provoque egalement un trou proche de son diametre mais avec avec des « poches » dans le « tunnel » (lui-meme non rectiligne mais plutot courbe) parce que la balle bascule/pivote durant sa trajectoire. Et le 5,56 provoque un « tunnel » principal et plusieurs « tunnels » secondaires a partir d’une grosse cavite parce que la balle fragmente (meme si elle n’est pas explosive, puisque les balles explosives sont interdites par differentes conventions, elle se brise et se disperse « naturellement » dans la plaie).
    Des comportements et donc des blessures radicalement differents. Donc des professionnels de la question, alors que je ne suis meme pas ce qu’on peut appeler un « amateur eclaire » (juste un curieux avec un peu de memoire), ne devraient pas avoir vraiment de probleme a faire la part des choses avec un haut degre de certitude.
    Alors ?
    Alors il est plus que probable qu’ils savent... et si cela avait ete un balle de 7,62 « Soviet », ils l’auraient deja annonce « triomphalement ».
    CQFD...

  • moijepense
    moijepense répond à Keldan
    • Posté à 16h53 le 24/04/2009
    • Internaute 41009

    à ce que je sais ils avaient prévenu les autorités maritimes francaises qui leur avaient indiqué la route la plus sure ... 700 km des cotes ... donc pas de chance

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 17h31 le 24/04/2009
    • Internaute 16438
      ici et là

    Tout un article pour nous dire ce que tout le monde sait déjà, jamais la France ne donnera la vraie version de l’histoire, on ne s’appelle pas la Grand Muette pour rien. Surtout quand on a merdé.

    Je tiens à revenir sur la fin de l’article.

    « Vendredi, le voilier n’est plus qu’à quelques milles nautiques de la côte somalienne, où les commandos ne pourront plus intervenir. Les ravisseurs n’ont cédé à aucune proposition : rançon ou échange d’un otage contre un officier. Face à l’urgence, le président de la République donne son feu vert à l’assaut. Puis il laissera son ministre gérer l’affaire. Jeudi, le Président a reçu les ex-otages. Rien n’a filtré de leur conversation. »

    Franchement je ne vois pas l’urgence dans la situation. Les otages en Somalie sont très souvent à terre. En ce moment des Français sont otages en Somalie, des Bulgares, des Philippins, etc...

    Sarkozy n’a pas donné le feu vert. Sarkozy a dit, s’ils touchent terre, attaquez les avant, c’est différent. Les preneurs d’otages en Somalie dont des businessmen. A chacun sa tâche, l’arraisonnage, le transport, le stockage et les négociations. On ne parle pas là des talibans qui décapitent à tour de bras. Ils font des affaires, dégueulasses, mais des affaires, et une marchandise périmée ou abimée perd énormément de valeur, et ça personne n’aime ça.

    Otage à terre, c’est chiant, mais tout à fait gérable contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire. Demandez à ce journaliste espagnol qui a été libéré il y a quelques mois, demandez aux nonnes italiennes enlevées au Kenya voisin, demandez aux staffs de MDM libérés récemment aussi. Ils ont été bien traités, leur responsables géraient avec des businessmen somalis la hauteur de la rançon, c’est tout. Alors oui ça coute cher au contribuable, mais voila une des missions de la DGSE, en Somalie, en Afgha, au Soudan et ailleurs. Aujourd’hui 2 staffs de AMI sont otages au Darfour, loin de la mer, ça pose problème peut être... ? Non. AMI a envoyé son super log pour voir comment les sortir de là, et si ça ne marche, on fait appel aux services français ou canadiens... c’est comme ça que ça marche, pas la peine d’envoyer la cavalerie comme la Marine. Déjà, pourquoi pas le GIGN ?

    Sarkozy a là du sang sur ses mains.

    On pense à vous les amis...

  • sinclair
    • Posté à 20h29 le 24/04/2009
    • Internaute 2580

    On pourrait appeler cela chronique d’une opération foireuse.
    Les otages n’avaient pas leur vie en jeu. Il n’y a pas eu jusqu’a present d’exécution d’otage. Le but est la rançon.

    Sur 5 preneurs d’otages deux sont tues depuis le bâtiment de la marine et un tombe a l’eau (passons sur la blague facile)

    Les deux restant sont au contact direct avec les otages ils savent ce qu’il se passe et on (officiellement) 30 secondes pour se préparer

    Soit ils paniquent et ne bougent plus et veulent se rendre soit ils se préparent a tirer sur tout ce qui se présente, voir a exécuter les otages

    Bilan un otage mort vraisemblablement par tir amis étant donne que les pirates restant et les militaires français sont indemne.

    Conclusion le gouvernement a voulu briller et faire un exemple quitte a tuer les pirates et risquer la vie des otages il a donc joué et perdu.

    Peu importe de quel arme est partie la balle meurtrière la méthode est donnée et confirmée par les USA qui plus heureux ont réussi le « strike »

    Conséquence les prochaines prises d’otages risquent de voir les pirates entrainer leurs otages dans une mort annoncée a la moindre manifestation d’action des forces navales.

    Rien n’est réglé les causes sont toujours là , seule l’escalade de la violence est certaine. Les morts d’innocents risquent de se multiplier. Mais peu importe le tout est de « communiquer martialement » en fait de jouer les « aldo maccione » auprès de l’électorat

  • AlexG2008
    AlexG2008
    temporaire
    • Posté à 21h33 le 24/04/2009
    • Internaute 62913
      temporaire

    Ils se foutent simplement de notre gueule, voilà tout.

    Pas de balle ni de corps métallique... bon, admettons. Au vu de l’exiguïté du bateau, les coups de feu tirés l’ont été à bout portant ou touchant. Ce qui laisse des dépôts de poudre sur la main (ou le bras) du tireur ET sur le corps du destinataire de la balle et dans le « trou » de... la blessure fatale.

    Donc, il suffit de demander aux experts de comparer la composition des poudres utilisées avec ces armes, la poudre des armes françaises n’a pas la même composition que la poudre russe ou chinoise pour des AK ou autres variantes de Kalach. Et ainsi, et on saura laquelle, parmi les armes présentes, à tué Florent Lemaçon.

    Mais si ça se trouve, « ils » le savent déjà très bien « au QG », les généralissimes « en-médaillés » et le roi nabot (en médaillon lui, c’est à l’échelle...). Et comme la vérité leur a toujours fait peur...

    Ils doivent être en train de chercher un bouc émissaire ou un fusible à faire sauter comme d’habe, mais je vous rappelle que c’est le président minirien le responsable de ce genre de décisions, et non pas les sous-fifres.

    Et à aucun moment les pirates ne voulaient tuer leurs otages (tiens... sinon ils ne valent plus rien). Alors il faut dire merci à qui cette fois ?